Bonjour, bonjour !
L'histoire qui va suivre est tirée de la table du JDR Sang et Honneur, sur lequel j'incarne le personnage de Wakatoshi. Il s'agit d'un jeu se déroulant dans un univers japonais médiéval avec un touuut petit peu de fantastique. Le jeu possède un système de narration partagée, c'est-à-dire que les dés ne sont pas lancés pour réussir une action mais pour prendre la main sur la narration et décider de "vérités" qui orienteront la narration dans un sens ou un autre.
Ce premier chapitre est constitué de "scènes", des éléments de background sur le personnage ou des interludes entre les parties. Elles servent majoritairement de "cartouches" au MJ et aux autres joueurs pour orienter la narration (et souvent s'en mettre mutuellement plein la tronche, ne nous mentons pas). Les autres chapitres reprendront les parties en elles-mêmes.
Petit avertissement également : un des thèmes centraux du personnage de Wakatoshi, c'est son histoire d'amour avec un très TRES jeune homme. C'était une pratique courante dans ce contexte, il n'y a rien de très explicite, mais si vous êtes sensibles à ce genre de sujet, avancez avec prudence.
Et enfin, un dernier mot pour les fans de Haikyuu qui ne manqueront pas de tiquer : les noms des personnages sont inspirés de Haikyuu, oui, mais la ressemblance s'arrête là. Après, libre à vous de le considérer comme une espèce de proto-UA, ça peut se lire comme ça aussi.
Bonne lecture !
I
Un soir d'automne, un moine qui sortait nettoyer le parvis du temple du clan Gingko, trouva emmailloté dans une étoffe un enfant minuscule, tout juste sorti du ventre de sa mère. Le linge duquel on l'avait entouré avant de le placer dans un panier et de le déposer là, ne portait aucune marque, aucune particularité. Ce n'était qu'un bout de tissu blanc, à la facture ni grossière ni raffinée, à peine assez épais pour protéger le nouveau-né de la rudesse du climat. Le moine trouva, accompagnant cet encombrant colis, un morceau de parchemin sur lequel étaient tracés quatre hiragana. Wakatoshi. Ne sachant pas s'il devait le lire comme un nom signifiant « enfant puissant » ou comme l'indication que le garçon était le fils d'un seigneur du chemin — peut-être avait-on voulu désigner par là un ronin. Le moine se rabattit sur la première explication qui, à coup sûr, soulèverait moins de questions.
Il trouva également, en soulevant l'enfant, un minuscule disque de métal, qui ressemblait à s'y méprendre à une pièce de monnaie. Sans doute la personne, après avoir exposé le nourrisson, avait-elle eu quelque scrupule et décidé de récompenser celui qui recueillerait Wakatoshi. Cependant, il ne portait aucun perçage en son centre. Le moine le glissa dans sa poche puis, dès qu'il le put, le plaça dans une boîte qu'il enterra sous le cerisier du temple. Il n'en parla jamais à personne.
II
La première épouse de Wakatoshi se nommait Komadori, en référence au rossignol dont elle avait la voix mélodieuse. Elle était la fille d'un éminent samouraï du clan Tanka et, la première fois qu'il l'avait vue, elle lui avait tout de suite plu. Ce n'était que bien plus tard qu'il avait compris qu'on avait organisé leur rencontre afin de les marier. Ils s'étaient bien entendu, malgré la timidité de la jeune femme, et les fiançailles n'avaient pas tardé, poussées par les deux clans qui voyaient dans cette union une bonne occasion de se rapprocher.
Quand Wakatoshi passa la porte de sa demeure en compagnie de sa nouvelle épouse, il se dit qu'il avait enfin trouvé sa véritable place au sein du clan. Depuis tout petit, il avait peiné à se sentir chez lui parmi ces gens, qui pour certains semblaient réticents à le considérer comme l'un des leurs à part entière.
Ce bonheur dura quatre jours.
A l'aube du cinquième, Wakatoshi s'éveilla seul dans leur chambre. La couche de Komadori était défaite, puisqu'elle s'était endormie à ses côtés la veille. Il la chercha dans toute la maison et aux alentours, sans la trouver. En passant devant la maison de Washijô, il croisa le vieillard, qui contemplait la floraison des cerisiers devant sa propriété. Washijô traînait derrière lui la réputation d'avoir toujours une oreille dans les affaires de chaque personne qui posait le pied sur les terres du clan. Si quelqu'un avait pu voir Komadori, c'était bien lui.
— A mon avis, vous devriez aller faire un tour dans le port, mon jeune ami, lui dit-il après l'avoir salué d'un geste de la main.
Près des embarcadères, on venait de repêcher un cadavre. Ses vêtements semblaient indiquer qu'il s'agissait d'une paysanne, mais la beauté de ses traits et de ses cheveux, ainsi que la délicatesse de sa silhouette intriguait. Elle ne ressemblait pas à une de ces pauvres âmes qui passent leur vie à s'épuiser dans les rizières. Wakatoshi n'eut même pas besoin de se pencher sur elle pour la reconnaître.
