Titre : Je ne connais pas la tendresse
Rating : M, slash
Paring : Harry Potter X Drago Malefoy, Drarry, HPDM
Résumé : Harry n'est pas quelqu'un de bien. Il ne connaît pas la tendresse, ni l'amour. Il a grandi sans famille, dans un foyer pour jeunes garçons qui n'ont rien dans la vie à part un sombre passé. Un jour, un jeune garçon aux cheveux presque blancs rejoint son dortoir. Lui n'a connu que l'amour dans sa vie. Et Harry a envie de lui faire payer cette injustice.
Disclaimer : Fanfiction inspirée de l'univers Harry Potter et des personnages de J. K. Rowling. Il s'agit d'un univers alternatif (UA) et sans magie.
Je tiens à m'excuser pour cette attente interminable... J'avoue avoir un peu décroché dans l'écriture ces derniers moi. J'espère qu'il y aura encore des lecteurs pour cette histoire, et que la suite vous plaira. Bonne lecture à tous!
Chapitre 3 : Je me déteste quand je le déteste
- Non, murmura Drago… Je ne veux pas faire ça.
- Allez Malefoy, ne fais pas ta princesse, insista Ron.
- On est tous fait pareil tu sais, l'encouragea Dean.
Dean était le plus gentil de la bande. Il avait une personnalité douce et agréable, tout le monde l'appréciait. Il était le confident que chacun allait voir lorsqu'ils avaient besoin de se confier. Des cinq garçons, il était celui qui aimait le moins les bizutages. Mais il était passé par là, et il comprenait la tradition. Le fait de pousser Malefoy dans ses retranchements et à se dévoiler l'aiderait à se sentir plus à l'aise par la suite. Et affronter ses peurs lui permettait de s'endurcir. Theo avait dû combattre sa peur des reptiles. Même s'il s'était pissé dessus, il avait réussi. Lui-même avait une peur bleue de l'eau. Harry et Ron l'avaient donc jeté dans le lac en pleine nuit, sans le prévenir. Il avait paniqué, mais il avait réussi à s'en sortir. Et aujourd'hui, même s'il détestait toujours les grandes étendues d'eau il n'en avait plus la phobie. C'était une technique dure et radicale, mais au fond ça les avait tous aidé. Alors cela aiderait Drago aussi, il en était convaincu. Il observa l'air entêté du garçon et soupira, se disant qu'il n'était pas près de se coucher.
- Non, répéta le blond plus fort cette fois, en croisant les bras sur sa poitrine.
- On n'en a rien à faire de ton cul, on s'est tous déjà vu à poil et si tu veux faire partie du groupe tu dois y passer aussi ! lança Blaise avec le peu de délicatesse qui le caractérisait.
- Je n'en ai rien à faire de rejoindre votre stupide gang, je veux juste récupérer ce qui m'appartient.
- Notre gang ? releva Harry. Qui t'a parlé d'un gang ?
Les cinq garçons se mirent à rire, clairement amusés de l'expression.
- Tu nous prends pour qui ? Un groupe de gangsters orphelins ? ajouta Theo en se tenant le ventre.
Drago rougit violemment. Il n'aurait jamais dû écouter Neville. Il se sentit ridicule. Évidemment que ces garçons n'avaient rien d'un gang, ils dormaient juste dans la même foutue chambre. Et par un malheureux hasard, il s'était retrouvé à la partager avec eux.
Drago n'était pas complexé, loin de là. Il se savait beau, mais il ne respectait pas vraiment les standards de beauté. Il n'était ni musclé ni bronzé, plutôt tout l'inverse. Et il trouvait cela tellement dégradant d'avoir à se déshabiller devant eux. Il avait déjà été tellement mal à l'aise lorsque Potter l'avait surpris sous la douche. Il n'osait imaginer la honte qu'il ressentirait s'il devait se déshabiller devant tous leurs regards scrutateurs, observant chacun de ses gestes. C'était malsain.
- C'est bien simple Malefoy, que tu le veuilles ou non, tu as rejoint notre dortoir. Et si tu veux espérer pouvoir dormir tranquille la nuit, tu dois y passer, expliqua Harry.
- On est tous passé par là, le rassura Dean.
Voyant que le blond ne réagissait pas, les garçons se regardèrent. Comment pourraient-ils le forcer à passer cette dernière étape. Ils étaient allés trop loin pour le laisser abandonner maintenant.
- Si tu veux récupérer ceci, tu n'as pas d'autre choix, insista Harry en secouant les bijoux sous son nez.
