Chapitre 14_'Ver de terre amoureux d'une étoile'
"Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut." V. Hugo, Ruy Blas
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- Je n'ai aucun souvenir de l'attaque de mes parents, commença Hermione, et ce qui s'est passé ensuite est encore plus flou. Parfois, je crois les entendre crier, appeler à l'aide alors que je suis impuissante, mais c'est une impression tellement vague que je me demande si je ne l'ai pas inventer en essayant de comprendre. Au début, tout était noir, j'étais trop sous le choc peut-être, mon cerveau ne pouvait pas accepter la réalité, ou alors je ne pouvais pas l'accepter. Je me suis réveillée et tout était encore pire que la noirceur. Oh, fit-elle en d'une voix traduisant la gêne, je ne veux pas dire qu'on s'est mal occupé de moi, mais... Quand j'ai su... je... J'ai commencé à faire ces rêves..., sa voix était hésitante, elle s'arrêtait pour chercher ses mots plusieurs secondes mais continuait toujours son récit avec détermination. D'abord, ce n'était que des simples cauchemars, j'étais dans la rue, chez moi ou même ici, à Poudlard et je me faisais enlever ou attaquer, rien d'alarmant vu la situation mais terriblement éprouvant, avoua-t-elle. Mais ensuite tout à dégénéré...
Severus l'observait en silence, tentant de comprendre ce que désirait son élève. Plusieurs fois, il aurait pu l'interrompre, la congédié en disant qu'il n'était pas médicomage ou la provoquer pour retirer quelques points à gryffondor mais il n'en fit rien. Pour une fois, il se contentait d'écouter, de découvrir ce qui pouvait bien torturer une élève aussi brillante. Ce n'était un secret pour personne, il détestait ses élèves et n'avait jamais cherché à se comporter en "bon prof", l'idée même de jouer les conseillés pour ado le rebutait au plus haut point. Mais là, il écoutait, il s'intéressait, s'impliquait même. C'était nouveau et déroutant, pour lui comme pour elle.
Peut-être était-ce parce que la jeune fille lui rappelait une autre, il y a des années de cela, elle aussi enfant de moldus, brillante et définitivement mal entourée. Peut-être était-ce parce que Granger avait le même âge qu'aurait dû avoir une autre jeune fille qu'il recherchait, il aurait aimé être là pour elle si elle avait été dans cet état. Peut-être était-ce simplement un mélange de tout cela. Voyant que la brune ne parlait plus, visiblement trop anxieuse au vu de la façon dont elle se mordait l'intérieur de la joue, il prit à son tour la parole :
- Vous êtes peut-être à la recherche de potions de sommeil sans rêve ? suggéra-t-il calmement. Je ne peux pas vous en donner ainsi, seule...
- Mrs. Pomfresh peut le faire, oui, l'interrompit la jeune fille, ce qui l'agaça un peu plus, sans qu'il ne la reprenne. Non, Monsieur, ce n'est pas ce qu'il me faut, j'ai déjà essayé mais... Enfin, ce ne serait pas très raisonnable de ma part... Je... Oh mais comment dire ?! se lamenta-t-elle comme s'il n'était pas là.
- Calmez-vous, Granger, lui ordonna-t-il.
Il vit son élève prendre une grande inspiration et fermer les yeux, lorsqu'elle les rouvrit ils brillaient d'une détermination douloureuse.
- J'ai l'impression de devenir folle, lâcha-t-elle abruptement. Depuis que je suis revenue ici, je fais ces rêves... On dirait des visions ou des souvenirs, j'en sais rien ! cracha-t-elle un accent de désespoir dans la voix. Ce sont toujours les mêmes, en boucle ! Les mêmes endroits, les mêmes visages, à l'identique ! Je... Et même en plein jour maintenant ! Quand je laisse mon esprit vagabonder ou quand je ferme les yeux... Je les vois ! Comme si j'étais quelqu'un d'autre ! Dans ces moments-là je ne suis plus moi !
