Chapitre 18_En perdition
- Harry, viens voir ! J'ai réussi !
- Moi aussi, Harry !
- Moi j'y arrive pas !
L'excitation qui habitait la salle sur demande n'était pas prête de redescendre. Harry était encore plus débordé qu'à l'accoutumé, la leçon d'aujourd'hui n'était pas des plus aisée : il avait passé les dernières semaines à leur apprendre le sortilège du Patronus. Une atmosphère joyeuse s'élevait tout autour de Hermione, Ombrage leur avait encore mené la vie dure aujourd'hui, un peu de légèreté n'était pas de refus et la jeune sorcière aussi se laissait gagner par cette atmosphère...magique.
Quand elle avait reçu sa lettre, le jour de ses onze ans, elle avait pensé qu'on se jouait d'elle avec un mauvais canular. Mais le jour où la professeure McGonagall était venue jusqu'à chez elle pour lui annoncer qu'elle était une sorcière, c'était exactement comme ça qu'elle avait imaginé la magie, quelque chose de pure, de doux et voluptueux. Une sensation de puissance grisante, chaude qui montait en elle pour laisser apparaître quelque chose de plus beau encore et illuminait la vie. Jamais alors elle n'aurait pensé que la magie puisse nuire à qui que ce soit, comme ça avait été le cas avec ses parents. Elle chassa rapidement cette idée de son esprit, en repensant au leçon d'occlumencie du professeur Rogue. La brune avait des images de plus en plus précise du carnage depuis quelques temps mais elle parvenait toujours à les maintenir éloignées à présent. Ou presque.
Depuis le jour de sa chute—dont elle ne gardait toujours aucun souvenir si ce n'est un puissant sentiment d'affolement—, elle semblait réussir à garder une certaine emprise sur elle-même. Fred avait su la rassurer, ensemble ils découvriraient la vérité mais pour l'instant, elle devait prendre soin d'elle. C'était la seule condition et c'était assez raisonnable pour qu'elle l'accepte sans broncher. Depuis cet accident, ses nuits lui semblaient plus tranquilles, les journées moins longues. Et s'il lui arrivait encore d'avoir besoin de s'isoler, mélancolique, c'était de vrais instants de joie qu'aucune tristesse venait teinter qu'elle ressentait par moment. Et c'était comme si elle sortait enfin d'un bain d'eau glacée pour respirer à nouveau. Un peu plus chaque jour, de longue goulée d'un air frais qui lui avait tant manqué.
- Et toi, tu y arrives ? demanda une voix à son oreille alors que deux bras encerclaient sa taille. Ou alors tu as peut-être besoin d'un professeur particulier ? murmura Fred, taquin.
Elle lui répondit avec un petit rire et invoqua une petite loutre argenté du bout de sa baguette qui débuta des petits cercles autour d'eux.
- Vous savez faire ça, professeur ? le provoqua-t-elle d'humeur mutine en levant la tête vers celle du garçon.
- Trop facile ! crâna Fred alors qu'il levait sa propre baguette magique. Expecto patronum ! lança-t-il d'une voix forte.
Hermione vit alors une nuée argentée s'élever au dessus de leur tête pour prendre la forme d'une pie aux contours encore flous mais qui rapidement se mit à virevolter avec la loutre comme si elle cherchait, elle aussi, à la taquiner. Cette vision ne fit qu'accentuer le sourire de la brune. Elle sentit la tête de Fred se poser doucement sur son épaule gauche.
- J'ai pensé à toi, confia-t-il tout bas et une impression de chaleur vint lui chatouiller le ventre. Et...
La voix du roux resta en suspend alors que les deux Patronus s'évanouissaient sous les yeux bruns de la sorcière. Hermione tourna comme elle pu sa tête vers le visage du garçon. Ses yeux s'étaient perdu au loin sur la haute figure de Ron. Son meilleur ami ne regardait pas vraiment dans leur direction, mais la rougeur de son visage ne laissait aucun doute quant au fait qu'il les avait vu tous deux s'enlacer. Entendant le soupire léger de Fred, gêné, elle se dégagea et capta son regard.
