Bonjour, bonsoir ! Ça fait un bail non ? En effet, j'avais comme qui dirait un peu délaissé cette fic et ce fandom dans un coin... Mais pas pour longtemps, car me revoici ! J'ai ressorti cette fic du placard, dépoussiéré le chapitre et je l'ai fini hier soir ! Il est enfin là, grâce à super bêta Ninja Molly !

J'espère que ce chapitre vous plaira aussi !

Chapitre 3

Touya adorait le calme nocturne par-dessus tout. Lorsque celui-ci régnait sur les environs, il n'y avait plus aucun cri, plus un seul bruit, bref plus rien pour le déranger.

En général, une fois tout le monde couché chez lui, il allait s'asseoir contre la fenêtre du grenier qui lui servait de chambre et en profitait pour allumer une cigarette qu'il fumait alors en paix. Contrairement à quand il faisait ça sur le toit du bahut, là, rien ne pouvait venir l'interrompre pas de professeur pour venir l'engueuler, pas de gens niais venant se confesser leur amour en essayant d'être romantiques. Et même pas de Hawks pour surgir de nulle part et l'enquiquiner.

Le paradis en somme.

Comme régulièrement, il avait fini par mettre ses écouteurs pour laisser défiler aléatoirement des musiques qu'il aimait et se laisser aller à se perdre dans ses pensées, le regard égaré dans le ciel nocturne ou l'extérieur en général. Il ne bougeait de nouveau que quand le sommeil commençait à pointer le bout de son nez en général, et c'était pour aller se vautrer dans son lit, attendant de sombrer dans les bras de Morphée.

C'était ce qu'il faisait actuellement. Il était étendu sur son lit, les yeux fermés, se laissant bercer par l'air frai venant de dehors, contrastant avec la chaleur étouffante qu'il faisait en plein jour dans cette chambre dénuée de climatiseur – contrairement aux autres pièces de la maison, où il passait donc ses journées quand il n'était pas dehors – depuis que l'été s'était installé.

Il bailla, gardant les yeux clos. La fatigue lui était tombée dessus d'un coup, comme une gigantesque masse. Il eut à peine le temps de penser qu'il dormirait d'ici quelques secondes qu'il se mit à somnoler.

Enfin, jusqu'à ce que son moment de calme n'éclate en mille morceaux quand une sonnerie vint briser le silence apaisant de sa chambre.

Puis une deuxième. Et une troisième.

Putain, qui était le con qui lui envoyait des messages à plus de deux heures du matin ?

Finalement, en voyant le nom d'un certain blond s'afficher sur l'écran qui l'aveugla presque une fois allumé, sa question changea qui d'autre que cet abruti aurait pu avoir une idée pareille après tout ?

De : Squatteur

« Hey ! »
« Touya ? »
« Tu dors ? »

Déjà, pourquoi il lui envoyait trois messages ? Il n'aurait pas pu regrouper en un seul ? Son but était de s'assurer qu'il se réveille si par le plus grand des hasards il était bien endormi ? Agacé, il songea pendant un long instant à l'ignorer. Car il sentait que bizarrement, s'il lui prenait l'envie de répondre, même ne serait-ce que pour l'envoyer bouler d'un « Oui, ta gueule et dors aussi », il finirait par faire nuit blanche pour X ou Y raison.

Sauf que le mal était déjà fait, car son appareil vibra à nouveau :

« Ha ! T'as vu mon message ! J'étais sûr que t'étais debout ! »

Et merde.

Qu'est-ce qu'il pouvait répondre à ça à part l'ignorer et éteindre son téléphone pour la nuit ? Et bien il n'eut pas le temps d'y penser que ses yeux lui sortirent du crâne devant la réponse qu'il reçut une seconde plus tard. Il n'avait quand même pas osé…

Hawks était un squatteur. Il le savait mieux que quiconque. Mais !

« Tu peux venir m'ouvrir ? Je suis en bas ! »

Dans un moment pareil, Touya aurait pu jeter son téléphone au loin et oublier l'existence de ces messages, pour aller se rallonger paisiblement puis s'endormir. Et il aurait peut-être même dû.