Severus fronça les sourcils. Granger s'agitait, serrait les poings jusqu'à avoir les jointures blanches sans qu'elle ne semble s'en rendre véritablement compte. Elle criait presque, complètement hystérique, les larmes se mêlant aux notes tristement affolées de sa voix. Il ne se souvenait pas avoir un jour vu son élève dans cet état et se trouva subitement décontenancé. Voilà pourquoi il ne s'impliquait pas auprès de ses élèves ! Que pouvait-il répondre face à leurs souffrances alors que lui-même peinait à contenir toute la sienne ?
- Calmez-vous, Granger, lui intima-t-il une nouvelle fois, mal à l'aise.
- Je suis folle. N'est-ce pas, professeur ? demanda-t-elle après plusieurs minutes de silence.
- Non, répondit-il immédiatement. Vous ne l'êtes pas, Miss. Personne n'est fou ou alors tout le monde l'est un peu à sa manière, philosopha-t-il plus lentement.
- Qu'est-ce qui m'arrive alors ? osa-t-elle demander sans qu'elle ne soit pourtant sûre de vouloir connaitre la réponse à cette question.
Le Maître des potions garda le silence. Qu'allait-il dire ? Il ne pouvait pas lui apporter la réponse qu'elle souhaitait et quand il lui annoncerait, il savait que les ténèbres qui l'entouraient ne s'en renforceraient que plus, il pouvait en témoigner, sa vie entière pouvait en témoigner.
- Il faut que vous m'aidiez, professeur, fit la jeune fille en passant rageusement sa main pour faire partir les dernières traces de larmes.
L'aider ? Il n'avait pas que ça à faire ! Et de toute façon, il ne pouvait pas l'aider ! A moins qu'elle cherche à...
- Non ! refusa-t-il sans se soucier d'être trop dur.
- Mais professeur...
- L'occlumancie n'est pas un art que le premier venu peut apprendre aisément ! tonna-t-il. Cela demande du temps et beaucoup de travail, ce que nous n'avons pas. Et vu votre état actuel, je doute que vous puissiez suffisamment vous concentrer pour cela.
- Mais si...
- Non, il n'y a pas de si. Je pourrais à la rigueur toucher un mot ou deux de votre situation à Dumbledore, peut-être que lui saura qu'elle est votre situation...
- Professeur ! insista-t-elle. Je sais que vous n'avez aucune envie de m'apprendre l'occlumancie mais je vous en prie, vous êtes le seul ici à pouvoir me l'enseigner !
- Dumbledore peut le faire ! la contra-t-il.
- Avec Ombrage ? Je doute que le directeur puisse rester encore longtemps, argua-t-elle en ne frustrant que plus l'enseignant, sur ce point-là, elle avait indéniablement raison.
Il garda le silence tout en la jaugeant. Il était le professeur, il l'avait déjà laissé outrepasser la limite ce soir, c'était lui qui aurait le dernier mot, aucune autre alternative n'existait.
- Ma décision est prise, Miss, grinça-t-il bien moins compréhensif que les minutes précédentes. Veuillez maintenant sortir de mon bureau et attendre que je prévienne votre directrice de maison, dit-il en commençant à se relever.
- Réfléchissez, professeur ! Si...
- Ne prenez pas ce ton avec moi, Granger !
- Alors écoutez-moi ! explosa-t-elle avant de retrouver son calme, l'homme se rassit, abasourdit par l'assurance dont faisait preuve son élève. Vous et moi savons que je suis tout à fait capable d'apprendre cette discipline, je pourrais même arrêter de travailler les autres matières pour me concentrer dessus sans prendre de retard dans le programme. Vous détestez Harry, réfléchissez, dit-elle encore, plus vite je maîtrise l'occlumancie, plus vite je vous libère de la présence de Harry en prenant votre place !