- Il va très bien, je te promets, lui assura-t-elle avec un sourire qu'elle voulait rassurant, elle détestait se mettre entre les deux frères. Il ne t'en veux pas, c'est juste que tout ça, c'est encore un peu bizarre pour lui je crois, finit-elle en attrapant la main de Fred.
La relation qu'entretenait les deux frères s'était tendue. Ron avait beau affirmer qu'il n'en voulait pas à son frère, qu'il n'était pas jaloux et que c'était Fred qui s'était fait des films sur les sentiments qu'il aurait eu pour Hermione, il n'en était pas moins plus distant qu'avant avec lui, l'évitait par moment et disparaissait en bégayant lorsque Fred prenait la main de la jeune fille ou se rapprochait d'elle. Avec Hermione, rien n'avait changé bien qu'il évitait soigneusement le sujet. Peut-être était-il trop préoccupé par ce qu'elle avait traversé pour agir différemment. Il avait bien tenté de poser des questions à ce sujet, une fois, sans réellement avoir réussi à s'expliquer, depuis il ne faisait que s'empourprer légèrement lorsque Hermione mentionnait son copain. Merlin que ce mot était étrange et exquis quand elle y pensait.
- Je sais mais je..., il se tut encore, les sourcils froncés. Mais qu'est-ce qui se passe ?!
Au même instant, Harry leur criait de partir en courant. Hermione ne comprenait plus vraiment ce qu'il se passait, elle se sentit d'un coup emportée par une vague d'élèves paniqués. Des cris fusaient de tous les côtés et raisonnaient dans un écho affolé.
« Pas de ce côté ! »
« Elle arrive ! »
« Par Merlin, dispersez vous ! »
Dans la mêlée, elle réussit à entrevoir la chevelure indisciplinée de Harry, Ron avait déjà disparu. Tenant fermement la main de Fred, elle tenta de se faire entendre dans le brouhaha mais il était partit à son tour. Elle s'apprêtait à le suivre, il était certain qu'il avait besoin d'aide, et Ron aussi ! Dans telles situations, ils avaient toujours fait face tous les trois ! Mais la poigne chaude de Fred la retint.
- Hermione, il faut partir ! entonna-t-il alors qui l'entraînait dans une direction opposée de son meilleur ami.
- Mais Harry ! c'est tout ce qu'elle réussit à répliquer, complètement dépassée par la situation, il y a moins d'une minute elle était encore dans les bras de Fred...
- Tout se passera bien pour lui, mais pas pour nous si on reste planté là !
Une fois encore, Hermione se retrouvait à fuir dans le château sans même savoir où elle mettait les pieds. Elle ne s'était même pas aperçu qu'elle courrait avant que Fred n'ait émit un grognement quant à leur allure, encore trop lente selon lui. Tout à coup, il s'arrêta et ouvrit une porte avec un soin curieux au vu de la situation. Il se retourna pour l'attraper par les épaules et la pousser à l'intérieur. Elle réprima un hoquet de surprise en apercevant les allées sombres de la bibliothèque, Mrs Pince depuis son bureau poussa un profond soupire en constatant deux nouveaux perturbateurs à son précieux silence.
- Trouve un livre, cache toi derrière et calme ta respiration. Je reviens dans une minute.
Il avait dit le tout en un souffle, et c'est à peine si Hermione avait comprit ses mots. Fred était déjà repartit, tachant de garder son calme, elle avança au hasard dans les rangées chargées de livres épais et en attrapa un machinalement, sans regarder le titre. Tremblante, elle s'assit au coin d'une petite table, au fond de la salle, proche de la réserve. Le livre grand ouvert devant elle, Hermione ne lisait pas un mot, sa vision était brouillée dans une espèce de clair obscur effrayant. Elle sentait son cœur battre trop fort et d'un coup, elle eut peur de sombrer. Se concentrant sur ses barrières mentales, elle souffla et se risqua à un coup d'œil au dessus du livre. Fred n'était toujours pas là.
