Merci à tou·te·s pour vos retours, je suis tous les jours un peu plus impatiente de lire la suite en même temps que vous !
Chapitre 9 - Milan royal et jobarbille
Ni Harry, ni Hermione n'avait trouvé la force de blâmer Ron pour avoir ramassé la Pierre de Résurrection dans la forêt interdite. Depuis que Fred avait fait son retour fracassant sous forme ectoplasmique, l'humeur de Ron tendait plutôt à l'amélioration, bien que ce ne fut pas encore totalement gagné. Tous avaient néanmoins conclu qu'il était préférable qu'Hermione ne les rejoigne pas au Terrier, en tout cas, pas immédiatement et pas pour toute la durée des vacances d'été.
Le rapatriement de ses parents et le rétablissement de leurs souvenirs occuperait de toutes façons une bonne partie du mois de juillet. Il lui faudrait également lever les sorts de protection de leur ancienne maison dans la banlieue de Gloucester et se laisser convaincre d'y passer quelques jours. Elle le fit avec plaisir et y retrouva également la présence apaisante de Pattenrond.
Pendant ces courtes vacances, elle se laissa traîner en forêt par son père, ornithologue amateur hors-pairs, qui s'extasia devant le vol d'un époustouflant et immense pygargue à queue blanche "qui n'avait rien à faire là" et suivit de ses optiques les ondulations de plusieurs martin-pêcheurs sous les frondaisons qui bordaient la rivière Wye. Ils cueillirent des mûres sauvages en se coupant les phalanges, tachèrent leurs pantalons et leurs sweat-shirts, concoctèrent tartes et confitures. Elle prit le temps de lire des romans sans but, écrivit de longues lettres à Harry et Ginny et finit même par consentir à rédiger un mot pour Ron, dont la réponse s'avéra presque agréable. Cette nouvelle vie ressemblait à s'y méprendre à l'ancienne, sans que cela ne soit forcément confortable et sans qu'elle ne sache pourquoi.
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La soirée était douce et le ciel moiré de brumes roses pâles. Les Granger étaient réunis sous un petit kiosque de bois tout au fond du jardin aux herbes trop hautes, perdu dans les fuchsias qui laissaient négligemment pendre leurs multiples petites danseuses magenta. Une guirlande enroulée lascivement autour des montants projetait une lueur alanguie, faible mais suffisante. Les plats, assiettes, bouteilles et verres vidés avaient été rassemblés à l'extrémité de la table et les miettes formaient de petites pyramides qui piquaient les coudes si l'on y prenait pas garde. Un merle couche-tard lançant ses "pit-pit" métalliques et une hulotte s'éveilla.
- Tu n'as pas le droit de descendre si tu n'as pas de tierce verticale, Hermione, la sermonna sa mère, tirant avec malice sur sa cigarette en réorganisant ses cartes.
Hermione n'avait pas encore présenté à ses parents le jeu d'échecs version sorciers ou la bataille explosive : le jeu de rami était leur préféré depuis toujours et restait, pour cette raison, indétrônable. La partie s'annonçait difficile, sa mère était une adversaire coriace. Son père, lui, feignait souvent ne pas savoir ce qu'il faisait puis finissait par remporter partie sur partie, ce qui avait le don d'horripiler sa femme, qui se resservait alors un verre de cherry. Un cri plaintif, plus hâché que le braillement régulier de la hulotte se fit entendre.
- Milan royal ! s'immobilisa Mr Granger. On n'en a pas souvent, par ici. Surtout pas le soir...
Il fronça les sourcils.
- Du courrier pour toi, Hermione ? questionna-t-il finalement, déçu de prendre conscience que les rapaces aperçus ces derniers temps autour de la maison étaient davantage dûs aux correspondances de sa fille qu'à une avifaune en expansion.
Hermione fut saisie d'impatience : aucun de ses amis ne faisait transporter ses lettres par un milan royal. Personne ne sursauta quand l'oiseau se posa lourdement sur la table de plastique blanc vieilli au soleil.
- Beau spécimen, admira Mr Granger.
Sous ses pattes, un colis : "Miss Hermione Granger, chez Mr & Mrs Granger, 4 bis chemin des Airelles, route de Tewkesbury, Twigworth, Gloucester". L'adresse était rédigée avec une précision telle qu'il s'agissait forcément d'un habitué des codes moldus. L'expéditeur n'était pas mentionné sur le paquet. Hermione déchira le kraft pour faire apparaître trois volumes en excellent état. Elle posa tour à tour face à elle : Pédagogie de la défense contre les forces du mal : enseigner la méfiance, Forces du Mal et néo-sortilèges : méthodologie des procédés de création d'incantations appliquée à la magie noire et Incantations sans formules : limites et applications. Elle avait déjà croisé mentions des deux premiers au fil de ses lectures, le plus souvent en notes de bas de page, mais le dernier lui était totalement inconnu. Un bristol en tomba.