- Croyez-vous vraiment avoir le niveau pour enseigner l'occlumancie à une personne dont les pensées sont épiées par l'un des plus grands legilimens de notre temps ?
Il pensait avoir réussit à la faire taire, elle n'oserait tout de même pas lui répondre cette fois ?
- Si c'est vous qui m'apprenez, alors je suis certaine que oui, eut-elle l'audace de répondre avec calme.
Il ne répondit pas, pesant le pour et le contre.
- Je ne veux pas être folle, professeur, murmura-t-elle encore. Je vous en prie, je ne parle pas à mon professeur mais à l'humain que vous êtes. Faites appelle à votre humanité, aidez-moi, ne m'abandonnez pas..., l'implora-t-elle encore en baissant la tête.
Il eut l'impression qu'un choc électrique le traversait. Cette phrase, ces mots. "Faites appelle à votre humanité" On lui avait déjà dit. Il y a de cela presque vingt de cela. Oh les mots n'était pas exactement les mêmes, "utilise ton humanité, Severus" si ses souvenirs étaient exacts, mais le sens était le même. La dernière fois qu'on lui avait dit cela, il n'avait pas écouté la personne qui lui avait supplié de garder le silence. Les conséquences étaient la mort de trois personnes, d'un orphelin et d'une jeune fille disparue depuis de nombreuses années : c'était là la plus grande faute de sa misérable vie.
C'était peut-être par pure superstition ou pour rétablir la balance, mais il savait qu'en ayant dit cela, Granger venait de gagner bataille. La guerre même, si elle le désirait. Il ne commettrait pas deux fois la même erreur, il avait grandit et mûrit et peut-être même avait-il réellement changé. Personne ne le saurait jamais, mais c'est en acceptant d'aider la jeune sorcière qu'il pourrait prouver qu'il n'était plus cet adolescent revanchard, il se le prouverait à lui-même. Et puis, si cela pouvait l'éviter de se coltiner Potter trop longtemps...
- Professeur ? fit encore une fois la jeune fille le ramenant net dans la réalité.
- Demain, 20:00, grogna-t-il. Et je ne tolérerai aucun retard, je me réserve sinon le droit d'arrêter.
- Merci, murmura-t-elle soulagée.
Il vit la jeune sorcière se lever et retenir un mouvement vers lui, comme si elle avait voulu lui sauter au cou pour l'embrasser sur la joue. Et puis quoi encore ! Il acceptait, c'était bien déjà suffisant ! Arrrgh...la spontanéité stupide et trop émotive des gryffondors ! Elle tendit finalement sa main droite qu'il serra négligemment, signant leur accord à la moldus sans qu'il puisse retenir un rictus dégoûté. Il détestait profondément qu'on le touche. Puis sans un mot, la jeune fille disparut, le laissant de nouveau seul dans son silence si réconfortant. Pourtant, il régnait sans la pièce une ambiance étrange de rêve qui lui donna l'impression d'avoir tout inventer. Il aurait pu se pincer pour être certain d'être bien éveillé. Voilà qu'il se mettait à aider volontairement des élèves ! Si on l'avait raconté à tout autre occupant du château, personne ne l'aurait crut. Il inspira profondément et retourna à ses recherches.
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Fred regardait nerveusement l'entrée de la salle commune. C'est à peine si Hermione avait mangé ce soir, elle était partie si vite et elle n'était même pas passée le voir ! Cela faisait maintenant presque une heure que la jeune fille n'était pas réapparue, c'était bientôt l'heure du couvre-feu et la bibliothèque était fermée depuis longtemps, alors que faisait-elle ? Par moment il regrettait vraiment d'avoir donné la carte du Maraudeur à Harry. Oh, il savait qu'il pouvait l'utiliser dès qu'il en avait le désir mais il se voyait mal aller demander au garçon à lunette la carte pour savoir où se trouvait Hermione, cela aurait été trop suspect. Et sinon, il fallait inventer une excuse...