Quelques heures plus tard, l'homme avec qui elle devait s'enfuir se présenta à la porte de la maison de Wakatoshi et, prosterné au sol, se confondit en excuses. Comme il était d'une caste inférieure à Komadori, jamais ils n'auraient pu se marier alors ils avaient prévu de fuir tous les deux et de refaire leur vie le plus loin possible, là où personne ne les connaîtrait. Komadori devait se déguiser en paysanne, à l'aide de vêtements qu'il avait cachés à son intention quelques jours plus tôt puis, quand Wakatoshi se serait endormi, se glisser hors de la maison pour se rendre au point de rendez-vous dont ils avaient convenu. Il l'avait attendue toute la nuit durant, mais ne l'avait pas vue. Ce n'était qu'à l'aube, quand le soleil avait paru, qu'il l'avait retrouvée flottant dans le port. Connaissant mal la région, et dans le noir, elle s'était sans doute perdue et avait fini par glisser dans l'eau. De peur d'être accusé de son meurtre, il s'était d'abord enfui mais, rongé par la culpabilité, avait rebroussé chemin pour venir tout lui avouer.
L'homme supplia Wakatoshi de le tuer à son tour. La vie était trop difficile sans la femme qu'il aimait, la mort serait bien plus douce. Mais Wakatoshi, trouvant que trop de sang avait déjà coulé ce jour, le renvoya dans son clan. Il expliquerait toute l'histoire à son daimyo, qui ne manquerait sûrement pas de le punir comme il se devait. L'homme sembla rassuré à ces paroles et partit sur le champ.
Wakatoshi apprit plus tard que des paysans de son clan avaient retrouvé un homme pendu à la branche d'un cerisier, sur le chemin que prenaient les voyageurs pour se rendre au clan Tanka.
III
Quand Momiji naquit, ses cheveux parurent à sa mère aussi rouges que les feuilles des érables qui jonchaient le sol de leur propriété. Avec les années, la chevelure de l'enfant prit la même teinte noire que ses pairs mais il arrivait, quand le soleil frappait fort et cru à son zénith et pour peu qu'on sache la chercher, qu'on distingue des nuances carmin au milieu d'une mer d'encre.
On oublia très vite cette particularité, pour la simple et bonne raison qu'elle se trouva supplantée par une autre. Le petit Momiji, dès qu'il appris à parler, sembla doué d'une capacité d'observation et de déduction aussi impressionnante qu'effrayante. À l'âge de six ans, quelques heures avant le massacre qui devait laisser à genoux le clan Gingko, Momiji disparut et on ne le retrouva que le jour suivant, affamé mais sans la moindre égratignure, caché dans l'espace étroit sous la maison. Il expliqua plus tard qu'il s'était réveillé aux aurores et que, pressentant une catastrophe imminente, avait décidé de se réfugier dans la première cachette venue et de n'en plus bouger avant d'être certain que le danger fut écarté.
Ce fut le vieux Washijô, son voisin, qui commença à l'appeler Satori, en référence au yôkai des montagnes, qui provoquait la terreur chez ses pauvres victimes en lisant dans leur esprit avant de les dévorer. Bientôt, tout le monde l'imita et on en vint à oublier le véritable nom du garçon. Seul son père, Yûtarô, continuait d'utiliser son nom de naissance et entrait dans des colères noires quand il entendait ce surnom.
C'était un homme rustre, ce père, un excellent samouraï mais dans la vie duquel il n'y avait aucune place pour la délicatesse. Depuis l'attaque, il ne vivait que dans l'espoir qu'il tuerait un jour de ses propres mains celui qui lui avait arraché sa femme et ses deux filles. Il comptait sur son fils pour devenir à son tour un grand guerrier et l'épauler dans cette quête et pour cela, lui faisait lui-même suivre un entraînement en plus de celui du maître du dôjo.
IV
La mousson venait de se terminer. Les branches, fines, ployaient sous le poids des fruits ; on n'avait qu'à tendre le bras pour les ramasser. Et ce fut un fruit tout à fait inattendu qui émergea de l'hibiscus un soir, alors que le soleil descendait sur l'horizon.
Le garçon s'extirpa du buisson comme si celui-ci venait de lui donner naissance. Il retira un pétale rose de ses cheveux, une brindille du col de son habit, une demi-douzaine de feuilles de ses épaules. Wakatoshi, qui prenait le thé sur la coursive comme à son habitude, le regarda faire, surpris de sa présence mais aucunement dérangé. L'adolescent, qui devait avoir douze ou treize ans, retira ses sandales et avança dans la pelouse sur la pointe des pieds. Il s'arrêta net quand il se rendit compte qu'on l'observait, avec au visage l'air d'une proie qui se sait sur le point d'être abattue. Wakatoshi se rendit compte à ce moment que la moitié droite du visage du garçon portait des marques de coups, un à la joue, un à la tempe. Elles étaient rouges. Toutes récentes.
