Voici un petit chapitre de transition. Pour fêter la Samhain, la pleine lune, le dimanche, le reconfinement... quoi ! Quoi c'est rabat-joie ? Bon. Pour fêter tout ça dignement, je vous promets deux chapitres bien sanglants, demain, 1er novembre !
N'oubliez pas de Leur laisser un peu de nourriture sur la table de la salle à manger et une bûche dans la cheminée, ce soir... Et une review pour les vivants !
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Chapitre 19 - Le jeu des Trois Coups
- Miss Granger ! s'exclama Minerva McGonagall alors qu'Hermione posait à peine pieds à terre au sortir de sa cheminée.
- Bonsoir, professeur, lança-t-elle en retour, lissant sa robe.
En acceptant de revenir à Poudlard via le réseau de Cheminette, elle s'était attendue à devoir justifier sa présence impasse du Tisseur, quelques jours plus tôt. Elle ne s'était pas trompée. La Directrice la dévisageait par-dessus ses lunettes carrées, lèvres pincées, son regard persan plus perçant que jamais.
- Je pense que vous me devez quelques explications. Je crains de ne pas avoir les éléments nécessaires pour comprendre la globalité de la situation et j'espère de tout cœur que vous pourrez me les fournir.
Ses doigts tambourinaient sur le plateau acajou du bureau. Hermione était mal à l'aise. Quelle réponse apporter à ce qui n'était pas une question ? Comment ne pas en dire trop et... que dire, en fait ?
- Puis-je m'asseoir, professeur ?
- Faites. Je ne vous propose pas de thé, il est froid, à présent.
- Je ne sais pas par où commencer...
- Vous pourriez... par exemple, me donner l'objet de votre visite au domicile personnel du professeur Rogue ?
Hermione déglutit avec difficulté : en plus d'avoir le mensonge en horreur, elle abhorrait par-dessus tout la perspective de décevoir la Directrice de Poudlard et de la maison Gryffondor, qu'elle estimait tant.
- C'est... vous savez à quel point Harry... déteste le professeur Rogue. Harry a prévu de consacrer son Mémoire Magique à une déclinaison pour enfants de la potion Tue-Loup. Il n'est pas très au point, je... je pensais qu'il avait besoin d'aide.
- Pourquoi ne s'est-il pas simplement adressé au professeur Slughorn, dans ce cas ? trancha-t-elle.
- Oh, le professeur Rogue est tellement... disons, nous savons tous, pour avoir côtoyé Remus Lupin, à quel point le professeur Rogue est rompu à la potion Tue-Loup. Il la connaît sur le bout des doigts et... honnêtement, je ne voyais que lui pour aider Harry. Et bien sur, Harry ne voulait pas entendre parler de lui rendre visite, c'était hors de question.
McGonagall laissa filtrer un long soupir. Hermione se sentit presque sortie d'affaire.
- Pour tout vous avouer, je craignais qu'il ne s'agisse encore de la Baguette de Sureau. Le professeur Rogue a mis Poudlard dans un porte-à-faux sans précédent en jouant de nouveau sur les deux tableaux. Je dois confesser que j'aurais préféré qu'elle reste oubliée dans la tombe d'Albus mais... espérer l'oubli, justement, était utopique. Severus... le professeur Rogue était dans le vrai en avançant que jamais Poudlard ne serait en paix tant que la Baguette serait en son sein. Comment va-t-il, Miss Granger ? Pensez-vous qu'il puisse mener à bien la mission dont il s'est emparée ?
La voix de la Directrice trahissait son inquiétude, elle tremblotait imperceptiblement.
- Ma foi, il est plein de sarcasmes, comme à son habitude : d'après moi, il va bien. Quant à la Baguette... je n'en sais pas plus, mentit-elle.
- Lestrange est à ses trousses, n'est-ce pas ?
- Clairement, oui.
McGonagall frissonna.
- Severus... quelle existence... soupira-t-elle, secouant le visage, les doigts sur ses lèvres devenues invisibles.
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Harry et Hermione étaient tous deux assis autour de l'une des tables de la salle commune de Gryffondor, les coudes posés sur un tapis de parchemins et de plumes mêlés. Le feu ronronnait, dans son foyer, et Pattenrond, lové dans un pouf. Dehors, il faisait un temps limpide. Si limpide, en fait, qu'Hermione avait deviné avec clairvoyance à quel point le froid glacial allait lui mordre les chevilles et toute autre partie exposée de son corps, dès qu'elle aurait mis le nez dehors. Elle avait donc préféré ne pas prendre le risque et suggéré à Harry, qui venait de rentrer de vacances, de passer le début de ce samedi matin à travailler ensemble sur leurs Mémoires Magiques avant qu'il ne doive assister à son entraînement de Quidditch. D'après elle, il n'avait pas assez avancé, et le peu de travail qu'il avait mis en œuvre était loin de tenir la route malgré les résultats obtenus. Ayant intégré qu'il valait mieux éviter de le sermonner au risque de le braquer complètement, elle préféra lui conseiller de se méfier du biais d'échantillonage de son étude : Ted était le seul enfant sur lequel il avait testé la potion, il était vraiment imprudent de tirer des conclusions après n'avoir étudié qu'un seul sujet.