La porte grinça. Elle replongea derrière son livre, la respiration sifflante. Des pas à la précipitation étouffée retentirent à ses oreilles, elle imaginait déjà Rusard, fidèle disciple d'Ombrage, recherchant en claudiquant les mauvais élèves. Il allait arriver d'un instant à l'autre, une note malfaisante dans les yeux, pour lui annoncer que cette fois, c'était bon pour elle et qu'elle devrait quitter Poudlard pour retrouver la maison vide de ses parents... Peut-être pourrait-elle reprendre des études moldu ? Dans ce cas là, Fred la quitterait sûrement, ce n'était pas son monde après tout. La panique commençait à l'habiter et elle n'allait pas l'aider à garder la tête froide. Ni à se faire discrète.
- Granger..., murmura alors une voie lourde et rustre. C'est une surprise, ironisa-t-elle.
Hermione s'était figée. Une haine familière la traversa. Elle releva la tête avec un rictus antipathique face à Milicent Bulstrode. Les deux jeunes filles ne s'étaient jamais vraiment apprécié, la rancune entre Gryffondor et Serpentard oblige, mais les choses avaient surtout dégénéré suite au désastreux club de duel du professeur Lockhart. Elle se souvenait encore de ses coups violents et de la désagréable impression du pelage qui lui couvrait le visage suite à l'incident du Polynectar.
- Bulstrode, siffla la brune. Plutôt rare de te voir dans la bibliothèque, répondit-elle froidement.
- Je croyais que tu avais un copain. Ce crétin a comprit qu'une sang de bourbe comme toi n'avait rien à faire ici, se moqua la serpentard.
Hermione haussa un sourcil de mépris, pas un instant déstabilisée. La brune leva les yeux au ciel avant de faire mine de se concentrer sur son livre. Le rire de Bulstrode s'éteint, visiblement contrariée de ne pas avoir fait son effet.
- Peu importe, éluda-t-elle toute seule en plissant le nez. Tu vas venir avec moi, Granger, ordonna-t-elle. L'inquisitrice sera ravie de te voir.
- Oh ! Parce que tu crois que je vais te suivre ? railla la brune.
Bulstrode était plus grande et plus large d'épaule que la sorcière, mais celle-ci n'avait jamais vraiment su se servir de sa baguette correctement, et Hermione excellait en duel. Alors que la serpentard sortait sa baguette de sa robe de sorcière, Hermione avait déjà brandit la sienne.
- Stupéfix ! souffla-t-elle dans un murmure que Bulstrode na distingua pas.
Le corps massif de la serpentard tomba alors en arrière, Hermione se releva précipitamment pour accompagnée la chute de Bulstrode. La dernière chose qu'elle voulait été d'attirer l'attention de Mrs Pince. Elle se releva rapidement prête à retourner à sa place.
- Furunculus ! claironna la voix de Fred.
Elle se retourna, perplexe. Fred se tenait derrière elle, la baguette pointée sur son adversaire désarmée et inconsciente, de gros furoncles commençaient à apparaître ça et là sur sa peau. Satisfait, le roux s'avança vers elle d'un pas conquérant.
- Fred ! s'exclama Hermione. Nous ne sommes pas censé attirer l'attention ! réprima-t-elle sans conviction.
- Il fallait y penser avant de la stupéfixer, souligna-t-il en enjambant le corps de Bulstrode sans plus s'en soucier. Et puis, j'ai un souvenir assez précis de ma quatrième année, argua-t-il en lui faisant un clin d'œil et Hermione sentit ses joues rosirent à la pensée d'elle-même, plus jeune, métamorphosée en chat.
- Ce n'est pas une excuse ! tenta Hermione pour le contre dire. Je respecte le règlement ! Et on attaque pas une personne à terre, continua-t-elle sentant sa volonté faiblir alors que Fred s'approchait en examinant son visage comme s'il voulait s'assurer qu'elle allait bien.
- Mais oui, répondit Fred, moqueur. Bien, il faut que nous plions bagage, reprit-il une fois convaincu que Bulstrode ne lui avait rien fait. On ne doit pas nous voir à proximité de notre amie commune, Mrs Pince doit nous voir tous les deux pour confirmer notre alibi. Récupère ton livre...