D'un geste de la main, Wakatoshi lui fit signe d'approcher. Il obtempéra, non sans un dernier instant d'hésitation. Il lui remplit de thé la deuxième tasse, qui était prévue pour son épouse. Kiyomi avait prétexté se sentir indisposée et était partie se reposer dans leur chambre. Il lui arrivait de plus en plus de succomber à ces accès de faiblesse, ces derniers temps. Wakatoshi se demandait s'il n'était pas possible qu'elle attende un enfant, mais n'avait pas encore eu l'occasion d'aborder le sujet avec elle.
Le garçon se saisit de la tasse et y but une gorgée. Parce que le thé était trop chaud, il souffla.
— Tu es Momiji, le fils de Yûtarô, c'est bien cela ?
Wakatoshi ne l'avait que rarement vu ces derniers temps, même si seule la maison du vieux Washijô les séparait. Mais il l'avait reconnu aux reflets rouges de sa chevelure, qui lui avaient valu son nom. Le gamin hocha la tête.
— Je préfèrerais que vous m'appeliez Satori.
Wakatoshi acquiesça. Si cela pouvait lui faire plaisir, après tout… Le silence retomba. Un oiseau pépia dans les cimes, suivi d'un autre, puis encore un autre. Une bourrasque en chassa toute une nuée, qui moucheta le ciel avant de retomber entre les branches. Non loin, un pic tapotait du bout du bec sur le tronc d'un arbre, à la recherche de sa pitance. Wakatoshi observait Satori du coin de l'oeil ; le jeune garçon, immobile, suivait du regard chaque mouvement, repérait chaque animal qui se mouvait entre les herbes du jardin. Il ressemblait à un chaton.
— Celui-ci, c'est Hasuko, expliqua Satori en expliquant la contusion à sa tempe. Puis, pointant sa joue : Et là, c'est mon père quand on lui a dit ce qui s'était passé.
Hasuko était une des geishas qui résidait dans l'okiya du clan. D'une beauté qui n'avait d'égal que son talent, on la disait aussi prompte à s'emporter. Plus d'une fois, elle avait failli provoquer un scandale en éconduisant un client un peu trop familier à son goût.
— Tu es allé espionner les geishas ? demanda Wakatoshi.
Il avait voulu se montrer sévère, mais peinait à dissimuler son amusement. Il connaissait peu de garçons de son âge qui n'avait pas au moins une fois tenté de découvrir les secrets du corps féminin en jetant un oeil dans les bains de la maison de geishas. Lui-même s'était trouvé piqué d'une telle curiosité, adolescent. Il en avait aussi ramené quelques bleus.
Satori baissa la tête, le rouge aux joues.
— En fait… je voulais juste écouter Hasuko jouer du shamisen. À la maison, il n'y a de place que pour la vengeance. J'aimerais apprendre la musique, mais si mon père le savait, je crois qu'il me couperait tous les doigts. Enfin, non, il en laisserait juste assez pour que je puisse tenir un sabre.
Il rit, mais son rire était amer, résigné.
— Hasuko recevait son mécène aujourd'hui. Quand je suis arrivé pour l'observer, ils étaient occupés à tout autre chose qu'au shamisen.
Cette fois-ci, ce fut Wakatoshi qui éclata de rire. C'était une drôle de situation dans laquelle il avait réussi à se mettre ! Satori, boudeur, détourna la tête et se contenta de hausser les épaules quand Wakatoshi lui demanda d'attendre là son retour.
Wakatoshi disparut pendant quelques minutes et revint avec, en main, un shamisen qu'il tendit à Satori. L'instrument lui avait été offert par une oiran lorsque, après la mort de sa première épouse, il était parti en voyage initiatique à travers le pays. Son ami Yamashita, habitué des quartiers de plaisir, s'était fait une joie de les lui faire découvrir. Et tandis qu'ils profitaient d'une coupe de saké en charmante compagnie, un homme avait surgi dans la pièce, ivre mort. Après une bordée de propos incohérents mais indubitablement hostiles, il avait sorti un poignard de la manche de son hakama et s'était jeté sur l'oiran. Sans une seconde pour réfléchir avant d'agir, Wakatoshi, qui s'était désarmé à l'entrée de l'établissement, s'était saisi du shamisen de la musicienne à côté de lui et s'en était servi comme masse de fortune. Cela avait beaucoup fait rire l'oiran, qui avait alors décidé, après une réparation sommaire, de lui offrir cette preuve de sa gratitude.
Satori regarda l'instrument, puis le grand plectre en os, ébahi, comme s'il ne savait tout d'un coup plus se servir de ses mains.
— Je ne suis pas certain qu'il soit accordé, commenta Wakatoshi. Ni qu'il ne te tombera pas en miettes entre les doigts.
