Chapitre 22_Sorties nocturnes
La grande salle était pratiquement vide, et pour cause, la plupart des élèves dormaient encore, beaucoup avaient terminé leurs examens. Les élèves de cinquième année avaient passé l'épreuve d'astronomie la veille et Hermione n'aurait pas refusé une heure ou deux de sommeil en plus mais il ne restait plus que l'épreuve d'Histoire de la magie, il ne fallait surtout pas se relâcher maintenant. Tout en relisant un passage encore obscur de ses notes, elle tartinait distraitement un morceau de pain de beurre. Elle avait accumulé bien trop de retard cette année et ne se juger déjà pas assez préparée pour ses B.U.S.E.s, autant profiter du peu de temps qui lui restait pour réviser, ce qu'elle aurait dû faire hier soir en revenant à la salle commune. Ce qu'elle n'avait bien entendu pas fait. Non, à la place elle avait laissé ses pensées lui empoisonner l'esprit—déjà si fatigué—à propos de Fred et de tous les messages farfelus qu'il pouvait lui envoyer.
Elle lui avait pardonné trop rapidement selon Ginny et même si elle ne pouvait pas le dire à la rousse fin d'éviter une tempête de "je te l'avais dit", elle était de son avis. Il lui manquait. Horriblement. A chaque seconde. Partout où elle allait. Des rappelles piquants qui transperçaient son cœur. Comment lui en vouloir en de telle condition ? Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Honteusement, elle devait bien admettre qu'elle se sentait abandonnée, délaissée, ce qu'elle trouvait profondément injuste, Fred avait toujours était...Fred. Avec le recul, une fois le choc du départ passé, ce qu'il avait fait était assez prévisible, il lui avait dit. C'était elle qui avait insisté pour ne pas savoir. Elle s'était punit toute seule en refusant d'y croire et maintenant, elle était seulement déçue de ne pas lui avoir fait changé d'avis. Ca devait être ça. Sinon elle ne serait pas aussi atteinte par son absence, ou aussi irritée ou au contraire, aussi vide.
Elle perdait des heures en conjectures sur ce qu'il voulait dire—ou ne pas dire—puisque les lettres de Fred ressemblait plus à une sorte de brouillons rapides de ses journées qu'à des lettres tout justement. Il se confondait à chaque fois en excuses et semblait vouloir lui dire quelque chose sans y parvenir si bien qu'elle passait généralement plus de temps à tenter de le comprendre qu'à étudier, elle avait même finit par lui demander de ne plus lui écrire pendant les examens afin d'être sûre de n'avoir aucune distraction et de se concentrer pleinement, sans succès. Car autre chose la préoccupait. Une phrase qui lui brûlait tellement les lèvres qu'elle osait à peine la formuler en pensée. C'était ce froid qui s'installait entre eux, cette distance créée par sa rancune à elle et sa gêne à lui qui continuait de croître et l'écorchait de l'intérieure. Et elle avait beau se dire que ce n'était que la pression des épreuves sur elle, elle avait du mal à y croire réellement. Si tout continuait ainsi, ils se fissureraient pour de bons, ils se briseraient l'un l'autre.
Et voila, elle divaguait encore ! Elle avait pourtant d'autres strangulots à fouetter, comme la révolte des gobelins français de 1789. Une histoire très intéressante, car elle avait été déclenché par les moldus et...et...et... Et si Fred lui annonçait dès demain qu'il mettait fin à leur relation, puisqu'il était à Londres et elle à Poudlard ? Elle sursauta violemment et en fit tomber sa nouvelle tartine dans sa tasse de thé. Merlin, Morgane et par tout autres sorciers l'avaient précédée, pourquoi diable revenait-elle systématiquement à Fred ? Elle ne pouvait pas être une jeune fille mature pour une fois ? Ou alors, quitte à être obsédée, être obsédée par autre chose ! Comme savoir pourquoi Rogue refusait de lui donner cours d'occlumentie ces derniers temps, et à Harry aussi ! Ou mieux, quelque chose de bien plus évident, comme obtenir ses examens !
