Bonjour à toutes et à tous!
Nous sommes le 8 Novembre, je n'allais donc pas laisser passer la chance de faire honneur à notre Scorpion favori. Cette année, j'ai décidé d'écrire une bêtise sans prétention pour l'occasion! Nulle intention de révolutionner le genre, mais en ces temps toujours compliqués, j'ai voulu essayer de revenir à un peu d'humour. Et quoi de mieux que du CaMilo pour ça?
Disclaimer: Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada. Le reste est sujet à interprétation!
Note: Ce texte est né de l'une des nombreuses conversations partagées avec Ta-chan76 ayant contribué à créer mon HeadCanon. L'un des thèmes abordés reviendra dans Inktober très bientôt! Merci à toi, ma très chère, de toujours m'inspirer de nouvelles idées!
Pairing: Camus/Milo.
Rating: T. (Parce qu'ils parlent tous fort mal, ces jeunes gens.)
Happily Ever After
C'était jour de fête au Sanctuaire. Car aujourd'hui, Camus et Milo se mariaient.
Après des années à s'aimer cachés, puis à s'adonner à l'activité incessante de mourir l'un après l'autre puis ensemble, avant de revenir à la vie pour la énième fois et de choisir curieusement de s'aimer de nouveau, bien moins discrètement cette fois-ci, le Sanctuaire avait enfin reçu la nouvelle des fiançailles avec un soulagement tout à fait perceptible.
« Après quinze ans, c'est pas dommage, dit Aphrodite.
— Si tu vas par-là, il y en a un paquet qui devraient s'y mettre, » avait répondu Deathmask.
Point tout à fait correct. Mais il fallait admettre que voir Milo viser depuis son temple celui du Verseau pour envoyer une pomme [1] en pleine face de son propriétaire valait le détour, surtout pour les pauvres Chevaliers du Sagittaire et du Capricorne, qui avaient vu passer l'objet à vitesse quasi-lumière dans leurs demeures, manquant se le prendre eux-mêmes dans la foulée.
Ce qui aurait été contre-productif.
Et à présent, l'ensemble du domaine Sacré s'affairait à préparer les lieux et la cérémonie qui devait se tenir dans quelques heures. En plein cœur de la grande installation extérieure prévue à cet effet, le Chevalier des Poissons était en pleine gestuelle pour recouvrir les lieux de décorations florales variées, tandis que deux de ses camarades dépliaient les chaises. Alors qu'il en était à la dixième, Shura releva le nez, et fronça les sourcils.
« Attendez, normalement, il y a un côté pour les connaissances de chaque futur marié. Mais ce sont deux orphelins du Sanctuaire. On fait quoi ?
— On laisse chacun choisir son préféré au moment de s'asseoir, répondit le Chevalier du Cancer sans cesser son activité.
— C'est pas sympa, le côté de Milo va être le seul rempli…
—Dite, franchement !
— Je plaisante, voyons. Nous avons des invités de tous les Sanctuaires, on laissera les gens faire ce dont ils ont envie. Tant que leurs gosses sont au premier rang, je suis pratiquement persuadé qu'ils s'en tamponnent un peu. Tout ce qu'ils veulent, c'est passer à leur nuit de noces, de toute façon. Ça fait une semaine qu'on les tient éloignés.
— Ouais, si ça continue, il va finir par mordre, le Scorpion, ajouta Angelo.
— Je le comprends, ceci-dit. Une semaine, ça ferait long sans toi.
— Flatté. »
Shura leva les yeux au ciel en finissant l'installation, abandonnant ses meilleurs amis tout à fait capables de s'envoyer en l'air sur la pelouse, pour aller rejoindre Saga au onzième temple. En tant que garçon d'honneur, il allait devoir aider à la préparation du Verseau, et les dieux lui en soient témoins, si Milo était pénible quand il était en manque, clairement, personne n'avait vu Camus de même.
Il était tout simplement insupportable.
Dans les appartements du Huitième, Kanon du Dragon des Mers et Chevalier des Gémeaux intermittent attendait patiemment que son meilleur ami ait fini de se changer. La toge pas encore ajustée ouverte sur son torse, il laissait sa jambe s'agiter doucement en relisant son discours de témoin pour plus tard. Aiolia, les bras croisés, attendait aussi avec bien moins de calme que leur ami apparaisse. Soudain, la charmante voix du futur s'éleva derrière la porte de la salle de bain.
« Merde.
— Tu t'en sors, Milo, ou tu as besoin d'un coup de main ? questionna le Cinquième Gardien.