Satori observa encore un moment l'instrument, pinça quelques cordes sur le manche. Le son qu'il produisit ressemblait plus au cacardement furieux d'une troupe d'oies affamées qu'à une mélodie, mais une étincelle se mit à briller dans les yeux de Satori.
V
Si Kiyomi avait bien un défaut, c'était la jalousie. Dès le jour de leurs noces, elle se faisait glaçante si Waktoshi avait le malheur d'adresser la parole à une autre femme qu'elle. Elle ne tolérait cet écart que pour la daimyo, moins de gaité de coeur que parce qu'elle tenait à sa tête. Elle alla jusqu'à lui interdire de donner quelque ordre que ce soit à Fujie, leur servante, lui assurant qu'elle s'occupait de tout ce qui concernait la tenue de la maison. Wakatoshi, pour la paix des ménages, se pliait à ses règles en sa présence, mais cessait de les respecter dès Kiyomi hors de portée d'oreille. Ce qu'elle ne savait pas ne pouvait pas lui faire de tort.
En cela, Satori ne lui plaisait pas. Elle toléra tant bien que mal sa présence à leur table certains jours, mais ne manqua pas de rappeler à Wakatoshi qu'elle appréciait guère qu'il fasse l'aumône à ce jeune vagabond. Qu'il lui rappelle que Satori était le fils d'un samouraï n'y changea rien. Elle redoubla même en véhémence, lui reprochant de nourrir le fils d'un autre tandis que, depuis deux ans de mariage, leur descendance commençait à se faire désirer.
Cela ne fit qu'empirer à mesure que Satori et Wakatoshi passaient de plus en plus de temps ensemble. L'adolescent cherchait le moindre prétexte pour échapper à la sévérité de son père et, pour cela, inventa mille et uns prétextes tous plus fumeux les uns que les autres. Un jour, il s'exerçait au sabre en compagnie des autres jeunes recrues, un autre, le vieux Washijô lui avait proposé de lui enseigner les principes du Hagakure. Finalement, Wakatoshi, craignant un interrogatoire paternel, avait pris sur lui d'assurer l'éducation du garçon. Il ne fallait surtout pas que Yûtarô découvre l'endroit où son fils passait ses journées. Jamais il ne s'était entendu avec Wakatoshi et celui-ci doutait qu'il apprécie la relation que son fils et lui entretenait.
Leurs rapports déjà peu cordiaux s'étaient envenimées quand le jeune samouraï était revenu de son musha shugyo à peine une semaine après la catastrophe. À mots couverts, beaucoup reprochaient à Wakatoshi de n'avoir pas été présent pour défendre le clan lors de l'attaque, d'avoir manqué à son devoir pour une quête personnelle insensée. Yûtarô ne se cachait pas pour clâmer haut et fort que, plus que décevante, il trouvait cette absence suspecte. Après tout, ce n'était pas un fils du clan, qui savait s'il ne nourrissait pas des allégeances secrètes dans leur dos. On avait maintes fois tenté de lui faire entendre raison, mais sans succès.
Dans le jardin, Wakatoshi apprenait à Satori à tirer à l'arc. Il s'était rendu compte, quelques jours plus tôt, que l'adolescent souffrait du retard qu'il avait accumulé par rapport à ses camarades dans cette discipline et avait décidé de l'aider à combler ses lacunes. La maîtrise du yumi ne faisait pas partie de ses points forts, mais il se débrouillait en tout cas mieux que Satori. Placé derrière lui, ses larges mains couvrant celles de Satori, il lui apprenait la posture.
— Ne lève pas trop ton coude, détends-toi, disait-il au creux de son oreille. Tu dois respirer correctement, ne te bloque pas.
Ses doigts glissaient de ses épaules à son menton, puis au creux de son dos à mesure qu'il parlait, ajustant, redressant, corrigeant chaque détail de sa position. Il accompagna le geste tandis que Satori bandait l'arc. Le garçon avait bien grandi en un an, mais il demeurait toujours plus petit que lui, si petit qu'il ne servait à rien de l'aider à se diriger ; il l'induirait en erreur.
— Dès que tu es certain de toucher ta cible, ne bouge plus. Ensuite, inspire une dernière fois… et tire.
Ils relâchèrent la corde de concert et la flèche vola à travers le jardin. Elle se planta dans la cible avec un bruit sec. Le visage fendu d'un large sourire, Wakatoshi sur ses talons, Satori se rendit auprès de la cible pour l'examiner. La pointe de sa flèche avait à peine traversé la planche, mais elle était parvenue à quelques centimètres seulement du centre. Wakatoshi le félicita, mais il se doutait qu'il n'en avait pas besoin. La fierté que ressentait Satori face à cette première réussite de la journée valait tous les encouragements du monde. Wakatoshi sourit. Il ne se souvenait plus de la dernière fois où il avait à ce point savouré la compagnie d'un autre être humain.
— Tu peux m'embrasser, tu sais ? Je sais que tu en as envie, je l'ai lu dans ton esprit.
