Chers lecteurs,
Qui dit reconfinement dit refic de confinement ! Sur une idée de Lunagranger45, j'ai décidé de vous livrer ce deuxième bonus, sur Minerva qui essaie de vivre sans la présence rassurante de Severus Rogue à ses côtés.
J'ai un peu hésité à créer une deuxième romance improbable (McGonagall amoureuse de Rogue depuis tout ce temps) mais ce n'était pas crédible (oui oui, tout ce que j'écris est crédible).
J'espère que ce bonus vous plaira et que vous allez bien. Sur ce,
Portez-vous bien,
Al
PS : réponse à la charmante Katymyny : tu es une revieweuse formidable. Voilà voilà.
Minerva s'étira comme un chat et miaula de contentement. Quelle belle journée s'annonçait ! Depuis qu'Alastor était parti, et Pomfresh avec lui, elle respirait mieux.
Toute cette sombre histoire autour du meurtre de Severus était enfin finie.
Elle était très contente qu'il soit mort. Ils avaient certes dû lui trouver un remplaçant en vitesse (Horace Slughorn avait accepté, après moult promesses de flans faits par Dobby selon sa recette secrète, de reprendre le poste de Severus) et les élèves étaient plus que jamais partis pour faire les fous dans les couloirs, vu que l'ombre mystérieuse et impressionnante de Severus Rogue ne planait plus dans l'enceinte de l'école, mais une joie de vivre régnait sur l'ensemble de Poudlard.
Oui, Severus Rogue était mort. Et tout le monde s'en portait bien mieux.
De plus, il se disait en lieux obscurs que Lord Voldemort avait contracté le virus. Que demande le peuple…
« Minnie ? Vous pourriez venir, s'il vous plaît ? »
Minerva releva la tête. Le seul à l'appeler comme ça, c'était Albus. Et depuis qu'elle avait appris qu'il avait tenté de tuer son collègue avec des crocs de basilic, elle était beaucoup moins encline à aller dans son bureau prendre un thé.
« Minniiiiie…, geignit la voix d'Albus depuis la cheminée. Minnie, venez, j'ai besoin de votre aide… Promis je ne vous ferai rien. »
Minerva se leva, se transforma en humain (à moins qu'elle reprenne son apparence, ça dépendait de comment on voyait les choses) et se glissa dans la cheminée qui aboutissait directement dans le bureau du directeur de Poudlard.
Et quelle ne fut pas sa surprise de voir Albus sur son tapis de yoga, apparemment coincé dans une position complexe qui devait nécessiter des ligaments et une souplesse insoupçonnés chez le vieux bonhomme.
« Albus ! Comment Merlin vous-êtes vous retrouvé coincé comme ça ?
- J'ai voulu tenter la nouvelle figure que Pomona m'a montrée. Mais bon. Je suis coincé. »
Elle s'approcha de lui, voulut vérifier qu'il était en un seul morceau, et finit par demander :
« Ça vous arrive souvent de rester coincé comme ça ? Vous avez pas passé l'âge de tester des trucs ?
- D'habitude, c'est Severus qui m'aide à me décoincer.
- Et vous pouviez pas lui demander ?
- Il est mort, Minnie. »
Ah oui, c'est vrai.
Elle sortit sa baguette et réfléchit à quel sort elle pourrait lancer, mais Albus, réussissant à se contorsionner encore plus, l'en empêcha :
« Non non non ! Surtout pas de magie ! Vous risquez de fermer les chakras que j'ai réussi à ouvrir !
- Qu'est-ce que j'en ai à faire, de vos chakras ?
- Et de me coincer pour de bon ! »
Déjà, cet argument prêtait plus à réflexion. Coincer Albus pour de bon, c'était avancer l'heure de sa mort, et il en était hors de question tant que Potter et ses amis n'avaient pas appris tout ce qu'ils devaient apprendre pour vaincre Vous-savez-qui.
Minerva rangea sa baguette et imagina par quel organe elle pourrait commencer à débloquer Albus. Elle se décida pour le bras gauche (la main droite d'Albus se nécrosait de plus en plus. Mais comme Poppy n'était malheureusement plus là, elle s'en occuperait un autre jour). Elle saisit la main d'Albus, tira un peu :
« Aïe aïe aïe…
- Arrêtez de geindre, je vous ai à peine touché !