- C'est bien, d'utiliser seulement les feuilles d'aconit jaune, c'est la partie la moins toxique du taxon le plus léger en aconitine. Tu n'ajoute aucun calmant type valériane, aubépine, mélisse...?
- Non, toujours et seulement les feuilles d'aconit.
- Tu sais quoi, Harry, je pense qu'il faut abandonner les tests sur Ted. Ta potion avance bien, mais étudier les effets d'une potion sur un seul sujet... Personne ne te prendra au sérieux. D'autant que personne n'est capable de dire si Ted a vraiment hérité de son père ou pas. Par contre, on sait que Greyback a mordu énormément d'enfants ces dernières années. Ils doivent être répertoriés dans les registres de Sainte-Mangouste, non ? Tu pourrais les contacter, certaines familles accepteraient, ça élargirait ton panel de sujets étudiés et puis, eux, au moins, on est sûrs qu'ils présentent bien les symptômes de la lycanthropie.
Le visage de Harry s'illumina.
- Tu es une génie, Hermione, ça crédibilise tout ! lança-t-il en rassemblant ses parchemins en un tas grossier, pressé d'en découdre pour aller s'ébrouer sur le terrain de Quidditch. Où en es-tu de ta version ?
- Disons que... j'avais fini la traduction de la version originale des Contes, mais j'envisage un appendice sur le grimoire qu'on a trouvé chez toi...
- Tu as pu tout traduire ? Déjà ? Est-ce que je peux lire ? Est-ce qu'on y trouve des informations pour les reliques ?
- Je ne sais pas, c'est difficile à dire. Oui, certainement, mais ça reste flou.
Elle balaya du regard la salle vide avant d'extraire un parchemin de son sac, et en commença la lecture, levant les yeux vers Harry à chaque fin de vers.
"Vous, qui que vous soyez,
De deux jambes de sureau, le lion, chevauchez.
Un seul joueur pour cette partie convoquez.
Heureuse la mort répondra à votre demande,
Car bien en hâte que ses effets on lui rende.
La partie, entamez :
La pierre vainc le bois,
Le bois perce l'étoffe,
L'étoffe couvre la pierre."
- C'est tout ? s'étonna Harry.
- C'est tout.
- Il n'y a rien d'autre ?
- C'est déjà pas mal, non ? s'exclama Hermione. On a toutes les informations, mais le début... Franchement, ça me laisse perplexe.
- On a toutes les informations ?
Harry s'était saisi du parchemin pour le lire de lui-même.
- C'est évident, c'est un jeu des trois coups. Un pierre, papier, ciseaux, tu vois ? On casse la baguette de la pierre, on recouvre le tout avec la cape, les reliques disparaissent, emballez, c'est pesé. Juste, il ne faut pas être assez bête pour percer la cape de la baguette, expliqua Hermione.
- Ça serait si simple ?
- Tu as trouvé simple de réussir à rassembler les trois reliques entre les mains de la seule personne qui pouvait être en possession de la Cape ? De tuer Voldemort pour lui prendre la Baguette ? D'exhumer le grimoire d'Ignotus Peverell ? De comprendre qu'on ne pouvait le voir et le lire qu'à travers la cape ? De traduire le texte depuis les runes anciennes ? Franchement, heureusement que le texte n'était pas trop alambiqué !
- Tu as raison, comme d'habitude, abandonna Harry.
- Et pour le lion, le sureau, ces choses, tu as une idée ?
Harry gratta le sommet de son crâne, lançant un regard vers le terrain de Quidditch.
- Ca aurait un rapport avec Gryffondor ?
- Peut-être, marmonna Hermione, appuyant exagérément sa joue sur son poing. On ne peut pas savoir, il y a tellement de possibilités...
- Et si tu demandais à Rogue ?
Hermione lui lança un regard effaré.
- Pourquoi moi ? se rebella-t-elle, estomaquée.
- Ma foi, parce que j'ai l'impression qu'il t'aime bien, rétorqua-t-il avec un sourire amusé.
- Pfff, c'est ridicule.