Mais comment trouver le sommeil avec la vision de cet idiot en bas de chez lui, prêt à envoyer des cailloux à sa fenêtre comme dans les films ou escalader la gouttière en se prenant pour un cascadeur ? Une partie de lui était convaincu que ce blond n'irait pas jusque-là, mais bon, il était habitué à se méfier de tout maintenant. Il était d'ailleurs sûrement capable d'envoyer le même message à Fuyumi…

S'il poussa un premier soupir venant du plus profond de ses entrailles en se levant de son lit, un second franchit la barrière de ses lèvres une fois qu'il eut passé sa tête à travers l'encadrement de sa tête.

Cet idiot était bien là, se mettant à lui faire coucou en remarquant sa présence. Et il avait un sac à dos sur l'épaule super, il était bien parti pour s'installer pour longtemps. Et il était sûr que son vieux était capable de lui dire de prendre sa chambre. Quoique… Le petit génie dans le grenier, ce serait dur, pauvre enfant.

En descendant des combles pour aller lui ouvrir, il se fit la réflexion que vraiment, l'idée que son tyran de père pète un mur pour lui aménager un petit nid douillet lui paraissait de plus en plus probable.

Moins de deux minutes plus tard, le squatteur franchissait la porte d'entrée et se déchaussait avant de mettre sa paire de chaussons rouge attitrée pour l'intérieur (gentiment achetée par Fuyumi en guise de cadeau de bienvenue, quelle chance).

- Salut ! J'étais sûr que t'étais du genre à te coucher super tard, surtout pendant les vacances d'été ! Mais c'est pas bon pour la peau, tu sais ? Tu vas finir avec des cernes violettes jusqu'au milieu des joues ! ricana le blond en rangeant ses éternelles Converse dans le placard prévu à cet effet.

- J'aurais préféré être en train de dormir que de t'ouvrir, crois-moi. Un commentaire de plus et tu retournes dehors, souffla le brun, désabusé.

- Tu laisserais ton meilleur ami passer la nuit dehors, sans défense ? Tu n'as donc aucune pitié ?

L'air de Touya n'en fut que plus blasé :

- Exactement. Si t'es pas content t'as qu'à rentrer chez toi. Et attend… Ajouta-t-il après une seconde, réalisant le terme par lequel cet idiot s'est lui-même qualifié, depuis quand t'es mon meilleur ami ?

À cela, le plus jeune papillonna des yeux avant de répondre, comme si c'était la plus grande des évidences :

- Depuis que t'as pas d'autres amis ? Enfin à ma connaissance, et à celle de Fuyumi aussi au passage ! Tu sais qu'elle s'inquiète beaucoup pour ta vie sociale d'ailleurs ?

Mais c'est que les jeunes de nos jours sont de plus en plus effrontés ! Il venait vraiment de lui balancer en pleine gueule qu'il était un asocial sans amis ? Parce qu'il se croyait mieux, lui ? Bon… Ok, il n'y a même pas de comparaisons entre eux à ce niveau-là en réalité.

Mais quand même.

- Tch, pesta le plus âgé des deux, pour ta gouverne, sache que je traîne avec plein de gars en dehors de toi quand je suis pas au bahut, Monsieur Parfait. Te crois pas toujours au centre du monde.

Il ne s'était pas attendu à la réponse du petit génie :

- Si tu les qualifies comme de simples « gars » avec qui tu traînes, c'est que rien ne vous lie particulièrement, non ? Moi aussi je traîne avec plein de gens, mais de vrais amis, j'en ai pas tant que ça au fond, en dehors de Fuyumi et toi. Enfin, je peux toujours me tromper sur ton compte cela dit !

Honnêtement, Touya ne s'y était pas attendu.

Si d'habitude il se serait fait la réflexion : « Depuis quand MA sœur est TON amie ? Et depuis quand je le suis aussi ?! Tu squattes juste chez moi ! », là il n'en fut rien. Peut-être parce qu'il pensait qu'Hawks était le genre de type ayant des amis à tour de bras, mais qu'il se considérait en réalité comme un sans-ami.

Et peut-être aussi car il était le premier gars à le qualifier sincèrement d'amis.