Drago vit rouge, encore une fois il se précipita vers lui. Mais personne n'avait prévu le coup, cette fois-ci, et il atteignit sa cible. Il le poussa et le fit bousculer vers l'arrière, la tête du brun percuta le sol dans un bruit sourd. Harry ne put retenir un gémissement de douleur de s'élever de sa gorge. Avant de pouvoir lui envoyer un coup de poing dans le visage, Malefoy se sentit soulevé de terre par deux mains puissantes.
- Putain tu es déchaîné ou quoi ? dit Ron en empoignant ses deux bras dans son dos pour l'immobiliser.
Ron était le moins patient de tous, il avait un caractère emporté et manquait de délicatesse. Il n'aimait pas attendre et surtout, il aimait qu'on lui obéisse. Lui avait toujours dû obéir à ses grands frères, et il considérait qu'il méritait bien qu'on lui rende la pareil à présent qu'il était le plus âgé du dortoir avec Harry.
- Maintenant, tu vas arrêter de faire ta princesse, t'es un mec ou t'en es pas un ? s'énerva Ron.
Malefoy se contenta de baisser la tête, il sentait la rage pulser dans ses veines. Jamais il ne céderait à cette demande, il avait bien trop de fierté. Et même s'il se savait beau, il avait néanmoins un corps fin et son manque de musculature avait souvent été sujet de moquerie auprès de ses anciens amis. Il refusait de donner le bâton pour se faire battre à ses nouveaux camarades.
- Allez Malefoy, ne fait pas traîner l'épreuve plus que nécessaire, ce n'est pas grand-chose, reprit Theo qui avait l'air de s'ennuyer ferme.
Drago resta silencieux, attendant que Ron le relâche pour fuir. Il s'imagina quitter la chambre, l'orphelinat, et tout laisser derrière lui sans un regard. Voyant que le blond ne réagissait pas, Ron regarda Harry resté en retrait depuis son altercation. Le brun haussa les épaules, ne sachant visiblement pas quoi dire de plus pour faire céder le blond.
- On a essayé la manière douce, tu ne nous laisses pas le choix Malefoy, on passe à la manière forte !
Sans plus attendre de réponse, Ron tenta d'enlever le t-shirt du blond tout en le maintenant d'une main.
- Bon les gars, aidez-moi ! Vous voyez bien que je n'y arrive pas tout seul.
Au début personne ne réagit, tous un peu hésitant à participer à la démarche. Mais aucun des garçons ne comprenait l'entêtement du jeune Malefoy et ils avaient tous hâte d'en finir avec cette histoire pour aller se coucher. Theo fut le premier à aider Ron. À deux, ils parvinrent à lui ôter son haut. Drago commença à se débattre, il refusait de se laisser faire. Dean et Blaise aidèrent alors les deux autres. Ils réussirent à tirer ses baskets et les chaussettes du jeune blond. Drago était essoufflé tant il s'était débattu, mais en vain. Sa poitrine se soulevait compulsivement, il se savait piégé. Il se détesta, lui et son manque de force. Désespéré, il releva la tête et rencontra le regard de Harry. Ce dernier était resté en retrait, pas très sûr de vouloir participer et surtout hypnotisé par le torse imberbe et pâle qu'il avait devant lui. Le blond était tellement fin que cela aurait pu être risible, mais Harry était loin d'avoir envie de rire. Il était perdu, ne parvenait pas à détacher son regard du corps pâle devant lui, et à présent du regard gris et suppliant. Il fut sorti de ses pensées lorsque Ron l'interpella.
- Allez Harry, aide-nous, il est presque à poil et je commence à en avoir marre.
Harry hésita, il s'avança vers le blond encore immobilisé par deux de ses amis maintenant. Son cœur battait la chamade. Il lança un regard vers le pantalon de Drago. Il mourrait d'envie de lui enlever, et en même temps il aurait voulu fuir loin d'ici et sortir cette scène de son esprit pour toujours. Il ne savait pas quoi faire, un regard vers ses camarades lui confirma qu'ils attendaient tous la même chose qu'il lui enlève le bas pour que le blond soit enfin découvert et qu'ils puissent tous en terminer avec ce bizutage. Harry aurait pu laisser tomber, et dire de tout arrêter. Ils savaient que les quatre autres garçons l'auraient écouté. Mais il ne voulait pas paraître faible ou conciliant. Malefoy devait affronter sa plus grande crainte devant eux et il serait totalement accepté dans leur groupe, c'était comme cela que ça devait se passer et pas autrement. C'était ce qui s'était passé pour tous les autres après tout ! Alors il avança ses doigts vers la fermeture du jeans de Malefoy, il remarque que ces derniers tremblaient. Il évita soigneusement le regard du blond et déboutonna son pantalon qu'il fit ensuite glisser le long de ses jambes. Il ne restait plus qu'un boxer noir et simple au jeune garçon. Harry hésita, ses mains refusèrent de toucher le sous-vêtement. Il avait l'impression d'être un pervers, un violeur. Il n'était plus si sûr de vouloir voir ce jeune homme nu, ça bousculait trop de choses en lui. Il releva son regard vers le visage de Drago et ce qu'il vit le décida tout de suite. Une larme, une seule, glissait le long de sa joue pâle.