Satori lui adressa un sourire taquin. Il aimait jouer au petit monstre, mais il n'y avait guère que les enfants qui confondaient ses fabuleuses capacités d'observation et de déduction avec des pouvoirs surnaturels. Cependant, Wakatoshi devait admettre qu'une nouvelle fois, il visait juste. Depuis quelques temps, Satori se montrait plus pressant dans son affection, cherchait son attention et était même allé, une fois, jusqu'à se désigner comme son wakashû, ce que Wakatoshi n'avait même pas fait mine de refuser. L'idée l'effleurait parfois, quand ils se retrouvaient seuls, mais jamais il n'avait sauté le pas, redoutant d'un côté la réaction de Yôjirô et de l'autre celle de Kiyomi. Si l'un ou l'autre l'apprenait…
Le regard de Wakatoshi retomba sur Satori, sur ses lèvres qui semblaient attendre les siennes. Il observa tout autour de lui ; aux alentours, personne ne les observait. Alors, il se pencha et lui prit son premier baiser.
La semaine suivante, en rentrant chez lui, Wakatoshi trouva Kiyomi étendue sans vie dans leur chambre. Sa bouche était couverte de petites taches brunes, son teint livide. On conclut vite à une mort subite liée à sa faible constitution. Wakatoshi confirma qu'elle se plaignait de fatigue et de douleur depuis quelque temps, sans qu'aucun remède n'ait d'effet sur son mal. Wakatoshi trouva un peu plus tard, dissimulé sous un tatami, un linge plié qui contenait de petits boutons de fleurs séchés. Il se souvint de ce que lui avait appris une courtisane à ce sujet : les femmes utilisaient cette plante dans l'espoir de provoquer un avortement, mais pris à une trop haute dose, elle provoquait la mort. Il brûla le linge avec son contenu et n'y pensa plus.
VI
— Je suis encore allé voir Hasuko aujourd'hui, annonça Satori sans ambages.
Il était arrivé, comme à son habitude, par le jardin et s'était glissé à l'intérieur de la maison être entendu de Wakatoshi. Il ferma le shôji derrière lui, les laissant tous deux dans la semi-pénombre des fins d'après-midi d'hiver.
— Tu te lasses des morceaux que je t'apprends ? demanda Wakatoshi.
Il ne leva pas les yeux vers son jeune compagnon, car il s'était plongé un peu plus tôt dans des documents que lui avait confié un samouraï de sa connaissance et craignait que s'il s'en éloignait n'était-ce qu'une seconde, il oublierait tout ce qu'il avait lu jusque-là. De toute manière, il commençait à connaître Satori. Selon son humeur, il se saisirait tout de suite du shamisen pour essayer de reproduire ce qu'il venait d'écouter ou bien il viendrait se lover contre lui en attendant qu'il daigne lui accorder son attention. Ce que Wakatoshi ferait avec plaisir une fois qu'il aurait terminé de déchiffrer ces lignes et surtout, dès qu'il en aurait saisi le sens.
— Elle ne s'exerçait pas aujourd'hui. Son mécène est revenu, il l'a monopolisée toute la journée.
Wakatoshi esquissa un sourire. C'était au moins la troisième fois qu'une telle mésaventure arrivait et il était certain que Satori passerait la soirée à geindre à ce sujet. Pourtant, la perspective de l'écouter se lamenter pendant des heures ne le dérangeait pas le moins du monde ; surtout quand il savait que Satori viendrait chercher le réconfort dans ses baisers.
— Cette fois-ci, j'ai été plus discret. Ils m'ont appris beaucoup de choses.
Un froissement de tissu attira l'attention de Wakatoshi, qui leva enfin les yeux. Satori l'observait, immobile, guettant sa réaction, ses vêtements tombés en un tas informe autour de ses chevilles.
VII
Le printemps arrivait chargé de terreur.
Satori fêterait bientôt ses quinze ans et Yûtarô comptait bien qu'il passe son genpuku au plus vite. Il deviendrait alors un homme adulte mais surtout, un véritable samouraï. Tous les jeunes hommes du village rêvaient de passer enfin cette étape décisive de leur vie, pour n'être plus des petits garçons. Satori, lui, freinait des quatre fers pour retarder le plus possible l'échéance ; car avec son entrée dans le grand monde, il devrait dire au revoir à son paradis.
Wakatoshi vit un soir, accroché à une branche de l'érable dans le jardin de la famille de Satori, un morceau d'étoffe écarlate. J'aimerais venir te voir, lui disait-il. Wakatoshi s'en étonna. D'ordinaire, Satori ne se risquait pas à se glisser en dehors de chez lui quand son père était rentré car, s'il les trouvait tous les deux, il savait pertinemment qu'ils ne pourraient plus jamais se revoir.
Il devait se passer quelque chose de grave. Aussi, sans hésiter et au diable les risques, il noua à son tour une étoffe rouge autour d'une branche du cerisier de son jardin. Puisque leurs deux domaines n'étaient séparés que par celui du vieux Washijô, qui n'avait plus d'aigle que le nom, puisqu'il était désormais presque aussi aveugle que sourd, il était aisé pour Satori de voir ce signal et parcourir discrètement la distance qui les séparait.