Pour toute réponse, il maugréa alors dans sa barbe :

- Tu m'énerves, à avoir toujours raison, sale squatteur. »

En effet, même s'il trainait bel et bien avec des gens pour passer le temps parfois, il n'était attaché à aucun d'eux. Il le faisait pour grapiller quelques clopes gratuites, se changer les idées, se dire qu'il y a plus con et pitoyable que lui ailleurs.

Tout au plus, il pouvait avoir un semblant de sympathie pour certains, comme Tenko, mais il ressentait surtout de l'indifférence pour la plupart, comme pour Chisaki, un lycéen qui passe les trois quarts de son temps à se désinfecter les mains et le quart restant à cracher sur le monde entier. Et il y en avait qui lui faisaient pitié, comme Iguchi, voulant qu'on l'appelle « Spinner », un collégien membre d'un color gang (les Pink Lezards, terrifiant comme nom, pas vrai ?) ayant l'impression de se battre pour changer le monde.

En attendant, cet autoproclamé justicier des rues rougissait au moindre compliment et harcelait Touya à chaque fois qu'il le voyait pour essayer de grapiller le numéro de sa petite sœur. En effet, après l'avoir rencontrée un jour par un triste hasard en ville aux côtés de son frère et avoir passé cinq minutes à rougir comme une gamine énamourée devant elle, il avait proclamé qu'il s'agissait de la femme de sa vie. Mais le brun préférerait crever que de laisser un gars aussi craignos et tordu fréquenter sa sœur.

Au fond, vu que Spinner était le seul « pote » à lui qu'elle avait vu, ce n'était pas étonnant qu'elle s'inquiète pour sa vie sociale.

Donc ouais, comme craint par sa cadette et le blond, il n'avait bel et bien pas d'amis. Enfin, en dehors de Hawks visiblement. Mais il n'était pas sûr de pouvoir en être fier.

Tout en se faisant cette réflexion il avait invité d'un signe de tête Hawks à le suivre dans sa chambre à l'étage, histoire de pouvoir parler un peu plus tranquillement sans craindre de devoir réveiller tout le monde. Surtout que Natsuo avait eu l'idée de génie de s'endormir dans le salon, sur le canapé. Donc Touya ne pouvait pas reléguer son invité à cet endroit et était obligé de le prendre dans sa chambre. Génial...

C'est ainsi que bientôt, ils furent tous les deux calés à l'étage, le dos contre le modeste lit du propriétaire des lieux.

« Il fait chaud dans ta chambre ! Il y a pas la clim' comme dans le reste de la maison ? Demanda Hawks, tentant de s'éventer avec une de ses mains avec le maigre espoir que cela serve à quelque chose.

Mais c'est qu'en plus il allait se plaindre de l'accueil et des services proposés ? Il se croyait où, à l'hôtel ?

- Si la fraîcheur de dehors te manque, sache que je ne te retiens pas. Et surtout, avant de te plaindre, t'as qu'à enlever ton sweat ! Lui rétorqua-t-il. Quelle idée de porter un truc pareil en plein août ?

En effet, il ne l'avait remarqué qu'en s'installant dans sa chambre, mais son très cher convive portait un sweatshirt rouge aussi large qu'épais dont les manches étaient roulées et remontées jusqu'à ses coudes, soit la pire idée de vêtements pour un milieu d'été. Surtout quand on se plaint de la chaleur.

- Alors tu sais, on a beau être très bons amis, on n'en est pas au stade où je vais me balader torse nu chez toi non plus !

- Déjà que tu surgis sans prévenir de nulle part, si en plus tu te baladais sans fringues je pense que je finirais par avoir une crise cardiaque, ricana Touya pour simple réponse. Mais Monsieur le Fashionista ne sait pas qu'il y a des vêtements plus légers pour l'été peut-être ? C'est de voir la nouvelle collection d'automne dans les magasins l'autre jour qui t'a fait croire que c'était le moment de remettre des sweatshirts ?

Hawks se mit à rire également, avant de lui jeter un regard sarcastique accompagné d'un sourire assorti :

- Très drôle ! Tu veux qu'on se refasse une virée shopping pour qu'on aille me chercher des tee-shirts supplémentaires peut-être ?