- Lâchez-le.
Ron le regarda avec étonnement, les yeux grands ouverts.
- Quoi ? Mais Harry…
- J'ai dit lâchez-le, il a compris je crois et j'ai pas envie de le foutre à poil. On n'est pas comme ça les gars, j'ai l'impression d'être un pervers ! Pas vous ?
Un silence parcouru le groupe, il y eut comme un flottement. Mais les trois plus jeunes étaient apparemment d'accord avec Harry et ne protestèrent pas. Le soulagement fut clairement visible dans les yeux du blond. Dès que les autres eurent relâcher ses bras, il empoigna sa chemise et son pantalon et sortit de la chambre en courant. Harry le regarda faire sans bouger.
- Qu'est-ce qu'il t'a pris mec ? C'était la dernière épreuve, tout était fini après ça.
- J'en sais rien, j'ai pas pu, c'est tout. Maintenant allez vous coucher et foutez-moi la paix, je vais essayer de le retrouver avant qu'il n'aille voir McGonagall.
Harry ramassa le pull et les baskets du blond, pieds nus et en simple chemise dans les couloirs de l'orphelinat il devait être frigorifié. Il partit à sa recherche. Il lui fallut plus d'une demi-heure pour parvenir à le retrouver. Il avait d'abord fait le chemin jusqu'au bureau de McGonagall, puis jusqu'à celui du directeur, du concierge et des autres professeurs que le blond aurait été susceptible d'alerter, mais sans succès. Il était allé voir jusqu'aux cuisines mais à cette heure-ci tout était fermé, plongé dans le silence et l'obscurité. En dernier recours, il avait décidé d'explorer le parc de Poudlard et c'est là qu'il le trouva, recroquevillé au bord du lac, ses bras entourant ses jambes ramenées contre sa poitrine.
- Tu vas tomber malade, dit Harry en arrivant près du blond.
Il n'eut aucune réaction, et le brun décida donc de s'assoir à ses côtés. Il lui tendit ses chaussures et son pull mais le blond ne réagit pas. Harry poussa un soupire, il se demanda ce qui l'empêchait de simplement rentrer se coucher. Mais il avait besoin de s'expliquer, de parler au blond, et aussi étonnant que cela puisse paraître, il ressentait le besoin de se justifier auprès de lui. Il ne voulait pas le laisser penser qu'il était quelqu'un de mal, qu'il était un voyou voleur et pervers.
- Drago, ne réagis pas comme ça, on ne te voulait aucun mal, commença-t-il prudemment.
Le blond s'entêta dans son mutisme mais il le vit frissonner. Son corps tremblait et il pouvait voir la chair de poule sur ses bras et dans son cou. Alors Harry s'approcha et entreprit de lui mettre son pull et ses chaussures. Il s'attendait à se faire repousser mais Drago se laissa faire sans rien dire, le regard fixé vers le lac. Malgré lui, Harry sentit son cœur s'emballer lorsque ses mains frôlèrent le blond. Lorsqu'il eut fini, il se rassit très proche de Drago, leurs flancs se collant pour tenter de lui transmettre un peu de sa chaleur corporelle. Il attendit dans le silence, que le blond fasse le premier pas pour ouvrir la discussion. Du coin de l'œil, il vit le blond frissonner encore. Il poussa un soupir et se tourna vers lui.
- Drago, tu vas finir congelé. Voyant qu'il n'obtiendrait aucune réponse, il continua. Je ne vais pas m'excuser pour ce qu'il s'est passé.
- Alors dégage d'ici et laisse-moi tranquille.
Harry fut d'abord étonné d'avoir une réponse, mais ne le montra pas.
- Tu es un des nôtres maintenant, c'était important que tu passes par là.
- Je n'en ai rien à foutre d'être accepté dans un groupe de pervers.
- Arrête de t'imaginer des trucs, ça n'avait rien de pervers.
Cette fois, Malefoy tourna son visage vers lui pour lui adresser un regard assassin.
