Chapitre 19_Le grand chambardement
- Plus que quelques minutes, murmura George en se penchant vers lui pour attraper un morceau de pain.
Fred se contenta de hocher la tête pour toute réponse et entreprit de manger, un air faussement impassible sur le visage mais tout comme son double, le garçon était habité par l'excitation caractéristique de ceux qui s'apprêtent à faire une farce—et quelle farce ! Il sentait les pupilles de Hermione peser sur lui avec suspicion. Il pivota vers elle et tira la langue, elle avait été repérée. Il se délecta de voir la brune piquer un fard en baissant la tête vers son assiette et il rit intérieurement. Il savait depuis longtemps que Hermione n'était pas cette fille coincée et stricte que lui avait présenté Ron il y a cinq ans mais elle restait timide bien que joueuse. Et Fred adorait jouer avec cette timidité, la titiller et la voir répondre. Et la voir rire. Son rire. C'était sûrement ce qu'il préférait chez elle. Et il lui manquerait terriblement.
Il voulait partir. Quitter Poudlard maintenant. C'était plus au moins le plan initial, celui qu'il avait formulé avec George. Revenir au château, passer des bons moments qui resteraient graver dans leur mémoires en attendant de trouver le local parfait pour leur boutique, puis filer dans une dernière plaisanterie mémorable. Seulement les choses s'étaient compliquées. D'abord Ombrage était venue immiscer au château et même s'ils ne l'avoueraient ni l'un ni l'autre, George et lui ne voulaient pas laisser Ron et Ginny à la merci de cette vieille folle. Harry et Hermione non plus, ils ne voulaient pas les laisser derrière. Ensuite, il y avait eu l'A.D. qui était devenu un groupe tellement important à leurs yeux, dont les enjeux—sérieux—représentaient tellement qu'ils n'avaient même plus songé à partir. Ce n'était peut être qu'un groupe de gamins révoltés qui bataillaient entre eux en pensant pouvoir vaincre un Mage noir, il ne restait pas moins un acte de résistance, alors que le tout le monde autour d'eux persistait à réfuter la vérité. L'accident de leur père les avaient sacrément secoués en décembre et les jumeaux s'étaient momentanément détournés de tous leurs objectifs. Enfin, il y avait eu Hermione.
Rectification, il y avait Hermione.
C'était la raison pour laquelle lui et son double n'avait pas plié bagage dès le retour de Harry le soir où Dumbledore était parti. C'était pourquoi ils étaient restés même après la retenue d'Ombrage. A cette pensée, le rouquin attrapa la main de la sorcière à sa droite pour y planter un baisé, pile là où se trouvait la cicatrice crée par les plumes ensorcelées de la grande inquisitrice. Hermione ferma les yeux. Si elle savait combien la rage l'habitait à cet instant.
C'était pour elle qu'il avait hésité à faire ce qu'il s'apprêtait justement à faire avec George. Avant, ils n'avaient jamais dépassé la limite. Etre amoureux de la préfète de Gryffondor n'empêchait pas Fred de défier constamment le règlement et même avec tous les meilleurs sentiments du monde, jamais Hermione n'aurait réussi à le faire se tenir tranquille. Et malgré tout, ils étaient ensemble elle et lui. Si quitter Poudlard était la clef qui menait à son rêve de toujours, alors il pouvait le faire. Hermione savait qui il était et l'avait toujours su. Dès le début. C'est pour ça qu'elle lui pardonnerait—car elle lui en voudrait quand même, autant rester lucide. C'est pour ça qu'il pouvait agir. Ce n'était pas l'ultime limite.
La jeune fille rouvrit à demi les paupières et le fixa, pensive. Elle se mordit la lèvre en signe d'hésitation.
Oui, elle lui pardonnerait, mais Fred n'était pas stupide et il savait qu'avant ça, elle souffrirait. Horriblement peut-être. Et il ne sera pas là. Elle allait lui en vouloir. Il se contenterait de l'aimer en encaissant les coups, les mots dures. Ça n'avait pas d'importance, il avait en elle une confiance inébranlable. Il devait juste la préparer, rendre la séparation moins rude, moins brutale, l'aider à comprendre que même loin, il serait encore là. Qu'il serait toujours là.
- Tu ne vas pas vraiment le faire ? explosa-t-elle finalement, en réveillant un Ron passablement assoupi depuis le départ de Harry avec Rusard.
Avec un sourire qu'il voulait rassurant il se mit à lui frictionner le bras. Il hocha la tête de haut en bas, se rapprocha de son oreille avec un sourire en coin, un éclat de malice dans les yeux. Il devait la protéger, la rassurer. Mais était-ce seulement possible ? Hermione n'était pas stupide, des deux c'était lui le crétin. Alors, c'est en crétin qu'il devait agir et il agit comme un crétin, malin, facétieux.