— A mon avis, il a besoin d'un coup tout court…
— Kanon !
— Il n'a pas tort, Lia. Quelle idée à la con, si je trouve l'idiot qui a retrouvé cette tradition débile…
— Ce serait Saga.
— Ton frère est un enfoiré.
— Non, mais si tu pars dans les évidences, on ne va pas s'en sortir… »
Un soupir rageur leur parvint, alors que le Huitième Gardien sortait enfin, vêtu d'une toge bleue assortie à ses yeux, nouée par une ceinture dorée aux nuances écarlates, ses cheveux noués en une queue de cheval haute. Un puissant ronronnement échappa à l'ancien Marina qui siffla doucement.
« Eh bien ~ Mais on en mangerait. Tu es sûr que tu ne veux pas qu'on finisse rapidement ton enterrement de vie de garçon ? Si on se dépêche, on peut se faire ça en trente minutes.
— Je suis flatté, copain, mais d'un, la notion de 'quickie' t'échappe totalement, de deux, je me marie dans une heure, et de trois, je crois que ta Whyverne rageuse attend à l'extérieur de mon temple.
— Et ?
— Et je tiens à cette vie.
— On peut l'inviter.
— …Non, merci.
— Tu n'es pas joueur.
— Si, si. Mais vraiment, j'ai testé une fois ton dragon vénère, et vu la patate que je me suis prise, je préfère ne pas réitérer.
— Oh ? Moi j'aime bien, pourtant.
— Oui, mais bon, on le sait que tu as des problèmes au niveau du-
— Vous avez fini, oui ? »
Le pauvre Chevalier du Lion ne savait plus où se mettre. Milo éclata de rire, réajustant sa ceinture avant de tourner sur lui-même.
« Je suis bon à marier, ou pas ?
— Physiquement, oui.
— Ah ben tu dois que tu peux vacher aussi quand tu veux, chaton. »
Aiolia feula, faisant honneur à son Armure.
« Et pourquoi vous faites un mariage à l'européenne mais en toge ?
— Parce qu'on n'est pas nés dans le même pays et qu'on a décidé de mélanger. Et surtout parce qu'Athéna ne voulait pas passer à côté de l'opportunité de foutre sa Chevalerie en tenue traditionnelle.
— Oui, ça fait sens. »
Le Chevalier du Scorpion jeta un œil sur sa table de chevet où se tenaient ses vœux griffonnés. Il les relit avant de déchirer le papier rageusement devant le regard circonspect de ses témoins.
« Non, non et non. C'est pas du tout à la hauteur !
— Tu sais, tu pourrais juste te contenter de dire que tu l'aimes, et que bon, on sait qu'on va en chier après la mort mais qu'au moins tu seras tombé amoureux de ton vivant et que ça suffit à te combler de bonheur.
— …
— …
— Quoi ?
— Non, mais quand on s'y attend pas, t'entendre dire des trucs mignons, c'est chaud, quand même, dit Aiolia.
— Rhadamanthe doit adorer t'entendre lui susurrer à l'oreille… ajouta Milo en ricanant.
— Mais jamais de la vie !
— Non, mais dans la mort…, siffla pernicieusement le Lion. Si tu crois qu'on est pas au courant de ton petit serment d'éternité, sale profiteur.
— Si t'en voulais un, tu n'avais qu'à te chopper un Juge. Les deux autres sont des piafs, ça devrait te parler.
— Non, merci, vraiment ça ira.
— Il préfère son Aigle féminin.
— Déjà, oui. Et ensuite, je vous emmerde. »
Les deux autres se mirent à rire de nouveau alors que la Cinquième Gardien grommelait. A l'extérieur du temple du Scorpion, Rhadamanthe de la Whyverne cloppait sévèrement, et jetant un œil à sa montre hors de prix, il se demanda bien ce que pouvait encore fabriquer son idiot de dragon marin. Il lui avait promis des coquineries avant la cérémonie, Saga étant présentement au Onzième, le Troisième était libre. Son amant avait intérêt à tenir parole, parce qu'il n'était pas question de passer la journée au Sanctuaire d'Athéna avec tous ces imbéciles de Chevaliers s'il ne pouvait pas s'envoyer décemment en l'air dans le processus.
Priorités, merde.
Dans le Tempe du Verseau, son propriétaire s'habillait lui aussi pour la cérémonie. Shura attendait calmement que son ami ait terminé, alors que le Grec tournait en rond dans la pièce, se rongeant les ongles d'anxiété. Au bout de dix minutes de ce manège, le Capricorne ferma son livre avec exaspération.