- Severus est beaucoup plus doué que vous, marmonna Albus, ce doit être à cause de son esprit scientifique : il voit directement où ça coince. Il est aussi plus doux, ça doit venir de son habitude de tenir des ingrédients fragiles.
- Était, je vous rappelle qu'il est mort.
- Ah oui, c'est vrai. »
Elle tenta la jambe droite, vu que la main gauche paraissait dorénavant définitivement bloquée.
« Pourquoi n'avez-vous pas demandé à un elfe de vous aider ? Essayez de mettre votre pied ici.
- Parce que je ne veux pas imposer ça à un elfe. Vous savez que j'adhère à la SALE et qu'il est hors de question que je demande un travail avilissant à une créature liée par des contrats d'obéissance. »
Apparemment, ça ne le gênait pas d'imposer un travail avilissant à sa collègue.
« Vous prenez du temps, je trouve…
- C'est que je n'ai plus mes forces de première jeunesse, haleta Minerva, ayant maintenant la tête coincée sous le genou droit d'Albus. Vous savez, vous n'êtes pas le seul à vous faire vieux… Avancez votre bras là.
- C'est vrai que les muscles de Severus étaient plus efficaces que votre arthrose. »
Minerva ne savait pas ce qui la retenait de le laisser là, comme un con. Ah oui ! Potter, la prophétie, tout ça tout ça. Mais quand même, Albus était vexant, à la fin ! Ils étaient dorénavant configurés comme dans une partie de Twister moldu, si ce n'est qu'il n'y avait pas de ronds de couleurs sous leurs mains et pieds.
« Faites passer votre tête sous mon bras, et ça devrait être bon. »
Au bout de longues minutes et contorsions, Albus réussit enfin à s'extraire des bras de Minerva.
« Eh bien ! Ça n'aura pas été de tout repos ! Ça en a pris, du temps, dit-il en s'étirant.
- Vous savez que vous mériteriez des baffes ? »
Elle n'attendit pas la réponse d'Albus et quitta le bureau d'un pas énervé. À peine eut-elle fait deux pas dans le couloir qu'elle vit un élève passer devant elle en courant.
Totalement nu.
« Merlin ! »
Elle sortit sa baguette :
« Petrificus totalus ! »
L'élève se figea. Au moment où elle parvenait à sa hauteur, elle tiqua : la présence d'un cache-oreilles sur la tête de Zacharias Smith la fit flancher. Elle savait exactement de quoi il en retournait.
Londubat et Malefoy faisaient encore un strip-mandragore clandestin.
« Les petits cons ! »
Ils devaient avoir convié les gens de leur maison, comme d'habitude, mais aussi d'autres, si un Poufsouffle se trouvait cul nu dans les couloirs. Elle envoya une note à… Mais à personne, Poppy n'avait toujours pas été remplacée. Qui pourrait donc venir chercher Smith pétrifié ?
Prenant une décision contraire à tous ses principes, Minerva décida de laisser Smith à lui-même et de chercher où diable les joueurs s'étaient réunis.
Elle ne mit pas longtemps à trouver, tombant sur Potter et Zabini, torse nu pour l'un et sans chaussettes ni cape pour l'autre, une paire de cache-oreilles sur leur cou.
« Oh oh…, dit Zabini en la voyant arriver.
- Oh oh…, répondit Potter en remontant d'un geste hâtif son pantalon – les bretelles semblaient avoir disparu, sûrement perdues au jeu.
- Comme vous dites ! Vingt points en moins pour Serpentard et trente points en moins pour Gryffondor ! Ça vous apprendra ! Vous êtes au courant que le confinement n'a toujours pas été levé, pourquoi n'avez-vous pas la décence de faire semblant d'obéir ?
- C'est injuste, grommela Potter. Pourquoi Blaise a moins perdu de points que moi ?
- Parce que de ce que j'en vois, il a perdu moins souvent que vous, Potter !, fulmina Minerva. Vous êtes la honte de la maison ! Mais rassurez-vous, il vous accompagnera bien pour la retenue que je vous donnerai. Maintenant, dites-moi où se cachent les autres joueurs. »
Potter la nargua :
« On vous dira rien ! On est des tombes !