- Je n'ai pas le choix Her-mignonne, susurra-t-il, taquin et charmeur, ses lèvres frôlaient sa peau. C'est toi qui m'y forces, fit-il avant de lui étaler un peu de sauce de son index sur sa joue.
- Fred ! rugit-elle avant de lui donner une tape sur la main.
Cette fois, ses joues étaient cramoisies. Sous les éclats de rires de Ron, George, Lee et bien évidemment celui du rouquin, très fier de lui, elle entreprit de nettoyer son visage avec un bout de serviette. Le regard soudain mauvais, elle se tourna vers lui, le nez plissé.
- Tu es diabolique, articula-t-elle lentement, avec tout son sérieux bien que Fred y entendait le rire qu'elle tentait de contenir. Tu vas me le payer !
- Je n'y crois pas, railla-t-il en évitant de justesse un morceau de pain qu'elle venait de lui lancer, George le rattrapa au vol et reprit son repas, ravi du spectacle sous ses yeux.
Hilare, Fred ne vit pas l'autre main de Hermione se précipiter vers lui, armée d'une petite cuillère, pleine de crème dessert, qui atterrit sur une partie de sa joue et son menton.
- Vengée ! entonna-t-elle victorieuse, se laissant elle aussi aller aux rires, avec les autres.
Haussant les épaules, soulagé d'avoir échappé à ses pensées névrosées, Fred sourit, retira une partie du chocolat de sa figure et le mangea. Hermione aussi semblait plus détendue à présent, et c'est tous ce qu'il voulait. La préserver de tous les tracas qui pouvaient l'assaillir même si aujourd'hui, c'était lui qui hantait les pensées de la brune et ses questions. Même avec ses farces il n'était pas si idiot que ça finalement.
Le cœur allégé, il se leva, proposant galamment sa main à Hermione pour se relever. Ils prirent la direction de la sortie, vers le grand hall. Alors qu'ils passaient la porte, les premiers Feuxfous retentissaient, sous les yeux stupéfaits de la sorcière.
—•—
Hermione eut tout juste le temps d'entendre la voix de Ron maugréer qu'elle était—une fois de plus—complètement folle. Un sourire étirait ses lèvres alors qu'elle se frayait un chemin dans la foule de rouge et or dont le brouhaha allait certainement finir par réveiller McGonagall, elle voulait rejoindre ceux qui étaient au centre de l'attention. Elle n'en avait rien à faire ce soir, du règlement de l'école, de la fierté d'un de ses plus grands modèles, de l'image de petite fille sage et mélancolique qu'elle brisait, de toute la tristesse qui pouvait la prendre par assaut quand elle n'y prenait pas garde. Elle n'en avait rien à faire de ce que Fred avait dit plus tôt dans la journée—ou presque—, elle refusait d'y penser, tout lui passait au-dessus. Oui, Ron avait pour une fois raison, elle était folle. Complètement folle. Dingue. Dingue du garçon qui se tenait devant tout le monde, les bras écarté dans une position presque christique, acclamé en héros. Elle capta immédiatement ses iris chauds quand elle s'avança devant les autres. Une lueur incrédule et inquiète traversa le regard du rouquin, incertain.
Complètement folle oui. Folle à lier. Folle de Fred. Surtout quand il la regardait comme ça, comme si elle était la chose la fille la plus importante au monde. Folle. Accro. Accro à lui, à tout son corps, à toute son âme, à cette façon qu'il avait de toujours la faire sortir de ses gonds pour encore plus la surprendre. Elle était accro à ses clins d'œil charmeurs, à ce sourire fier et joueur, au timbre de sa voix rassurant, son air parfois hésitant. A son rire aussi, parfois un peu fou, aérien, apaisant. Accro au frison qui la traversait quand elle sentait son souffle sur son visage alors que son front reposait sur le sien, juste avant qu'il ne l'embrasse.
Folle à lier et irrécupérable. Imaginer sa vie sans Fred n'était même plus envisageable maintenant. Elle savait qu'elle l'aimait, depuis un long moment déjà, mais jamais elle ne l'avait senti aussi fort, ce sentiment. C'était grisant. D'autant plus quand Fred la regardait ainsi.
