Chapitre 25_L'autre fille

Un long sifflement se fit entendre et des volutes de fumée s'échappèrent du train tandis que Hermione remontait le quai de la voie 93/4 en traînant derrière elle sa lourde malle et la cage de Pattenrond, toujours aussi mécontent de se retrouver enfermé de la sorte. C'était la première fois qu'elle voyait aussi peu d'agitation dans ce lieu habituellement si animé et un élan de nostalgie la prit lorsqu'elle repensa à la première fois qu'elle était venue ici avec ses parents. La laisser partir avait été si dur à l'époque, sa mère n'avait pas réussit à contenir quelques larmes alors que son père lui avait ébouriffé les cheveux juste avant de la voir monter dans le train. S'il n'y avait pas eu les Weasley, Hermione aurait très certainement eu du mal à revenir ici toute seule, partir en sachant que personne ne l'attendrait à la maison, sans qu'on vienne lui dire au revoir. C'était assez égoïste quelque part et puéril, mais elle n'y pouvait rien, elle ressentait en elle ce besoin de compter pour quelqu'un, d'avoir une famille et aujourd'hui, elle allait retrouver la sienne. Elle ne se rappelait que peu de chose de sa grand-mère mais l'idée seule de renouer avec la seule parente qu'il lui restait suffisait à lui réchauffer le cœur.

Elle s'arrêta un instant et observa le hall de gare attentivement. Son regard croisa un gobelin grimaçant, le col de chemise relevé comme s'il était parti à la hâte de chez lui, ses petits yeux rivés sur sa montre à gousset. Un peu plus loin, un contrôleur parlait avec difficulté à une vielle sorcière au style plutôt criard et visiblement plus sourde encore que le professeur Binns. Elle agitait une main gantée d'une mitaine orange tout en remuant ses ongles roses bonbons sous le nez du jeune hommes, ce dernier lui rappelait étrangement le contrôleur du Magicobus. Plus loin encore une petite fille tentait de suivre le rythme de la marche de sa mère. Elle fit tomber sa poupée et s'arrêta brusquement. Sa mère se retourna alors avec sourire attendrit, ramassa le jouet et la lui rendit avant d'aider la fillette à grimper sur les marches du train.

Hermione soupira d'aise et ferma les yeux. Les bruits de la gare l'envahirent peu à peu, les pas pressés, le son étouffé des voix, un autre sifflement du train qui s'apprêtait déjà à repartir et son moteur, toujours en marche. C'était criant de banalité, une scène qui aurait pu faire hérisser les poils de n'importe qui, agacé par le son entêtant d'un train au départ, l'attente inutile des voyageurs, l'incompétence flagrante d'un membre du personnel… Oh oui, c'était stupidement banale mais Merlin que ça faisait du bien ! Après ces dernières semaines ! Après toute cette année ! Un peu de normalité n'était pas de refus. C'était même presque rassurant, de voir qu'en dépit de tout, en dépit de la guerre qui venait de commencer, un semblant de vie était possible encore. Un petit sourire naquit sur les lèvres de la brune, sincère, à peine voilé par sa tristesse habituelle qui ne la quittait plus ces dernières semaines. Un autre soupire, cette fois agacé, lui échappa alors que le dernier sifflement avant le départ du Poudlard express résonna. La sorcière la plus intelligente de sa génération, hein ? Hermione se fustigeait mentalement depuis plusieurs jours, plus précisément depuis celui de sa « guérison miraculeuse » selon Pomefresh—jour que la brune avait rebaptisé comme étant « celui où l'infirmière avait su jouer de sa vigilence pour lui faire avaler mille potions »—et surtout depuis qu'on lui avait annoncé qu'elle rentrerait par train et non par porte au loin. Elle avait appris au même moment que la ligne entre Londres et Pré-au-lard était opérationnelle toute l'année, et avoir oublier ce détail sur le monde qu'elle chérissait tant l'avait plus que frustrée.