- Vous m'avez déshabillé de force mais ça n'a rien de pervers ? Tu te fous de ma gueule ?
- Ne le dis pas comme ça, on s'en fout de te voir à poil et c'est pour te le faire comprendre qu'on voulait que tu te déshabilles. Le but c'est de te faire affronter tes peurs, rien de plus. On voulait te forcer un bon coup à te mettre nu pour que tu n'en sois plus jamais gêné à l'avenir. On s'est tous vu nu, on vit ensemble et on ne partage qu'une seule salle de bain. Je ne comprends pas pourquoi tu en fais toute une histoire, vraiment.
- Si vous vous en foutiez de me voir à poil et que c'était juste un jeu, pourquoi tu n'as pas continué ? Pourquoi tu ne m'as pas enlevé mon dernier vêtement ?
Pour le coup, Harry ne l'avait pas vu venir celle-là. Lui-même ne savait pas vraiment pourquoi il avait cédé devant la fragilité du blond. Il avait eu tellement envie de le voir nu, et en même temps il se dégoutait rien qu'à l'idée de forcer le blond à se déshabiller.
- Je… j'en sais rien. Tu devrais plutôt être content au lieu de me faire chier.
Drago lui lança un regard glacial et tourna la tête vers le lac en relevant son menton, lui signifiant clairement qu'il le méprisait. Harry eut envie de sourire devant les manières du jeune blond mais se retint. Voyant que le silence perdurait, il reprit la parole.
- On est tous des mecs, y a rien à dire de plus, on n'allait pas te violer non plus.
- On est peut-être tous des mecs, mais on n'est pas tous égaux. Je ne voulais pas me montrer, pas de cette façon. Vous m'avez forcé, dit-il d'un ton bas, presque un murmure.
Harry entendit la voix du blond se casser sur la dernière phrase, et il sentit un sentiment de culpabilité peser sur sa poitrine.
- Tu n'as aucune honte à avoir de ton corps, il est parfait comme il est et seul un idiot dirait le contraire.
Il ne savait pas pourquoi il s'était senti obligé de le réconforter. Et maintenant, il avait peur que Drago prenne cela comme un compliment. Il n'était pas en train de s'extasier devant son corps, il ne devait pas !
- Le monde est rempli d'idiots, soupira le blond après une longue pause. Mais je retiens que tu trouves mon corps parfait, ajouta-t-il en lui lançant un regard hautain.
Harry soupira mais fut rassuré de voir le blond plaisanter.
- Ne vas pas t'imaginer des choses, je disais juste ça pour te réconforter !
- Arrête de mentir Potter, tu n'es pas très doué pour ça et ton regard parle pour toi, j'ai bien vu comment tu me regardais.
Le blond avait un sourire espiègle et il le chambrait sûrement mais Harry sentit son cœur s'arrêter de battre dans sa poitrine pour repartir ensuite sur les chapeaux de roues. Parce qu'au fond, lui savait que c'était vrai. Il avait regardé Drago, il avait regardé son corps, et il avait aimé ce qu'il voyait. Penser à ça le terrifiait. Il ne s'était jamais senti attiré par un autre garçon, n'avait même jamais imaginé la chose. Mais Drago Malefoy, sa peau douce et pâle, ses yeux ombrageux et ses cheveux d'un blond pur lui chamboulaient les sens. Mais il refusait de s'avouer qu'il était attiré par le blond, par un garçon. Alors il répondit ce qu'il pensait devoir dire pour ne pas se montrer faible.
- Hé ! Je ne suis pas une tapette !
Le blond le regardera avec étonnement, et une pointe de déception que Harry aperçut mais préféra oublier immédiatement pour sa santé mentale.
- Quelle ouverture d'esprit.
- Hein ? Euh… Non… Je ne voulais pas paraître homophobe ou quoi…
- Et bien c'est raté.
- Je m'en fou que tu sois… enfin si tu es gay, tu vois, ça m'est égal. Mais je ne le suis pas, c'est tout.
- Le message est clair, de toutes façons je m'en fiche. Je ne suis pas homophobe, moi. Et n'espère pas que je te parle de ma sexualité Potter.
Le ton était froid, la limite était fixée. Harry n'insista pas, il n'était pas très sûr de vouloir connaître les préférences sexuelles de Malefoy de toutes façons. Aussi, il décida de changer de sujet habilement.
- Maintenant que tu fais officiellement parti de notre gang comme tu dis, tu peux compter sur nous, dit-il en rigolant.