Elle le voulait près d'elle, sentir ses bras dans son dos, l'emmener et le garder jalousement dans un lieu où ils seraient seuls, où il n'y avait plus de guerre, de morts, de complications. Plus de temps. Elle le voulait pour elle, lui tout entier. Elle le désirait. Ce n'était pas la première fois, mais là aussi, c'était plus fort, plus enivrant que jamais. Depuis longtemps elle avait renoncé à combattre ses sentiments, de tristesse, de joie ou d'amour. Elle n'avait pas à tout enterrer au fond de son cœur, à tout renier. Elle ne pouvait que les vivre, se confronter à eux, en tirer le meilleur. Et Fred était certainement tout ce qu'il y avait de meilleur pour elle en ce monde. Elle était le néant, le vide, le noir et le gèle. Il était tout, une lumière douce qui la réchauffait lentement, depuis le bout de ses doigts à son être tout entier. Il l'embrasait.
Elle ne se vit même pas reculer lentement dans la foule d'élève une fois les yeux du septième année happés par la vision presque énigmatique qu'elle lui renvoyait sans en avoir conscience, presque mystiques. Les élèves commençaient à se disperser dans une petite fête improvisée, de la musique retentissait et certains comme Ginny ou Neville s'étaient même allé à danser. Dans un coin, Seamus Finnigan distribuait des bières au beurre et des verres qui ne contenaient pas seulement du jus de citrouille vue la couleur qu'avaient prit ses joues. Ron et Harry se trouvaient justement près de lui et riaient à gorge déployé. George racontait une fois encore ses exploits en compagnie d'un Lee euphorique répétant ses phrases en ne cessant de pimenter la réalité. C'est dans l'indifférence la plus total de leurs amis et des autres Gryffondor que Hermione et Fred s'éclipsèrent suivant les pas incertains, presque doués d'une volonté propre, de la jeune fille.
Surprise de sa propre audace, ce n'est qu'au bout de quelques secondes que Hermione comprit réellement ce qu'elle faisait, à savoir monter doucement les escaliers menant aux dortoirs des garçons, sans jamais briser le contact visuel avec le sorcier en face d'elle. Elle s'empourpra à cette idée et s'empourpra un peu plus une fois sur le pallier ne savant plus où aller. Elle finit finalement par baisser les yeux, mordillant sa lèvre inférieure alors qu'elle réalisait lentement ce que pouvait signifier son geste. Sans vraiment savoir comment, Fred comprit et éclata d'un rire léger en attrapant sa main pour la guider. Si elle ne l'était pas avant, Hermione était maintenant certaine d'être aussi rouge qu'une pivoine et maudit Merlin. Dire qu'habituellement elle ne rougissait que rarement !
- Je n'ai pas été beaucoup de fois dans le dortoir de Ron et Harry, ne put-elle s'empêcher d'expliquer alors qu'elle voyait passer plusieurs portes affichant des numéros dorés.
- Non, je peux pas le croire ! railla Fred incapable de jouer de réels aires outrés à la Percy sérieusement. Hermione Granger a enfreint le règlement de l'école et ce n'était même pas pour venir me voir moi ?
- Te voir toi ? décida de jouer Hermione à son tour, laissant sa gêne s'évaporer. Jamais de la vie, claqua-t-elle en lui lançant un clin d'œil comme le garçon l'aurait fait à sa place.
- Je vais devoir te retirer des points, susurra-t-il en retour dans une vague imitation du ton doucereux de Rogue sous les éclats de rire de la brune.
Ils s'étaient maintenant arrêtés devant une porte un tantinet plus abîmée que les autres. Hermione laissa échapper un soupire amusé en constatant les impacts divers, les marques noires et de couleurs plus vives. Elle se demandait bien ce que le roux et son jumeau avaient fait à un objet aussi simple tout au long de leur scolarité pour qu'il soit dans un état pareil. Sentant sa gêne revenir dans ses veines, accompagnée d'autres sentiments plus confus, elle seccoua la tête et reprit en soufflant :
- Que veux-tu, je me sens un peu trop rebelle ces derniers temps.
Cette fois Fred ne rit pas, il se rapprocha d'elle alors qu'elle sentait une certaine tension montée en elle et l'embrassa. Et à nouveau, elle se sentit calme et ne trouva en elle que cet amour grisant et cet élan de fierté qu'elle ressentait pour le garçon. Elle laissa ces sensations hypnotisée tout entière en refoulant toutes ses pensées négatives, son malaise et ses peurs dans l'océan profond de ses pensées. C'était Fred. Elle l'aimait. Elle n'avait pas à se sentir gênée, ni de se trouver ici, ni de vouloir s'approcher toujours un peu plus du garçon.