- Salle du professeur Binns, répondit Zabini. Dans l'alcôve derrière l'armure du chevalier Saint-John. »
Minerva savait qu'elle pouvait toujours compter sur la lâcheté des Serpentard. S'il y avait bien une qualité qu'elle reconnaissait à Severus Rogue, c'est de n'avoir jamais essayé d'occulter cette faiblesse chez ses élèves.
Tout ça va changer, maintenant qu'il est mort.
Zut. Elle renvoya les deux élèves dans leurs dortoirs, envoya une note à Rusard pour le prévenir que Potter et Zabini iraient bientôt faire une retenue chez lui – et surtout, Argus, une punition exemplaire, longue et fastidieuse – et se rendit au troisième étage, direction la salle d'histoire de la magie.
Quand elle s'approcha de la porte, elle entendit des chuchotis effrénés et des gloussements derrière la porte. Sans s'arrêter, elle prononça :
« Alohomora ! »
La porte s'ouvrit comme un diable à ressort et le pire spectacle qu'elle ait jamais imaginé se déroula comme un tableau de la Renaissance sous ses yeux.
Tous y étaient. Tous. C'était bien la peine d'essayer de les confiner par maison pour réduire l'avancée du virus s'ils se retrouvaient tous dans une salle non aérée à jouer avec les mandragores qui auraient dû se trouver dans la serre de Londubat !
Londubat, en caleçon chaussettes, était en train de récupérer ses gains. Malefoy, qui n'avait bizarrement perdu que sa cravate, le regardait faire avec gourmandise. Venaient ensuite Greengrass, qui ne devait qu'à ses cheveux d'avoir les seins décemment couverts, Nott, la main posée sur son épaule dénudée, sans tenir compte du fait que son pantalon était absent et que sa chemise béait, Weasley, n'ayant apparemment rien perdu, ce qui n'étonnait guère Minerva, Parkinson en sous-vêtements, Finnigan et Thomas, vêtus tous deux d'un maillot de corps, Granger sans écharpe, Brown sans pull, MacMillan sans cape, Bones, Crabbe, Nott, Abbot, Corner, les sœurs Patil, Boot…
« MAIS QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE TINTOUIN ? RENTREZ TOUS DANS VOS DORTOIRS, BANDE D'IMPUDENTS ! »
Tous prirent la fuite dans tous les sens comme une volée de pigeons effarouchés. Minerva ignora ceux qu'elle avait malheureusement nommés préfets (leur tour viendrait plus tard) et concentra ses efforts sur Londubat et son amant maudit.
« Londubat ! Malefoy ! Ici ! »
Ils n'avaient peut-être pas l'habitude d'être sifflés comme des sombrals, mais ils obéirent tous deux et vinrent se planter devant elle.
Londubat avait l'air piteux, comme triste de la décevoir ; Malefoy semblait déçu de s'être fait attraper.
« C'est pas la première fois que vous organisez des parties clandestines ! Vous n'avez pas honte ? Vous savez bien que vous mettez les autres en danger, non ? » s'époumona Minerva.
Les deux élèves ne bronchèrent pas, laissant leur professeur de métamorphose s'énerver. Un chouinement végétal la fit réagir au quart de tour : elle jeta un Silencio sur les mandragores adolescentes que Londubat avait sorties de sa serre pour la partie.
« S'assommer n'est pas un jeu ! Et si les mandragores n'étaient plus adolescentes ? Elles auraient pu vous tuer !
- Professeur, j'ai vérifié…
- N'essayez surtout pas de vous défendre, Londubat, s'offusqua Minerva. Vous êtes en tort. »
Elle savait que Londubat avait dû prendre toutes ses précautions et que les mandragores qu'il avait utilisées étaient encore adolescentes. Elle le connaissait bien, c'était un bon garçon. Il était doué en botanique, il avait forcément choisi de jeunes plants. Mais il était hors de question qu'elle laisse passer des questions de sécurité. Les trois corps restés sur place, Goyle, Finch-Fletchey et Chang, respiraient encore, preuve qu'ils étaient juste évanouis, mais Minerva ne pouvait pas laisser passer ça.