Elle se concentra pour ne pas rosir.
- En tout cas, je te suis sur un point : il me préfère à toi, on a... un passif un peu moins lourd !
- Ca, tu l'as dit. Kreattur ! appela Harry.
L'elfe de maison se matérialisa dans la salle commune avec un "pop" caractéristique.
- Bonjour, Kreattur. Comment ça va, au Square Grimmaurd ?
- L'invité de Monsieur n'est pas des plus faciles à satisfaire, grogna-t-il en se tordant les mains.
- Tu as du courage de t'occuper de lui, Kreattur, répondit Harry.
Hermione lui asséna un regard réprobateur : il n'était vraiment pas utile de confirmer à Kreattur qu'il avait raison de détester Rogue.
- Kreattur n'a pas le choix, Monsieur, répliqua-t-il justement, essuyant ses doigts sur son torchon sale. Que peut faire Kreattur pour Monsieur ?
- J'ai besoin que tu obéisses à Hermione comme tu le fais avec moi.
- Kreattur est toujours heureux de servir Madame, s'inclina-t-il. Bien plus que cette canaille de Severus Rogue.
- Je dois aller m'entraîner, tu peux transplaner entre Poudlard et le square Grimmaurd sans problème, n'est-ce pas ? Tu es affecté aux deux endroits ?
- Bien sûr, Monsieur.
- Parfait, alors je vous laisse.
Et, se tournant vers Hermione.
- Utiliser Kreattur comme messager est toujours plus prudent que la cheminée de la salle commune. Imagine si un première ou un deuxième année se retrouvait face à la tête de leur pire professeur suspendue dans les flammes de la salle qui est la plus confortable pour eux et dans laquelle ils n'auraient en temps normal jamais à le croiser... Traumatisant, conclut-t-il, avec un rictus de dégoût, disparaissant dans l'ouverture laissée par la disparition du portrait de la Grosse Dame.
- Kreattur, aujourd'hui, nous sommes le neuf janvier, c'est l'anniversaire de... Severus Rogue. J'ai besoin de toi pour lui transmettre un paquet.
L'elfe de maison bougonna un flot de borborygmes incompréhensibles, regrettant peut-être d'avoir promis d'obtempérer aux demandes d'Hermione. Elle prit le volume déjà relié de son Mémoire Magique et en isola la traduction des Contes de Beedle le Barde à proprement parler. Les reliant à nouveau, elle lança un "gemino", produisant ainsi une copie de ses notes. Elle y joignit, sur un parchemin séparé, le Jeu des Trois Coups qu'elle venait de recopier et un mot manuscrit :
"Professeur, tablant sur votre ennui au Square Grimmaurd, je vous joins, pour ce 9 janvier, ma version des Contes de Beedle le Barde. Gageant qu'ils sauront vous distraire."
Pas de référence à son anniversaire, c'était bien plus sobre ainsi. Pour rester prudente, elle ne fit que souligner les premiers vers du poème et accoler en marge quelques points d'interrogation.
- Voilà, conclut-elle, remettant à l'elfe le paquet. Peut-être aussi... Peux-tu lui préparer un repas que tu sais qu'il aimera ? Sans lui demander la permission, bien sûr, mais... Ca le mettra peut-être de meilleure humeur ?
- Kreattur fera son possible, Madame.
"Pop".
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Hermione se glissa, satisfaite, sous la couette. La journée avait été productive et elle était plutôt rassurée d'avoir permis à Harry de corriger le tir quant à son Mémoire Magique. Elle espérait à présent que Rogue ne tarderait pas à lui répondre : comprendre les vers qui entamaient les règles du Jeu des Trois Coups allait s'avérer nécessaires à la destruction des Reliques, elle le savait bien.
Le lion... Harry avait peut-être raison, mais pourquoi le chevaucher... Gryffondor avait-il un rapport avec les chevaux ? Il lui faudrait se rendre à la bibliothèque pour creuser cette hypothèse. En parler à McGonagall ? Pourquoi pas. Quoi qu'elle fut persuadée qu'il était bien plus prudent de ne pas ébruiter leur projet : certes, cela pourrait leur apporter de l'aide, mais risquerait également de les mettre en danger à même proportion. Rogue, il fallait donc compter sur Rogue. Elle ferma les yeux, l'imaginant parcourir le Square Grimmaurd en long, en large, en travers, comme un lion en cage qu'il n'était pas. Et puis, le souvenir de l'étrange soirée de Noël lui revint, et son estomac se serra. Elle se refigura ses yeux et ce regard indéchiffrable. Qu'avait-il en tête ? Qu'avait... elle en tête ?
