Chapitre 17_Du baume au cœur

Fred s'élança dans les couloirs du château si tôt que sa petite sœur eut finit de parler. Peu lui importait les réprimandes des tableaux qu'il dérangeait à son passage, de bousculer élèves ou enseignants ou même Rusard. Il s'en voulait terriblement. Et de ne pas s'être mit lui-même à la recherche de Hermione plus tôt, et de toutes les pensées qu'il avait pu avoir alors qu'il attendait stupidement dans la salle commune des Gryffondors. Ce qu'il pouvait être crétin parfois ! Personne ne l'avait prévenu avant, même pas Ron en partant. Il était en colère maintenant, si seulement il avait eue le courage de dire la vérité à son petit frère au risque de froisser ses sentiments, alors peut-être qu'il aurait pu être avec Hermione au moment où elle était tombée. Jamais avant il ne s'était sentit aussi indigne des couleurs de sa maison.

Et Hermione, était-elle réveillée ? Si c'était le cas, elle devait être mortifiée qu'il ne soit pas là, à son chevet, comme si elle n'était pour lui qu'un vulgaire passe temps. Et au contraire, si elle ne l'était pas ? Si elle ne se réveillait pas ? Se tenir loin d'elle était d'autant plus terrible. Cela signifiait qu'elle avait besoin de soins, d'une attention constante que Mrs Pomefresh ne pouvait malheureusement pas fournir vu le nombre d'élèves qui atterrissait chaque jour à l'infirmerie. Un bon nombre venait d'ailleurs de son propre fait, et de son frère aussi, conséquence terrible de leurs boites à flemme. Sa tête allait exploser s'il ne la voyait pas maintenant, s'il ne savait pas ce qu'il se passait à l'instant.

Heureusement pour lui, il venait de pousser les portes de l'infirmerie. Mrs Pomefresh releva la tête de l'un des lits sur lequel elle était penchée laissant apparaître le pauvre Troy dont la tête avait cessé de gonfler. Pour autant, elle était toujours aussi bleue et toujours aussi grosse.

- Vous ! s'époumona alors la médicomage. Dehors ! Dehors ! Hors de ma vue ! Vous ne croyez pas me donner assez de fil à retordre comme ça ? fit-elle en désignant le garçonnet qui avait tenté de rentrer sa tête dans ses épaules, sans grands succès.

A vrai dire, Fred n'écouta qu'à demi ses paroles, il la contourna et s'avança directement vers un paravent tiré d'où s'élevait sans grande peine la haute silhouette de Ron.

- Hermione, souffla-t-il en la voyant enfin.

Ses paupières étaient closes. Sa respiration calme. Son teint blafard. Ses cheveux, éternellement emmêlés s'étalaient autour de sa tête comme une auréole, même ainsi il ne pouvait ignorer l'aura gracieuse qu'elle répandait. En un instant il sut qu'elle avait été bouleversée. Il fut néanmoins soulagé de voir qu'elle n'affichait pas la moindre marque. Ses bras reposait en croix sur sa poitrine, ses mains affichaient une légère teinte violette. Se rapprochant encore, il tendit le bras en direction de la jeune fille.

- Pas si vite !

Mrs Pomefresh l'avait suivi, tout en ruminant violemment contre les créations Weasley. Elle lui avait subitement bloqué le bras dès que celui-ci avait touché la maigre couverture qui recouvrait la jeune sorcière.

- Weasley ! Vous ne croyez pas que vous en avez assez fait ? Vous n'allez pas déranger mes malades en plus, maintenant ! s'offusqua-t-elle avec colère.

- Vous voyez bien qu'elle a froid ! lança-t-il férocement.

Il se dégagea vivement et remonta la couverture jusqu'au menton de Hermione, elle n'avait pas bougé.

- Et parlez moins fort, elle pourrait se réveiller ! ajouta-t-il sans la regarder.

Estomaquée à l'idée qu'on remette en cause ses compétences de soigneuse, Mrs Pomefresh rougit violemment et ouvrit la bouche pour répliquer, elle n'était pas vraiment femme à se laisser faire. Cependant, un raclement de gorge bien connu du garçon lui fit finalement retourner la tête et arrêta net la tornade que s'apprêtait à devenir la midicomage. Le professeur McGonagall se tenait là, de l'autre coté du lit, ainsi que le professeur Rogue et juste derrière, Ron et Harry. Si les deux garçons affichaient des mines confuses, l'animagus se contenta de lever un sourcil interrogateur. Quant au maître des potions, comme à son habitude, son visage restait impassible.

- Mr Weasley, commença la professeur, pourriez-vous vous expliquer ?

Le jeune homme resta un instant hébété. Ses yeux allèrent une fraction de seconde sur son frère, il était plus perdu que jamais et Fred ne supportait pas l'idée de tout lui dire maintenant devant l'un des pires professeur de tout Poudlard.