Fred se sépara d'elle avec sourire moqueur et l'invita à entrer dans son antre d'un geste de la main exagéré. Au grand étonnement de Hermione, la pièce n'était pas aussi en désordre qu'elle aurait pu le croire, se remémorant toutes les fois où Molly avait pesté contre les jumeaux et leur joyeux bazar, elle misa sur les elfes de Poudlard avec une moue pincée et haussa un sourcil avisant les trois lit rapprochés les uns des autres laissant un grand espace vide sur tout un côté de la pièce.
- Les autres ont demandé à changer de dortoir dès la fin de la première semaine à Poudlard, répondit Fred à sa question muette. Depuis, on s'est toujours servit de l'espace en plus pour tester de nouvelles farces ou jouer au bavboules.
- Qu'est-ce que vous avez promis à Lee pour le faire rester ? se moqua la brune alors qu'elle se laissait tomber sur le lit qu'elle imaginait être celui de Fred au vu des initiales de la malle juste devant.
- Seulement le droit de mater nos torses virils, se vanta-t-il en jouant des sourcils.
Pour toute réponse la jeune fille eut un sourire presque mauvais et envoya l'oreiller qui était à sa droite directement sur la tête du roux.
- D'accord, d'accord, concéda son aîné en levant les mains en l'air, roulant des yeux, j'ai compris que tu étais jalouse mais la violence n'est pas une solution Hermi-jolie... Non ! cria-t-il alors que Hermione s'apprêtait à lui envoyer un second projectile duveteux.
Il baissa la tête juste avant que ledit projectile ne le touche et fonça sur la sorcière qui retomba en arrière sur le lit du roux. Fred lui bloqua les mains alors que la jeune fille tentait de se défendre vainement.
- Si tu arrêtes de te débattre, je te raconte, promit-il en évitant un petit coup de coude de la brune.
Hermione se calma aussitôt, fixant son regard sur le sien, comme lorsqu'ils étaient encore dans la foule, avec une mimique concentrée.
- On s'est fait remarquer dès qu'on est monté dans le train, grimaça le roux en se redressant sur un coude, relâchant prudemment Hermione pour jouer de sa main libre avec ses cheveux, étalés sur le matelas. Et dès le début, on a pas vraiment été aimé, continua-t-il semblant retrouver tout son sérieux. Sans faire exprès George a poussé quelqu'un dans le lac noir, Hagrid nous a affirmé qu'il n'avait pas vu ça depuis une bonne dizaine d'années. On a passé le reste de la semaine à faire des bourdes et les autres ont prit peur. Tout le monde sauf Lee, afirma-t-il. Ils pensaient qu'on leur attirerait des ennuis... Il aura fallu plus de deux ans pour qu'enfin notre génie soit reconnu, finit-il en retrouvant un semblant de sourire.
Hermione resta silencieuse quelques secondes, sans trop savoir quoi dire. C'était plus un truc à elle de s'attirer les foudres de ses camarades de classe, un truc de première de classe ou d'amie de Harry Potter. Elle se souvenait d'une bagarre avec Kelsie Jackson à l'école primaire, l'une des brutes qui l'avaient toujours rejeté en poussant les autres à faire de même et qui un jour, s'en était prise à elle, juste parce qu'elle « ne supportait plus d'entendre sa voix toutes les trois secondes ». A Poudlard aussi, elle n'avait pas beaucoup été aimée, se faire des amis lui avait prit du temps et certains la regardaient toujours avec un certain agacement, d'autres pensaient qu'elle, Harry et Ron attiraient toujours le malheur, comme un sinistros. Jamais elle aurait pu penser que Fred ait pu, lui aussi, être mis à l'écart un jour. Elle ne l'avait que rarement vu seul, toujours une bande à rigoler près de lui. Elle se prit à éprouver une vague de haine contre la promotion de septième année de Gryffondor sans pouvoir s'en empêcher. Fred lui pinça doucement la joue, la tirant de ses pensées et elle vit une fois de plus ce drôle d'éclat dans son regard. Cette note particulière, cachée, celle qui signifiait qu'il lui cachait quelque chose. Celle qui faisait revenir en une vague toute son anxiété et ses angoisses.
Alors que Fred se penchait pour enfouir sa tête dans ses mèches emmêlées, elle se retourna brusquement et le plaqua contre le matelas, un accent désespéré la traversée tout entière, elle se savait presque menaçante.
- Promets-moi que tu ne feras plus rien, implora-t-elle lentement alors que les yeux de Fred s'étaient agrandis subitement par la peur. Tu la fais courir dans tout le château, continua-t-elle en faisant référence à la toute nouvelle directrice, tu as épaté la galerie, tes amis, ta famille et même moi j'ai adoré votre numéro ! Alors maintenant, dis-moi que c'est fini, ne fais rien qui puisse te faire partir, je t'en supplie !