« Qu'importe ! », lui avait dit Ginny dans sa dernière lettre, elle devait plutôt se concentrer sur elle-même et se reconstruire selon son amie. Hermione lui avait répondu que se reconstruire était compliqué si elle n'était plus elle-même puisqu'elle semblait avoir perdu une partie de ses facultés intellectuelles, ce qui avait fait rire son amie. Elle savait cependant que la rousse avait raison, après Sirius, après la bataille, après toute cette année où elle avait traversé l'Enfer et où seul Fred avait été un phare dans la nuit, elle avait besoin de calme, besoin de se retrouver et de retrouver qui elle était. Enfin, elle sortait un peu la tête de l'eau, l'isolement lui avait fait du bien et quand elle irait mieux, quand elle aurait trouvé les réponses à ses questions et qu'elle aussi pourrait être le phare de Fred à son tour, elle pourrait retrouver le roux, reprendre les choses où ils les avaient laissé et peut-être enfin, avancer. Ce qu'elle n'avait plus été capable de faire depuis longtemps.

À la pensée de Fred, son cœur se serra, peut-être même plus que lorsqu'elle pensait à la guerre à venir, ce que jugeait stupide son côté rationnel puisqu'une guerre était infiniment plus grave que de simples histoires de cœur entre adolescents mais elle n'y pouvait rien. C'était comme l'amour qu'elle lui portait, ça n'avait pas d'explication, pas de raison. C'était comme ça et c'était tout. Elle aurait aimé lui écrire, lui donner des nouvelles, mais pour l'instant, elle s'en sentait encore incapable. Elle savait que son silence le faisait souffrir mais elle ne pouvait se résoudre à faire autrement, elle n'y arrivait pas… Juste pas...

La brune seccoua la tête pour repousser les pensées et sentiments négatifs qui l'assaillaient et se reconcentra sur ce qu'elle s'apprêtait à faire, rencontrer sa grand-mère pour ce qu'il lui semblait être la première fois. L'excitation reprit immédiatement place dans son cœur. Elle jeta un dernier coup d'œil sur le train qui partait et reprit sa marche sous les miaulements furieux de Pattenrond. Elle traversa naturellement la barrière magique et regagna le monde moldu. Un frisson parcourra sa colonne et la désagréable impression de n'être qu'une étrangère lui saisit la gorge. Oui, décidément, ce n'était plus son monde depuis longtemps, et dire qu'elle allait devoir y passer deux semaines et laisser sa magie… À cette idée, elle ne pu s'empêcher de toucher sa baguette cachée dans sa poche. Ne pas se servir de sa magie allait lui manquer mais elle ne pourrait s'empêcher de la garder prêt d'elle, sa baguette ne l'avait pas quitté depuis ses onze ans, à ce titre elle était un peu comme une vieille amie sur qui elle avait toujours pu compter, la clef de ce monde magique auquel elle appartenait. L'habitude était trop forte à présent, elle ne pouvait plus s'en débarrasser, comme de la façon dont elle avait de mordre le bout de sa plume ou de jouer avec l'une de ses mèches de cheveux lorsqu'elle réfléchissait. Elle n'aura juste qu'à faire un peu attention et peut-être qu'un jour, avec beaucoup de temps et la certitude totale de ne pas l'effrayer, elle pourrait partager son secret avec sa grand-mère. Elle remonta alors King Cross en réfléchissant comment serait la femme qu'elle allait rencontrer, se demandant si elle ressemblait à son père ou si elle lui avait légué quelques mimiques ou habitudes. Elle pensa aussi aux différents livres qu'il lui faudrait lire cet été si elle voulait conserver son niveau et rattraper son retard scolaire. Et rapidement, Hermione se retrouva dans la chaleur étouffante de Londres au mois de juillet. Elle grimaça en pensant que l'après-midi touchait presque à sa fin et que l'air était toujours aussi chaud, son expression s'accentua alors qu'elle remontait les manches de son pull, qui convenait seulement pour la brise fraîche de l'Écosse de la matinée, mais certainement pas pour tout le voyage. Tant pis, elle n'aura qu'à se dépêcher de rejoindre le porte au loin.