- Arrête avec ça, c'est un certain Londubat qui m'a dit que vous formiez un gang et c'est le seul élève à m'avoir adressé la parole…
- Oui, Neville est vraiment étrange parfois. Mais je ne rigole pas, si tu as besoin de quelque chose ou si quelqu'un t'ennuie tu dois venir m'en parler.
- C'est beaucoup trop aimable de ta part.
- Au fait, je te conseille d'éviter Crabbe et Goyle si tu ne veux pas d'ennuis, ajouta-t-il en montrant son coquard du doigt.
Drago regarda son œil et leva la main vers son visage. Du bout du doigt, il effleura à peine le bleu. Harry grimaça, la douleur n'était pas forte car le touché était léger mais la sensation était étrange. Il sentit la chaleur monter sur son visage et ses joues se tintèrent légèrement de rouge alors que le blond continuait la caresse aérienne. Il pria pour que la pénombre camoufle sa réaction d'adolescente énamourée. Trop vite à son goût, le blond retira sa main. Il avait l'impression d'avoir été brûlé à l'endroit où le doigt pâle avait caressé son visage. Ce n'était vraiment pas normal, cette sensation. Harry secoua la tête pour chasser ses pensées, ne voulant faire face à des questions qu'il commençait à se poser et qui en soulèveraient d'autres par la suite. Il se leva et s'éloigna de l'autre garçon qui l'avait attentivement observé durant cette courte introspection. Après quelques pas, Harry se retourna vers lui.
- Tu viens ? Je crois qu'il est plus que l'heure d'aller se coucher, dit-il avec gentillesse.
Drago le suivit, toujours méfiant. Il n'avait pas totalement pardonné ce qu'il s'était passé plus tôt dans la soirée mais l'idée de ne plus être seul dans cet orphelinat lui faisait de l'œil. Il n'avait pas vécu la soirée de l'enfer pour retourner à la case départ. Sur le chemin du retour, Potter s'arrêta brusquement au milieu d'un couloir. Le blond, qui le suivait en silence pour rejoindre le dortoir sans se faire attraper par Rusard à une heure aussi tardive, le percuta de plein fouet.
- Ouille ! se plaignit Harry.
Il se retourna juste à temps pour rattraper Drago par la main avant que ce dernier ne tombe sur ses fesses. Dans un geste de pur réflex, le blond agrippa la main du brun en retour. Une fois stabilisé sur ses pieds, le silence s'installa entre les deux jeunes hommes, chacun plongé dans le regard de l'autre. Puis, réalisant que la situation était étrange, Harry retira précipitamment sa main de celle du blond. Il la plongea dans sa poche pour masquer sa gêne. Il en ressortit la chaîne en or de Malefoy.
- Tiens, j'ai failli oublier de te rendre ça, je pense que tu y tiens.
Doucement, comme s'il était hésitant, le blond tendit la main pour récupérer les bijoux. Harry remarqua qu'elle tremblait légèrement. Le blond ferma le poing autour de la chaîne qu'il ramena sur sa poitrine. Il ferma les yeux plusieurs secondes et lorsqu'il les rouvrit, Harry put voir l'étendue de la tristesse dans son regard. Il plongea ses yeux couleur argent dans les siens, comme s'il cherchait quelque chose dans les iris émeraudes qui lui faisaient face. Il sembla y trouver quelque chose car il reprit la parole après un long silence durant lequel Harry n'avait pas osé bouger.
- Ils sont morts il y a bientôt trois semaines. Accident de voiture, ils revenaient d'une soirée.
Le blond n'ajouta rien d'autre et Harry ne posa pas de question. Ils restèrent immobiles, les yeux plongés dans ceux de l'autre. Harry ne savait pas ce que Malefoy attendait de lui, pourquoi il lui disait cela. Il n'aimait pas réconforter les gens, surtout qu'ils se connaissaient à peine. Il ne comptait pas non plus lui confier son histoire en retour. Aussi, il attendit. Un geste, une parole, un signal qui lui indiquerait ce que le blond attendait de lui. Et il la vit apparaître, une larme. Il sentit son cœur se serrer. Décidemment, il n'aimait pas voir le jeune Malefoy pleurer. Alors son corps décida d'agir sans demander son avis à son cerveau au préalable. Il fit un pas vers Drago, rapprochant leurs corps, et se pencha vers lui. Il l'encercla de ses bras. Le blond était plus petit et sa tête entra en contact avec son torse. Harry posa son menton sur le haut de son crâne.