Mentir et dissimuler des choses n'était pas vraiment difficile pour Fred. D'un certain point de vue, il aurait même pu trouver sa place parmi les serpentards, son frère et lui étaient véritablement passés maîtres dans l'art de la tromperie et ils ne manquaient pas d'ambition ! Ils avaient préparé pendant plus de deux ans leur projet de boutique sans ne mettre personne dans la confidence ou presque. Harry par exemple, qui avait financé leur projet, faisait parti des quelques privilégiés connaissant tous les détails de leur plan d'avenir. Pour faire toutes ces farces dont il était l'auteur, il avait dû apprendre à mentir, c'était nécessaire s'il voulait qu'elles marchent. Ca ne lui avait jamais vraiment posé problème, Fred avait toujours su garder le sens de la réalité. Il avait toujours été honnête dans les autres domaines, surtout avec les autres, l'hypocrisie n'était pas son fort. Et là, avec Hermione, c'était complètement différent.
Oh attention, il ne voulait pas dire qu'il ne faisait pas preuve de franchisse avec la brune, bien au contraire, il l'aimait ! Avec sincérité, bien qu'il ne l'ait jamais encore dit à la jeune fille. S'en rendre compte lui avait prit du temps mais maintenant il n'avait plus peur de le dire : il aimait Hermione Granger. Ce qui le dérangeait, c'était de ne pouvoir mettre personne dans la confidence. C'était un accord tacite entre la jeune fille est lui, le seul moyen pour qu'il puisse être avec elle—enfin il aimait à penser qu'il était avec elle, vraiment avec elle. Un accord le temps que la brune y voit plus clair, le temps qu'elle puisse régler ses problèmes sans se mettre une trop grande pression. Elle ne réfléchissait plus à ce pan de sa vie et se laissait aller au grès de ses humeurs. Par moment ils pouvaient très bien se comporter comme de simples amis, assis tous les deux dans un coin au calme pour discuter de tout et de rien en partageant des friandises qu'il avait amené. Mais la tension entre eux était forte, trop forte en tout cas pour que lui y résiste. C'était ambiguë, insupportable de la regarder, d'être si proche d'elle et de ne pouvoir la toucher car ils n'étaient pas seuls ou bien parce que la jeune fille n'en avait pas envie. Si difficile de ne pouvoir agir que comme un ami. Il souffrait...
Il avait alors l'impression de se mentir à lui-même, de refouler au plus profond de lui la nature de ses sentiments au point de ne plus vraiment être lui. Et pire, de lui mentir à elle ! Oui, dans ces moments-là, il n'était plus que la proie de sa tortionnaire, une déesse, un ange qui reposait si loin de lui dans le ciel alors qu'il rampait à ses pieds. Alors il la contemplait, le regard brûlant, en attendant qu'elle le remarque, et ainsi la tension grimpait un peu plus, devenait palpable, incontrôlable, il se sentait à peine maître de lui. Il ne faisait rien, attendait, restait comme en apnée, jusqu'au moment ou pour elle aussi, cela devenait trop fort. Quand elle attrapait sa main, glissait ses doigts le long des siens, seulement là, il se sentait respirer de nouveau et se laissait aller aux douces étreintes de Hermione.
Il regarda l'heure une fois encore en se rongeant l'ongle du pouce. Là aussi la tension montait mais elle était d'une nature bien différente et, il fallait l'avouer, complètement flippante. Il lâcha un soupir et quelques jurons faisant tourner la tête des élèves autour de lui lorsque enfin il vit le tableau pivoter pour laisser entrer une Hermione aux joues rouges mais à l'air joyeux, électrique même.
- Mais où-est-ce que tu étais encore ? lui demanda Ron avant même qu'il n'ait eu le temps de s'approcher de la jeune fille.