Il lui avait demandé cela avec un air proche de l'insolence. Il savait pertinemment à quel point son don de traîner les magasins lui avait fait vivre un enfer ce jour-là. Fuyumi était rapide d'ordinaire pour ce genre de choses, jetant un œil et n'essayant qu'en cas de grand coup de cœur, mais avec Hawks qui lui proposait sans cesse des vêtements « qui iraient parfaitement avec tes yeux ! » ou « qui seraient encore plus beaux sur toi que sur le mannequin de la photo ! » elle avait fini par se laisser prendre au jeu.

Et Touya avait passé de longues et innombrables minutes à les attendre, trainant de banc en banc au fil de leur lente progression dans la galerie marchande qu'ils avaient pris d'assaut.

Rien que l'évocation de cette fameuse journée suffisait à l'assommer de fatigue. Sérieusement, il avait tellement passé de temps sur ce banc à boire sa bouteille de coca en trainant sur Twitter qu'il avait presque eu un pincement au cœur en la jetant, songeant à tout ce qu'ils avaient partagé ensemble !

Trois heures et demie. C'était le temps qu'ils avaient mis à rejoindre le magasin de produits de coiffure où il achetait sa coloration d'habitude. Autant de temps pour traverser une galerie marchande. Il y avait sûrement moyen de faire rentrer ça dans le Guinness des records.

Bon, il devait reconnaitre que, sur la fin, dans une boutique mixte plus de son style (à comprendre avec des tee-shirts aux imprimés bien sarcastiques), il avait fini par réellement s'amuser et passer un bon moment, profitant pour la première fois depuis bien longtemps d'un moment de complicité avec sa sœur quand ils avaient décidé d'un commun accord de faire essayer tout un tas d'horreur à Hawks, de la chemise à motifs poulets au short avec des flammes.

S'il ne savait pas à quel point Fuyumi avait été heureuse de partager un moment comme cela avec son grand frère, Touya l'avait vue un sourire aux lèvres toute la journée, et ça lui avait fait du bien de la voir ainsi.

Mais bon, à moins qu'elle ne vienne lui faire les yeux doux avant, le shopping avec Hawks de nouveau, non merci. Pas avant au moins six longs mois. Ou plusieurs années même.

- Plutôt crever oui, répondit-il alors, si t'as chaud c'est ton problème. Embarque Fuyumi ou mon père si tu veux, mais moi c'est mort.

Devant tant d'entrain, le blond ne put que ricaner :

- Bizarrement, je m'attendais à cette réponse ! Mais bon, de toute manière même si je le voulais, j'ai pas l'argent de m'acheter quoi que ce soit en ce moment, donc je passe mon tour !

En ponctuant sa phrase, il se laissa doucement glisser sur le côté, jusqu'à finalement croiser un de ses bras derrière sa tête une fois allongé sur le sol, son autre main toujours dans la poche de son sweat. Son regard alla se perdre par la fenêtre de la chambre en face de lui. Son camarade le regarda faire du coin de l'œil, songeant qu'il devait être fatigué. Après tout, il devait être déjà quasiment trois heures du matin.

Rien qu'à la pensée de l'heure tardive, Touya bailla à s'en décrocher la mâchoire.

Cependant, comme toujours en présence d'Hawks, le silence doucement installé ne tarda pas à être interrompu. Sauf que pour le coup, son ton de voix attira l'attention du brun il était soucieux, accompagné d'une pointe de culpabilité. Bien loin de son insouciance habituelle.

- Désolé d'avoir débarqué comme ça sans prévenir… Commença-t-il. Mais je savais pas où passer la nuit alors j'ai pas vraiment trouvé d'autres solutions.

Même s'il pouvait sentir qu'il y avait clairement anguille sous roche, qu'il avait dû se passer quelque chose de suffisamment important, Touya resta égal à lui-même, répondant avec une pointe de sarcasme :

- Il n'y a pas un endroit qui s'appelle « chez toi » où tu es censé dormir d'habitude ? À tout hasard.

Cependant, il ne récolta aucun rire ou ricanement, à peine un rictus. Alors là, il y avait clairement quelque chose de grave qui s'était passé. Il resta silencieux jusqu'à ce que son vis-à-vis ne lui réponde, lui laissant le temps dont il avait besoin.