Dans un premier temps, Drago ne réagit pas. Trop choqué pour esquisser le moindre mouvement. Puis, Harry sentit ses bras se relever et encercle sa taille avec lenteur. Le mouvement provoqua une embardée dans la poitrine du brun qui resserra sa prise autour de ses épaules. Drago se blottit dans les bras et le réconfort que lui offraient Harry. Il n'avait plus étreint personne de la sorte depuis la mort de ses parents, la dernière fois était avec sa défunte mère. Il tenta de retenir les larmes qui montaient dans ses yeux mais il pouvait parfois sentir quelques traîtresses déborder sur ses joues. Lorsqu'il fut totalement calmé, il desserra ses bras et se recula de l'autre garçon. Ils n'osèrent se regarder, tous deux gênés.
- Merci, chuchota le blond.
Harry ne répondit rien, trop choqué de son propre comportement. Silencieusement, ils reprirent leur chemin vers le dortoir et se couchèrent sans ajouter un mot. Harry ne parvint pas à trouver le sommeil, cette nuit-là. Il passa plusieurs heures à se torturer l'esprit. Il n'arrivait plus à se comprendre lui-même, et cela le terrifiait. Il devait absolument s'empêcher de se laisser aller comme il l'avait fait ce soir avec le blond.
Un câlin ? Sérieusement ? Il avait fait un câlin à Malefoy ! Mais bon sang, à quoi pensait-il ?! Il se retourna dans son lit avec rage, faisant face au blond dans le lit d'à côté. Il constata alors que lui avait réussi à s'endormir. La soirée avait été pleine d'émotions et l'avait sûrement épuisé. Il paraissait tellement serein lorsqu'il dormait. Après avoir admiré le visage parfait pendant plusieurs longues minutes, Harry se releva. Il décida d'aller prendre sa douche, bien conscient qu'il était beaucoup trop chamboulé pour parvenir à dormir. Il traîna de longues minutes dans la salle de bain. Lorsqu'il finit par en sortir, il se dirigea sans bruit vers la porte de la chambre. Il prit la direction du lac encore une fois, décidant d'y attendre le jour qui ne tarderait pas à se lever. Il s'assit confortablement contre son tronc habituel. Il sortit de sa poche la photo de la famille Malefoy. Il ne savait pas pourquoi il l'avait gardée. Il aurait dû la rendre en même temps que les bijoux mais il avait fait semblant d'en oublier l'existence et Drago n'avait rien dit non plus. Il observa le portrait de longues minutes, en particulier le visage heureux de Drago. On voyait que le bonheur atteignait ses yeux. Il se dit qu'il aurait aimé connaître le jeune homme à cette époque. À présent, son regard était froid et en observant bien on pouvait y voir la tristesse transparaître.
Harry poussa un gémissement plaintif en attrapant ses cheveux et balançant la tête vers l'avant pour la poser sur ses genoux repliés. Il fallait qu'il arrête de penser à ce mec ! Voyant que l'heure du début de cours approchait, il prit la bonne résolution de tout faire pour éviter le personnage principal de ses pensées ces derniers temps. Ils avaient deux classes de différence, et donc aucun cours en commun. Harry pouvait éviter le réfectoire au petit déjeuner comme il avait déjà pris l'habitude de le faire. Et sa lâcheté le pousserait peut-être à manger dans les cuisines pour les autres repas également. Le soir, il suffisait qu'il rentre suffisamment tard pour que tout le monde soit endormi. Oui, son plan tenait la route. Moins il voyait Malefoy, plus il y avait de chances que son esprit le chasse de ses pensées. Cela semblait évident, non ? Malgré le manque de conviction, Harry se hâta de rejoindre son premier cours en décidant de mettre son plan à exécution dès aujourd'hui.
La journée lui sembla interminable. À chaque cours, il s'était placé inconsciemment (ou au contraire il en était très conscient) à proximité d'une fenêtre pour pouvoir observer l'extérieur en espérant y voir une chevelure presque blanche apparaître. Pour le déjeuner, il alla voir Dobby avec lequel il papota durant toute l'heure de pause, évitant de la sorte de croiser n'importe quel autre élève. L'après-midi fut aussi long que la matinée, à l'exception du cours de sport. Le prof d'éducation physique les emmena courir dans une forêt non loin de l'orphelinat et ça lui fit un bien fou de sortir malgré le froid qui piquait ses poumons sollicités. Et les jours passèrent, tous à peu près semblables. Harry évitait les lieux où le blond était susceptible d'apparaître, que ce soit le réfectoire, le dortoir, la bibliothèque ou même les couloirs où il pressait le pas pour y passer le moins de temps possible. Le bord du lac était devenu son refuge. Il y était seul et y passait la plus grande partie de son temps en dehors des cours.