- A la bibliothèque, le rassura-t-elle, je lissait un livre sur...heu... Laisse tomber, ça ne t'intéresserait pas, l'entendit-il dire, provoquant l'énervement certain de son petit frère même si, en tout honnêteté, il se moquait de la plus part des lectures de la brune.
Fred ne sourcilla pas, il ne laissa rien paraître, la jeune fille venait de mentir à son tour, ce qu'il ne comprenait pas. Hermione ne lui avait jamais rien caché. Il s'approcha, dos à elle, et plaça ses mains sur ses paupières.
- Devine qui je suis ? fit-il en prenant une voix exagérément aigüe.
- Tu sais que je gagnerait toujours à ce petit jeu, Fred, répondit-elle un sourire espiègle sur le bout des lèvres. Et puis, qui d'autre joue à ça, à par toi ?
- Toi, visiblement, répondit-il alors qu'elle se tournait vers lui. Bonsoir, dit-il, plongeant directement dans le topaze foncé de ses yeux.
- Bonsoir, chuchota-t-elle en retour, cette lueur particulière dans les yeux, celle qu'il aimait tant.
Silence. Un long silence contemplatif s'installa entre eux. Enfin ils se retrouvaient et échangeaient en un regard tous ce qu'ils auraient voulu dire à l'autre, un regard où ils leur semblaient toujours se redécouvrir sous un angle nouveau, ce qui ne faisaient que les conforter dans l'opinion qu'ils avaient déjà l'un de l'autre. Elle le trouvait merveilleux. Il la trouvait magnifique. L'instant pourrait durer une éternité que Fred ne verrait pas le temps passer. Il voulait rester prisonnier de ses pupilles, s'enfermer dans cette boucle de temps quotidienne en ayant l'impression qu'ils n'étaient que seuls au monde, à l'instant où elle redevenait maîtresse de ses gestes et de son coeur. Il la voulait maintenant, n'attendait égoïstement que de l'avoir vraiment pour lui seul, coupé du monde terrible qui les entouraient.
- Vous êtes vraiment bizarres ! commenta Ron depuis une réalité qui lui semblait déjà bien lointaine.
Le roux se leva et partit en direction de son dortoir pour rejoindre Harry, le tout sous l'oeil vigilant de Hermione. Combien de fois l'avait-elle entendu son meilleur ami se plaindre des blagues puéril que pouvait lui faire son grand frère, comme s'il avait une pointe de jalousie. Mais jamais la jeune fille n'y prêtait grande attention.
- Quel rabat-joie, répondit Fred sans vraiment se laisser atteindre. Seuls, s'exclama-t-il d'un air entendu et il lui fit un clin d'oeil en se dirigeant vers le portrait de la grosse dame, l'entraînant à sa suite.
Sans une seconde d'hésitation, Hermione le suivit dans le dédale de couloirs et d'escaliers qu'était Poudlard. Ils arrivèrent rapidement au bas de l'échelle menant à la salle de divination. Avec effrois, Hermione sentit ses yeux s'agrandir alors que Fred posait ses mains sur les premiers barreaux.
- Tu n'y penses pas ?! s'exclama-t-elle trop incrédule pour être énervée, quoique, c'était Fred, elle n'aurait pas dû être étonnée.
- Tu as peur, Hermi-jolie ? lança-t-il en baissant la tête, il était déjà arrivé à la moitié de l'échelle, elle savait qu'il ne reviendrait pas en arrière.
- C'est interdit, rétorqua tout de même la jeune fille en détachant toutes les syllabes, enfin, c'était surtout pour la forme.