Elle tempêta encore bien un bon quart d'heure avant de lâcher les deux zigotos dans le couloir pour qu'ils reviennent dans leur dortoir, rembarquant les plantes assommeuses. Sa diatribe se conclut sur :
« Je vais vous le faire payer. »
Elle crut voir une étincelle de crainte dans le regard de Londubat. Malefoy avait l'air de n'en avoir strictement rien à faire, de ses menaces. Malheureusement, il n'y avait toujours eu qu'un professeur qui réussissait à tenir les Serpentard, Malefoy en particulier. Et maintenant, ce professeur était mort.
« Morgane de Merlin de Circé ! »
Minerva appliqua quelques Enervatum énervés et les trois élèves évanouis s'éveillèrent.
« Madame…
- Professeur…
- Je suis…
- Je ne veux rien entendre. Disparaissez. » siffla Minerva.
Elle vérifia que personne d'autre n'était planqué dans un coin de la salle de Binns et passa dans le bureau du professeur.
« Harold, vous ne vous êtes pas rendu compte que des élèves squattaient votre salle de classe et qu'ils l'utilisaient en tripot clandestin ? » le gronda sévèrement Minerva.
Harold Binns la regarda d'un œil éteint.
« Vous savez, se plaignit-il, je caresse l'espoir qu'un jour un autre élève que Mimi Geignarde meure ici et qu'il m'accompagne dans mes cours en tant que fantôme. Je me sens si seul, parfois… »
Encore une crise mélodramatique. Minerva n'avait pas la tête à ça. D'habitude, quand Harold Binns devenait aussi geignard, Severus lui envoyait deux ou trois élèves en retenue et ça le calmait. Minerva le lui avait d'ailleurs de nombreuses fois reproché : il refilait ses élèves à un autre prof ? N'avait-il donc aucune éthique ?
Mais là, en entendant Harold se plaindre, elle dut convenir que feu Severus savait y faire.
« Arrêtez de gémir sur votre propre sort. »
Elle claqua la porte. Peine perdue, Harold la suivit en traversant le bois. Satané fantôme...
« Je m'ennuiiiiiie… Je ne vois plus personne…
- C'est parce que vous êtes affreusement dépressif, coupa froidement Minerva. Essayez d'être plus optimiste et sociable, et vous verrez, tout ira pour le mieux. »
Elle sortit de la salle de classe, ignorant les mugissements de détresse de son collègue et déguerpissant le plus rapidement possible que sa jupe écossaise le lui permettait.
Un autre fantôme surgit devant elle :
« Ah ! »
Mimi Geignarde. Quand on parlait du loup…
« Minniiiiiiiiiiie…. »
C'était définitivement pire qu'avec Albus.
« Oui, Mimi, répondit Minerva en engrangeant le maximum de patience qu'elle pouvait.
- Quelqu'un fait des expériences dans mes toilettes !
- Eh bien pour une fois que vous avez de la compagnie, arrêtez de me faire… »
Minerva se reprit. Pas de vulgarité devant les élèves. Bien que Mimi soit un fantôme, elle n'en était pas moins un fantôme adolescent.
« Mais vous m'avez dit que personne ne devait être hors de son dortoir. »
Minerva soupira lourdement.
« J'arrive. »
Elle prit un escalier, descendit d'un étage, et retrouva Mimi Geignarde devant la porte de ses toilettes.
« Poussez-vous. »
Minerva était trop énervée pour être polie et il était hors de question qu'elle passe à travers un fantôme, merci bien.
Et ce qu'elle vit dans les toilettes jamais utilisées de Poudlard lui arracha un rugissement :
« Miss Lovegoood ! Que faites-vous ici ? »
Lovegood la regarda avec de grands yeux bleus perdus. Puis sa bouche sortit une autre de ces insanités dont elle avait le secret :
« Je cherche le ronflak. »
Minerva retint à grand peine un geignement. Le ronflak ! Filius lui en avait parlé, c'était la nouvelle lubie de Luna Lovegood. Une bête qui apparemment transmettait le virus. Si elle avait bien suivi les élucubrations de Maugrey quand il les avait tous réunis, Lovegood pensait avoir libéré le ronflak en exorcisant Rogue. Résultat : elle le cherchait dans les toilettes de Mimi Geignarde.
« Miss Lovegood ! Retournez immédiatement dans votre chambre !