"Miss Granger,
Deux références pour votre élévation personnelle.
La dernière pour simuler votre inventivité.
Avec reconnaissance mais sans regrets,
Salutations cordiales,
SRP"
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Hermione avait finalement quitté Gloucester pour transplaner sur la place du village de Loutry Sainte Chaspoule, jurant à son père qu'elle continuerait de lui faire parvenir son courrier par la voie des airs. Arrivée au Terrier, Harry et les Weasley l'accueillirent chaleureusement : même Ron avait abandonné son air morose.
La table avait été mise dans la cour et, alors que Mrs Weasley lui servait une gigantesque assiette de gaspacho vert olive, Hermione entreprit de raconter à Harry, Ginny et Ron le début de son été. Ici non plus, l'ambiance ne semblait pas avoir changé. On entendait toujours hurler dans la cuisine des récurrents : "FRED ! TU ARRÊTES TOUT DE SUITE !" le plus souvent suivis du tout nouveau : "Je vais finir par écrire au Bureau de Régulation des Esprits et Ectoplasmes !". Ginny expliqua à Hermione que Fred s'amusait même à apparaître dans les toilettes : occupation qu'elle trouva fort élevée et utile, digne de Fred Weasley, en somme. Tout l'après-midi se passa à chasser le gnome, à dépoussiérer les meubles, à frotter les cuivres, à plier de grands draps blancs et à jouer au Quidditch : au Terrier aussi, le temps passait avec autant d'insouciance que si la deuxième guerre des sorciers n'avait pas eu lieu. Harry n'avait même plus à s'inquiéter : il avait été déchargé de la responsabilité de la Baguette de Sureau et, quoi qu'il prétende, Hermione ne pouvait se résoudre à croire qu'il soupçonnait vraiment Severus Rogue de vouloir se l'approprier pour reprendre la tête d'une armée de Mangemorts assoiffés de revanche.
- J'ai reçu ça, lança Hermione en posant lourdement devant Harry le volume de pédagogie envoyé par celui qu'elle avait identifié comme étant Rogue.
Harry, Ron, Ginny et Hermione s'étaient serrés dans la petite chambre mansardée, anciennement celle de Bill, que Mrs Weasley lui avait attribuée.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ron, mâchouillant une gomme de limace.
- A priori, les meilleurs conseils de Rogue pour que Harry et moi évitions de nous faire dévorer par nos futurs élèves en défense contre les forces du mal. Toujours pas de nouvelles du professeur McGonagall, d'ailleurs ?
- Rien du tout, bailla Harry. C'était peut-être une farce.
- On connaît tous l'humour de Minerva McGonagall, ironisa Ginny.
Harry se saisit de l'ouvrage Pédagogie de la défense contre les forces du mal : enseigner la méfiance et en parcourut le sommaire.
- Ça parle surtout de comment ne pas trop donner goût à la magie noire, j'ai l'impression, résuma-t-il. Tu penses que c'est vraiment utile ?
- Je ne sais pas, répondit-elle en attrapant le gros volume. En tout cas, il a trouvé utile de nous le faire parvenir.
- Et les autres, qu'est-ce que c'est ? demanda Ginny. Aussi des cadeaux de Rogue ?
Sans savoir pourquoi, les joues d'Hermiones chauffèrent.
- Un cadeau ? Non, bien sûr ! Enfin. Je pense qu'il nous les a envoyés pour qu'on en sache un peu plus sur la matière qu'on s'apprête à enseigner, c'est tout.
Elle se rattrapa aux branches par un changement de sujet magnifiquement accompli :
- Ah, Ginny ! En parlant de cadeau, j'ai raté ton anniversaire de peu, mais il y a un paquet pour toi dans mon bagage, près de toi, là-bas, désigna Hermione.
Ginny se saisit d'une grosse enveloppe grise et la déchira avec prudence pour en extraire une plume neuve, bleue et noire.
- Elle est superbe, merci, Hermione !
- J'ai réussi à la commander par correspondance chez Scribenpenne, les seuls qui en avaient en stock : il s'agit d'une plume de Jobarbille autoencreuse à réplique cinglante. Pour résumer, tu n'aurais plus jamais ni à réfléchir, ni à tremper ta plume dans l'encre pour répondre à des courriers acerbes !
- Génial, s'exclama Ginny.
Ron referma Forces du Mal et néo-sortilèges : méthodologie des procédés de création d'incantations appliquée à la magie noire dans un grand claquement.
- Mouais, il n'y a vraiment que toi que ça intéresse, Hermione, se résigna-t-il, parcourant des yeux la quatrième de couverture. En tout cas, pas des élèves de premier cycle.