Elle soupira et repoussa devant elle les maigres restes de son petit-déjeuné d'une main tout en refermant son livre de l'autre, dépitée. Elle ferait mieux de réviser ailleurs si elle voulait se concentrer, pourquoi pas dehors puisque le ciel était enfin un peu dégagé ? Alors qu'elle finissait de ranger ses affaires, elle entendit les bruissements d'ailes et les hululements des dizaines de hiboux qui arrivaient pour la distribution du courrier. Avec une pointe d'appréhension elle vit une chouette au plumage noir foncer sur elle pour laisser tomber une lettre dans son assiette, à présent vide. Ce n'était pas un message de Fred, et heureusement, sinon elle aurait surement passé la matinée à pleurer, complètement perdue, et l'après-midi à ruminer ses questions sur leur avenir. En l'observant de plus près, elle remarqua l'emblème du ministère qui cachetait l'enveloppe. La peur d'y lire un autre refus pour la réouverture d'enquête sur la mort de ses parents lui saisit le ventre et c'est secouée de tremblements qu'elle ouvrit la lettre.
Miss Granger,
Veuillez prendre connaissance du document suivant, redirigé vers vous par nos agents. N'oubliez pas que vous êtes tenu au Code International du Secret Magique.
Hariette Hedgecombe,
Département la coopération entre sorciers et moldus.
Chère Hermione,
Je doute que tu te souviennes de moi, ton père et moi nous nous sommes fâchés il y a de cela de trop nombreuses années pour ce que je qualifie maintenant d'une broutille. La mort de tes parents m'a anéantie... A vrai dire j'espérais toujours le revoir arriver à ma porte, tous les matins, pour que nous laissions cette querelle de côté. Je ne m'étais pas attendu à ce que cela dure dix ans, ni à ce qu'il s'est passé. Vois-tu, une mère se prépare à beaucoup de choses quand elle voit son enfant grandir, mais certainement pas à le voir mourir si jeune.
J'aurais aimé assister à l'enterrement, je n'ai pas été prévenue puisque j'étais dans ma résidence aux Etats Unis. Je suis revenue immédiatement à Manchester quand j'ai apprit la nouvelle et depuis, je me rends chaque jour sur sa tombe. Ta mère était une femme douce, elle aussi ne méritait pas ce sort. Dire que tu t'es retrouvée toute seule, ma pauvre chérie, j'aurais dû être présente à tes côtés pour t'aider, te soutenir, t'acompagner...
Je sais que tu ne me connais pas, la dernière fois que je t'ai vu, tu n'étais qu'une petite fille, mais j'aimerais te rencontrer. Tu es ma petite fille après tout, la grand-mère que je suis veut te serrer à nouveau dans ses bras, profitons ensemble de ce petit morceau de famille que nous formons encore à nous deux ! J'espérerais que tu accepterais de venir passer quelques jours chez moi, cet été, à Manchester.
J'attendrais ta réponse,
Ta grand-mère, Margaret Granger.
Décidément, on ne devait jamais lui accorder le moindre répit. Un autre soupire s'échappa des lèvres de Hermione, blême, avant qu'elle ne quitte la Grande Salle.
—•—
Fred posa son menton dans le creux de sa main en continuant de fixer l'horloge au dessus de la porte. Plus que dix minutes... Il soupira d'impatience. Il se comportait vraiment comme un con ces derniers temps. Avec Hermione, avec son frère, ses parents... Il était vraiment temps qu'il reprenne sa vie en main et qu'il fasse un peu plus attention aux personnes qui l'entouraient. Ils n'essayaient après tout que de l'aider car il se sentait mal, jamais ils n'avaient répondu quand c'était lui qui était d'une humeur massacrante, jamais ils ne l'avaient incriminé alors qu'il se savait responsable de son propre malheur. Il n'était pas prêt à se séparer de Hermione et pourtant il l'avait fait, il était partit. Il lui avait très certainement brisé le cœur, il connaissait assez Hermione pour ça et elle lui avait quand même trouvé la force de lui pardonner. Elle était beaucoup trop pure pour lui, un imbécile heureux, et égoïste qui plus est. Maintenant, tout avait changé, il le regrettait terriblement sans pouvoir vraiment changer quoique ce soit. Il s'en voulait terriblement, et Hermione, elle devenait de plus en plus lointaine, au sens propre comme au figurée. Une étoile qui s'éloigne lentement à l'aube...
