Chapitre 11_L'art de la stratégie

Il n'était pas nécessaire de préciser que Hermione évitait à tous prix Fred depuis ce jour-là. Elle avait d'abord prétexté qu'elle était bouleversée par la visite qu'ils avaient rendu à Mr. Weasley à l'hôpital de Sainte Mangouste. Et le lendemain, elle s'était rabattue sur la montagne de travail scolaire qui l'attendait, soit-disant trop en retard pour sortir de sa chambre. Evidemment, bien qu'elle passait ses B.U.S.E.S. à la fin de l'année, personne ne l'aurait cru si elle avait continué à user de cette excuse, cela faisait donc maintenant une semaine qu'elle se cachait dans le grenier de l'illustre maison des Black, aux côtés de Harry, là où Buck se terrait en attendant patiemment de retrouver sa liberté, sans plus vraiment chercher d'excuses. Les deux amis ne se parlaient pas ou peu, non pas qu'ils soient fâchés l'un après l'autre, ils étaient seulement tous deux trop perdus dans leurs introspections pour discuter.

Dans cette ambiance maussade et sans aucune chaleur, Hermione tentait désespérément de faire le tri dans ses pensées et ses sentiments, cherchant à se couper de tout émotion pour laisser un froid objectif l'envahir et décider à sa place de ce qu'elle devait faire. Seulement l'objectivité avait-elle vraiment sa place quand on parlait d'amour ? Reconnaissance, gratitude, amour, amitié, et...désir... La liste était longue et elle n'aurait jamais pensé devoir faire face à tout ce qu'elle ressentait si tôt, même si elle en était l'entière responsable. La jeune fille était lucide, elle s'était bien rendue compte avant de toutes les sensations étranges qui l'embrasaient lorsque Fred était près d'elle, mais, s'il n'y avait que ça ! Ses préoccupations allait bien au-delà de stupides histoires de coeurs entre adolescents, et elle avait espéré juste pouvoir régler bien des tracas avant de s'y atteler. Sauf que non, le sort—enfin, elle, elle et ses stupides émotions trop à vifs—en avait décidé autrement, et il était trop tard pour revenir en arrière maintenant.

A mesure que Noël approchait, elle sentait en elle le vide s'agrandir, cette année ses parents ne seraient pas avec elle... Tout comme le reste de sa famille dont elle s'était que trop éloignée à mesure du temps qu'elle passait loin d'eux à Poudlard. Ils n'étaient rien de plus que des étrangers les uns pour les autres maintenant, ils ne voulaient pas de cette fille si lointaine, pas plus qu'elle ne voulait d'eux. C'était, certes, mieux ainsi mais elle restait néanmoins une sans famille, combien même les Weasley l'avait recueillie. Harry ne fut d'aucun soutient quand il lui révéla que ce manque ne pourrait jamais guérir et ne ferrait que revenir sans cesse avec le poids des années mais il lui assura qu'au moins, ils étaient là l'un pour l'autre, quoiqu'il advienne. Ils se comprenaient et Hermione songea avec mélancolie qu'ils formaient presque à eux deux un simulacre de fratrie, tout à fait ridicule vu la façon qu'ils avaient de rester assis là, dans le silence glacial du grenier l'un et l'autre, c'était tout de même tellement réconfortant de savoir Harry ici, avec elle.

Elle profita de cet aparté à deux pour enfin raconter à son meilleur ami ce qu'il se passait avec les Serpentards depuis la dernière sortie à Pré-au-lard et alla même jusqu'à lui révéler le rêve qu'elle faisait sans cesse. Harry aussi lui parla, expliquant finalement ce qu'il ressentait depuis le retour du mage noir, toute la colère et la culpabilité qui le rongeait et ils finirent même par verser quelques larmes ensemble. Ils se sentaient tous les deux tellement meurtris mais tellement mieux aussi, au vu des circonstances qui les avaient poussé à se réfugier ici comme pour fuir les problèmes, la tristesse... Ils se soutenaient, s'entre-aidaient sans pouvoir changer quoique ce soit, juste par leurs présences mutuelles.

Mais il y avait toujours tout.

Il y avait toujours Fred.

Fred.

Voilà ce qui semblait être le noeud de tous ses soucis.