- Bon, quoi qu'il en soit, nous n'avons pas vraiment à nous en inquiéter tant que McGonagall ne nous a pas confirmé que nous prendrons bien le poste. Tu as une idée pour ton Mémoire Magique ? demanda Harry.
- Je n'ai pas vraiment développé. Je pense que le plus simple est une traduction de la version originale des Contes de Beedle le Barde avec une partie d'analyse critique des grands principes évoqués à la lumière des remarques de Dumbledore. Mais je ne suis pas sûre de l'angle d'attaque, il faut que j'en parle au professeur Babbling.
Ginny pouffa.
- Fidèle à toi-même, plaisanta Ron, sourcils levés. Et toi, Harry, tu as une idée pour ton Mémoire Magique ?
- Aucune ! soupira-t-il.
- Comment va Ted ?
Hermione n'avait pas songé plus tôt au fils de Remus et Tonks.
- Pas trop mal d'après Andromeda, ils étaient là hier soir, ils viennent souvent. Elle pense que l'humeur de Ted varie beaucoup trop avec la forme de la lune pour que ça ne soit qu'un hasard. Bill trouve que sa nature de métamorphomage prend bien le dessus, même s'il soupçonne lui aussi que la lycanthropie de Remus soit passée à travers les mailles du filet... Bon, la dernière fois, il s'est changé en chaudron. Mrs Weasley ne l'a remarqué que parce qu'il était le seul à être sale.
Tous éclatèrent de rire.
- Tu pourrais étudier son cas, Harry ! lança Hermione.
- Son cas ?
- Pour ton Mémoire Magique ! Je ne suis pas sûre qu'il y ait eu de monographie appliquée au cas de lycanthropie chez les enfants, et créer une potion tue-loup adaptée serait salué par le jury.
- C'est une sacrée idée, salua Ginny.
- C'est carrément cool, tu veux dire, approuva Ron.
Harry hochait la tête en signe d'approbation.
- C'est intéressant, oui.
- Quand est-ce que tu commences ton travail chez George, Ron ? demanda Hermione.
Le visage de Ron se réjouit soudain.
- La semaine prochaine. George pense qu'il faudra des renforts juste avant la rentrée. Ensuite, je finirai mon contrat après Halloween. Tu te rends compte, Luna est d'accord pour partir avec moi ! Ça ne... Ça ne te dérange pas, hein ? termina-t-il, la mine inquiète.
- Tu es bête, Ron, rougit Hermione. C'est bien mieux comme ça, si tu veux savoir. Ce qui me fait le plus plaisir, c'est d'être ton amie.
Hermione, consciente de la niaiserie de sa remarque néanmoins sincère, fut reconnaissante quand Harry s'éclaircit la gorge et fit mine d'adresser la parole à Ginny, évitant ainsi que toute l'attention ne soit centrée sur eux. Par ailleurs, Hermione trouvait cette nouvelle relativement réjouissante. Savoir que Ron n'avait pas été totalement dégoûté des filles par sa faute lui mettait un peu de baume au cœur. En outre, Luna était une personne qu'Hermione avait toujours tenue en estime, même si ses extravagances l'avaient parfois embarrassée.
- Elle est fabuleuse ! se rasséréna Ron. Je suis allée la voir la semaine dernière, on avait à peine discuté de mon projet qu'elle a proposé de m'accompagner. On a déjà imaginé un itinéraire. Bon, il y a quelques haltes... exotiques... Mais je pense que ça va être sensationnel !
- Oh, je serais heureuse de rendre visite aux Lovegood ! proposa Hermione. Et puis... tu sais, j'ai bien réfléchi, Harry. Il ne faut pas laisser Rogue tout seul avec la Baguette de Sureau.
- Je te le répète depuis le début.
- Je veux dire, il ne faut pas le laisser se débrouiller avec le projet de la détruire !
- J'espère que tu as raison, lança Harry en haussant les épaules. J'espère d'ailleurs qu'il ne l'a prise que pour cette raison. Ah, j'avais oublié, j'ai écrit à McGonagall en début de vacances pour lui raconter notre rendez-vous dans le bureau de Rogue. J'ai eu une réponse. En fait, elle pense exactement comme toi. Moi, j'ai du mal à lui faire confiance, mais au fond, je n'au pas trop le choix de penser que vous avez raison. Ou alors, la vérité est entre les deux : il veut peut-être garder une place auprès des Mangemorts sans avoir vraiment l'intention de se servir de la Baguette.
- En fait, j'avais imaginé interroger Xenophilius Lovegood sur ce qu'il sait des reliques. La dernière fois que nous avons tenté de lui parler, nous avons été comme... interrompus.