Il aurait tellement aimé être forte comme elle, avoir son courage, et lui dire ses craintes, ce qu'il ressentait vraiment tout au fond de lui. Mais après ce qu'il avait fait, il n'osait plus, quand il lui écrivait il feignait la bonne humeur et n'arrivait qu'à employer un ton badin qui sonnait faux. Avoir pour petite amie la sorcière la plus brillante de sa génération ne l'aidait pas sur ce point-là, indéniablement elle devait se douter de quelque chose. Si seulement il pouvait tout simplement lui avouer qu'il regrettait son geste. Réellement. Il l'avait déjà plus au moins dit mais jamais directement et finissait toujours par s'embrouiller. Ecrire les trois petits mots tout simples, ce « tu me manques » il n'arrivait pas à le sortir. Il impliquait bien plus qu'un simple « je t'aime » d'adolescent, lui dire était admettre qu'il voulait plus d'elle encore, dans sa vie, elle tout entière, tout le temps. La voir se réveiller le matin et s'endormir le soir, blottie contre lui. Ce n'était plus un désir de jeune homme mais celui d'un adulte.
Hors Hermione n'était pas une adulte, elle n'avait que seize ans et il doutait fortement que la jeune fille saute de joie à l'idée de s'enchaîner à vie à un boulet comme lui. Jamais ils n'avaient évoqué d'avenir ensemble. Ils s'aimaient oui, mais pour autant ils ne s'étaient rien juré. Ils s'aimaient, point, c'était tout, il n'y avait rien d'autre à dire. Ils s'étaient tellement enivrés de l'instant présent qu'ils n'avaient même pas songé à un moment qu'il puisse se finir. Et pourtant, ils y était déjà à après, cet après qui effrayait tellement Fred. Après, c'était déjà si incertain et lui, il ne savait déjà plus rien, ou du moins plus grand chose.
Hermione était pragmatique, elle avait grandi dans un monde moldu, et s'il savait bien que les sorciers avaient tendance à fonder une famille assez jeunes, c'était rarement le cas des moldus. Il se souvenait que la jeune fille s'était détachée de Viktor sans grande peine, l'année passée. Deux semaines de larmes à peine et c'était fini, l'amour d'adolescent était une passade avait-elle expliqué, que souvent on confondait l'amour d'un simple béguin. Fred avait déjà eu le béguin pour certaines filles, il était sorti quelques semaines avec Angélina et d'autres filles et cela n'avait rien à voir avec la palette d'émotions qu'il traversait avec Hermione. Elle, il l'aimait. Comme on aime réellement.
Est-ce que lui, il lui manquait autant que elle, elle lui manquait ? La question était aussi de savoir si elle, elle l'aimait en retour, ou s'il n'était qu'une passade. Il voyait mal Hermione se comporter d'une façon aussi légère mais s'il devait être sérieux cinq minute—oui, ça lui arrivait, encore plus ces derniers temps—il fallait être honnête et reconnaître qu'il doutait. Il doutait de tout maintenant qu'il était parti, maintenant qu'il comprenait que ses sentiments étaient encore bien plus profonds qu'il ne l'avait pensé. Il n'avait plus cette assurance que lui procurait le fait de marcher à côtés d'elle. Imaginer un instant que tout puisse s'arrêter le rendait malade à en crever. Il devait savoir, ils devaient parler, il devait comprendre ce froid qui s'installait avec la distance, il ne le comprenait pas, il ne le maîtrisait pas. Par dessus tout, il devait se rassurer, rester lucide, ce qui était impossible quand on parlait d'histoire de cœurs. Seule un peu honnêteté et de certitude pourraient le tuer, ce froid, le faire disparaître définitivement. Et il ne pouvait plus attendre demain. Il allait transplanner et s'introduire dès ce soir à Poudlard pour la retrouver, voilà ! Ils allaient parler ensemble, crever l'abcès. Voilà exactement ce qu'il fallait, s'il l'aimait vraiment—et c'était le cas—alors il pouvait bien faire cela. Pour elle.