Un vendredi après-midi, après un autre cours de sport à courir dans les bois, il alla directement rejoindre son coin habituel près du lac. Il avait pris une douche après le sport et ses cheveux étaient encore humides, il regretta de ne pas avoir pris son bonnet. Comme si le bon dieu l'avait entendu, il vit un bonnet tomber du ciel directement sur ses genoux. Pas croyant pour un sou, il releva la tête pour trouver la source de ce geste non divin. Ron s'assit à côté de lui.
- Je t'ai pris ton bonnet, il ne faudrait pas que tu tombes malade à force de passer tout ton temps au bord de ce lac.
Harry sentit la pointe de reproche à travers les paroles de son ami.
- Merci, répondit-il en enfilant le bonnet.
Il sourit brièvement à Ron, reconnaissant de la chaleur entourant à présent le haut de son crâne. Il reporta ensuite son regard vers le lac. Après un court temps de silence, Ron prit la parole.
- Y a un truc qui ne va pas vieux ?
- Pourquoi ça n'irait pas ? fit-il innocemment.
- Tu es étrange depuis quelques temps, tu ne me parles plus. À personne d'autre non plus d'ailleurs.
- C'est faux !
- Ah oui ? dit le roux en plissant des yeux, il n'était pas dupe.
- J'ai parlé avec Dobby, répondit piteusement Harry.
- Seulement pour qu'il te laisse manger dans les cuisines, pourquoi tu nous évites ?
- Je ne vous évite pas du tout, répondit-il honnête.
- Bien alors qui évites-tu ? Tu fuis le réfectoire et te réfugies ici dès que tu peux, on ne te voit plus. Même dans le dortoir tu n'es plus là. Je suppose que c'est donc un de nous cinq que tu évites.
Le brun garda le silence, angoissé à l'idée que Ron devine le fond de ses pensées et la personne qui y avait élu domicile depuis peu.
- Est-ce que ça a un rapport avec Malefoy ?
Harry ne put retenir sa tête de se tourner brusquement vers le roux.
- Quoi ? Pourquoi tu me parles de lui ? dit-il légèrement agressif.
- Je n'en sais rien mec, à toi de me le dire.
Ron lui lança un regard pénétrant, il semblait hésiter à continuer. Voyant que Harry gardait son calme et qu'il ne répondait pas, il se lança.
- Tu es devenu bizarre depuis qu'il est là, depuis le soir où on l'a vraiment accepté on ne te voit plus. Je ne dis pas que tu étais le bout en train du dortoir, mais là tu es carrément un fantôme. On sent ta présence mais tu n'apparais que rarement.
Le roux donna un léger coup d'épaule à son ami, tentant de détendre l'atmosphère en lui lançant un sourire. Harry ne le regarda même pas, refusant d'affronter son regard. Il redoutait tellement que Ron découvre la raison de ses évasions constantes. Il resta silencieux et le roux soupira.
- Écoute, je comprendrais tout à fait que tu ne veuilles pas m'en parler. Mais je vois qu'il y a quelque chose qui cloche, et vu ta réaction je sais que c'est en rapport avec la princesse décolorée qui est apparue dans notre dortoir dernièrement. Vu sa taille de crevette, ça m'étonnerait que tu aies peur de lui ou qu'il t'ait menacé…
- Non, pas du tout ! ne put s'empêcher de répondre Harry, sa fierté piquée au vif.
Lui ? Menacé par quelqu'un ? Et puis quoi encore, il n'était pas faible et personne ne pouvait l'intimider. Pas avec des menaces en tous cas, car il était vrai que Malefoy et les questionnements qu'il avait fait naître chez Harry l'intimidaient fortement.
- Alors, j'ai réfléchi – ouais ça m'arrive parfois, dit-il avec un sourire que cette fois Harry lui rendit. Tu n'as jamais évité personne, même avec Crabbe et Goyle tu fonces dans le tas. Du coup je me dis que c'est autre chose, quelque chose de différent que tes bagarres habituelles. Je ne sais pas ce que c'est, je ne veux même pas savoir si tu ne veux pas me le dire, mais je voulais juste que tu saches que l'éviter ça ne rime à rien. Va lui parler et règle le problème en l'affrontant, comme tu l'as toujours fait. Et personne ne te jugera jamais dans notre dortoir Harry, surtout pas moi. Si tu veux me parler, je peux tout entendre ça ne changera rien à notre amitié.
