Chapitre 2

Deux

Deux, c'est ce que Jaime et Cersei ont été toute leur vie. Deux faces d'une même pièce, deux âmes sœurs maudites, trop proches parentes, pour vivre leur amour au grand jour. Deux frère et sœur trop unis de n'avoir pas su créer leur propre vie.

Un, c'est ce qu'ils ont été si souvent, dans le secret de leur chambre, chez leur père. Dans l'anonymat des hôtels de seconde zone, à Port-Réal, durant leurs études. Dans la clandestinité de la chambre nuptiale, durant la nuit de noces de Cersei, alors que son mari culbutait une de ses maîtresses deux étages plus bas. Mariage de théâtre, pour le seul bénéfice de l'empire familial. Et encore plus tard, bien après, sans que ça n'attire jamais l'attention de Robert.

Deux, c'est ce que Tyrion lui propose d'être désormais, avec lui, avec son petit frère qui veille sur lui, qui, le seul, ne l'oblige à rien, ne le juge pas, ne regarde pas son moignon comme si c'était une chose monstrueuse. Mais Jaime n'y arrive pas. Depuis qu'il a perdu sa main, depuis qu'il a vu le regard dégoûté de Cersei, Jaime n'est plus qu'un. Un brisé, un amputé. Il ne peut plus colmater les brèches avec quelqu'un d'autre. Discuter à la fin de la journée est un enfer, se forcer à sourire pour Tyrion est au-dessus de ses forces, décrocher son téléphone quand appelle Tywin pour lui sommer de rentrer dans le Sud lui sape toute son énergie. Souvent, il éteint son portable sans répondre.

Dans la journée, Brienne Tarth ne lui fait aucun cadeau. Il n'y a aucun saisonnier, ils ne sont que deux pour s'occuper des écuries et des onze chevaux qui s'y trouvent. La jeune femme parle peu, ce qui soulage Jaime, mais elle exige qu'il fasse sa part, elle n'entend lui donner aucun traitement de faveur au prétexte de sa main manquante, et même si elle fait elle-même tout ce qui exigerait deux mains, elle le force à travailler. Jaime n'aime pas ça, mais il n'a pas la force de se battre pour qu'elle le lâche. Il ne lui parle pas. Le plus souvent, il ne l'entend même pas.

Il n'est plus deux. Il n'est même plus un. Il se sent mourir à petits feux et pour y remédier, il ne fait rien.

Il ne peut rien.