Elle se pressa donc vers la ruelle où elle savait que se trouvait le porte au loin vers Bristol mais ne pus s'empêcher de plisser le nez sous l'odeur nauséabonde de l'artère où se trouvait plusieurs repousse moldu, songeant que même sans sortilège personne ne tiendrait à s'aventurer dans un endroit aussi crasseux à moins d'être un troll puis elle vérrifia sa montre. Moins d'une minute. Elle soupira en entendant un autre feulement du félin dans sa cage, en se demandant pourquoi il allait le plus lui en vouloir, pour la cage ou le voyage en porte au loin ? Elle repoussa rapidement la question et empoigna la bouteille de soda en verre qui se trouvait au milieu du bitume. Au moins, si désagréable était ce moyen de transport, il lui permettrait d'échapper à la chaleur assommante qui s'était emparée de la capitale. La seconde suivante, la ruelle était de nouveau vide.

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La lumière apaisante des derniers rayons de soleil de Londres laissa place à une brise glaciale et humide. Hermione frissonna alors qu'elle se relevait péniblement, Pattenrond lui lança un autre feulement. Alors que la sensation de malaise aurait dû s'effacer immédiatement, elle ne fit au contraire que de se renforcer alors que la jeune fille ouvrait les yeux. La sorcière la plus intelligente de sa génération savait que le réseau de porte au loin se faisait toujours dans des lieux isolés, loin de tout, dans l'éventualité que si jamais, par Merlin, le repousse moldu ne devait pas fonctionner face à un être exceptionnellement résistant. Mais Hermione savait aussi que la clairière où elle se trouvait, les reflets bleutés de l'ombre des pins à l'orée d'une forêt brumeuse, les herbes hautes qui dansaient sous ses pieds au grès du vent avec des ronces pointues, ainsi que le calme inquiétant, trop parfait pour être naturel, trop silencieux du lieu, tout cela, n'était pas l'agitation bourdonnante d'une ville en pleine effervescence. Ce n'était pas Bristol. Et la peur s'infiltra jusqu'au moindre pore de sa peau, grimpant un peu plus à la vision des deux silhouettes à une dizaine de mètres de là où elle se trouvait.

Le premier était assez petit, même si sa posture, la plus droite possible, révélait qu'il tentait de faire paraître le contraire. Peine perdue, il était voûté par l'âge et la canne sur laquelle il prenait appuie aurait pu le rendre un peu plus vulnérable si elle n'avait pas croisée son regard charbonneux, incandescent d'arrogance. La lourde balafre qui barrait son visage, son allure fière et froide balaya en instant l'image possible du vieillard claudiquant et ses yeux bruns s'écarquillèrent un peu plus d'horreur lorsque l'homme grimaça dans ce qu'il lui semblait être un sourire amère, presque sadique. Elle avait déjà la main sur sa baguette, lâchant précipitamment la hanse de sa valise et la cage d'un Pattenrond furieux mais elle ne s'en soucia guère. Quelque chose de pire arrivait, son instinct tout entier lui criait de s'enfuir, le danger, la mort était là, à quelques pas. Non, pire que la mort, le diable, car il y avait toujours cette haute figure encapuchonnée dont seul le rire guttural s'échappait alors qu'elle se mettait en garde, prête à se battre. Sa mâchoire se crispa d'effroi alors que, lentement, l'homme découvrait son visage.