- Techniquement oui, mais je me suis engueulé avec ma mère. Je suis parti en claquant la porte, j'avais aucune envie de la recroiser pour la journée. Je pense que tu comprends.

Et bien évidemment qu'il le comprenait. Ça lui était même arrivé à plusieurs reprises depuis le collège. Il s'était même déjà incrusté aux fêtes ringardes de cet abruti de Spinner pour éviter de rentrer chez lui et de voir la sale gueule de son vieux, c'était dire. N'importe quoi plutôt que rentrer la bouche en cœur et passer devant son père pour monter se coucher.

Sauf que, si quand on s'appelle Touya Todoroki, partir en claquant toutes les portes de la maison est une habitude et fait partie du cahier des charges, il n'imaginait pas que ça l'était aussi chez les petits génies parfaits comme Hawks. Comme quoi, tout peut arriver.

- On traîne peut-être trop ensemble, statua le brun, je déteins sur toi visiblement. Qu'est-ce que t'as fait comme connerie pour que ça en arrive là ?

- J'ai rien fait justement, rétorqua-t-il après quelques secondes, c'est d'elle que vient le problème.

Sentant qu'ils allaient parler pendant un moment, Touya songea à s'allumer une cigarette, l'envie de fumer commençant à le prendre. Mais après en avoir sorti une du paquet trônant sur la table en face de lui, il soupira en se rappelant que Monsieur Parfait détestait l'odeur de la fumée. Alors, le voyant d'ici lui faire la morale s'il l'allumait vraiment, il préféra se contenter de laisser ses doigts jouer avec, son regard toujours accroché sur son voisin, attendant qu'il ne continue. Il semblait pensif, ses yeux fixant le plafond du grenier. Il lui fallut quelques instants pour poursuivre, cherchant visiblement un peu ses mots.

- J'attendais une lettre, d'une personne à qui je tiens énormément et à qui je ne peux parler que comme ça, expliqua-t-il. Sauf que ma mère le déteste. Pour elle c'est une « mauvaise fréquentation » avec qui je suis censé avoir coupé tout contact. D'habitude, je vais au courrier assez tôt pour récupérer les lettres moi-même. Mais… Pas aujourd'hui.

Alors que le blond marquait une pause dans son récit, Touya songea un instant à la tête que ferait la daronne du petit génie en voyant qui il qualifiait de « meilleur ami » si elle s'inquiétait de ses fréquentations.

- Elle m'a appelé pour venir au salon, je me doutais de rien. Et là… Je l'ai vue mettre le feu à une lettre. J'ai tout de suite compris qu'elle venait de lui. J'ai pas réfléchi, je me suis jeté dessus pour la récupérer. Puis le ton est très vite monté… Je saurais même pas te dire combien de temps on a passé à se hurler nos quatre vérités. Tout ça pour finir avec une lettre et une main à moitié cramées et à deux doigts de dormir dehors, meilleure journée de ma vie.

Pour être honnête, le brun était à deux doigts de lui répondre avec sarcasme « Dix-neuf de moyenne générale pour pas savoir qu'on éteint une flamme avec le pied et pas la main ? ». Mais la mine peinée, ou plutôt triste de son vis-à-vis l'en empêcha. C'était tellement… Inhabituel de le voir avec une telle expression. Comme si des larmes de colère perlaient dans ses yeux topaze, une de ses mains serrant quelque chose dans la poche de son sweatshirt, très certainement les restants de la lettre dont il avait parlé.

Ce type le considérait comme son meilleur ami, le défendait devant son père contre son propre intérêt, était vraisemblablement la seule personne au monde qu'il pouvait en retour qualifier de « pote ». Et il était venu chercher refuge vers lui après une dispute d'une telle ampleur. Il n'allait quand même pas lui servir un de ses sarcasmes à deux balles comme d'habitude. Pour espérer quoi, le faire rire ? Ou passer pour l'enfoiré de service peut-être ?