- Tu ne vas quand même pas la demander en mariage ? railla George, allongé sur le lit entrain de relire des notes.
Les yeux de son frère étaient tout aussi cernés que les siens. Ils ne dormaient plus beaucoup ces dernières semaines, le lancement de la boutique était prévu pour la fin du mois, le jour des vacances. Leurs stocks devaient être prêts à temps, les locaux refaits à neuf et leur appartement aussi. Pour l'instant ils transplannaient tous les soirs au Terrier mais bientôt ils quitteraient la maison de leurs parents définitivement, ce qui les perturbaient assez. Ils étaient tous les deux épuisés mais passaient leurs nuits éveillés, conscient qu'ils s'agissaient des dernières passées ici. Et à cela s'ajoutait les questions existentielles de Fred, celles de George étaient bien plus terre à terre. Là où Fred se demandait si Hermione pensait blanc ou noir, George s'interrogeait sur comment ils allaient survivre sans que leur mère ne leur fasse à manger. Dire que George se prétendait le plus mature des deux...Fred en doutait sérieusement. Il était au moins aussi stupide que lui.
- Seulement de venir passer ses vacances à la maison, répondit Fred sans relever le ton moqueur de son frère, trop nerveux. Si elle ne me jette pas avant, tu sais pour tout ça, termina-t-il en désignant de la main sa propre personne comme une explication logique.
- C'est pas gagné, murmura son double en échangeant sa lecture trop sérieuses contre un magazine. Et si elle dit oui, tu la demande en mariage ?
- Au moins ce sera la preuve que je ne compte pas épouser ma mère, moi ! renchérit Fred, très fier de son coup, mêler leur mère à ce petit jeu menait toujours à la victoire.
- Très drôle, se renfrogna George en grognant. Tu marque un point ceci dit, céda-t-il en regardant sa montre. La voie est libre, annonça-t-il, ne te fait pas chopper, Rusard doit garder sur lui son fouet par peur de nous voir revenir.
- Moi ? Me faire prendre ? Amateur ! répondit Fred alors qu'il tournait sur lui-même pour transplanner tout en lui adressant un dernier clin d'œil.
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Un autre cri s'échappa de la gorge de Hermione alors que le sombral amorçait une descente en piqué. Comment Harry et Ron pouvaient autant aimer l'atrocité qu'était volé ? Elle savait se servir d'un balais, évidemment, adorait assister aux matchs de Quidditch de sa maison bien qu'elle trouvait se sport beaucoup trop barbare, mais ce n'était pas une sensation grisante de bonheur qui la traversait quand elle volait, plutôt une violente nausée. Elle n'avait pas le vertige—même si à son gout, ils étaient beaucoup beaucoup trop haut—mais elle n'aimait pas la sensation de perte de contrôle qu'impliquait le vol, encore plus quand ce n'était pas elle qui dirigeait, mais un sombral.
Son cerveau surchauffait, elle sentait les perles de sueur couleur le long de son dos et de ses tempes alors que le vent lui cinglait le visage. Elle devait se cramponnait au dos maigre du sombral, son pelage rêche lui griffait la peau du visage et elle craignait que ses os saillants ne finissent pas se briser. Le choc n'était toujours pas passé. Qu'elle vole à dos de sombral passait encore, soit. Mais non, ce n'était pas suffisant, elle ne pouvait pas passer une journée normale comme tout le monde. Il fallait passer son examen mais aussi sauver Harry de la torture, tomber dans une embuscade de centaure, abandonner un professeur à son sort—même si c'était Ombrage—pour aller sauver Sirius à dos de créatures normalement invisible. Mais non, ce n'était encore pas assez. Ca, c'était trop banal pour Hermione Granger. Non, à cela il fallait rajouter le fait que maintenant, elle aussi voyait les sombrals. Merlin pourquoi aujourd'hui et maintenant ? Elle s'y était attendu à la rentrée, après le décès de ses parents, mais il ne s'était rien passé. Logique, elle ne se souvenait pas de l'attaque, c'était ce que Hagrid lui avait expliqué à la fin du cour qu'il avait donné sur les créatures aillés. Alors pourquoi maintenant ? Elle n'avait vu personne se faire sauvagement assassiner dans les couloirs du château jusqu'à preuve du contraire !