Est-ce qu'elle l'aimait ? Parfois elle aurait pu jurer que oui, sans la moindre hésitation. D'autres fois, elle pensait le haïr. La réponse à cette question était aussi évidente qu'effrayante à ses yeux et elle en amenait tellement d'autres encore. Est-ce qu'elle le voulait ? "Oui, évidemment que oui" se disait-elle avant de se raviser. Voulait-elle encore l'embrasser ? Cette question-là ne se posait même plus, mais comment pourrait-elle ? La brune avait l'impression de ne jamais avoir autant réfléchi de sa vie—une vraie première !—et le grenier était parfait pour cela. Elle s'y sentait en sécurité, loin de tout et de toutes contrariétés. Personne n'avait tenté de venir les chercher ici. Elle se serait presque sentie en paix pour peu que ses pensés auraient cessé de la harceler.

A quelques étages en dessus, se trouvait Fred, dans un état tout aussi piteux que la brune. Lui aussi était devenu la proie de ses interrogations. Oh, il n'avait pas perdu immédiatement espoir, c'était venu tout seul. Au fur et à mesure que la jeune fille s'était mise à l'éviter et depuis, il s'était lui aussi terré dans sa chambre, refusant obstinément de faire autre chose que travailler sur les différents projets de farce et attrape qu'ils avaient, George et lui. Comme un cliché d'adolescent transi d'amour, il avait perdu le sommeil et l'appétit, d'humeur massacrante, il ne pouvait s'empêcher de crier après toute personne tentant d'entrer en communication avec lui, même son double. Il avait conscience d'être terriblement pathétique, son frère passait d'ailleurs la plupart de son temps à le lui répéter. Il avait la sensation d'être totalement impuissant et de ne rien pouvoir faire d'autre que de subir. Subir sa propre incapacité à faire face. Subir le silence méprisant de Hermione, sans rien pouvoir y changer. Il était victime et prisonnier de l'étau de ses sentiments. Il ne devait plus rien représenter pour la brune, pas même un ami ou une vague connaissance. Il n'était plus rien, seulement douleur et déception.

La semaine s'écoulait lentement, trop lentement au goût de George et Ginny. Noël approchait cependant trop rapidement et il était hors de question pour les deux roux de le passer dans de telles conditions ! Un soir, après avoir entendu Fred claquer une énième fois la porte de sa chambre en guise de refus à l'invitation de passer à table, il en était trop pour le frère et la soeur. Ils se trouvaient alors tous deux dans l'escalier, la cadette se tourna vers George, une expression montrant une exaspération extrême sur son visage.

- Tu es au courant ? demanda-t-elle d'un ton qui semblait plus affirmatif qu'interrogatif. Tu penses à ce que je pense ? lâcha-t-elle sans attendre sa réponse tout en bougonnant.

- Oh que oui, répondit son frère, toute malice joyeuse ayant disparu de son regard.

Le sourire que lui fit sa petite soeur à ces mots aurait presque pu l'effrayer. Il songea que sa soeur restait tout de même l'esprit le plus diabolique de la famille, qu'importe le nombre astronomique de farces que Fred et lui avaient pu faire. Dommage qu'elle ne souhaitait en faire usage plus souvent, elle aurait presque pu les rejoindre dans leurs mauvais tours quand Fred serait redevenu lui-même.

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L'idée de Ginny était d'une simplicité déconcertante mais brillante. Rien n'aurait pu être mieux qu'une rencontre entre les deux amis. La mettre en oeuvre était plus compliqué mais George aimait la difficulté et il était prêt à relever tous les défis pourvu que cela fasse redescendre Fred de son personnage mélo-dramatique. Convaincre Sirius—qui avait été dans sa jeunesse un blagueur de renommé—de les aider n'avait pas demandé beaucoup de travail. Trouver le moment où le quartier général fut totalement vide à l'exception des acteurs de ce plan de génie releva en revanche du miracle, surtout qu'il fallait agir vite. Il avait fallu pousser Ron à partir rendre visite à leur père avec leur mère tout en s'arrangeant pour que Ginny puisse rester à la maison. La rousse avait prétendu un mal de tête terrible l'obligeant à garder le lit, elle fut si convaincante que Molly hésita même à partir en la voyant. A la seconde où la femme et le fils passèrent le seuil de la porte d'entrée, ils se mirent en place dans l'une des chambres des étages supérieur, non loin de celle des jumeaux ni de l'escalier.