Pour la troisième fois de la soirée, la voix de Fred s'éteignit dans sa gorge, une nouvelle fois surprit. Les yeux de Hermione s'écarquillèrent au même moment, elle mordit sa lèvre et sortit sa baguette, juste au cas où. Blaise Zabini et Théodore Nott venaient de tourner dans leur rangée. Ils se regardèrent, tous les quatre, une fraction de seconde qui sembla s'étirer en années pour Hermione et la jeune fille se souvint qu'ils ne lui voulaient pas de mal. Ils étaient même gentils avec elle, à sa plus grande surprise. Puis, les deux serpentards s'avancèrent. Comme dans un film au ralentit, elle vit Fred lever sa baguette une nouvelle fois et dû réprimer un cri pour que le garçon ne s'en prenne pas à leurs ennemis. Elle s'agrippa à son bras avec force mais Fred était plus grand et plus fort. Qu'il ait joué dans l'équipe de Quiditch pendant six ans en tant que batteur n'allait pas aider Hermione.
- Hermione ! Qu'est-ce que tu fais ? grogna-t-il entre les dents.
Dans un geste désespéré, il la repoussa derrière lui pour la protéger. Hermione réalisa qu'elle n'avait jamais vraiment parlé du comportement étrange des deux serpentard à son égard, elle ne l'avait évoqué qu'une fois et elle le regrettait. Si Fred les attaquait maintenant, jamais elle ne pourrait comprendre ce qui se passait et pourquoi les choses avaient changé. Au contraire, tout recommencerait, plus désastreux que jamais. En face, Zabini et Nott sortirent aussi leurs baguettes.
Hermione voyait déjà le carnage se profiler. Mais Zabini se contenta de ranger sa baguette dans sa robe de sorcier, Nott l'imita une seconde plus tard. Ils ne cherchaient pas les ennuis et prouvaient leur bonne foi. Fred hésita en silence. Hermione se plaça devant lui, ses sourcils étaient froncés et son regard, méfiant.
- Ils ne nous feront rien, assura-t-elle, elle-même hésitante.
Nott et Zabini étaient devant eux, le premier s'agenouilla à côté de leur camarade de serpentard, il s'en releva vite avec une grimace. Les deux amis échangèrent un regard éloquent. Fred était toujours baguette en main, prêt à les attaquer au moindre geste de travers.
- Nous ne nous sommes jamais vu, trancha la voix dure de Zabini.
- Et nous jetterons un sortilège de confusion à Milicent, compléta Nott. C'est tous ce que nous pouvons faire, ajouta-t-il, l'air désolé.
- Vous feriez mieux de partir, conseilla Zabini.
Éberlués, Hermione et Fred prirent un instant avant de commencer à s'éloigner dans une direction opposée. Le roux semblait encore bien plus perplexe que la brune.
- Hermione, appela Nott encore et entendre son prénom dans la bouche d'une personne qui l'avait tant méprisée la fit sursauter. Tu as oublié ça, dit-il en lui tendant un exemplaire des Mille et une potions et enchantements pour attirer un sorcier.
Hermione se sentit rougir en regardant pour la première fois le titre et récupéra le volume. Elle comprenait soudainement la réflexion de Milicent Bulstrode, tout en la trouvant toujours aussi ridicule. Elle se retourna en captant le regard de Fred, il lui fit un clin d'œil en voyant le livre, presque détendu, mais Hermione savait que ce n'était qu'une façade. Son visage était habité par une réflexion profonde. Ils allaient repartir quand le roux se retourna à son tour.
- J'ai jeté de la poudre d'obscurité dans le couloir, ne sortez pas tout de suite. Vous ne verriez rien, expliqua-t-il à son tour et ils hochèrent tous trois la tête, entendus, ils ne se devaient plus rien à présent.
Puis, tournant le dos, il entraîna Hermione vers une table proche du bureau de Mrs Pince. Sa paume était moite, avait-il eut peur ? Où était-il passé avant ? Et qu'allait-il se passer maintenant que l'A.D. avait été découverte ? Et lui aussi devait se poser des question ! Tout comme elle, Merlin, elle devait absolument découvrir ce qui se passait dans la tête des deux serpentard ! Les choses semblaient aller mieux, mais ce n'était qu'une apparence, en réalité, Hermione savait déjà que ce n'était que les prémices des complications.