« Saga, tu vas te calmer, oui ? Ce n'est pas toi qui te maries, que je sache.
— Avant qu'il arrive à aligner des mots cohérents devant Mû, de toute façon… déclara Camus derrière le rideau.
— Je ne vous permets pas !
— Non, mais on s'autorise. T'arrives à peine à lui faire un compliment sans te mettre à rougir…
— J'ai ma sensibilité !
— Oh, le bel euphémisme que voilà, chantonna le futur marié.
— Dans tous les cas, si tu pouvais te desserrer la toge, un peu…
— Ne lui dis pas ça ! S'exclama le futur marié, catastrophé. Le but, c'est qu'il la garde !
— Haha, hilarant. »
L'aîné des Gémeaux croisa les bras, réajustant néanmoins un peu sa tenue qu'il avait inconsciemment débraillée. Alors que Shura lançait la ceinture par-delà la cloison au Verseau, il reposa son regard d'encre sur Saga qui tournait à nouveau sur place.
«Je peux savoir ce qui t'inquiète, exactement ?
— Mais enfin ! Tu imagines tout ce qui pourrait mal se passer ?
— Pas vraiment non. Avec quatre dieux sur place en temps de paix…
— Mais justement ! Imagine qu'ils partent en guerre.
— Je te remercie de ton soutien, Saga, cela me fait un bien fou…. grinça le Onzième Gardien.
— Et puis comment tu sais que c'est le bon, d'abord ?
— Tu vas vraiment lui poser cette question ? Tu sais de qui on parle, là ?
— Et alors ? J'ai toujours cru que tu passerais ta vie avec Aphrodite et Deathmask, et au final, tu as choisi Aioros, alors excuse-moi, mais niveau improbable… »
Le Capricorne grommela et rosit, détournant les yeux. Derrière la cloison, le Français riait franchement.
« Il marque un point. Plus sérieusement, je le sais parce qu'après avoir testé ta compagnie, celle de Shura et avoir été amoureux pendant près de vingt ans de mes vies, j'ai bien l'impression que c'est lui ou personne. De toute façon, vu notre taux de mortalité, si j'ai tort, ça ne durera pas longtemps.
— Camus, voyons ! »
Le Chevalier du Verseau poussa un gros soupir, avant d'apparaître à son tour, lui aussi vêtu de sa toge de cérémonie couleur crème, une ceinture de couleur similaire à celle du Scorpion autour de la taille, alors qu'il tressait distraitement ses cheveux sur le côté.
« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Je ne remets pas ta relation avec Mû en cause, que je sache. Et pourtant, il y a bien plus sujet à questionnement que la mienne, alors hein…
— C'est différent !
— Tout à fait. Je n'ai jamais attenté à la vie de la figure paternelle de Milo.
— Camus !
— Laisse, c'est le stress qui le rend ronchon, dit Shura.
— Je ne suis pas stressé.
— A d'autres. Enfin, laisse tes cheveux tranquille, Dite a dit qu'il voulait s'en occuper.
— Tout à fait. Laisse-moi donc faire ! s'exclama ce dernier en déposant un sac dans la pièce.
— Je peux savoir d'où tu viens ? s'étonna le concerné en abandonnant sa chevelure aux mains expertes du Suédois.
— De deux étages plus haut. Je laisse Angelo s'occuper du reste.
— Quelle 'bonne' idée.
— Le vilain sarcasme que voilà. Cesse donc de t'agiter. »
Le Français leva les yeux au ciel mais demeura immobile le temps que son ami prit soin de ses longues mèches carmin. Un léger bruit à la porte les interrompit, et les deux apprentis du Verseau entrèrent. Ce dernier retint un immense soupir, histoire de rester poli. Attention, il adorait ses gamins, mais il n'était pas sûr de pouvoir gérer le caractère d'Isaak aujourd'hui, et le… Hyôga. Dans son ensemble.
« Bonjour, Maître. »
La parfaite synchronisation fit ricaner Shura. Les deux gamins avaient été éduqués à la perfection. Néanmoins, à voir leur mine, il était évident qu'ils partageaient une inquiétude commune, que leur maître détecta immédiatement aussi. Il agita vaguement la main alors qu'Aphrodite alignait de nouveau son visage face au miroir en grommelant.