George avait toujours été fasciné par les technologies des moldus, leurs inventions étaient si ingénieuses qu'ils pouvaient aisément se passer de magie, c'était une source d'inspiration sans fin pour son frère et lui. L'un de leur tout dernier prototype s'inspirait du téléphone qui permettait de se parler depuis de longues distances, l'esthétique de l'appareil, lui, ressemblait assez aux oreilles à rallonge. Il s'agissait d'une sorte d'entonnoir que l'on plaçait devant soit pour parler, un fil long de plusieurs mètres le reliait à une bouche criarde qui retransmettait les moindres trémolos de la voix. Le petit appareil était caché dans le fond de la pièce tandis que Sirius se trouvait dans un couloir adjacent, parfaitement invisible dans le recoin sombre où il avait trouvé refuge, un sortilège insonorisant sa présence. George et Ginny se tenaient prêt à agir, le frère et la soeur échangèrent un regard convenu comme pour donner le top de départ et ils se lancèrent.

Une Ginny affolée alla trouver en urgence Harry et Hermione, fabulant une histoire ponctuée de faux sanglots et de crises de larmes nerveuses, comme quoi le parrain du brun était soudainement prit d'un mal inconnu, et pour appuyer ses dires, un cri déchirant du maraudeur perça mystérieusement le silence pesant qui régnait dans la maison. Ils descendirent sitôt en trombe, Hermione en tête selon les conseils de la rousse vu qu'elle était "la plus douée en sortilège". Ils déboulèrent en trombe dans le couloir du troisième étage alors qu'au même moment, Fred sortait de sa chambre avec son frère qui venait tout justement d'y entrer, un air tout à fait innocent sur les traits. Tout se déroulait à la perfection.

Fred et Hermione entrèrent dans la pièce piégée sans même prendre en considérations la présence de l'autre, ni le fait qu'on ne les suivait pas, et que Sirius ne se trouvait visiblement pas là. Heureusement que Ginny avait réussit à retenir Harry par la main avant qu'il ne fasse tout capoter en entrant à son tour dans le piège, ce qui était la partie la plus épineuse de ce plan ! Enfin, avant que leurs victimes comprennent quoique ce soit, le frère entreprit de verrouiller la porte avec l'aide de Sirius, et un collaporta plus tard, le tour était joué. Ils se tapèrent tous trois dans la main en signe de réussite tout en riant alors que de l'autre côté de la porte, des coups sourds se faisaient déjà entendre pour demander libération.

- Mais enfin, vous pouvez m'expliquer ce que vous venez de faire ? s'exclama Harry, complètement médusé.

Les trois farceurs blanchirent légèrement de surprise et se regardèrent sans trop savoir quoi répondre. Ca, c'était une partie du plan à laquelle ils n'avaient pas pensé !

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Une colère froide et sourde s'empara de Severus Rogue à l'instant même où le désagréable personnage fit son apparition. C'était un être abject, aucun autre qualificatif n'aurait trouvé grâce à ses yeux pour le décrire. Les années avaient passé mais le sentiment de dégout qui l'habitait en sa présence était toujours bien présent, vivace même. Et il se mêlait bien entendu à la haine maintenant. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, il n'avait pas toujours détesté Rosier père. Non pas qu'il l'avait un jour aimé, justement, mais il avait simplement appris à toujours plus le mépriser au fil de leurs rencontres. Ses enfants Evan et Elinor avaient pourtant été d'excellents amis à lui de leurs vivants, tout cela devait peut-être venir de là. Evan et Elinor... Cassiopeia...

Il pensait toute la famille éteinte depuis la guerre et ce fameuse évènement, il s'était visiblement lamentablement trompé. Evidemment, le retour de Rosier parmi les vivants, quand le rat eut enfin finit de se terrer dans son trou, l'avait surprit, comme le retour de certains mangemorts de vieilles familles. Il l'avait signalé dans le rapport qu'il avait fait à Dumbledore et c'était tout, l'indifférence était de retour, les seuls survivant de la famille étant le vieil homme et sa femme, il n'avait aucune raison de les fréquenter, il avait tout le loisir de les éviter même. Il en avait bien le droit après tout ce qu'il s'était passé à la fin de la guerre, c'était même mérité, légitime.

Et il y eu cette fameuse réunion, le Maître avait révélé la macabre vérité. Et il avait comprit.

Elle était en vie. Ce qui changeait évidemment tout.

Rosier l'avait décrite comme une arme puissante dont la force de frappe n'aurait jamais d'égal, une lueur démente dans le regard, il l'avait enfaite présenté comme un simple objet n'ayant aucune autre utilité. Elle ne faillirait pas à sa mission avait-il promit, après son sort n'importerait plus à la cause des ténèbres. Mais à Severus si. Il devait la retrouver, c'était vitale, c'était ça sa véritable mission. Il ne jouait plus pour Voldemort ou Dumbledore désormais, mais pour lui. Du moins pour elle...

Il continuerait à agir pour la lumière tant qu'il le pourrait, ensuite, il aviserait.