- Et bien, commença le roux mal à l'aise, bien loin de son assurance habituel. Les mains de Hermione commençait à être violettes, et puis elle est frileuse, finit-il d'une voix aiguë en déglutissant avec difficulté.

- J'avais cru comprendre, Mr Weasley, reprit-elle avec un sourire poli. Pourriez-vous m'expliquer ce que vous faites ici ?

« Trouve quelque chose. Trouve quelques chose. » Il sentait les regards peser sur lui. Ses oreilles lui chauffaient et ses mains devenaient subitement moites.

- Euh..., commença-t-il peu assuré. Hermione et moi... sommes...amis...

Un sourire naquit alors sur les lèvres de Harry. Fred baissa vivement la tête. Il avait comprit, si lui avait comprit alors tout le monde avait comprit—sauf Ron avec un peu de chance, il était malin mais pas très subtil—ce qui voulait dire que Hermione allait le tuer.

- Je me doute, Mr Weasley, répondit la professeure de métamorphose. Bien, dans ce cas vous pouvez peut-être nous renseigner à propos de votre amie. Mr Potter et votre frère n'ont pas vraiment su nous répondre.

De plus en plus mal assuré, Fred hocha la tête. Mrs Pomefresh repartit en pestant. Rogue affichait maintenant un air surtout ennuyé. Harry gardait la tête baissée et les oreilles de Ron avaient prises à leur tour une teinte rougeâtre.

- Miss Granger n'est pas encore majeure. Les circonstances étant ce qu'elles sont, elle ferma un instant les paupières d'un air sincèrement navré, nous ne savons toujours pas à qui nous adresser en cas d'incident. Vos parents sont les premières personnes à contacter mais les papiers concernant leurs tutelles n'étant pas tout à fait en règle, je me suis dis que Miss Granger avait peut-être de la famille encore, quelque part, à prévenir..., finit-elle d'une voix plus douce qu'à l'ordinaire.

Hermione était l'une des élèves favorites de la directrice de maison, Fred lisait aisément la peine qu'elle ressentait pour la jeune fille. Il n'avait jamais eu une grande empathie pour cette femme, il la trouvait talentueuse, certes, mais terriblement ennuyante. A cet instant, Fred se dit qu'il l'avait peut-être jugé un peu trop hâtivement et il fut reconnaissant envers la sorcière de l'attention qu'elle portait à son amie.

- Il faut envoyer un hiboux à maman, répondit-il avec un sourire contrit. Mais je sais que Hermione a encore une grand-mère du coté de son père, ses parents avaient rompu tout contact il y a plusieurs années... Je ne suis même pas sûr qu'elle est apprit la tragédie..., il dit ce mot avec lenteur, ou bien pour Hermione et Poudlard...

- Bien, conclu l'animagus. Autre chose, elle avait reprit tout son sérieux, Miss Granger a fait une chute très lourde. Elle a glissé dans l'un des escaliers principaux alors que celui-ci était entrain de se déplacer. Elle est tombée sur près de quinze mètres, nous l'avons retrouvé sous un sortilège de lévitation, à quelques centimètres du sol, personne aux alentours. Connaissez-vous quelqu'un susceptible d'avoir porté main forte à Miss Granger ? demanda-t-elle avec gravité.

Fred fronça les sourcils. Ou Hermione était sous un puissant sortilège de protection, idée qui lui semblait invraisemblable, ou bien une tiers personne était intervenue depuis l'ombre et tenait à rester cachée de tous, sinon elle aurait tout de suite avertie un professeur. Il jeta un coup d'œil au professeur Rogue juste à côté, puis croisa le regard de Harry, brillant de curiosité et de détermination. Ils n'avaient pas besoin de parler pour être d'accord : mieux valait régler cette histoire entre eux et veiller à ce que Rogue ou tout autre professeur ne sachent rien de cette histoire, du moins pour l'instant.

- Personne, professeur, répondit-il avec franchise.

- Dans ce cas, si vous êtes certain qu'elle n'a reçut aucun maléfice Sévérus, nous pouvons y aller.

Mrs Pomefresh venait de revenir, deux potions sous les bras qu'elle posa sur la tablette au bord du lit.

- Tout le monde dehors si vous n'avez plus de question ! décida-t-elle en désignant les grandes portes au bout de la pièce.

Fred qui s'était assis sur une chaise qui traînait négligemment entre temps croisa les bras et prit un air aussi décidé que la médicomage.

- Il est hors de question que je parte d'ici tant que Hermione ne sera pas réveillée, fit-il avec détermination.

- Je crains que vous n'ayez pas le choix, Weasley, entonna Rogue d'un air mielleux qui ne présageait rien de bon.