Si elle devait être honnête, elle devait bien admettre qu'elle avait fait ce rêve, il y a peu. Elle y pensait souvent, le refaisait même en ressentant toujours ce puissant sentiment d'impuissance car elle ne pouvait pas intervenir, elle était trop petite. Elle ne ressentait pas cette terreur qui accompagnait souvent ses cauchemars, seulement une profonde tristesse. C'était cette femme, elle était grande, lui faisait dos, une haie épaisse les séparait? Elle, elle avait grimpé dans un arbre pour observer la scène bien qu'elle n'en avait pas vraiment le droit. Elle ne savait même pas ce qu'elle faisait ici. Elle voyait juste la femme lever le bras droit et lancer un sortilège de mort aux hommes encapuchonnés qui arrivaient vers elle. La maison juste à sa droite brûlait, et toujours, elle finissait par se jeter dans les flammes denses, les laissaient la consumer tout entière pour échapper aux hommes.
Un frisson la fit trembler et Hermione crut qu'elle allait lâcher sa prise autour du cou du sombral. Un rêve n'était pas la réalité. On ne voyait pas les sombral après avoir fait un cauchemar. Il fallait rester lucide, il n'y avait rien d'autre à ajouter. Et y réfléchir maintenant était dangereux, il fallait au contraire se concentrer et rassembler ses esprits. Ils étaient presque à Londres. A sa droite, Luna tendit les bras à la manière d'un oiseau qui prend son envole. Depuis quand étaient-ils si proches ? L'A.D. leur avait permis de devenir ami mais elle n'aurait jamais pensé la voir dans l'une de leurs aventures, avec Ron et Harry. Pas plus que Neville ou Ginny, mais ils étaient là, tous les trois et leur aide allait être décisive. Ils s'apprêtaient tout de même à affronter le plus grand mage noir de tous les temps !
Et c'était un piège. Hermione le savait très bien, c'était là le plus terrible. Elle l'avait compris dès le début, à la première phrase de Harry. Si seulement il avait attendu une heure ou deux, pour prévenir l'ordre, ou s'ils étaient passés par le Square Grimmault... Mais Harry ne voulait rien entendre, quelque part, sous la fille pragmatique qu'elle était, Hermione le comprenait. Sirius était le seul parent qui lui restait, elle en aurait fait de même. Sauf que Sirius était certainement déjà mort, on allait leur tendre une embuscade. C'était couru d'avance. Ils allait surement tous mourir ce soir, tous les six.
Elle ne verrait pas Fred demain, ne pourrait jamais lui dire au revoir, régler leurs problèmes ou tout simplement l'aimer car à cet instant, plus aucune question à ce sujet ne l'assaillait, à cet instant c'était ça le principal, non ? Plus jamais elle ne pourrait l'embrasser ou lui tenir la main, lui dire qu'elle l'aimait et qu'elle regrettait que ça n'est pas duré plus longtemps. Il l'avait très certainement sauvé à un moment, un moment crucial où quelque part elle était déjà morte ou presque. Et il l'avait sauvée pour ça, pour qu'elle se dirige aujourd'hui à l'aratoire, vers une mort certaine, douloureuse. Elle ne connaîtrait pas la vérité sur la mort de ses parents, elle allait juste les rejoindre, quelque part c'était mieux. Elle ne paniquait pas, ne pleurait pas, à quoi bon puisqu'elle connaissait déjà l'issue du combat. Ce soir, elle donnerait sa vie pour permettre à Harry de gagner. Ce soir, elle se battrait. Jusqu'au bout.