L'air se fit plus lourd et l'aura maléfique du maître se fit sentir avant même qu'il n'entre dans la pièce. Sa démarche était d'une lenteur calculée, le sorcier semblait presque glisser sur le sol, comme le serpent qui le suivait de près. Il tourna ainsi autour de chaque fidèle, lisant avec délectation le sentiment de la peur mêlé à celui de l'admiration sur leurs visages. Severus ne pouvait qu'imaginer combien il devait jubiler intérieurement de toute cette puissance que lui conféraient les malheureux naïfs qui le croyaient. Car telle était le pouvoir le plus puissant de Lord Voldemort, telle était sa véritable magie : son charisme, sa capacité à faire avaler n'importe quoi aux pauvres gens.

Finalement, le mage noir prit place alors que Nagini serpentait encore lentement entre les différentes personnes attablées laissant derrière elle une trainé d'inconfort et la réunion débuta. Le maître commença son discours en flattant ses partisans avant, bien entendu, de leur lancer des répliques acerbes qui les glacèrent. Il jeta quelques impardonnables à certains malheureux pour donner l'exemple avant de recommencer les flatteries et autres discours galvanisants. Et c'était de nouveau torture physique—et surtout mentale—et accablement. Voilà comment il arrivait à régner en maître sur les esprits faibles qu'il manipulait, avec un subtil alliage de considération et de peur. Voilà comment il avait gagné les foules. Voilà comment lui aussi avait succombé il y à si longtemps de cela. C'était sa méthode de les attirer en leur montrant à quel point ils valaient plus que les autres, à quel point ils étaient supérieurs et importants pour une cause qui les dépassait tous. Puis au bout d'un moment, il se mettait à entretenir en eux un sentiment de terreur profonde. La peur de décevoir celui qui les avait repéré parmi tous les autres, qui pensait qu'ils étaient plus que digne d'intérêt. La peur d'être punis, celle de ne plus être à la hauteur...il en existait tant... Le lord les torturait, jouait d'eux comme de simple pion dans une gigantesque partie d'échec et les méprisait ouvertement mais aucun d'eux ne partaient, au contraire, tous ses fidèles restaient et continuaient à en redemander. A la connaissance de Severus, il n'y avait eu jamais d'autre espion que lui.

Les mots défilaient, des sorts fusaient de temps à autres dans des sons qui semblaient si lointains à Severus qu'il éprouvait un sentiment semblable à celui d'un rêve ou d'un cauchemar plutôt, comme s'il n'était pas vraiment là, comme si la situation était bien trop absurde pour être réelle. Elle l'était pourtant bien. Il écoutait attentivement, notait mentalement les plus petits détails de toutes les informations qu'il pouvait retenir mais se sentait si étranger, détaché de ce sombre spectacle. Cela faisait longtemps que le maître n'était plus pour lui que la plus grande erreur de sa vie, une bête cruelle qui l'avait capturé dans la sottise de sa jeunesse et l'avait rendu responsable des actes qu'il abhorrait et regrettait le plus.

Il accueillit le départ de la plus part des mangemorts avec soulagement, espionner le Lord était toujours plus aisé avec une bonne partie de fanatiques en moins. Le rassemblement n'était pas encore tout à fait terminée, il restait au maître à parler à quelques-uns de ses lieutenants dont Severus, en sa qualité d'espion faisait évidemment parti. En compagnies de ce qu'on pourrait prendre pour ses "intimes", le mage noir semblait presque plus humain, ce qui bien-sûr n'était qu'une illusion de plus puisque sur eux aussi il exerçait une manipulation sans limite. Ils n'étaient plus que quatre, lui, le maître, Lucius et maintenant Rosier... Merlin qu'il haïssait cet homme !

Comme s'il lisait dans ses pensées, le vieil homme à la balafre croisa son regard et détourna rapidement le visage dans une mimique pleine de mépris. Le Lord se massa les tempes quelques secondes, réfléchissant, un silence de mort les entouraient tendis qu'ils attendaient qu'il parle. On ne parlait pas si le maître ne nous le permettait pas.

- As-tu des renseignements sur la prophétie, Lucius ? siffla-t-il finalement en flattant Nagini qui s'était rapproché de lui.

- Oui, mon maître ! répondit immédiatement Malfoy, trop effrayé à l'idée de faire patienter le mage. Nous en savons plus, expliqua le blond, son emplacement, mais..., hésita-t-il.

