Bonjour/Bonsoir,

J'ai décidé de démarrer avec du retard, mais j'avais besoin de me dégripper avec de l'écriture rapide, donc j'ai pris les sujets du défi « Sur votre 31 » d'Almayen. J'ai pris quelques jours pour rattraper mon retard (et essayer de prendre de l'avance pour les sujets suivants), donc voici, dès ce soir, les onze premiers sujets correspondants aux onze premiers jours du mois. Pour un peu plus de défi, je me suis imposé de lier tous les sujets pour faire des scénettes qui se suivent pour faire une seule histoire. Selon le défi de départ, chaque chapitre pouvait être indépendant des autres.

Le principe du défi « Sur votre 31 » est de mettre en scène deux personnages, toujours les mêmes, dans la relation que l'on souhaite, et d'écrire à partir de la liste de mots fournie par Almayen.

Sans beaucoup de surprise, j'ai décidé d'écrire du Jaime/Brienne. C'est un UA moderne, et une romance (sur le long terme). Par contre, tous les chapitres ne seront pas joyeux-joyeux, au départ y a un peu (beaucoup ?) de dépression chez les personnages.

Bonne lecture.

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Chapitre 1

Cheveux

La première fois que Jaime met le pied hors de l'hôpital, il n'a aucune envie de se trouver là. Il aurait voulu continuer à broyer du noir en regardant le plafond en pensant à la douleur fantôme qui lui grignotait le moignon. Il veut se liquéfier à même le lit et oublier le regard qu'a eu sa sœur Cersei quand elle est venue lui rendre visite et qu'il a compris qu'à ses yeux, il venait de tout perdre. Il n'est plus un homme. Plus son frère. Plus même l'ombre de l'amant impossible qu'il a été pendant une bonne partie de sa vie. Il aurait voulu lui crier qu'il avait encore une tête, quelque chose à offrir, mais il n'y croyait pas lui-même.

Il a été réformé, évidemment. Un soldat sans main droite n'a aucun intérêt sur le terrain, même après quinze ans de carrière, surtout quand il n'a aucun diplôme réellement valable. Son père, Tywin Lannister, possède à lui seul la moitié des entreprises du pays et aurait pu lui dégoter n'importe quel poste n'importe où, mais Jaime a refusé. Il ne veut pas de la condescendance de son père. Il veut du silence. Il veut de l'oubli. Il veut qu'on le laisse crever en paix, puisque cette putain de mine antipersonnel n'y est pas parvenue et que l'hôpital y a échoué lui aussi.

Evidemment, son petit frère Tyrion lui a refusé cette grâce. Et c'est comme ça que ce matin-là, Jaime se retrouve dans la voiture de son frère, à remonter les allées boisées sans les voir. Il se fiche de la nature de plus en plus sauvage, et de l'endroit où Tyrion l'emmène. Chez lui, bien sûr, mais où est le « chez lui » de Tyrion ? Il a tant vadrouillé ces dernières années, au fil des postes politiques qu'il a obtenu, des échelons qu'il a gravis, et de l'opposition toujours grandissante qu'il prônait devant leur père.

Jaime a l'impression de sombrer peu à peu dans le sommeil. Et c'est forcément le cas au bout d'un moment, car il faut que Tyrion le secoue pour qu'il rouvre les yeux et réalise qu'ils sont arrivés, et qu'il fait nuit noire.

- Bienvenue au Nord, frérot, dit Tyrion avec un sourire.

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Le premier soir et le lendemain matin, Jaime découvre son nouvel univers. Le château de Winterfell domine une colline à deux kilomètres de la ville du même nom. Il possède encore des murailles qui tiennent tant bien que mal debout, et un bois sacré en parfait état que salue la critique historique. Site incomparable, l'endroit est tenu par les héritiers de la Maison Stark, qui s'efforcent de maintenir le château et son domaine en bon état. Ils ont repris la gestion du musée et se comportent toujours en châtelains. Le père, Eddard Stark, était également maire de la ville pendant plusieurs années, même s'il est mort, maintenant.

Jaime ne retient toujours pas pourquoi son frère est venu s'enterrer aussi loin au Nord, pourquoi il a accepté de se joindre aux enfants Stark pour essayer de maintenir leur domaine sur pieds. Il ne voit pas l'intérêt que son petit frère a soudainement eu pour la réserve animale adjacente. Il ne voit pas mais il accepte. Tyrion a l'air heureux. Il lui présente les enfants Stark, dont l'aînée n'a pas vingt ans, et sa chevelure rousse et ses airs de princesse dénotent avec l'air grave qu'elle arbore.

- Votre frère m'a dit que vous aviez travaillé avec les chevaux, quand vous étiez jeune, dit la jeune fille.

Jaime hoche la tête, parce qu'il ne sait plus faire que ça. Il a hoché la tête en découvrant sa chambre, froide et impersonnelle, dotée d'une salle de bains et de toilettes privatives. Il a même un réchaud et une petite table, une télévision d'un autre âge et deux armoires. Rien de luxueux, mais c'est suffisant.

Jaime s'en moque, de toute manière. Il a hoché la tête pour tout, il ne parvient à pas se sentir concerné. Il n'a même pas l'idée de dire à Tyrion ou à cette jeune fille, cette Sansa Stark, qu'il déteste les écuries, qu'il ne peut plus monter à cheval maintenant, qu'il ne peut plus rien faire et que franchement, il n'a jamais été un grand fan des chevaux.

Puis Sansa et Tyrion le mènent aux écuries du château, où se trouvent les montures qui servent aux animations de la réserve animalière et du site historique. Jaime ne demande pas à quel moment les touristes acceptent d'affronter les températures infernales du Nord. Il ne demande rien, ne regarde qu'à peine les tenues qu'on lui tend. Même l'odeur des écuries, qu'il ne supporte pas, ne parvient pas à le faire réagir.

Puis il aperçoit sa collègue.

- Mr Lannister, dit Sansa, je vous présente Brienne Tarth. Elle a repris la gestion des écuries depuis le printemps dernier. Brienne, je te présente Jaime, le frère de Tyrion.

La première chose que voit Jaime, c'est le regard bleu clair qui se braque sur lui. La seconde, ce sont les cheveux.

La jeune femme a les cheveux courts, visiblement taillés à grands coups de ciseaux sans aucune élégance. Ils sont blonds, mais sans l'éclat de la chevelure des Lannister, et emplis de paille qui se confond presque avec les mèches, si ce n'est l'odeur et les épis improbables. Elle sent intégralement l'écurie, mais Jaime ne sait pas pourquoi, c'est cette tête revêche, ces cheveux qui ne ressemblent à rien, qui l'intriguent au-dessus de cette tenue pragmatique de palefrenière dont l'odeur puante lui saute pourtant au visage.

Il déteste réellement les chevaux.

Mais là, tout ce à quoi il pense, c'est qu'il déteste les cheveux de cette femme.