Pas très marrant, ce chapitre... ça manque un peu de Rogue, non ?

Chapitre 10 - Horglups, tengmalm et carcadet

Xenophilius Lovegood avait reconstruit à l'absolu identique la maison qui avait été détruite par l'explosion de la corne d'Eruptif, lors de la visite de Ron, Harry et Hermione, l'année précédente. Les anciens écriteaux pendouillaient toujours au portail, seul élément à n'avoir pas été soufflé dans le désastre. En premier lieu, on lisait : "LE CHICANEUR, Directrice : L. Lovegood / Directeur : X. Lovegood", au-dessous : "Allez cueillir votre gui ailleurs !", à la suite : "En octobre, ne touchez surtout pas aux coings fluorescents !" et enfin : "Attention aux prunes dirigeables !". Les deux vieux pommiers étaient toujours là, de part et d'autre de l'entrée, tel des pilastres dressés de bric et de broc. Leurs branches étaient fournies de gui. Dans l'une des touffes, Hermione remarqua une petite chevêchette, les paupières faussement closes. Sur la casquette surmontant la porte d'entrée était posée une chouette de Tengmalm : elle les fixait de ses grands yeux jaunes, avec cet air étonné caractéristique. Les hautes herbes grouillaient de gnomes, certains occupés à batailler à grands lancés de baies rouges, sous le regards des autres qui s'esclaffaient à chaque fois qu'un de leur camarade était assommé. La Tengmalm émit soudain un signal qui ressemblait plus à une alarme qu'à un cri d'oiseau et Luna apparut, ouvrant grand la porte laquée.

- Oh, super, je suis contente de vous voir, lança-t-elle de sa voix traînante.

S'ils ne l'avaient pas si bien connu, tous auraient pu croire qu'elle faisait semblant d'apprécier leur venue. Elle était intégralement vêtue de rouge et, à y regarder de plus près, ses vêtements étaient constitués de gros fils écarlates duveteux.

- Ta robe est magnifique, Luna ! s'exclama Hermione, le pensant vraiment.

- Oui ! se réjouit Luna. Des tentacules de Horglup ! Les gnomes ne mangent pas cette partie-là de leur corps alors, papa m'a offert cette robe pour mon anniversaire de conception. Il l'a confectionnée lui-même.

Derrière elle, Hermione entendit un bruit de déglutition suspect qui lui confirma que Ron avait dû faire une grimace de son cru à Harry, qui pouffa.

- Qui est-ce, Luna, ma chérie ? lança une voix depuis l'étage.

Derrière Luna, on distinguait la cuisine, identique à celle dans laquelle ils avaient été précipités lors de leur précédente visite. L'odeur de cendre froide qui s'échappait de la pièce fit penser à Hermione que Xenophilius Lovegood avait dû réemployer les matériaux détruits de la première maison.

- Ron, Hermione, Harry et Ginny, papa. Ils viennent boire le thé, tu devrais faire une pause, je sers un carcadet. Eh bien, entrez, termina-t-elle.

- Tout bien réfléchi, je préfère infusion de laitue vireuse. Je suis un peu tendu, lança-t-il.

Tout devint clair pour Hermione : de mémoire, le carcadet réduisait la pression artérielle et la laitue vireuse était même fumée pour remplacer le cannabis. Il n'y avait plus rien d'étonnant à la mollesse de la famille Lovegood. Luna versa dans cinq tasses un liquide rouge vif.

- Tu vas bien, Luna ? demanda Hermione.

- Oui, je vais bien, répondit-elle, la mine radieuse. Nous allons prendre le thé dehors, mais pas sous le gui, vous savez, les Nargoles... Surtout, n'enlevez pas vos chaussures, les gnomes adorent ronger les ongles de pieds.

Son sourire était rayonnant. Tous les quatre la suivirent jusqu'à une petite table en fer forgé jaune fané aux motifs dentellés autour de laquelle étaient disposées huit chaises. Peu après, Xenophilius Lovegood fit son apparition dans l'embrasure de la porte.

- Puis-je... puis-je me joindre à vous ? demanda-t-il précautionneusement, fixant Harry de son œil qui ne louchait pas.

Tous haussèrent les épaules. Sa mine était bien plus satisfaisante que la dernière fois qu'ils l'avaient vu. Ses cheveux semblaient propres bien qu'ils fussent parsemés de feuilles séchées et ses vêtements étaient d'un bleu vif immaculé.

- Vous savez, je n'étais pas bien dans mon assiette la dernière fois que nous nous sommes vus, ils avaient pris ma Luna ! commença-t-il d'un ton plaintif en s'asseyant, renversant la moitié d'une tisane verdâtre malodorante sur ses cuisses.

- Fort heureusement, Luna va bien à présent, coupa Harry.

Ron lança un sourire vers Luna.

- Il y a... commença Hermione.