Une fois ceci fait, Wakatoshi s'en retourna dans la maison, pour échapper au froid qui lui mordait la peau. On disait que les hivers rudes promettaient de magnifiques printemps. Si c'était vrai, alors on n'en aurait jamais vu de plus beau. Il ordonna à une servante de lui apporter une théière ainsi que deux tasses et de ne plus le déranger jusqu'au matin. La jeune femme s'inclina et s'attela tout de suite à la tâche. Elle lui apporta ce qu'il avait demandé et referma derrière elle le shôji quelques secondes avant que Wakatoshi entende un petit pas familier sur la coursive. Il laissa Satori entrer, sans se tourner vers lui, s'attendant à ce que le jeune homme le gratifie d'une des sardoniques plaisanteries dont il avait le secret. Mais cette fois, il n'eut pas le droit à un trait d'esprit mais à un sanglot. Il eut à peine le temps de se retourner que l'adolescent lui tomba dans les bras et fondit en larmes.
— Que se passe-t-il, petit incendie ?
Il prit son visage entre ses mains, essuya du bout du pouce les grosses gouttes qui maculaient les joues de l'adolescent. Satori lui expliqua, hoquetant, qu'on l'avait envoyé en patrouille avec Ichigo pour la journée. Les temps étaient durs, les hommes manquaient et il arrivait que l'on envoie de jeunes recrues effectuer de petites missions de routine comme celle-ci. Elles avaient d'autant plus l'avantage de les former à leur futur rôle de samouraï. Et puis, on s'arrangeait toujours pour les mettre le moins possible face à un véritable danger.
Seulement voilà, les garçons avaient surpris deux voleurs, occupés à dépouiller un voyageur qui traversait les terres du clan. Ichigo s'était lancé sans hésitation dans le combat, et Satori l'avait suivi, sinon pour protéger leur pauvre victime, au moins pour faire bonne figure. S'il ne participait pas à la mêlée, il savait qu'Ichigo ne manquerait pas de crier sa lâcheté sur tous les toits. Armé de son bokken, Satori avait tenté de mettre l'homme en fuite mais, dans le feu de l'action, était parvenu à lui subtiliser la courte faux qu'il tenait en main. Au coup suivant, le sang avait jailli et le voleur s'était effondré dans un gargouillis humide. Son compagnon en avait profité pour s'enfuir à toutes jambes. Évidemment, de retour au dojo pour l'après-midi, Ichigo s'était attribué tout le mérite de cette victoire. Satori n'avait pas vu l'utilité de le contredire.
Wakatoshi serra Satori encore un peu plus contre lui, le laissant pleurer de tout son soûl. Il savait à quel point le garçon haïssait la violence, le sang et la mort. Sans doute aurait-il dû le rassurer, lui dire qu'il n'avait fait que son devoir et qu'il avait même fait preuve de courage. Mais à quoi bon ?
Satori plongea sa main dans sa poche et en sortit une poupée. Elle ressemblait aux princesses qu'on offrait aux filles pour le Hina Matsuri, mais elle était bien plus petite, à peine la taille d'une paume d'homme adulte et la facture en était grossière, approximative. La coiffure penchait d'un côté et se dressait, hirsute de l'autre. On avait peint le visage un peu de travers, si bien que cela donnait l'impression qu'elle louchait. Elle ressemblait bien plus à un esprit malin ou à une vagabonde démente qu'à un membre de la famille impériale.
— C'est tombé de sa manche quand je l'ai frappé, expliqua Satori. Je ne crois pas qu'Ichigo m'ait vu la prendre.
Il renifla bruyamment et essuya son nez du dos de sa main.
— Je n'arrête pas de me dire que j'ai condamné cette pauvre petite fille à la même vie que moi. C'est terrible de grandir dans une famille amputée…
Il remit la poupée dans sa poche et se lova au creux du cou de Wakatoshi.
— Est-ce que ce sera ça, ma vie, une fois que j'aurais passé mon genpuku ? Une vie où je n'aurai plus le droit de t'aimer et où je devrai passer ma vie à saigner de pauvres gens simplement parce qu'on me l'a ordonné ?
Wakatoshi songea à mentir, à le rassurer. Il pourrait toujours lui dire que non, tout n'était pas si noir qu'il le dépeignait et qu'il existait aussi beaucoup de moments de joie, qu'il y trouverait forcément son compte. Mais à quoi cela servirait-il à part le bercer d'illusions ? De toute manière, son propre bonheur comptait peu. La seule chose qui devait revêtir de l'importance à ses yeux était le clan et ses intérêts. La meilleure chose qu'il pouvait lui souhaiter était d'arriver un jour à se contenter de ce que la vie lui offrait, sans rien demander de plus.