- Ça m'est égal, assura Fred tachant de garder une mine aussi sereine que d'habitude.

- Vous vous exposez à plusieurs heures de retenu et risquez de faire perdre une lourde quantité de point à votre maison, menaça la professeure de métamorphose.

- Je suis prêt à risquer ma place ici, affirma-t-il avec conviction. Et puis, vous aurez bien trouvé un moyen de me coller en retirant une bonne centaine de points à Gryffondor, professeur, lança-t-il à Rogue, désinvolte.

Les trois adultes échangèrent un regard, Harry et Ron se firent plus petits que jamais. Le jeune homme garda le menton haut, fier. Il lui semblait retrouver finalement son courage de Gryffondor. Il savait que Mcgonagall y était particulièrement sensible et espérait que l'idée d'un amour de jeunesse suffirait à attendrir le cœur des deux autres. Oui, même Rogue. Cet homme pouvait difficilement être plus exécrable avec les autres sorciers et sorcières qu'il fréquentait—s'il en fréquentait—qu'avec ses élèves.

- Je retire quarante points à Gryffondor par jour d'absence, Mr Weasley, trancha la sorcière.

- Cinquante, corrigea le directeur de Serpentard avec un rictus mauvais.

Ron laissa échappé un grognement semblable à un juron puis un petit « aïe », Harry venait de lui écraser avec force le pied au moment où Rogue jetait sur eux un regard avide.

- Cinquante. C'est mon dernier mot, conclu McGonagall en se retournant sous les aires ulcérés de Mrs Pomefresh qui se plia néanmoins aux ordres de sa collègue.

Le jeune homme réprima un petit sourire et replaça toute son attention sur Hermione, toujours aussi immobile, endormie dans son lit trop blanc. Ses yeux étaient gonflés, elle avait pleuré. Il lança un regard vers la porte.

- Professeure, attendez ! appela Fred avant que l'animagus ne franchisse la porte. Pourquoi Hermione était aussi bouleversée avant de tomber ? ne put-il s'empêcher de demander.

La vieille sorcière baissa la tête une fraction de seconde et prit une légère inspiration.

- Les aurores ont décidé de classer l'enquête sur la mort de ses parents sans suite, dit-elle d'une seule traite. Il n'y avait pas assez de preuves, ajouta-t-elle avec la colère froide des résignés.

—•—

Il était sur les coups de trois heures du matin lorsque Fred se réveilla. Il ne put réprimer un grognement se sentant son dos tout endolori. Il s'était endormi au chevet de Hermione, comme la veille, la tête entre les bras juste à coté des mains de la jeune fille qu'il tenait de temps à autres, quand le silence de son repos devenait trop pesant, histoire de ramener un peu d'elle avec lui. Il se redressa sur la chaise qu'il ne quittait plus depuis deux jours, s'étira tout en baillant en silence. Il tendit la main vers la carafe d'eau sur la table de chevet. Il avait soif et faim. Il ne se rappelait plus depuis combien de temps il n'avait rien avalé, rien ne passait.

Sa mère était arrivée dès les premières heures du jour, hier matin. Mrs Pomefresh s'était évidemment offusquée de cette nouvelle intruse qui allait réveiller ses malades, elle avait cependant bien vite changé d'air devant la mine affligée de Mrs Weasley. Cette dernière affichait des yeux rougit d'avoir trop pleuré, gardait à porté de main un vieux mouchoir d'un violet criard. Son inquiétude flagrante ne l'empêcha pas de devenir furibonde à la vision de l'un de ses jumeaux. Elle l'avait tiré de son sommeil avec colère, avait tenté de le faire disparaître de l'infirmerie en lui tirant l'oreille gauche et ne s'était arrêté que lorsque la médicomage—à sa plus grande surprise—avait prit sa défense en annonçant qu'il avait été jusque là un garde malade d'une grande aide et au comportement exemplaire. La mère de famille avait été si surprise d'entendre pour une fois des remarques positive sur le comportement d'un de ses enfants les plus turbulents qu'elle avait lâché l'oreille de son fils tout en maintenant son bras en l'air. Elle s'était tournée, incrédule, réclamant plus amples explications. Une fois calmée, elle s'était installée à coté de son fils, revenu auprès de Hermione si tôt que sa mère l'avait relâché. Une partie de la journée s'était écoulée d'un silence monotone sans que ni l'un ni l'autre ne sache quoi dire, de temps à autre sa mère laissait échapper une larme ou un énième « pauvre petite ». Elle avait attendu que Mrs Pomefresh s'absente quelques minutes dans sa réserve pour se tourner vers lui et lui demander avec solennité : « tu l'aimes ? ». Et il avait répondu franchement, sans aucune hésitation. Il crut voir un éclat particulier dans le regard de sa mère, quelque chose qui ressemblait à de la fierté.