- Mais le ronflak aime les canalisations…
- Vous confondez avec le basilic, et ça fait belle lurette qu'il est mort, la coupa Minerva.
- Vous vous trompez. Le ronflak est vivant. »
C'est ça. Minerva observa un instant Lovegood : ses yeux étaient légèrement trop exorbités pour être honnête.
« Auriez-vous recommencé à consommer des substances illicites, Miss Lovegood ?
- Pas du tout. J'ai juste pris du chanvre pour attirer le ronflak. Il aime l'odeur. »
Londubat devait l'avoir fournie de nouveau en herbe. Minerva saisit Lovegood par le bras et la fit sortir des toilettes.
« Venez avec moi. »
Elle l'emmena directement chez Filius.
« Oui ?
- Tenez, c'est votre élève.
- Minerva, vous devriez la mettre à l'infirmerie…
- Il n'y a plus d'infirmière depuis trois jours, vous le saviez pas ? »
Ok, elle commençait sérieusement à devenir agressive. Elle aurait tellement aimé passer ses nerfs sur quelqu'un ! Pas sur Filius, il était trop gentil et ne répondait jamais. Ça manquait de piquant. Pomona ne s'offusquait de rien, Sybille pleurait pour un rien, Horace restait imperméable à l'ironie. Avec Severus, c'était une autre histoire : ils se faisaient des coups dans le dos depuis bientôt treize ans, depuis que Severus lui avait donné un shampoing qui lui avait fait les cheveux verts (sa vengeance avait été terrible : Severus avait eu toutes ses robes ornées d'un immense lion agressif pendant une semaine). Ils s'envoyaient des piques régulièrement, admirant en secret la finesse de la vacherie de leur collègue.
Jusqu'à ce que Severus commette l'irréparable et coince tous, je dis bien TOUS, ses Gryffondor dans son bureau.
Elle s'était bien vengée, tiens.
Elle redescendit et parvint dans le hall d'entrée. Voyant qu'il n'y avait personne auprès d'elle, et sentant venir la minute de calme qu'elle désirait depuis si longtemps se profiler, elle s'assit sur un banc instable et sortit de la poche de sa robe écossaise une pelote de laine et deux aiguilles.
Au bout de trois mailles, elle se sentait déjà plus calme. Elle n'avait pas besoin de Severus pour se calmer les nerfs, non Monsieur ! Un simple tricot parvenait au même résultat.
« Professeur ? »
Minerva sursauta si fort qu'elle en lâcha sa pelote de laine qui se déroula dans la pente jusqu'à la cabane d'Hagrid.
Pour se calmer, c'était raté.
« Oui Potter ? » dit-elle en se tournant vers Potter, qui paraissait beaucoup moins enjoué que vingt minutes auparavant.
Il paraissait même ennuyé, voire totalement perdu.
« J'ai… J'ai eu une vision de Lord Voldemort.
- N'étiez-vous pas censé apprendre à bloquer ces visions ? Quelqu'un ne devait-il pas vous enseigner l'occlumencie ?
- Le professeur chargé de cette mission est mort, Professeur. »
Ah oui.
Zut.
« Il a appris que son espion était mort.
- Et ?
- Il est très en colère et réfléchit à attaquer le château. »
Là, ça sentait mauvais.
« En avez-vous parlé au professeur Dumbledore ?
- Oui, mais il m'a dit que comme ses chakras s'étaient mal refermés, il ne pouvait pas s'occuper tout de suite de cette urgence. Il doit d'abord les rouvrir. Il a raison, c'est important les chakras. »
Le sal… Non, pas de juron, même en pensée. Albus prenait pour excuse le yoga, alors que c'était sûr et certain qu'il n'avait juste pas envie de se fatiguer.
En tant qu'adjointe au directeur, Minerva pouvait elle aussi abuser de ce pouvoir de délégation. Mais la seule personne à qui elle aurait pu refiler cette mission (préparer Poudlard à la bataille) était six pieds sous terre depuis quatre jours.
Elle se releva. Potter la regardait, l'air insolent.
« Qu'est-ce qui vous prend ? On va se préparer, allez !