Oh, quand elle s'était « amusée » à imaginer la scène lors de son long séjour à l'infirmerie du château, elle avait monté toutes sortes de stratégies sur combien elle serait forte et courageuse. Elle se voyait déjà, à ce moment-là, tendre un piège à cet homme bourru et malsain, le terrasser de la fureur combative des Gryffondor ou bien à la rigueur, elle s'était imaginé crier, hurler pour sa vie, implorer en demandant pourquoi, car il apparaissait clairement maintenant qu'elle se tenait devant les responsables du massacre de l'été dernier, puis elle aurait tenter de s'échapper. Tout lui aurait convenu, se battre contre la mort, comme la fuir avec lâcheté, car ça aurait été normal, logique, stupidement téméraire ou bien terriblement égoïste. Tout, oui. Mais elle ne s'attendait pas à ça. Pas à la sensation de son propre corps lui échappant alors qu'un déferlement de sentiments contradictoires la tenait en otage. Pas à ce calme plat face au rire à présent dément de l'homme alors qu'un cri déchirant de rage lui brûlait les cordes vocales, incapable de sortir. Elle restait clouée sur place, stupéfaite, sidérée alors que le rideau se levait mettant en scène les acteurs de sa sordide histoire. Il ne manquait que le pourquoi, oui. C'était la dernière pièce manquante et elle aurait dû se battre, elle aurait dû crier, chercher la vérité quitte à y passer. Chose qu'elle ne pouvait se résoudre à faire.

Un éclat de compréhension flotta vaguement dans ses yeux et deux choses s'imposèrent à elle clairement. La première, la plus évidente, était que Hermione était juste fatiguée, vidée. Fatiguée de chercher, de réfléchir. Ce n'était pas un putain de problème d'arithmancie dont elle aurait la correction à la fin du cour, où alors que quelques heures de travail intensif à la bibliothèque entourée des bons livres lui permettraient de comprendre. C'était sa vie, réelle et brute, elle n'avait pas le choix, on ne lui avait pas demandé de chercher la solution logique à tout cela, pas plus qu'on ne lui en avait laissé l'occasion. C'était voulu, de la pure torture psychologique.

Et la seconde, plus sombre, plus noire… Plus effrayante que tout le reste encore… Elle la menait directement au constat suivant : elle ne voulait plus se battre. Hermione en avait assez de courir après des fantômes.

Tout avait visiblement été orchestré sans qu'on ne lui demande son avis. On lui avait déjà volé sa vie, et elle s'était bercée d'illusion jusque-là, elle ne pourrait pas se reconstruire comme elle le voulait, car, il était temps de l'admettre, il n'y avait plus rien à reconstruire. Elle avait abandonné depuis longtemps, avait seulement repoussé au loin ses pensées pour mieux se mentir à elle-même, trompant le monde en même temps. À quoi bon fuir, elle ni avait jamais vraiment cru, mais cela devait être son destin finalement. Inéluctable. Ils la retrouveraient toujours, la traqueraient comme un animal sauvage jusqu'à ce qu'elle rende son dernier souffle. Elle était fatiguée, elle ne voulait plus de tout cela, du poids qui l'attirait toujours plus profondément vers le bas. Alors elle devait peut-être accepter de regarder l'homme juste en face dans les yeux et se confronter une toute dernière fois à la vérité, la terrible vérité qu'elle avait refusait de voir mais qu'elle sentait tapie là, dans un coin, depuis toujours, tout au fond d'elle-même. La nausée était terrible, le mal de tête résonnait dans ses tempes alors que tout se superposait dans son esprit.

- On ne dit pas bonjour ? se moqua Dolohov avec un sourire carnassier qui se voulait très certainement narquois.

La brune se laissa tomber à genoux, lâchant au passage sa précieuse baguette. Il était beau le courage des Gryffondor. La familiarité des visages, des voix… Tout était à vomir. Elle était faible, un simple pantin dans toute cette histoire qui la dépassait qui l'avait toujours dépassée. Depuis le début.

Se confronter à la vérité. Lever les yeux. Respirer. Respirer.

Juste respirer.

Admettre l'inadmissible.