Il savait que si les rôles étaient inversés, Hawks ne lui offrirait pas de sarcasme, il trouverait une solution, ou peut-être serait-il même réconfortant. Il en était certain. C'était ce dont il aurait besoin dans un moment pareil, sans doute que le blond attendait la même chose. Pas juste de vider son sac pour se prendre un sarcasme évident. Alors l'aîné des Todoroki se gratta l'arrière du crâne pendant quelques secondes, à la recherche du peu de considération dont il était capable de faire preuve.

- Au moins, commença-t-il, tu as pu en sauver la moitié. C'est déjà ça. Et la prochaine fois, t'as qu'à les faire expédier ici tes lettres.

Quand il regarda le plus jeune du coin de l'œil, il vit qu'il s'était redressé, désormais assis en tailleur, les mains sur ses cuisses, les yeux plus écarquillés que jamais. Le brun ne s'était pas attendu à ce qu'il soit aussi surpris.

- T'es sérieux ? Tu déconnes pas ? Lui demanda-t-il, l'air de ne pas pouvoir y croire.

Touya n'aurait jamais pu se douter de tout ce que cela représentait pour lui. Aussi se contenta-t-il d'hausser les épaules.

- Pourquoi pas ? Je crois que tu passes largement assez de temps ici pour qu'on mette ton nom sur la boîte aux lettres. Ou au pire, t'as qu'à faire envoyer à mon nom à moi. Personne n'ouvre mon courrier, au cas où tu t'inquièterais pour ça.

Et franchement la dernière chose à laquelle l'adolescent s'était attendu, c'était bien à ce que son camarade se redresse pour le serrer dans ses bras. L'étreinte ne dura que quelques secondes au terme de laquelle le blond se sépara du brun pour lui offrir un sourire sincère :

- Tu peux pas imaginer à quel point c'est énorme ce que tu me proposes là. Je… Sais pas comment te remercier. Merci mec, sincèrement.

Dans son sourire, alors qu'il cherchait un moyen de répondre, Touya se remémora le sourire de sa sœur lors de la virée shopping, l'ambiance à la maison qui s'était améliorée depuis que cet idiot l'honorait de sa stupide présence, la gentillesse et l'amitié qu'il lui offrait depuis des mois sans rien lui donner en retour pour sa part. Tant de choses sur lesquelles il s'était mis des œillères jusqu'ici, pour des raisons stupides, pour se donner un genre de mec solitaire qui n'a besoin de personne sûrement. Aussi, il lui sembla qu'en comparaison, lui proposer de lui prêter son adresse, aussi important soit le courrier attendu, n'était qu'une maigre contrepartie.

Aussi, la réponse lui vint cette fois naturellement :

- T'as pas besoin de me remercier, j'ai déjà eu ma part.

Et si Hawks le regarda à nouveau avec un air des plus surpris, il ne posa cependant pas de questions. Peut-être qu'au fond il avait compris, peut-être que non. Il n'en montra cependant rien.

Le silence s'installa jusqu'à ce que le plus jeune ne baille à s'en décrocher la mâchoire. Un regard à son portable informa Touya qu'il était près de quatre heures désormais. Il se redressa alors sur ses jambes :

- Allez, au lit maintenant le môme. Il est trop tard pour les enfants. Je te sors un futon.

Hawks prit une moue boudeuse quand il se fit qualifier de gosse, mais il n'objecta pas. Il ne pouvait de toute façon pas nier être exténué. Cette journée l'avait épuisé. Quelques minutes après, le futon était en place (comme quoi vivre au grenier ça reste pratique parfois), Touya avait jeté un rapide coup d'œil à la main de cet idiot, jugeant que ça pourrait bien attendre l'avis de Fuyumi demain (ha c'est pas lui la tête de la famille, faut pas trop en demander) et les deux adolescents étaient dans leurs lits respectifs.

Alors que le brun fermait les yeux, sentant le sommeil le gagner rapidement, il entendit Hawks lui chuchoter :

- Bonne nuit Touya, et encore merci.

Peut-être parce qu'il somnolait déjà un peu ou dans un élan de sincérité, il lui répondit alors :

- De rien, mon pote. »

Et alors que le brun s'endormait, il songea au fait que ce soir, il avait pour la première fois considéré Hawks comme un simple gosse de quatorze ans, aussi paumé et en recherche de repères que lui.

Et finalement tout aussi seul en réalité.