- Madame.
Deux yeux globuleux penchés sur elle : elle se cacha prestement sous la couverture, sans réfléchir.
- Ah ! Par Morgane, Kreattur, s'exclama-t-elle, la main sur la poitrine, essayant vainement de calmer les palpitations de son cœur, observant l'elfe qui avait chuté sur son lit.
- Kreattur a une réponse de Severus Rogue pour Madame, grinça-t-il à voix basse, se remettant sur pieds.
- Merci, Kreattur.
Elle se saisit du mot plié en quatre.
- Alors, que lui as-tu fait à manger ?
- Severus Rogue n'a pas voulu prendre de repas, aujourd'hui. Il a dit a Kreattur qu'il aurait tout aussi bien préféré que sa mère avorte plutôt que de le mettre au monde.
- Oh, comme c'est charmant, répliqua-t-elle, un sourire décontenancé figé sur ses lèvres.
Puis, dépliant le message transmis par l'elfe, elle lut :
- "Allée C, armoire 500, étagère 40, volume 8, quelque part entre les pages 600 et 700, lettre G"
L'écriture était posée. Plus bas était noté un "merci" qui semblait avoir été ajouté plus tard, les cinq lettres griffonnées dans la hâte.
- Rogue a-t-il ajouté quelque chose en te donnant ce mot ?
- Oui, il a ajouté "merci", Severus Rogue est très poli avec Madame. Pas avec Kreattur.
- Non, mais quelque chose, quelque chose que tu devrais me dire ?
- Non, Madame. Mais Severus Rogue est très poli avec Hermione Granger.
Hermione leva les sourcils, lassée et épuisée. Un vieil elfe de maison pouvait être tellement radoteur.
- D'accord. Bien, souhaite lui une bonne nuit. Bonne nuit à toi, Kreattur.
"Pop"
Hermione songea au message. Allée C... Oui, c'était bien de la bibliothèque de Poudlard qu'il s'agissait. Armoire 500, section géographie. Un lieu ?
- Severus Rogue grogne qu'il ne dort pas depuis un mois.
- Ah ! couina-t-elle. Kreattur, nom d'une marmite, signale-toi, j'ai cru mourir.
Dans le coin opposé de la pièce, Demelza grogna dans son sommeil.
- Kreattur ne peut pas.
- Est-ce que le professeur Rogue s'ennuie ?
"Pop"
- Oh non... grommela-t-elle.
C'était en fait une question pour lui, directement, pas des mots à rapporter à Rogue.
- Il dit qu'il s'ennuie.
- Bien. Attends ! Ne lui dis pas "bien", Kreattur, tu allais repartir ?
- Parfaitement, Madame. Kreattur prend très au sérieux les ordres de Harry Potter.
- Bon, dis à Rogue qu'en ce qui me concerne, je vais dormir, très certainement, car je dors très bien. Alors, au revoir.
"Pop"
Elle ne prit même plus la peine de tenter de retrouver le sommeil.
- Severus Rogue dit que c'est tant mieux pour vous, mais que vous devriez plutôt travailler à le sortir de son trou et le soustraire à la présence de cet elfe de maison puant et acariâtre duquel il est forcé de partager la compagnie.
- Kreattur !
- Kreattur rapporte les mots de Severus Rogue, Madame. Kreattur n'aime pas Severus Rogue.
Il fit une grimace qu'elle trouva dégoûtante.
- C'est un euphémisme, sourit-elle. Ne reviens plus ce soir, j'ai besoin de sommeil. Et transmets-lui de penser un peu à toi, qui doit supporter les sarcasmes de l'indécrottable grincheux qu'il est.
"Pop".
ᚖ
Le midi suivant, Hermione composa en hâte un sandwich sans même s'asseoir.
- Hé, Hermione, qu'est-ce que tu fais ? la héla Ginny, alors qu'elle repartait déjà.
- J'ai beaucoup de travail, il faut que je passe à la bibliothèque pendant ma pause de midi, je n'ai qu'une demi-heure avant mon cours d'arithmancie, on se voit ce soir ! marmonna-t-elle, le joues gonflées de pain.
Le défi principal était de parvenir à avaler son en-cas avant d'arriver devant la porte de madame Pince. Elle l'aurait suspendue par les pieds si jamais elle l'avait surprise avec de la nourriture dans ses rayons. Bon, tout du moins, cela lui aurait valu une exclusion temporaire et ce n'était pas du tout le moment. Essuyant ses lèvres d'un revers de manche, elle entra dans la bibliothèque, murmurant un évasif "bonjour". Elle se dirigea alors vers l'allée C et mit la main sur l'armoire 500 sans trop de soucis. En fait, elle connaissait sûrement par cœur l'organisation de la pièce principale. "Géographie", c'est bien ça, pensa-t-elle, déchiffrant l'écriteau. Étagère 40 : "Angleterre, Cartographie". Volume 8 : "Angleterre, sud-ouest". Elle extirpa le gros volume de son emplacement et s'assit au sol, ne prenant même pas le temps de s'installer à une table.