—•—
Fred déboula du conduit avec difficulté. Il avait bien grandi depuis la première fois qu'il avait emprunté le tunnel de la sorcière borgne. Il était courbé depuis qu'il avait quitté la cave de Honeydukes et son dos était à présent douloureux, il s'étira une bonne demi minute avant de regarder autour de lui. Le couloir était désert. Pas étonnant, la fin des examens annonçait le début des vacances, les élèves devaient tous se trouver dans leurs salles communes pour fêter l'événement, et puis, le couvre-feu était déjà passé. Son ventre se retourna quand il réalisa qu'il avait réussit à s'introduire dans le château. Poudlard avait était sa maison pendant presque sept années et aujourd'hui il s'y introduisait comme un voleur, il n'avait plus sa place ici. Les hautes alcôves familières étaient soudainement étouffantes, les tableaux qui habillaient les murs le rendaient anxieux. Ce n'était pas chez lui, ce n'était plus chez lui. Il était un intrus et se promener au cœur du château vide, alors que les dernières lueurs du jours disparaissaient enfin, ne le faisait que se sentir encore plus étranger au décor. Ce sentiment semblait comme entacher, profaner les souvenirs chaleureux qu'il avait ici et là. Il déglutit difficilement et s'approcha des escaliers pour monter vers le septième étage rapidement. Si se souvenir faisait autant mal, autant tout de suite perdre la mémoire !
Il s'apprêtait à gravir la première marche quand il fit attention pour la première fois à l'échos d'un brouhaha qui semblait venir de plus bas. Il fronça les sourcils en se penchant par-dessus la rambarde en pierre de l'escalier, des élèves sortaient encore de la grande salle, le couvre feu était pourtant dépassé depuis presque une demi-heure ! Que les dortoirs soient agités, c'était prévisible, mais comment le château entier pouvait rester éveillé sous l'ordre d'Ombrage ? Du coin de l'œil il vit une figure qu'il connaissait bien. Sans faire attention à rester discret—son plan de base—, Fred s'élança dans les escaliers dans le sens inverse et atterrit littéralement sur Lee qui riait aux éclats.
- Freddie ! s'exclama ce dernier. T'es venu fêter la bonne nouvelle ?
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda le roux sans vraiment comprendre.
- C'est grâce à Hermione en plus ! Elle ne t'a pas dit ?
Sous l'expression surprise de Fred, Lee continua en contenant à peine son rire.
- Elle a emmené Ombrage dans la foret interdite en lui faisant croire qu'elle lui donnerait l'arme secrète de Dumbledore, et elle l'a livrée aux centaures ! Tu sais qu'elle les aime tant !
Lee repartit dans un autre éclat de rire alors que Fred sentit une pointe d'angoisse s'emparer de lui. Hermione s'était retrouvée en prise avec des Centaures ? Ca n'annonçait rien de bon. Il fallait qu'il la voit tout de suite, qu'il calme les battements de son cœur, qu'il fasse taire la crainte l'incertitude qui le broyait de l'intérieur, qu'ils mettent tout à plat tous les deux.
- Elle est où maintenant ? questionna-t-il rapidement, il trouverait un autre moment pour retrouver son meilleur ami.
- Ombrage ? Bah encore avec les centaures ! Tu penses vraiment qu'il y aurait une fête dans la grande salle sinon ! répondit Lee sans comprendre toujours en riant.
- Mais non, Hermione ! répliqua Fred, presque agacé. Tu penses bien que l'idée de revoir un jour cette charmante employée du ministère m'enchante mais je n'en ai pas l'envie.
- Ah, je l'ai pas revu depuis qu'elle partait vers la forêt avec Harry, répondit Lee, perdant peu à peu son sourire en réfléchissant. Remarque j'ai pas vu Ron non plus, ils sont peut être encore là-bas, hasarda-t-il alors qu'un autre gryffondor l'hélait.
Le sang de Fred ne fit qu'un tour. Il se souvenait s'être introduit dans la forêt plus jeune, il n'en gardait pas vraiment un bon souvenir. Et connaissant Harry et Ron... Sans se préoccupé de Lee qui était déjà entrain de parler à quelqu'un d'autre, il repartit en courant dans la direction opposée et arriva au septième étage dans un temps-record. Il hurla au portrait de la grosse dame le mot de passe qui lui ouvrit en ruminant. L'instant d'après, il était dans le dortoir de cinquième année, la carte du maraudeur sur les genoux. Il vérifia une fois, deux fois mais il ne se trompait pas. Ni Harry, ni Ron ou Ginny ne se trouvaient sur la carte. Encore moins Hermione. Ils avaient tous quitté Poudlard.