- Oh ! Un vol de Joncheruines ! Secouez tous la tête !

Sans se poser de question, tous obéirent et Ginny éclata de rire.

- Oui ! Rire est aussi un bon moyen de les faire partir, Miss Weasley ! approuva Xenophilius Lovegood. Mais nous vous avons coupée, Miss...

- Granger, termina Hermione. Il y a une question que nous aurions aimé vous poser.

La mine de Lovegood sembla se désespérer soudain, comme en proie à une attaque de Joncheruines.

- Nous avons beaucoup parlé des Reliques de la Mort, l'an dernier et... Nous n'avons pas vraiment terminé notre discussion. Savez-vous comment les détruire ?

- Les détruire ? s'exclama-t-il, outré, crachant la moitié de sa gorgée de tisane vers Ginny qui recula. Qui voudrait les détruire et pourquoi ?

- Imaginons que les reliques soient aux mains de Mangemorts, nous aurions de sérieuses raisons de vouloir leur disparition...

- Avez-vous des informations sur les Reliques de la Mort ? questionna-t-il, les yeux plissés.

Hermione remarqua la main de Harry plongée dans sa poche et lui lança un regard réprobateur. Elle imagina sans mal qu'il devait y conserver en permanence la Pierre de Résurrection. Il ne fallait surtout pas la montrer à Lovegood. Il serait sûrement prêt à tout pour s'en emparer, connaissant le deuil de sa femme et sachant à quel point il était faible et influençable.

- Pas du tout, répondit Harry. En fait, nous avons soupçonné Albus Dumbledore d'en savoir plus à leur sujet qu'il ne nous en a jamais dit et... il se peut qu'il ait caché quelque part ses mémoires, les vraies, et qu'il y mentionne les Reliques. Nous aimerions être sûrs que nous pourrions les détruire si jamais nous les trouvions, pour que plus aucun sorcier ne périsse par soif de pouvoir avec la Baguette de Sureau ou en sombrant dans les ombres de la Pierre de Résurrection.

- Vous oubliez la Cape d'Invisibilité...

- Franchement, quel intérêt de vivre caché, lança Ron, coupé par un coup de coude rapide que Ginny lui lança dans les côtes.

- Bon, une rumeur circule... commença Lovegood, de mauvaise grâce.

Hermione leva les sourcils.

- Il y aurait un dernier conte de Beedle le Barde. Plutôt en vers, d'après ce qui se dit, moi, je suis persuadé que si c'est en vers, ce n'est pas de Beedle, Beedle écrit en prose. Les bruits qui courent disent qu'un procédé très simple permet de venir à bout des Reliques de la Mort. La Mort elle-même aurait mis au point cette solution car elle ne souhaitait pas tellement voir les humains bénéficier de ses privilèges. On raconte... on raconte qu'il s'agit d'un jeu.

- D'un jeu ? s'étonna Harry.

- Oui, d'un jeu.

- Quelle sorte de jeu ? poussa Hermione.

- Je ne sais pas, conclut-t-il en haussant les épaules. De toutes façons, qui voudrait détruire les Reliques ? Et puis, sommes-nous sûrs qu'elles existent vraiment ?

Hermione leva les sourcils en jetant un regard dérobé vers Harry. Le soleil brillait encore haut dans le ciel et pourtant, l'atmosphère devenait déjà rouge. Il serait bientôt l'heure du dîner et, voyant que Lovegood n'en savait en fait pas plus sur la façon d'éliminer les Reliques que de les rassembler, à l'époque, ils décidèrent de prendre congé de leurs hôtes.

- Si vous trouvez les Reliques, Potter, n'oubliez pas de me prévenir ! lança Xenophilius Lovegood alors qu'ils s'éloignaient sur le chemin. Nous publierons un article dans le Chicaneur !

- J'y penserai, Mr Lovegood, j'y penserai ! répondit Harry.

- Il est fou, conclut Ron.

- Très certainement, approuva Hermione.

Ginny, au bras de Harry, se contenta de hocher la tête en signe d'assentiment.

La cuisine du Terrier répandait dans l'avant-cour une odeur bien plus agréable que celle qui flottait autour de la maison des Lovegood. A peine le pas de porte franchi, Mrs Weasley tonna :

- Ah ! Vous voilà enfin ! J'aurais eu bien besoin de vous pour peler les pommes de terres, mais je me suis résolue à le faire moi-même, puisque Fred ici présent ne pouvait pas non plus m'aider.

- Je ne t'aurais pas aidé en temps normal, maman chérie, tant que Ron et Ginny sont dans les parages. C'est aux plus jeunes de s'occuper des tâches fastidieuses !