Comme s'il ressentait son trouble, Fred pressa sa main, comme pour la rassurer, ou peut-être se rassurait-il lui-même.
—•—
Pour une heure aussi avancée de la soirée, la salle commune de Gryffondor était étrangement peuplée. Les élèves fuyants de l'A.D. s'étaient tous réunit sur les différents fauteuil autour de l'imposante cheminée dont le feu s'éteignait, lentement. Le silence régnait, morbide, les élèves affichaient des figures moroses donnant à Fred la désagréable impression de se trouver à une veillée funèbre. Seuls la pression de la main de Hermione, assise à ses côté, tombée endormie à moitié affalée sur lui et la présence de sa famille et amis lui remontaient le moral.
Hermione et lui étaient resté à la bibliothèque aussi longtemps que le couvre feu le permettait, et comme pour éviter tout soupçons, Hermione avait été interroger Mrs. Pince sur les livres les plus utiles pour réviser A.S.P.I.C et B.U.S.E. bien qu'en réalité, ils avaient passé l'heure à discuter de la scène étrange qui s'était jouée sous leur yeux. Ce n'était pas la première fois, Hermione lui en avait déjà parlé, il l'avait seulement oublié, mais la répétition de ces intentions—il ne savait comment les nommer—commençait à l'inquiéter. Les serpentards agissaient rarement seuls ou du moins, jamais si cela ne servait pas leurs intérêts. La question résidait en ces deux hypothèses, et toutes deux en amenaient d'autres. Qui souhaitait « protéger » Hermione par ses deux serpentard, ou sinon, quels étaient justement leur intérêt ?
Hermione préférait penser qu'il ne s'agissait là que d'une simple courtoisie, trop fatiguée pour admettre ce qu'elle savait déjà, le pli sérieux de son visage témoignait d'une grande agitation. Ils devraient en reparler plus tard, quand la situation serait plus appropriée, moins urgente.
- Rien de nouveau ? demanda Ron, anxieux.
- Rien, répondit George dans une voix pleine de fureur contenue.
Même s'ils avaient été séparé dans leur fuite, les deux jumeaux avaient une fois de plus agit de concert. Alors qu'il avait rependu dans une bonne partie du couloir de la poudre d'obscurité instantanée du Pérou—cadeaux de Charlie que George et lui souhaitait à tout prix négocier pour leur futur boutique—tandis que son jumeau s'était amusé à lancer deux prototype de leur dernière création, les leurres explosifs. Ils avaient permis à de nombreux élèves de prendre la fuite même si certains, comme Ron, Ginny ou Neville avait fini par se faire attraper. Ils étaient tous revenu une heure plus tôt, quelques dizaines de minutes après Hermione et lui. Mais aucun d'entre eux n'avait de nouvelle de Harry...
Fred sentit Hermione remuer contre lui et marmonner quelques sons indistincts. A nouveau, rêve trop agité. Il réaffirma sa prise sur sa main et passa un bras protecteur autour de ses épaules. Elle avait passé une bonne partie de la soirée à conjecturer différents plans d'attaque pour empêcher le renvoi de Harry qu'elle voyait déjà. Sous ses ordres, elle avait envoyé Ron chercher dans le dortoir de cinquième année la carte du Maraudeur pour suivre les pas du garçon. A peine redescendu, George s'en été emparé et depuis, il faisait les cent pas devant la cheminée, au centre du petit groupe, vérifiant toute les trois minutes la position de Harry. Peu lui importait à présent de révéler à tous la raison de leurs succès les plus brillants.
- Toujours rien, Ron ! grogna son double à l'encontre de son frère le plus jeune.
- J'ai même pas ouvert la bouche ! protesta ce dernier, mécontent.
- Oui, mais tu allais, répondit Fred, pour George, ils se connaissaient tous que trop bien.