Le sentiment de haine était parti depuis longtemps, elle n'était plus qu'habitée par la douleur du poids du secret et celui de la culpabilité. Elle pensa à Harry, aux Weasley, ses pauvres parents qu'elle avait mit en danger si longtemps. Sa maman, sa maman…

Et Fred. Fred qui l'avait écoutée, Fred qui l'avait réconfortée, Fred qui lui avait même promis de l'aider à élucider un mystère dont elle possédait la clef depuis longtemps, qu'elle avait juste désiré cacher le plus loin possible d'elle. Car c'était trop laid autrement. Trop horrible. Sa faute n'en était que décuplée. Et dire que Fred avait encore le courage de s'inquiéter pour elle. S'il savait… Merlin, s'il savait !

Respirer.

Juste respirer.

Elle releva les yeux avec une expression extrême de désarroi, s'accrochant aux maigres lambeaux de mensonges qu'il lui restait. Elle se cassa la voix sur la question.

- Pourquoi ?

- Tu sais très bien pourquoi, claqua l'homme à la balafre.

Sa voix était grinçante, elle lui glissait dessus comme du papier de verre contre sa peau. Le fin duvet de sa nuque à la naissance de ses cheveux se hérissa. Quand il employait ce ton, ce n'était jamais de bon augure. L'avouer serait pire encore. Elle se redressa sur ses genoux du mieux qu'elle pu, puissant dans ses dernières forces car le douloureux constat lui avait tout prit. Se concentrant seulement sur les yeux de Fred, son regard si lumineux. Elle y trouva les derniers vestiges de sa haine.

- Vous mentez ! cracha-t-elle plus fort qu'elle ne l'aurait cru.

Un autre rire s'échappa de la gorge de Dolohov, l'homme à la balafre n'émit qu'un sifflement de dédain. Le premier s'approcha alors d'elle lentement, sans qu'elle ne bouge d'un millimètre. Il s'accroupit pour se trouver à sa hauteur, en équilibre et la brune eut la désagréable impression de se retrouver plus d'une dizaine d'années en arrière, une petite fille prise en flagrant délit. Le mal de crâne s'intensifia et des larmes de frustration embuèrent son regard.

- Vous mentez… répèta-t-elle plus faiblement en ancrant son regard dans les billes sombres de l'homme. Vous mentez… Vous…, sa voix mourut dans un hoquet disgracieux. Pourquoi ? demanda-t-elle à nouveau, en proie à la folie la plus pure.

- Pourquoi ? reprit le mangemort en plissant le nez de dégoût. Très bonne question, tu aurais dû le demander à ta mère quand elle t'a emmenée cette nuit-là ! Ou alors, quand elle t'a confiée à ces moldus ! il tourna la tête pour cracher alors qu'elle baissait la tête confuse. Tu as eu toutes ces années pour en poser des questions, pendant qu'elle te faisait courir le pays entier ! Tu aurais pu demander à ce qui a dû te servir de parent, on m'a dit que tu étais une fille intelligente pourtant, tu as bien dû remarquer que quelque chose n'allait pas, que ce n'était pas normal.

Elle secoua lamentablement la tête de gauche à droite.

- Vous vous trompez… Je ne vois pas de quoi vous voulez parler…

Un murmure qui se perdait dans le vent, brisé. Cette fois, les larmes coulaient librement sur ses joues, elle ne pouvait même plus les retenir.

- Redresses-toi un peu et arrêtes de pleurer, tu n'es pas la victime ici. Tu sais ce que je pense des faibles pourtant, ils ne…

- Ils ne sont bons que pour nourrir les forts, récita-t-elle, les yeux dans le vague, coupant la voix glaciale du sorcier, plus par habitude qu'autre chose.

Elle releva des yeux incrédules vers lui alors qu'un sourire étirait ses lèvres trop fines, un éclat nouveau dansaient dans ses pupilles ternes.