— Oui, ce sera comme ça.
VIII
« Si le samouraï passe son temps à ne faire égoïstement que ce qui lui plaît, en cas de crise, il se déshonorera ».
Wakatoshi s'arrêta sur cette phrase, la relut encore, encore et encore, car il lui semblait qu'il fallut la retenir. Sur ses genoux, Satori s'agitait, frustré. Sous le kotatsu, les charbons ardents du brasero leur cuisait la peau tandis qu'au dehors, la neige s'amoncelait jusque sur la coursive. Ils s'étaient installés ainsi en fin d'après-midi, juste après l'entraînement de Satori. Yûtarô parti à deux jours de marche de là sur ordre de Kashiko, ils savouraient tous les deux la sérénité du répit. Ici, personne ne viendrait les chercher, ils avaient s'ils le voulaient la nuit pour eux seuls.
Wakatoshi avait insisté pour qu'ils se penchent sur la lecture du Hagakure. Depuis le temps que Satori servait cette excuse à son père, il était plus que nécessaire de donner un peu de substance à ce mensonge.
— Ce ne sont que des bêtises, de toute façon, maugréa Satori. L'homme qui a écrit cela, il voudrait qu'on tranche la tête d'un homme aux mains liées dans le dos pour prouver notre valeur. En quoi assassiner quelqu'un qui ne peut pas se défendre pourrait rendre un samouraï plus sage.
Satori entortilla ses doigts avec ceux de Wakatoshi, qui remarqua à quel point sa main était minuscule par rapport à la sienne. Sa peau était lisse, douce, elle ne portait pas encore de cicatrices. L'amertume lui pinça le coeur. Plus que tout, il désirait le protéger et il savait au fond de lui-même que le meilleur moyen d'y parvenir était de l'aider à devenir un homme fort, capable de se défendre par ses propres moyens, à la résolution solide et au coeur aussi imprenable que la mieux conçue des forteresses. Cela n'empêchait pas son coeur de lui suggérer qu'il pouvait tout aussi bien l'envelopper dans de la soie comme une poupée de porcelaine, dans le simple et unique but de conserver l'étincelle de candeur qui brillait au fond de ses yeux.
— C'est le monde dans lequel nous vivons qui veut ça, expliqua-t-il, le nez plongé dans ses cheveux détachés. Si tu veux survivre, il faut l'accepter.
— Je n'en veux pas de ce monde, moi. Me battre, ça ne m'intéresse pas. Ce que je veux, c'est jouer du shamisen, admirer les fleurs de cerisier au printemps et les feuilles des érables en automne, partir en voyage pour voir les montagnes et les peindre sur des estampes. On ne fait rien de très beau avec un sabre entre les mains.
Wakatoshi se retrouva projeté des années en arrière, assis autour d'une table en compagnie d'une dizaine d'autres samouraï, dans une maison de geishas. Le saké coulait à flots, les langues se déliaient. Chacun en allait de son petit exploit, se vantait d'avoir terrassé tant d'ennemis, d'avoir gagné tant de duels, on comparait ses cicatrices, on criait son empressement de retourner sur le champ de bataille. Les jeunes femmes qui leur tenaient compagnie écoutaient fascinées ces récits sans nul doute enjolivés et faisaient semblant d'y croire. Seul Yamashita restait un retrait, l'air perdu dans ses pensées. À cette époque déjà, ses tempes grisonnaient, lui conférant une aura de sagesse qu'il ne possédait pas.
— Et vous ? avait demandé Wakatoshi en se tournant vers lui.
— Moi, avait répondu Yamashita en portant la coupelle à ses lèvres, j'aspire à un monde où le sang ne coulerait qu'entre les cuisses des femmes.
Ces mots dérangeaient moins Wakatoshi dans la bouche d'un vieil homme que dans celle du garçon. Sans doute était-ce plus compréhensible que l'on soit fatigué de se battre quand on a été un guerrier toute sa vie durant.
— Continuons quand même un peu.
— Fais-moi la lecture, alors. Je suis fatigué, mes yeux se ferment tous seuls.
Wakatoshi songea qu'il valait mieux refuser, mais s'il avait bien une faiblesse, c'était cette petite voix de princesse capricieuse que Satori prenait parfois. Wakatoshi avait tous les mots du monde à ne pas lui céder et l'adolescent le savait bien. Il en jouait avec parcimonie, de crainte sans doute que la répétition émousse ce pouvoir qu'il tenait sur lui. De toute manière, se dit Wakatoshi, l'essentiel est qu'il connaisse le texte. Et puis, Satori avait un don inné pour la musique. Peut-être apprendrait-il mieux avec ses oreilles qu'avec ses yeux.
— « Je ne partage pas l'avis de celui qui préconise une constante et stricte autorité », lut-il d'une voix grave et lente. « Comme le dit le proverbe : « Le poisson ne vit pas en eau claire. C'est le… jo… hmm… ga…
— « Goémon »… compléta Satori.