- Vous pensez vraiment qu'il attaquera ? Je croyais que Voldemort avait peur du virus, qu'il n'oserait plus sortir de chez lui à cause de ça… »
C'était ça, la solution. Faire croire que le virus sévissait à Poudlard pour dissuader Voldemort de les attaquer. Tous malades. Ils pouvaient ressortir les photos que Colin Crivey avait faites du cadavre de Rogue pour montrer les dégâts du virus, en espérant que ce serait suffisant pour refroidir les velléités belliqueuses de Voldemort.
« Potter, allez me chercher Miss Granger et Miss Lovegood. On a une campagne de désinformation à préparer. »
Potter prit son balai et l'enfourcha pour se rendre directement à la tour Gryffondor. Minerva eut envie de se récrier, comme à son habitude : « Pas de balai dans les couloirs ! », mais elle jeta l'éponge. Severus avait finalement eu une intuition rare en interdisant le Quidditch pendant le confinement.
Merlin. Severus lui manquait. Pas le personnage (faut pas pousser), mais le rôle qu'il tenait. Sa fonction dans Poudlard en général.
Elle se rassit et se plongea dans ses pensées. Comment faire pour que tous les ennuis qui lui retombaient dessus depuis la mort de Severus Rogue disparaissent ?
Le ressusciter ? Impossible. Ça n'existe que dans les contes de Beedle le barde, les pierres de résurrection.
En faire un zombie ? La magie vaudoue ne fonctionnait pas en Angleterre, et Minerva était quasi certaine que personne n'avait jamais réussi à faire un zombie correct.
Construire un golem ? Elle se mordit les doigts : elle n'avait jamais beaucoup écouté lors de ses cours de métamorphose juive, trop occupée à draguer le doctorant Schlomo Jacobs. Elle était incapable de créer un golem convaincant.
C'est alors qu'elle vit Londubat et Malefoy revenir des serres, ayant reposé leurs plantes. Elle ricana, toujours étonnée de voir ce couple particulièrement bizarrement assorti, tant leur goûts différaient. Malefoy avait toujours méprisé les Gryffondor et adoré son directeur de maison ; Londubat avait toujours eu peur de Rogue et perdu ses moyens face à un Serpentard. C'était drôle de voir que ce dernier avait finalement réussi à passer outre sa peur, comme un vrai Gryffondor, pour s'attaquer à sa plus grande frayeur. Drôle aussi de voir que Malefoy ne semblait pas lui en tenir rigueur.
Londubat avait peur de Rogue…
Elle sut ce qu'elle allait faire.
OoO
En tout et pour tout, ça lui prit dix-sept heures. Dégotter la créature voulue dans les combles de Poudlard fut la partie de son plan qui lui demanda le plus de temps, mais le reste s'était fait plutôt rapidement. Il avait fallu fouiller dans la bibliothèque d'Irma pour trouver la prononciation d'un sort qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de formuler, dans la réserve, forcer Londubat à affronter la créature sans sortir de sort impromptu (ce morveux s'était bien amélioré en sortilèges de défense, elle devait lui reconnaître ça), prévenir les cardiaques de ce qu'elle avait prévu et donner au résultat une voix doucereuse et cynique.
Elle n'était pas peu fière du résultat.
Elle avait de nouveau sous la main une personne totalement apte à remettre Albus dans le bon sens, effrayer les Serpentard, recadrer Harold Binns, faire croire à Voldemort qu'il n'était pas mort et que ça ne valait pas le coup d'attaquer Poudlard, et surtout subir ses humiliations et ses vacheries quotidiennes sans craindre une vengeance sombre et malvenue. En gros, uniquement les bons côtés de Severus Rogue.
« Oh Merlin ! Rogue est ressuscité ! Fuyez ! » s'exclama un élève de troisième année en détalant dans le couloir à la vue de la silhouette austère de son ex professeur de potions.
Comme il était efficace ! Comme nombre de ses problèmes allaient être réglés grâce à lui ! Minerva était ravie : son nouveau Severus Rogue avait l'air encore plus performant que l'ancien, vu qu'il paraissait, en plus de toutes ses nombreuses qualités, capable de défier la mort. Je vous l'avais bien dit, un Severus Rogue parfait.
Ça pourrait presque devenir son ami, si tant est qu'on puisse devenir ami avec un épouvantard.