Ils entendirent alors le son d'une porte refermée violemment. Russard ! Ou pire, Rogue ! Fred gravit le reste des barreaux avec aisance, la brune derrière lui, il n'était plus question de discuter. Le garçon referma la trappe menant à la salle de divination en espérant être le plus discret possible. Se faire attraper était une chose mais attirer des problèmes à Hermione en était une autre. La dite jeune fille se tourna vers lui pour lui lancer un petit coup dans l'épaule, vexée que le sort est visiblement choisi de jouer en la faveur du roux. Fred ne lui répondit que par un sourire triomphant et attrapa sa main pour la guider entre les tables recouvertes de nappes bariolées. Bien sûr, Hermione était déjà venue ici, mais étant une élève modèle, elle ne s'était jamais dirigée vers le fond de la salle, comme le faisait Fred maintenant, elle ne voyait vraiment pas ce que venir ici avait d'exceptionnel. L'ambiance était toujours trop étouffante, chargée de vapeur.
Puis, elle comprit. Elle ne pouvait être qu'envoûtée par le paysage magique qu'elle voyait pour la première fois.
- La tour d'astronomie est un endroit un peu trop sur-côté, annonça Fred sur le ton de la frime.
Elle avait l'impression de découvrir la beauté sauvage de la forêt interdite, de nouveau en première année, émerveillée par chaque détail de ce château magique. La lune était pleine, elle éclairait tout et ses rayons argents se reflétaient doucement dans l'émeraude foncée des feuilles. La brise agitait les branches, Hermione aurait juré que la forêt se mouvait sur elle-même comme un seul être vivant. Sa main alla trouver celle du garçon qui l'accompagnait. Comment pouvait-il à ce point la connaitre alors qu'il y a quelques mois à peine ils n'étaient presque rien de plus que des étrangers l'un pour l'autre ? Elle ferma les yeux avec la sensation d'être enfin paisible pour la première fois depuis son retour à l'école.
- Où étais-tu ? osa finalement demander la voix presque tremblante de Fred.
Elle tressaillit en réalisant qu'il avait tout comprit, puis sourit, le garçon était décidément bien plus perspicace qu'il ne le laissait paraître.
- A la bibliothèque, s'entêta-t-elle tout de même à mentir.
- Faux.
- Ailleurs, concéda-t-elle alors en ouvrant à demi les paupières.
La pénombre régnait dans la salle de Trelawney, ils se trouvaient juste devant la fenêtre et la lune les éclairait assez pour que Hermione puisse distinguer le moindre trait de son visage lorsqu'elle se tourna vers lui. Elle l'entendait respirer un peu plus bruyamment comme s'il était hésitant ou inquiet, ce qu'elle pouvait comprendre. Mais comment lui expliquer ? Il ne pouvait pas comprendre, seulement entendre et s'il décidait d'intervenir, cela ne ferait qu'empirer la situation. Elle comprenait qu'elle avait besoin de lui, terriblement besoin. Mais si elle voulait en être capable, elle devait se débarrasser de ses propres démons, ce qu'elle ne pouvait faire si le jeune homme restait prêt d'elle de la sorte. Elle tentait de jauger ce qu'elle pouvait dire et devait faire sans parvenir à un résultat qui lui convenait. Fred de son côté n'était pas mieux, il trépignait, cherchant fébrilement ses mots, ayant dans la bouche le goût de la peur abjecte qu'amenait la fin, comme si Hermione décidait seule de la suite de cette chose—il ne lui trouvait pas de nom—qu'ils partageaient ensemble. Il bouillait, se sentait si impuissant une fois encore et ignorant. La seule pensée cohérente que pouvait formuler son cerveau à l'instant n'était qu'un pauvre "je t'aime" qu'il ne pouvait lui lancer. Amèrement, il ouvrit la bouche, prêt à accepter le début de la fin mais la jeune fille ne lui permit pas de parler. Elle venait juste de planter sur ses lèvres un nouveau baisé.
- Tu as confiance en moi ? murmura-t-elle sans qu'il ne puisse répliquer, il eut même du mal à hocher la tête. Alors continue, crois en moi, lui intima-t-elle. Je règle les problèmes, dit-elle comme une révélation avant de lui donner un autre baisé.
Et Fred comprit. Elle le voulait lui, vraiment.