« Allez-y, parce que si vous me faites le coup de vous lever quand Shion invitera ceux qui s'y opposent à parler, je vous enferme tous les deux dans un cercueil de glace, et croyez-moi, celui-ci, vous n'en sortirez pas. »
« Sujet à débat, » pensa mentalement Hyôga. Mais il s'abstint de faire un autre commentaire sur la crédibilité attribuée aux attaques dites impossibles des Chevaliers d'Or. L'expérience lui avait appris que Camus pouvait être soupe au lait quand soumis à un peu de pression, et malgré son attitude nonchalante, il était évident que leur maître était passablement sur les nerfs. En même temps, s'il devait épouser Milo du Scorpion, Hyôga trouvait qu'il y avait de quoi être stressé, mais là encore, ce n'était peut-être pas le moment de faire part de ses réserves cosmiques envers son futur beau-père. Isaak, pour sa part, ne semblait pas de cet avis :
« Vous êtes vraiment sûr de vous sur ce coup, Maître ?
— Ah, le coup, oui. Par contre, le choix de partenaire à vie…
— Aphrodite ! »
Le Chevalier des Poissons gloussa en continuant de nouer les cheveux de son ami. Ce dernier grommela, légèrement rose, avant de reposer son regard sévère sur les deux jeunes hommes.
« Oui, je suis sûr, merci bien.
— Décidément.
— Un autre commentaire à faire, Isaak ?
— Juste qu'entre Milo pour vous et Rhadamanthe de la Whyverne pour Kanon, mes pères d'adoption font des choix vraiment douteux pour leur vie future. Un peu de considération serait bienvenue.
— Ben voyons. Si ça ne te dérange pas, je ne vais pas faire passer mon choix de mari par ton sceau d'approbation. Quand on voit avec qui tu partages ta vie…
— Laissez Thétis en dehors de ça.
— Oh, je la laisse. Mais ne va pas critiquer les autres pour leurs propres choix de Scorpion.
— Touché.
— Maintenant, allez prendre place, et assurez-vous que personne n'interrompe cette cérémonie. Je n'ai pas manqué me faire assommer à coups de pommes pour ne pas aller au bout de cette histoire.
— Si jamais vous changez d'avis… hasarda Hyôga.
— DEHORS ! »
La simple colère du Verseau eut pour effet de chasser à coups de vague glacée les cinq hommes présents, laissant le propriétaire des lieux dans sa fierté froissée. Ramassant leur dignité avec leurs effets personnels, ils entamèrent leur montée vers le lieu de cérémonie, retrouvant sur place le reste de leurs collègues de travail. Derrière l'autel, Athéna rayonnait, envoyant des ondes de cosmos divin à tout va, alors que les autres déités prenaient place avec l'air pincé de ceux qui ne voulaient pas vraiment être là. Les Marinas s'étaient alignés d'un côté, les Chevaliers d'Asgard ayant stratégiquement choisi de se mettre de l'autre.
Assis derrière leurs déités, les Spectres paraissaient indifférents. Eaque zieutait autour de lui, repérant de potentiels partenaires de lit pour la soirée à venir, alors que Minos dormait, le livret de cérémonie couvrant ses yeux. A se demander à quoi lui servait cette frange ridicule le reste du temps.
Saga plissa les yeux en constatant l'absence notable de son cadet près de Milo du Scorpion au bout de l'allée. Jetant un regard inquiet autour de lui, il assimila rapidement que Rhadamanthe de la Whyverne manquait aussi à l'appel. Son cerveau surprotecteur assimila l'information, et il poussa un hurlement rageur.
« Le sale petit… Ils n'ont pas osé !
— Profiter de ton absence pour rebaptiser votre temple ? Si, carrément. D'ailleurs, officiellement, je dois t'occuper, dit Aiolia
— Sans vouloir t'offenser, tu es absolument nul.
— Oui, mais comme je m'en contrefous de ton avis, c'est pas bien grave.
— Silence, tout le monde, tonna Shion, prenez place, la cérémonie va commencer.»
Saga repartit vers l'entrée, drapé dans sa dignité et sa toge de nouveau mal arrangée. Derrière la porte se tenait Camus, attendait bien moins patiemment qu'avant de marcher jusqu'à l'autel, alors que Milo y prenait place. Observant nerveusement autour de lui, le futur marié remarqua enfin son meilleur ami dragon marin réapparaître, passablement décoiffé et l'air bien trop satisfait pour être honnête, tandis que Rhadamanthe prenait place à côté de ses frères en souriant. Le Chevalier du Scorpion cligna des yeux.