Harry fut extrêmement touché par les paroles du roux, il ne pensait pas que ce dernier considérait leur amitié avec une si haute estime. Il se dit que finalement le roux était sans doute le seul véritable ami qu'il n'ait jamais eu. S'il devait parler de ses problèmes avec quelqu'un, il ne voyait pas avec qui d'autre. Alors, après un silence pesant et angoissant pour Harry, il prit une grande respiration.
- Tu as raison, dit-il en évitant son regard.
- Sur quelle partie ?
- C'est en rapport avec Malefoy.
- Mais encore ?
- Depuis qu'il est là, depuis que je l'ai vu dans le bureau de McGo et surtout depuis ce foutu bizutage où on l'a foutu à poil, je n'arrive pas à le sortir de ma tête…
Le silence lui répondit, après un suspens intenable il osa enfin regarder le jeune Weasley. Il se prépara au pire, dégoût, jugement et gêne. La gêne était bien présente, mais aucun dégoût n'apparaissait dans le regard bleu du roux. Il semblait réfléchir à la meilleure façon de formuler sa phrase.
- Est-ce que tu essaies de me dire que tu penses à lui… comme si tu étais gay ?
- Non ! répondit précipitamment Harry, mais il avait parlé trop vite. Si ? Je n'en sais rien Ron, je suis complètement perdu, c'est le bordel dans ma tête et je n'en peux plus de me poser mille questions par jour, dit-il avec détresse.
- Tu es attiré par lui ?
Harry laissa plusieurs secondes s'écouler avant de répondre.
- Oui, souffla-t-il en cachant son visage dans ses mains.
- Et tu as déjà été attiré par d'autres mecs avant lui ?
- Jamais !
- Et par des filles ?
- Oui, répondit-il. Enfin, je suppose, ajouta-t-il piteusement.
- T'es peut-être juste dragosexuel, dit-il en rigolant.
Le rire de Ron soulagea tellement le brun qu'il se mit à rire également, laissant s'échapper toute la pression qu'il s'était mis à lui-même. Après s'être calmé, il se tourna vers son ami avec un regard implorant.
- Ron, dis-moi ce que je dois faire, je n'ai jamais été aussi perdu de ma vie…
- Je pense que tu devrais apprendre à le connaître, et surtout lui laisser l'opportunité de te connaître aussi. Tu le fuis depuis qu'il est là, mais il n'a pas l'air d'aller bien tu sais. Il ne parle jamais à personne, et avec les autres on voit bien qu'il pleure en cachette pratiquement tous les jours. Il a besoin de soutien, et je pense que ça serait bien qu'il ait un ami ici. On a tous essayé de l'approcher, mais il a la langue bien aiguisée ton blondinet.
- Ne l'appelle pas mon blondinet par pitié.
- Tu devrais essayer de lui parler, commence par être son ami et ne te pose pas trop de questions dans un premier temps. Et surtout arrête de fuir tout ce qui t'entoure. Tu fais peur à tout le monde en agissant comme ça.
- T'as raison, je vais essayer de passer pour quelqu'un de normal.
Les deux garçons rirent encore une fois. Harry se sentait tellement mieux après en avoir parlé avec Ron. Cette discussion l'avait aidé à y voir clair, et au passage cela lui avait permis de comprendre la véritable amitié qu'il y avait entre eux deux. Le roux se leva, et lui tendit la main pour l'aider à se relever à son tour.
- Tu viens avec moi ? J'ai une idée pour ce soir.
- Ah oui ? répondit le brun en attrapant sa main.
- Je trouve qu'on devrait faire une petite soirée entre compagnons de dortoir, il est grand temps de détendre l'atmosphère et de montrer à Malefoy qu'on peut aussi être bonne ambiance !
Les deux garçons passèrent donc par les cuisines et réussirent à soutirer des chips et de la bière à Dobby. Ron profita que Harry soit en pleine conversation avec le cuisinier pour voler une bouteille de whisky. Dobby fit semblant de ne rien avoir vu, il les aimait bien ces petits gars. Une fois équipés, ils se dirigèrent vers le dortoir où ils trouvèrent Dean et Blaise en pleine partie d'échec.
- Où sont Theo et Drago ? demanda Ron.
- Theo a été collé, il doit bientôt arriver, et Malefoy est encore dans la salle de bain en train de pleurer sous la douche, répondit Dean sans se déconcentrer de sa partie.
Ron lança à Harry un regard sans équivoque et lui montra du doigt la salle de bain avec insistance. Harry prit une grande inspiration pour se donner du courage et se dirigea vers la salle de bain. Il donna trois coups secs à la porte et entra sans attendre de réponse dans la salle de bain commune.