Elle plongea sur son torse pour y cacher son visage alors qu'elle continuait ses suppliques, le souffle court. Elle l'aimait, elle ne lui avait jamais dit mais elle l'aimait, il ne pouvait tout simplement pas partir comme ça ! Et ses études ! Il devait y penser aussi ! Au bout d'un moment qui lui sembla interminable, il passa sa main dans ses cheveux avec précaution, comme s'il ne voulait pas la brusquer et elle sentit le pire arriver.
- Je ne peux plus rester, expliqua-t-il d'une voix qu'il voulait douce mais presque aussi meurtrie que la sienne. Ça fait longtemps que je n'ai plus vraiment ma place ici, je devrais même être déjà parti. Je suis resté pour toi, le plus longtemps possible...
Il se tut un instant et Hermione darda sur lui ses pupilles humides. Toute la joie de cette soirée était entrain de la quitter finalement. Ce sentiment d'amour si puissant était toujours là mais lui martelait le cœur, Merlin qu'elle souffrait ! Fred fuyait son regard.
- Et moi justement ? demanda-t-elle s'en pouvoir s'en empêcher. Je ne suis pas une assez bonne raison pour rester plus longtemps ?
Il fallait être honnête, elle était égoïste. Qu'importe les A.S.P.I.C.s, qu'importe la réaction de ses parents, elle ne voulait pas qu'il parte, elle voulait le garder avec elle. Il était tout. Un soleil, sa bulle d'oxygène. Et elle l'aimait. Elle ne pouvait pas le laisser partir !
- Je n'ai pas besoin d'être à Poudlard pour continuer à t'aimer, contra-t-il avec une certaine difficulté. Ici, ou ailleurs, il n'y aura que toi. C'est ce dont je rêve depuis toujours et tu y as une place, murmura-t-il, presque inaudible.
Et ce fut le coup qui l'acheva. Hermione aurait voulu, crier, lui hurler dessus, dire qu'il était fou, insensé et bien évidemment, lui faire la morale. Elle aurait aimé être furieuse et partir en claquant la porte pour le pousser à rester plus longtemps. Il partirait déjà dans quelques mois déjà, à quoi bon tout précipiter ? Elle aurait pu se battre, ne pas lâcher prise. Elle avait sa place dans son avenir, soit, mais que faisait-il de ses propres plans à elle ? Voilà ce qu'elle aurait pu rétorquer, furibonde. Si tout allait bien dans sa vie, peut être qu'elle aurait agi de la sorte.
Mais non, elle ne pouvait pas lui dire ça. Elle ne pouvait pas lui faire ça, pas à lui. Ce n'était pas elle ou plus elle, elle ne savait plus qui elle était depuis un bon moment déjà, même si ces derniers temps, elle pensait y arriver, redevenir Hermione Granger, celle d'avant mais en mieux. Tout allait de nouveau s'écrouler autour d'elle, le départ de Fred était inévitable. Elle n'était pas forte, n'était pas courageuse, ni si rebelle que ça. Elle n'était que elle, la fille avec un petit cœur déjà bien trop flétri, mort, calciné de tristesses et de remords, ses rêves à elle était perdue, elle était presque jalouse que lui en ait encore. Etre en colère ne servirait à rien. A la place c'était une lame de poignard qui la frappait en plein cœur. Elle l'aimait. Elle l'aimait et il allait partir et pire, elle le laisserait faire. Car elle ne pouvait pas être celle qui brisait ses rêves, elle s'y refusait, il ne serait pas comme elle. Elle ne pouvait rien y faire. Elle ne pouvait que continuer à l'aimer. Même si son cœur était déjà entrain de se briser.
Elle ne pouvait que l'aimait. Alors elle l'aimerait.
Elle noua ses bras précipitamment autour de la nuque du garçon avec un sanglot silencieux, réduisant encore le peu d'espace qui les séparait. Fred la fixait avec appréhension sans savoir quoi dire.
- Alors promets-moi juste de ne pas me le dire, ordonna-t-elle, ne me préviens pas. Promets-le-moi, juste ça, argua-t-elle encore en se mordant la lèvre, le visage enfouit dans son cou.
Fred hocha la tête lentement, murmurant quelques mots de sa voix trop faible, étranglé par la peur et l'incertitude alors que ses bras se refermaient sur la silhouette fine de la sorcière dont les larmes lui brûlaient la peau. Et c'est avec l'énergie du désespoir que Hermione plaqua ses lèvres sur les siennes, laissant ses mains aux accents tourmentés se faufiler sous le t-shirt de Fred.