Son jumeau lui adressa un sourire, Ron ferma la bouche, ne sachant quoi répondre, sa lèvre était fendue, résultat d'un affrontement avec Vincent Crabbe. Fred ferma les yeux, il avait ses propres questions et si habituellement, en pareille situation, il aurait cherché à détendre l'atmosphère avec George, aujourd'hui il avait besoin de ce calme. Il changeait, il en prenait conscience lentement. Etre avec Hermione—ou ne pas être avec elle comme ça avait été le cas avant les vacances de Noël—lui faisait voir les choses sous un autre angle. Il se sentait différent au près d'elle, plus sûr de lui, moins immature tout en restant aussi facétieux qu'à l'habitude, une meilleur version de lui-même. C'était ce changement qui l'avait effrayé au début avec la brune, et tous ces sentiment qui le créaient. Ce n'était pas la première fois que Fred sortait avec une fille, mais il y avait quelques chose de changé, encore une fois, il se sentait différent, sans pouvoir vraiment mettre de mot dessus ou s'expliquer sur le en quoi. Inconsciemment, il resserra son étreinte et Hermione soupira.
Il avait fait le bon choix. Il ferma les yeux un instant. Toujours le silence autour de lui.
- Par la barbe de Dumbledore, George ! Assis-toi ! Tu me donne la migraine à bouger comme ça maugréa Ginny.
- Il arrive ! s'écria alors George sans prêter attention à sa cadette.
Fred ouvrit les yeux dans un sursaut, Hermione ne broncha pas. George se précipitait vers lui pour lui montrer la carte. La petite étiquette de Harry bougeait à présent, à coté de celle du professeur McGonagall. George rendit à la carte son apparence factice et la tendit à Ron, il la remettrait dans son dortoir plus tard. La minute suivante, le panneau pivotait laissant entrer Harry, le professeur de métamorphose l'avait laissé dans le couloir, sans quoi elle leur aurait passé un savon à tous. Il regarda l'assemblée qui sortait lentement de sa léthargie avec incrédulité puis s'approcha pour se laisser choir dans le fauteuil que Ginny venait de libérer. Il soupira et se massa les tempes, fatigué, puis, il entreprit de leur raconté ce qu'il s'était passé.
- Et Dumbledore ? demanda Nigel incrédule, lorsqu'il se tut. Il est vraiment parti ?
- Disparu, confirma Harry sombrement. Pour m'éviter des ennuis je suppose, ajouta-t-il avec amertume. Ombrage n'a jamais eu l'air aussi radieuse, continua-t-il avec sarcasme, elle va reprendre la direction de l'école dès demain.
Fred écoutait Harry en réfléchissant rapidement à la situation, ils n'étaient pas intervenu, ni George, ni lui. Les deux jumeaux se lançaient des œillades fréquentes, au fil du récit de Harry.
- Et maintenant ? fit Neville, l'air perdu.
Harry lança un regard circulaire, mal à l'aise, la salle était pendue à ses lèvres.
- Je reviens du bureau de McGonagall. Malfoy et sa bande ont retrouvé la liste des élèves inscrits et la photo qu'on avait prit à Noël. D'ici demain, nous serons tous en retenu. Elle va faire son possible pour que ce ne soit pas avec Ombrage mais je n'y crois pas. On a déjà eu de la chance de ne pas être renvoyé je crois, précisa-t-il.
Certains élèves avaient subitement perdu toutes couleurs.
- Il va nous falloir une nouvelle salle, reprit Ginny, tentant de ramener un soupçon d'optimisme.
Harry tourna vers elle un regard désolé mais une veine battante saillait à son cou. Il semblait terriblement en colère. Il hocha négativement la tête.
- L'A.D. est dissoute, annonça-t-il d'une voie blanche.
Il se leva et disparut dans l'escalier menant au dortoir des garçons sous les exclamations diverses de leurs camarades.
George croisa à nouveau le regard de Fred alors que Lee Jordans s'époumonait dans un discours enflammé contre le ministère. Il était prêt s'il était d'accord. Et Fred était d'accord. Le temps était venu de donner une leçon à Ombrage, peu importe le prix.
Il sentit contre son flan Hermione remuer doucement, réveillée par les effusions des derniers gryffondor encore levés. Elle cligna des yeux et se redressa vers lui dans une expression confuse.
Et Fred sentit son cœur se briser à l'idée que dans quelque temps, il ne serait plus avec elle à son réveille. Car c'était ce qu'il risquait de perdre.