- Tu vois quand tu veux ? s'exclama le mangemort, satisfait. Maintenant relèves-toi, nous devons y aller…

- Aller où ? s'étrangla-t-elle avec méfiance.

- Elle ne se souvient pas, intervint alors l'autre homme, ennuyé.

Elle détourna le regard vers le vieillard et le fixa intensément. La nausée la reprit immédiatement.

- Oh que si elle se souvient, jubila Dolohov en se relevant, la défiant de toute sa hauteur. Elle se souvient parfaitement, de tout. Au début, elle pensait qu'elle rêvait, puis qu'elle devenait folle, elle a cherché à tout prix à les éviter, à les repousser car qu'est-ce que ça faisait d'elle sinon ?

- Arrêtez, gémit-elle faiblement…

- Une imposteur, une pauvre gamine qui se prétendait en deuil, toujours collée à Harry Potter et aux traites à leur sang. Elle prétendait vouloir l'aider alors que c'était elle le danger, la seule qui ayant le pouvoir de le trahir…

- Arrêtez ! hurla-t-elle alors que la haine reprenait peu à peu possession d'elle. Vous avez tué mes parents ! Vous…

- Ta mère a tué les moldus le jour où elle s'est enfuie avec toi, la coupa-t-il Hermione avec force et il se pencha à nouveau vers elle. Cette pauvre petite idiote pensait peut-être que je ne vous retrouverez jamais, elle pensait vraiment qu'un sortilège d'amnésie allait avoir raison de moi ! J'avoue qu'elle s'est donnée du mal pour faire disparaître la marque et me faire croire à ta mort, mais elle avait tort ! Jamais je ne te laisserai, jamais je ne t'abandonnerai. Tu es mon précieux enfant après tout, ma seule héritière, conclue-t-il en souriant alors que Hermione retenait son souffle, incapable de respirer correctement. L'oubliette n'efface pas réellement les souvenirs, il se contente de les sceller au fond de la mémoire mais si on brise le sceau, ils reviennent tous. Pas tout de suite évidemment, mais lentement, en une année, deux tout au plus. Et toi, ma chère fille, tu te souviens de tout, n'est-ce pas ?

Hermione le regarda, droit dans les yeux, alors qu'elle se sentait flancher à nouveau, vacillant sous le poids du secret trop lourd qu'elle portait, qu'elle ne voulait plus porter. C'était tellement tentant. Tellement plus simple. Elle était si fatiguée, si fatiguée… Et plus que tout, elle voulait combler ce vide écoeurant dans sa poitrine, fermer les yeux et ne plus penser, oublier de nouveau…

- Je… Tout ce que je voulais, c'était retrouver ma famille, révéla-t-elle en tremblant avant de mordre fermement sa lèvre inférieure.

- Et c'est tout ce que je désire au plus profond cœur, reprit Dolohov soudainement trop calme, trop grave, comme sur le point de lui faire une révélation. C'est ta mère qui nous a séparés. C'est elle qui t'a cachée de nous, à qui tu dois toutes ces années de solitudes. Il est temps d'être raisonnable et de rentrer à la maison, tu ne crois pas ? J'ai même réussi à convaincre ton grand-père de venir te chercher avec moi et je crois que tu voulais rencontrer ta grand-mère. Tu sais ce que je dis de la famille, il lui tendit la main, non ?

- Si la famille s'effondre, alors ce sont les murs qui tombent, récita-t-elle calmement avec une voix d'outre-tombe alors que sa respiration se faisait de plus en plus sifflante.

- Exactement, glapit l'homme devant elle. Maintenant viens, il est temps d'y aller.

Hésitante, Hermione ferma les yeux une seconde. Tout ce qu'elle désirait le plus au monde était là à sa portée. Sa vie, ses désirs…

- Je suis tellement fatiguée, murmura-t-elle encore.

- Tu n'as qu'à tendre la main et tout sera terminé, comme si nous n'avions jamais été séparé.