En se pavanant, il plongeait sa main dans l'évier plein, faisant remuer la surface de l'eau. Hermione, intéressée, s'avança.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je n'ai pas de Mémoire Magique à rendre sur l'étude des runes, mais j'ai un grand projet d'étude sur les interactions des fantômes avec le monde des vivants. D'ailleurs, j'aurai bien besoin d'un nègre, à un moment ou à un autre ! termina-t-il à l'intention de Ron.

- Ne compte surtout pas sur moi, fulmina ce dernier en faisant glisser d'un vif coup de baguette leurs six assiettes sur la grande table de bois.

L'une d'entre elle fut si maladroitement lancée qu'elle heurta Harry sur la tempe.

- Excuse-moi.

- Habitude.

Un clic attira les regards vers l'horloge des Weasley, dans le salon.

- Ah ! Arthur arrive.

Hermione constata avec soulagement que Mrs Weasley avait enfin cessé de la transporter partout dans la maison et qu'elle avait à nouveau sagement accepté de la fixer au mur. L'aiguille Arthur pointait en effet sur "en chemin". Alors que Percy, George, Bill et Charlie étaient indiqués comme "au travail", Ginny et Ron étaient "à la maison". Fred, lui, bénéficiait d'une nouvelle position : "partout et nulle part". Quelques secondes plus tard, Mr Weasley poussait la porte de la cuisine.

- Bonjour à tous, ah ! Hermione ! Tu es arrivée. Dites, j'ai cru voir dans le ciel une multitude de chouettes qui se dirigent vers ici, les lettres de la rentrée arrivent !

Tous se précipitèrent dehors et, en un instant, quatre majestueuses chouettes hulottes se posèrent chacune devant Harry, Ron, Ginny et Hermione. Ron hérita également d'une très grande lapone.

- Qu'est-ce que c'est que ce hibou, Ron ? demanda Hermione.

- C'est George, il tient à être unique et visible par tous !

Les chouettes lapones étaient en effet connues pour être les plus onéreuses du marché, mais pouvoir en retour porter de très lourdes charges, ce qui était également le cas des harfangs des neiges, des moyens-ducs et des grands-ducs. Déchirant cette première lettre, Ron s'exclama.

- Déjà ! Il veut que je vienne travailler dès demain, il sait que les lettres de fournitures ont été envoyées aujourd'hui et il pense qu'il faudra vite du renfort.

- Eh bien, eh bien, il faudra vous coucher tôt ce soir. Nous t'accompagnerons tous demain, si vous autres avez des achats à faire sur le chemin de Traverse, qu'en pensez-vous ? claironna Mrs Weasley depuis les fourneaux.

- C'est que... peut-être espéraient-ils y aller sans escorte cette-fois, Molly chérie, louvoya Mr Weasley. Ils sont majeurs, après tout.

Il y eut un long silence et, quand tous rejoignirent la cuisine chargés de leurs courriers, Mrs Weasley se tenait immobile au centre de la pièce. Ses yeux grands ouverts oscillant entre reproche et abasourdissement fixaient son mari.

- Puisque tu veux les laisser prendre des risques, c'est ton choix !

- Maman, on est tous majeurs, et on a tous combattus et survécu à la Bataille de Poudlard, insista Ginny. Nous pourrons même transplaner au chemin de Traverse !

- Fred n'a pas survécu, lui, c'est pour ça qu'il restera ici, plaisanta Ron.

- RONALD WEASLEY ! s'écria sa mère. Ce n'est pas parce que ton frère est... toujours... enfin... ici, qu'il est permis d'ironiser sur sa mort ! Ton frère est MORT !

- Chaque rentrée lui fiche le bourdon, murmura Harry à l'oreille d'Hermione, qui était au courant.

- Bon, faites comme vous le voulez, lança Mrs Weasley en laissant retomber un plat débordant de cotes de veau au milieu de la table, éclaboussant tout autour sur un mètre à la ronde.

En plus des lettres qui contenaient les ordinaires listes de livres et de fournitures à acquérir avant la rentrée, Hermione et Harry avaient reçu un pli supplémentaire, identique pour chacun. Harry lut à haute voix :

- Mr Potter, Miss Granger, j'ai l'honneur et le grand plaisir de vous communiquer que la décision évoquée en fin d'année précédente a été validée et saluée par le conseil d'administration de Poudlard renouvelé. Vous prendrez donc vos fonctions pour enseigner la Défense contre les Forces du Mal aux élèves de la première à la quatrième année. Pour la préparation des BUSEs et ASPICs, plusieurs Aurors se relaieront et apporteront ainsi un approfondissement que nous ne voulons pas faire peser sur vos épaules. Merci de me confirmer de votre disponibilité par retour de hibou. Bien à vous, Minerva McGonagall.

- Sensationnel ! rugit Fred.

- Terrorisant, soupira Hermione, maintenant qu'elle était assurée de cette responsabilité supplémentaire.

Et disant cela, elle griffonna, de même que Harry, une réponse positive à l'attention de la Directrice de Poudlard.