- Mais impossible de la retirer sans moi où le garçon, termina-t-il à sa place, sans attendre que Lucius s'emmêle dans ses bégaiements. Me montrer ne jouerait pas à notre avantage, profitons encore qu'il mette sur Black la plupart de nos actes ! reprit-il après un silence. Je suppose, Severus que le garçon ne peut quitter l'école.

- Dumbledore le surveille, Maître. Impossible de l'approcher tant qu'il est là.

- Il serait donc peut-être temps que le vieux fou prenne sa retraite, tes amis au ministère pourraient peut-être nous venir en aide ? ordonna-t-il subtilement en dévisageant froidement le blond.

L'aristocrate hocha posément la tête, en acceptant—avec honneur—la requête du Lord. Voldemort chercha ensuite à s'informer sur les différentes missions dont ses trois sbires étaient chargés. Severus récita au mot près les informations plus ou moins vraies qu'il avait "espionné" au sein de l'ordre, autant dire qu'il révélait sobrement ce que le directeur lui avait dit de dire en y mettant le ton, comme un bon comédien. Rosier aussi parla, assurant que sa petite fille devait avoir maintenant commencé à découvrir son don—car il était persuadé qu'elle l'avait. Il y eu un nouveau silence durant lequel le Lord se massa une fois de plus les tempes donnant à Severus une vague impression qu'il était souffrant, ce qui était parfaitement ridicule, on parlait de Lord Voldemort tout de même. Non, il semblait plus être en colère, voire inquiet, impatient oui : Severus crut lire en lui une sorte de trépignement, une mimique d'attente d'un homme en pleine délibération sur sa vie.

- Nous faiblissons, lâcha-t-il finalement, de façon abrupte, une pointe frustrée dans la voix.

A peine eut-il finit sa phrase que Lucius et Rosier s'évertuaient déjà à la contredire en lui réaffirmant sa puissance, multipliant les compliments grossiers sur la justice de leur cause, ce que le maître des potions trouva bien ridicule et il était sûr que le Lord aussi. Il ne dit mot d'ailleurs car c'était la vérité, il l'avait bien remarqué. Le maître ne faisait que dire à voix haute ce qu'il savait depuis longtemps déjà.

- Cessez ! exigea-t-il férocement. Explique-leur, Severus, ils ne comprennent pas, ajouta-il avec dédain.

- Nous sommes trop peu nombreux, et nos membres sont plus...endormis je dirais, expliqua sans émotion le maître des potions sous les airs outrés des deux autres.

Comme ils s'y attendaient tous deux, Lucius et Rosier entreprirent de le contredire et de rassurer leur maître mais celui-ci les ramena au silence immédiatement.

- Précisément, Severus. Ils sont devenus médiocres. A votre avis, combien d'entre eux seront capable d'agir le moment venu ? Arriveront-ils encore à lancer les impardonnables ? Ils veulent faire parti de notre révolution mais ne veulent plus se battre... Ils ont perdu leur hargne. C'est de combattants dont nous avons besoin pour mener à bien ma vision, notre vision.

- Que suggérez-vous, maître ? intervint Rosier après un silence appuyé.

Le Lord braqua ses pupilles sanguinolentes sur les onyx du maître des potions, un air indéchiffrable sur le visage, glaçant Severus un peu plus qu'il ne l'était déjà. Soudain, il comprit.

- Non, vous, que suggérez-vous ? C'est votre rôle, c'est votre mission à vous, mes fidèles, fit-il d'une voix trainante.

Severus savez que ni lui, ni l'homme ou plutôt la bête qui le fixait n'écoutaient guère les bégaiements des deux aristocrates. Un frisson de crainte, que le maître prit pour de l'excitation lui échappa et lui secoua l'échine. Le maître voulait plus de sang, alors il serait servit, bientôt il y aurait des morts, beaucoup de morts...

- Il vous faut vos anciens partisans, lâcha-t-il presque sans y croire, ceux à qui le mage noir pensait avaient été à l'origine de tellement de souffrance, et il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était du pur génie sur le plan stratégique.

- Oui, nous devons sortir nos camarades d'Askaban, tonna-t-il en s'extasiant déjà sur cette évasion massive dont il serait à l'origine.

Et le sang n'entrainant que le sang, Severus savait que bientôt les mangemorts retrouveraient bientôt toute leur ancienne vigueur sanguinaire, l'Ordre devait tout de suite être prévenue ! Cela signifiait qu'il n'était qu'une question de temps avant que la guerre éclate, quelques mois tout au plus. Mais cela signifiait aussi que l'homme sortirait bientôt, très bientôt de sa prison. Et alors tous serait perdu pour Cassiopeia.