- Et mes amis ? demanda-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.

- Ils ne font pas partis de nos plans pour l'instant, ils n'auront qu'à rester éloignés, grommela l'homme balafré.

Elle rouvrit les yeux, haletante, toujours indécise, se confrontant directement au regard de son père.

- Vous m'avez torturée, comment pourrais-je vous faire confiance ?

Elle arracha un rire à l'homme.

- Perspicace, comme toujours, commenta-t-il, tu connais déjà la réponse, Cassiopeia.

Hermione referma les yeux.

Respirer. Respirer. Respirer.

Elle pensa à Fred, à Harry, à Ron et Ginny. Elle pensa à tous ses autres amis, à la vie qu'elle avait connu et à cette autre vie qu'elle avait voulu nier. Comme si elle se regardait dans un miroir, elle voyait cette autre fille, ce mensonge qu'elle avait construit, année après année, celle qu'elle était réellement et pas le reflet altéré qu'elle s'était créée. Elle était tellement fatiguée… La lutte devait se terminer ici, elle devait en finir avec les questions et les mystères. Elle n'aurait pas d'autre occasion de reprendre ce qu'il lui appartenait de droit, elle ne pourrait jamais reprendre le contrôle de son existence. Si elle restait, elle ne serait à jamais que ce mensonge éventé, cette petite fille perdue dans la foule en quête de vérité. Si elle restait, tout ne serait qu'illusion et elle continuerait à se torturer elle-même, indéfiniment. Elle n'existerait pas, elle n'existait déjà pas, elle n'avait de toute façon jamais existé.

Elle rouvrit les yeux et fixa son père, encore. Il lui tendait toujours la main. Il était fou, il était dangereux, dément, un diable sur terre mais il était aussi la seule chose qu'elle désirait encore dans ce monde. Sa dernière famille, sa seule famille et dans le fond, il était aussi le seul qui ne lui avait jamais mentit. Ses parents ne lui avaient jamais avoué la vérité, ses amis l'avaient déjà trahie par le passé et Fred lui-même l'avait laissée derrière en quittant le château, en dépit de tout l'amour qu'elle avait pour lui. Et sa mère, sa mère qui l'avait emmenée et qui ne lui avait rien dit, qui n'avait jamais rien expliqué... Elle l'avait condamnée à une errance perpétuelle, en quête de réponses. Elle n'était qu'un mensonge, il fallait y mettre un terme, arrêter la mascarade. Dolohov... C'était lui, ses traits et son sang étaient les mêmes que les siens, c'était eux. Elle pouvait mettre un terme à la souffrance, à leurs souffrances à tous les deux, mettre un terme à la folie si elle l'accompagnait, elle en était sûre. Alors elle retrouva sa détermination d'antan, subitement bien plus légère, plus certaine que jamais elle ne l'avait été de toute sa vie et elle attrapa sa main, sous un autre rire du criminel et un grognement satisfait de son grand-père Rosier.

Hermione Granger n'avait été qu'un mensonge particulièrement bien ficelé, elle pouvait bien mourir au moment où Cassiopiea Dolohov faisait son retour.

Elle n'était qu'un fantôme de plus appartenant au passé.

—∙—

Bonjour, bonjour,
Vous l'attendiez, il est enfin là et c'est la fin du tome 1. Qu'en avez-vous pensé ? J'espère que vous allez continuer à suivre cette fiction et qu'elle vous plaît toujours autant ^^ Et j'espère aussi que vous n'êtes pas déçus, ce chapitre a vrmt était très dur à écrire pour moi, c'est l'aboutissement de deux ans de travail...
La suite arrivera dans quelque temps, comme je le disais précédemment, je vais d'abord me concentrer sur ma fanfiction autour de SNK, j'espère y retrouver certains d'entre-vous !
Je vous dis donc à la prochaine,
Merci pour tout,
Lily