Plus tard, Harry, Ron, George et Ginny étaient passés. Tous les quatre avaient reçu une accolade chaleureuse. Fred avait cherché avec appréhension un quelconque signe de tristesse ou autre sentiment de rancœur chez son petit frère mais ce dernier lui avait simplement sourit, signe qu'il avait comprit et ne lui en voulait pas. Fred fut presque rassuré, il l'aurait été totalement si Hermione s'était réveillée.

Quand il s'était endormi, sa mère était encore là. Maintenant ne se tenait qu'une chaise vide à coté de lui. Il reposa son verre, vide et se retourna vers Hermione notant qu'elle avait bougé très légèrement. Il se frotta les yeux un instant. Grâce aux potions que lui avait administré Mrs Pomefresh, la jeune fille avait reprit des couleurs, son visage s'était peu à peu détendu. Dans la pénombre, il distinguait à peine les contours de son visage. Un autre mouvement lui indiqua que le sommeil de Hermione était agité. Se rapprochant de son visage, il voyait à la lueur de la lune ses yeux rouler sous ses paupières. Il déposa ses lèvres sur son front. Elle avait chaud, sa respiration n'était plus aussi régulière. Elle cauchemardait.

Il se mordit l'ongle du pouce, incertain. Pomefresh avait été catégorique : Hermione devait se réveiller toute seule, elle venait de subir un choc émotionnel. Mais ce que savait Fred et qu'ignorait la médicomage, c'est que le choc émotionnel provoqué par les cauchemars de Hermione, surtout dans cette situation, ne promettait rien de bon, si ce n'est qu'empirer la situation. Il jeta rapidement un coup d'œil autour de lui. Tout le monde dormait, personne ne saurait rien. Il reprit place prés de Hermione et tenta tout doucement de la tirer de son sommeil.

En tout vérité, la tâche ne fut pas bien difficile, à peine avait-il posé délicatement ses mains autours du visage de la jeune fille, en coupe, que celle-ci s'éveillée justement en un sursaut. Les yeux grands ouverts dans l'obscurité, il lui fallut une seconde pour le reconnaître.

- Fred ? chuchota-t-elle faiblement.

Pour seule réponse, il se rapprocha de son visage et déposa un baisé sur son front. Il la sentit remonter avec difficulté sa main tout endolorie vers l'une des siennes pour la serrer aussi fort qu'elle le pouvait. Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues.

- De quoi tu te souviens exactement ? demanda-t-il anxieusement après quelques secondes, en se mettant à entortiller les cheveux de la brune autour de ses doigts libres.

Elle garda le silence un long moment, réprimant les sanglots, tachant de contrôler sa respiration. Elle s'accrochait à lui comme pour repousser toutes les choses néfastes qui lui tombaient dessus.

- Ils lâchent l'affaire, dit-elle finalement d'une voix qu'elle voulait détachée mais dans laquelle le garçon entendait une tristesse voilée. C'est Dumbledore qui me l'a dit, précisa-t-elle la mort dans l'âme.

Un autre silence. Fred continuait à jouer avec ses cheveux dans un geste qu'il savait rassurant, Hermione se cramponnait toujours à sa main comme si la lâcher signifiait lâcher la vie. Il l'a laissait faire, à son rythme, venir à lui, tout doucement.

- Fred... murmura-t-elle. Qu'est-ce que je vais faire ? demanda-t-elle, le timbre tremblant.

Il déposa une nouvelle fois ses lèvres sur son front. Elle réaffirma sa prise sur sa main, désespérée.

- Tu vas te battre, lui assura-t-il avec autant de conviction qu'il pouvait. Puis, quand on partira d'ici, on fera ce que vous faites toujours, Harry, Ron et toi. On fouinera.

Il avait déjà prit sa décision, il n'avait pas besoin d'en parler à ses frères, à Harry ou à sa sœur. Ils étaient tous d'accord, depuis le début, sans même jamais s'être vraiment concerté. C'était une évidence qu'on n'évoquait qu'à demi mot. Hermione avait le droit de connaître la vérité, le doute ne serait pas permis. Il sentit une larme solitaire lui mouiller leurs mains entrelacées, à la droite du visage de la jeune fille.

- Je t'aime, articula-t-il doucement, en se penchant avec tout autant de douceur sur ses lèvres cette fois.

L'instant suivant parut durer comme une délicieuse éternité. Mais Hermione était encore faible, Fred savait qu'elle devrait rester encore une journée ou deux à l'infirmerie. Elle émit un léger grognement sur sa bouche et le garçon se dégagea. Elle regarda autour d'elle.

- Fred, chuchota-t-elle encore, pourquoi sommes nous à l'infirmerie ?