La Whyverne souriait, Kanon était décoiffé…
Alors que son meilleur ami prenait sa place de témoin à ses côtés, le Huitième Gardien plissa le nez.
« Tu n'as pas oublié les alliances, j'espère ?
— Non, Monsieur. »
Milo cligna des yeux deux fois.
« Dis-moi que tu ne les avais pas dans ta toge quand vous avez... »
Le Dragon des Mers grogna, frottant puissamment les anneaux dorés.
« Là, satisfait ?
— Tu ne m'as pas répondu.
— Je suppose que tu ne veux pas vraiment savoir. »
C'était vrai.
Alors que la musique traditionnelle commençait à résonner, Camus se mit à frémir avant de tourner en rond. Saga s'approcha et posa une main sur son épaule.
« Eh bien, mon ami ? On y va, non ? Je ne suis pas expert, mais je suis presque certain que c'est le moment où tu marches vers l'autel. »
Pas de réponse. Le Chevalier des Gémeaux en titre soupira, cherchant à capter l'attention de son camarade qui le fixait avec le regard meurtrier d'un magicien de glace mis sous pression par un disciple ennuyeux et chouineur.
« Allons, reprends-toi, inspire et reste calme.
— JE SUIS CALME. »
Figé sur place par la puissante vague de gel dans son visage voulu parfait, Saga grommela, faisant brûler son cosmos pour se sortir de sa position compromettante, prenant les mains de son ami dans les siennes. Erreur de débutant. Les ongles rouges se plantèrent violemment dans les paumes du Grec qui gémit de douleur, se mordant la lèvre en tentant d'afficher une expression courageuse, alors que le Français inspirait et expirait à toutes allures, les griffes toujours sorties. Après plusieurs secondes de ce traitement passablement douloureux et injuste du point de vue du Troisième Gardien, il tenta une approche de l'animal effarouché.
« Euh, Camus… On… on y va ?
— Oui, allons-y.
— Merveilleux. »
Le Chevalier des Gémeaux amputé de deux mains autrefois fonctionnelles offrit le privilège de son bras. Le Verseau le prit, gardant une expression neutre maintenant que sa rage glacée était apaisée. Suivant une tradition centenaire, ils s'avancèrent dans l'allée. Le Français fit fi de son propre meilleur ami déjà en larmes à ses côtés, des dernières tentatives désespérées de ses disciples de lui faire comprendre qu'il pouvait encore faire demi-tour, du fou rire évident dans lequel les Spectres était plongé intérieurement et de l'expression beaucoup trop large de béatitude de sa Déesse.
Au bout de l'allée, près de l'autel, Milo le regardait avec des yeux brillants d'adoration, comme s'il n'y avait que lui qui existait. Et cela seul suffit à balayer le moindre doute qui aurait pu subsister. S'il en avait eu, ce qui n'était pas son cas.
Camus du Verseau ne doutait pas.
« Et maintenant, si vous voulez bien échanger vos vœux. Milo ?
— Bon, écoute, j'avais écrit un truc, mais ça ne convenait pas. Alors, voilà. On peut difficilement faire pire que notre histoire, entre ton abandon affectif et mes tendances légèrement à fleur de peau… »
Ignorer l'expression de ses compagnons d'armes, surtout.
« On a tous les deux fait des choix assez questionnables dans notre vie, mais malgré ça, tu as beau avoir un caractère pourri et moi de gros problèmes émotionnels, je suis certain que tu es le seul et unique homme pour moi.
— J'allais dire la même chose, mais dans l'autre sens. »
Le Chevalier du Scorpion écarquilla les yeux devant l'expression neutrement heureuse de son futur mari avant de sourire avec adoration.
« Aw, qu'est-ce que je t'aime. »
Se moquant du râle visible de Deathmask dans l'assistance, le Huitième Gardien se tourna vers son meilleur ami et tendit la main. Un silence s'étira.
« Kanon.
— Ah, oui, merde.
— C'est sympa de voir que tu as suivi.»
Milo soupira mais récupéra les anneaux avant de passer l'alliance au doigt abîmé de Camus avant que le Verseau ne fît de même.
« A présent, si quelqu'un s'oppose à cette union, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. »
Le Français foudroya l'assistance du regard, croisant en particulier celui de ses disciples.
« Le premier qui l'ouvre, je lui en colle une.