- G..., page 600... Gaulderalde sur Abron ? Mouais... Gau... ge... gi... go... Godric's Hollow... Godric's Hollow ! Par Merlin, murmura-t-elle.
Et maintenant ? Sur ses genoux s'étendait la carte de la région du village d'origine de Harry. Le petit centre était entouré de quelques maisons disséminées de ci, de là, plutôt aléatoirement. A l'ouest, un bois. A l'est, une rivière tortueuse. De l'index, elle en parcourut les toponymes. "Bois du Cerf", "Butte des Cent Pas", "Combe de l'Homme Mort", "Hameaux des Vierges", "Le Lion", "Hameau du Rat"...
- Le Lion ! s'exclama-t-elle à haute voix.
Un raclement de gorge feint lui parvint de l'entrée.
- Par Morgane et Merlin réunis, le Lion, non d'une marmite sauteuse à pattes velues, si je n'y suis pas, je ne suis plus Hermione Granger, claironna-t-elle si bas qu'elle seule put s'entendre.
La cloche sonna treize heures et Hermione détala.
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- Kreattur ! lança-t-elle, une fois la salle commune vidée.
Harry n'était toujours pas rentré de son match amical contre Poufsouffle et elle le soupçonnait d'avoir terminé à Pré-au-Lard, où il traînait beaucoup trop, à présent qu'il était majeur. Ginny, elle, avait rapidement filé dans le dortoir des filles, glacée jusqu'à l'os.
- Madame a appelé Kreattur ?
- Comment vas-tu ?
- Comme d'habitude, Madame. Kreattur a dû nettoyer la douche de l'étage car Severus Rogue refuse les bains, il ne prend que des douches. Et il trouve que les douches de Kreattur sont immondes.
- Merveilleux. Bon, s'il râle, c'est qu'il va bien, le rassura-t-elle. Peux-tu lui faire passer ce mot ?
Elle lui tendit un parchemin déchiré, sur lequel elle avait griffonné une ligne sinueuse en bleu, l'ornant du terme "Le Lion", le tout assorti d'un "Merci !".
"Pop"
Elle se laissa tomber dans le sofa qui faisait face aux flammes et bâilla si amplement qu'elle craignit pour sa mâchoire. Des larmes de fatigue embuèrent ses yeux, dessinant de larges kaléidoscope orangés et, quand elle cligna pour retrouver une vision plus nette, Kreattur se tenait face à elle.
- Ah ! ne put-elle retenir. Désolée, Kreattur, je n'arrive pas à m'habituer à la brutalité de tes réapparitions.
- Severus Rogue est content.
- Il est... content ?
"Content ?" pouffa-t-elle intérieurement.
- Il dit qu'il va enfin pouvoir quitter ce trou poussiéreux.
- Alors ça, tu peux lui dire que ce n'est pas prévu pour tout de sui...
"Pop"
- Oh non...
L'elfe reparut aussi soudainement qu'il s'était volatilisé.
- Il dit que maintenant qu'il a les instructions, il s'en occupera lui-même.
Hermione éclata de rire.
- Il ne manque pas d'air... non ! Attends.
Kreattur prit un air interrogatif.
- Ne lui dis pas ça, enfin !
- Kreattur écoute Madame, croassa-t-il.
- Dis-lui... dis-lui que même si l'attente est difficile, il faudra sûrement que je m'en occupe seule et que Harry ne pourra pas m'aider non plus : autant de pas risquer d'exposer le propriétaire de la Baguette. Et, de toutes façons... il n'a pas les Reliques, je ne vois pas comment il peut imaginer les détruire.
"Pop"
Elle grignota fébrilement l'ongle de son pouce. Cela se corsait et elle prenait conscience de la nécessité d'agir, à son tour, seule, comme lui l'avait fait pendant des années.
- Severus Rogue est en colère.
Son image s'imposa dans son esprit : "Granger, vous n'êtes qu'une petite sotte !".
- Il est en colère ?
- Il vient de s'enfermer dans la bibliothèque.
- Tant mieux, au moins, il y est en sécurité.
"Pop".
- Nom de nom... siffla Hermione, appréhendant la réaction à venir.
Mais ce soir-là, Kreattur ne se montra plus.