Wakatoshi se tourna vers Satori. Lové au creux de son cou, il gardait tout de même un oeil ouvert et braqué sur le parchemin, un sourire malicieux aux lèvres.
— Tu pouvais très bien lire tout seul, petit démon !
Wakatoshi glissa sa main sous le vêtements de Satori et pinça la peau au bas de ses côtes, là où il le savait sensible. L'adolescent se tordit sous la surprise, laissant échapper
— Je voulais juste entendre le son de ta voix ! répliqua Satori entre deux spasmes hilares.
Ils finirent par se mettre d'accord pour lire à voix haute un passage chacun leur tour. D'abord récalcitrant, Satori finit par se prêter au jeu et posait sa tête sur l'épaule de Wakatoshi, les yeux fermés, quand son tour de lecture se terminait. Le soir était déjà tombé depuis un moment quand, à la lumière de la bougie, Wakatoshi fut interrompu au milieu d'une phrase par un léger ronflement. Satori s'était endormi.
Wakatoshi l'entoura de ses bras, lui embrassa la tempe. Dehors, à travers le shôji entrouvert, il apercevait l'épaisse couche de neige et pria pour qu'elle subsiste longtemps.
IX
Malgré l'arrivée imminente du printemps, les journées demeuraient froides et les nuits plus encore. Wakatoshi avait proposé à Yujo de l'accompagner dans son voyage vers le clan voisin. Les routes étaient peu sûres ces derniers temps et lui-même avait à faire dans ces contrées. Mais, s'il se montrait tout à fait honnête avec lui-même, ces affaires pouvaient attendre et ce qu'il voulait vraiment, c'était partir le plus loin possible le temps que Satori passe son genpuku. Ils étaient à la veille de la cérémonie et plus l'heure avançait, plus il comprenait qu'il serait incapable d'y faire face. La fuite n'était pas la solution la plus honorable, mais ce n'était pas comme si la situation dans laquelle ils se trouvaient l'était non plus, de toute manière.
Il se réveilla et sentit contre lui le corps endormi de Satori. Il arrivait que son jeune amant passe la nuit à ses côtés, mais il était toujours de retour chez lui avant l'aube, afin que son père ne se doute de rien. Cette fois, il ne s'en était pas donné la peine ; sans doute inventerait-il un des ces blancs mensonges dont il avait le secret. Comme d'habitude, Yôjirô lui flanquerait une raclée pour avoir découché sans prévenir mais ne songerait pas à vérifier les dires de son fils.
Satori s'éveilla quelques minutes plus tard et attira Wakatoshi vers lui. Ils ne quittèrent pas le lit de toute la matinée.
Midi arriva, viendrait bientôt l'heure de se séparer. Ni l'un ni l'autre ne prononcèrent un mot. Satori fit quelques pas dans la pièce, le corps couvert de chair de poule. Il s'habilla sans se presser, comme il le faisait toujours, pour laisser à Wakatoshi le temps de l'observer. Jamais il ne se lavait après leurs ébats, encore plus en plein milieu de la journée, prétendant que cela éveillerait les soupçons des serviteurs. Wakatoshi, lui, se doutait qu'il s'agissait plus d'une bravade, d'un jeu auquel il s'adonnait pour le simple plaisir de promener son secret au vu et au su de tous. Cependant, cette fois-ci, Wakatoshi songea qu'il s'agissait moins de fanfaronner que de garder le plus longtemps possible un bonheur auquel il n'aurait bientôt plus le droit. Son odeur partout sur la peau et sa semance entre les cuisses, Satori se dirigea vers le dôjô pour son entraînement de l'après-midi.
À son retour, Wakatoshi le croisa sur le chemin du dôjô. Leurs regards se rencontrèrent, se détournèrent immédiatement.
Wakatoshi passa de longues soirées à contempler le morceau d'étoffe rouge, symbole de leurs rendez-vous, qui ne leur servirait plus désormais. Il le tint au-dessus du brasero, sans jamais l'y lâcher, jusqu'à s'en brûler la peau. Finalement, alors que la neige avait enfin quitté le jardin, Wakatoshi résolut d'enterrer le morceau de tissu au pied de l'arbre où il l'accrochait jadis. Il s'arrêta à son pied, posa sa main sur le tronc, pensif. Il tourna la tête vers le jardin de la famille de Satori.
Autour de la branche d'un cerisier était noué un ruban écarlate.
Wakatoshi sourit. C'était de la bêtise, de la pure folie. Satori ne se rendait pas compte de ce qu'il lui demandait. Tant qu'il était mineur, ils pouvaient encore s'en sortir si on les surprenait ensemble. Même s'ils n'avaient rien fait dans les règles, l'usage pouvait encore leur donner raison. Mais désormais, rien ne viendrait les sauver. Le bon sens et la raison lui dictaient de laisser cet appel sans réponse.
Il se hissa sur la pointe des pieds et noua autour de la branche du cerisier son propre morceau d'étoffe.