— Camus, ce n'est pas très cérémonial…
— Non, mais il a raison. Je vous jure, les gars, si y en a un seul qui la ramène, c'est Antarès là où ça fait mal, et je ne parle pas du cœur. »
Un silence glaçant dans l'assistance. Satisfaits, les deux hommes se tournèrent vers Shion qui, la main sur le visage, soupirait profondément.
« Bon, qu'on en finisse. Je vous déclare donc unis par les liens du mariage. Beaucoup de bonheur, tout ça. Vous pouvez vous embrasser.
— Putain, enfin ! »
Avant d'avoir pu réagir, Camus fut attiré pour le baiser de sa vie déjà fort rempli de Chevalier, et répondit avec tout autant d'enthousiasme que le Grec. Accroché à son cou, il dévora à son tour les lèvres de son à présent mari, savourant la sensation manquée pendant plus d'une semaine. Les applaudissements explosèrent avec enthousiasme, avant de se tarir au bout de cinq longues minutes particulièrement malaisantes.
Un raclement de gorge les ramena à la réalité, de même que le regard blasé de Shion.
« Si ça ne vous dérange pas, gardez ça pour ce soir, les enfants. Et sortez, surtout, ils ne partiront pas sans vous.
— Moh, ils vont sortir main dans la main.
— La ferme, Kanon. »
Les deux hommes quittèrent les lieux, suivis de long cortège inter-Sanctuaire pour se diriger vers la salle de réception décorée par le Douzième Chevalier. Les deux hommes s'arrêtèrent, interdis, observant les lieux sans dire un mot, alors que Kanon et Aiolia jetait un bref coup d'œil.
« Ah ben…
— Il y a mis de la passion.
— On va se dire ça. »
Alors que le reste de l'assemblée arrivait pour profiter gratuitement de tout ce qui avait été prévu pour l'occasion, le Chevalier de la Balance demanda :
« Bon, par quoi on commence ?
— Les cadeaux, non ? Offrit Shun avec un immense sourire.
— La sculpture de glace, déclara Shura Je ne me suis pas fait chier à bosser dessus pendant des heures pour attendre plus longtemps.
— Sans vouloir vous offenser, dit Isaak, vous auriez peut-être pu, et certainement dû, laisser ça à des professionnels. »
Shura fit une note mentale de raturer « l'éducation parfaite » des disciples de Camus.
« C'est évident, voyons. La première danse des mariés ! S'exclama Athéna avec joie.
— Hein ? Pas le gâteau avant ? questionna Seiya. C'est sympa, un mariage, mais on crève un peu la dalle depuis 10h…
— Et ce qu'on peut se faire chier, en plus… dit Deathmask en baillant. On a pas idée de faire durer une cérémonie trois heures.
— Je donne un point à l'être répugnant, » gronda Minos en passant.
Le Chevalier du Cancer adressa un magnifique geste qui fut totalement ignoré par la personne supposée s'en soucier.
« Mais non, c'est évident ! affirma Kanon. Les discours des témoins ! Depuis le temps que je bosse dessus. Hein, Saga ?
— C'est tellement émouvant !
— … Bon, remets-toi d'abord. Je te récupère dans deux heures. »
Abandonnant Saga à ses larmes incessantes et son mouchoir trempé, l'ancien Marina jeta un regard circulaire à la pièce, avisant les invités qui commençaient déjà à se jeter sur les petits fours, et il réalisa que quelque chose clochait.
« Dites… quelqu'un a vu Camus et Milo ? »
Un silence.
« Mais ils se sont tirés, ces enfoirés ! »
Les mots de l'Italien se répercutèrent à travers tout l'Escalier Sacré, jusqu'à atteindre les concernés qui gloussèrent sans la moindre once de regret. Car au Onzième Temple, les deux hommes confortablement installés sous la couette célébraient leur lune de miel avec un peu d'avance, n'ayant aucune intention de sortir avant au moins une heure ou deux, bien décidés à consommer leur mariage longuement et amplement. Connaissant leurs compagnons d'armes, ils trouveraient bien de quoi s'occuper jusque-là. Après tout, les apéritifs dinatoires étaient aussi faits pour ça.
On ne privait pas Camus et Milo de la présence de l'autre impunément. Depuis le temps, l'ensemble des Sanctuaires auraient dû être au courant.
Et le monde entier, en passant.
[1] Dans la Grèce Antique, lancer une pomme vers quelqu'un était synonyme de demande en mariage. Le prochain texte de l'Inktober sera dédié à ce thème et arrivera très bientôt ! Il aurait dû arriver avant, mais le beug récent a décalé sa publication.
