Bonjour !

Oui, en fait… j'ai encore craqué et j'ai écrit 15 pages d'OS. Je ne sais pas comment font les autres pour rester brefs, mais moi j'y arrive pas…

Bon, vous vous apercevrez bien vite que niveau scénario, je ne me suis pas vraiment foulée. Le casse-tête, c'est plutôt de démêler toute cette histoire de remettre les événements dans l'ordre tout en me grattant le crâne devant les quelques incohérences chronologiques de la série. J'espère que je n'ai rien oublié en tout cas ^^

Bonne lecture !


Chroniques célestes

Au début, il n'y avait rien. Pas de terre, pas d'eau, pas de lumière. Juste le Vide, un vide sombre, pesant, inhospitalier.

Un Vide vide, donc.

Un beau jour (encore que les termes de "jour" et de "nuit" n'existaient pas encore à l'époque, disons qu'il s'est écoulé un certain laps de temps avant que ce moment ne vienne), le Vide se contracta et donna naissance à deux entités, la Lumière - que nous appellerons Dieu par commodité - et les Ténèbres, nommées Amara.

Ces deux entités cosmiques étaient égales en pouvoir et en importance, et elles vécurent heureuses dans le Vide. Cependant, si Amara se complaisait dans la solitude des Ténèbres, Dieu se sentait seul et ne vivait que pour les rares distractions qu'il parvenait à créer dans ce monde froid et sombre. Bientôt, Dieu voulut créer. Il voulut fabriquer des choses, de la - comment appeler ça au juste ? - ah oui, de la compagnie.

Sans demander l'avis de sa sœur, Dieu se défit d'une part de sa Lumière et la modela pour créer de nouvelles entités qu'il appela archanges. Ces quatre créatures étaient magnifiques et puissantes et il les nomma Michel, Lucifer, Raphaël et Gabriel. Il avait appelé son second fils Porteur de Lumière, car il était alors le plus resplendissant et le plus beau de ses enfants, et ses frères l'aimaient et l'admiraient. Lucifer, de son côté, n'avait d'yeux que pour son Père et Michel, son frère aîné.

Dieu jugea que c'était un bon début et leur créa une ribambelle de petits frères et de petites sœurs qu'il appela anges. Tout comme leurs aînés, ces derniers se mirent aussitôt au service de leur Père et n'aimèrent que lui.

Au début, tout se passa très bien. Michel et ses frères s'entendaient à merveille, et les anges volaient partout dans l'univers que Dieu était en train de façonner, étoile après étoile. Leur présence illuminait le Vide, et bientôt, Amara elle-même réalisa que sa solitude bien-aimée n'était plus.

La sœur de Dieu vécut très mal ce qu'elle prenait comme une trahison de la part de son jumeau. Cependant, ce dernier réussit tant bien que mal à l'apaiser, arguant que si elle n'aimait pas ses créations, elle n'avait qu'à s'éloigner quelque temps jusqu'à ce qu'elle apprenne à les apprécier. Amara, furieuse et déçue, s'en alla sans un regard en arrière.

Sans Amara, les anges vécurent dans la béatitude la plus complète. Dieu créa le Paradis, leur maison, et les invita à y faire ce que bon leur semblait. Michel se lança dans l'art du combat pour défendre sa famille si un danger survenait, Raphaël s'épanouit dans la médecine, Lucifer inventa la musique et Gabriel… Gabriel aimait raconter des histoires, mais il n'avait aucun public, vu que tous les anges connaissaient leurs origines.

Désespéré de ne trouver aucune occupation bien à lui, Gabriel alla un jour voir son frère aîné préféré.

- Lucifer ?

- Hmmm ? répondit ce dernier en levant les yeux de la partition sur laquelle il travaillait.

- Je ne sais pas quoi faire. Vous avez tous trouvé votre voie et moi, je n'arrive pas à choisir la mienne.

Interloqué, Lucifer cessa aussitôt de griffonner sur ses portées. Il détestait voir ses frères tristes et il haïssait encore plus voir le petit Gabriel souffrir. L'archange réfléchit une seconde, puis modela une trompette céleste directement dans le tissu de l'univers. Il l'offrit à son frère qui, ravi, s'en fut immédiatement pour apprendre à en jouer.

Il ne fallut pas longtemps pour que les archanges reçoivent des plaintes pour nuisances sonores à l'encontre du petit dernier de la famille. Lucifer prit ses responsabilités et alla voir Gabriel, qui soufflait tristement dans sa trompette.

- Pourquoi cette moue, Gabriel ? s'enquit le Porteur de Lumière.

- Hélas, mon frère, je n'ai pas ton talent pour la musique et maintenant, ils me détestent tous, murmura Gabriel, désespéré.

- Ta musique ne peut pas être si atroce que ça, fit Lucifer en secouant la tête. Vas-y, montre-moi ce que tu sais faire.

Gabriel acquiesça, peu sûr de lui, et inspira à fond avant de souffler un bon coup dans la trompe, qui émit un son ignoble qui s'acheva dans un "couac" sonore. Lucifer n'eut pas le temps de faire la grimace, car un bruit de chute lui fit lever la tête. Surpris par le bruit subit, Raphaël venait de glisser de son siège pour atterrir sur le sol immaculé du Paradis.

- Non mais ça va pas la tête ?! s'emporta le Guérisseur avant de s'éloigner d'un pas rageur.

Lucifer et Gabriel se regardèrent, puis une étrange sensation naquit en eux, comme une masse trop grande qui cherchait à les quitter, sous peine de les faire exploser. Les deux archanges laissèrent cette force jaillir et lâchèrent de grands éclats de voix qui n'étaient ni des mots, ni des chants, ni des cris de douleur. Une fois leur hilarité retombée, Lucifer regarda son frère avec admiration.

- Je vais appeler ça le rire, dit fièrement le petit archange.


La vie des anges était paisible, au Paradis. La Lumière de leur Père les réchauffait et le lieu qu'il leur avait donné leur offrait des pouvoirs insoupçonnés, comme le réseau télépathique qui reliait tous les célestes entre eux. C'est dans ce havre de paix que Lucifer et Gabriel expérimentèrent tous les deux afin de provoquer encore ce "rire" qui leur avait fait tant de bien après l'accident de la trompette, que Gabriel avait gardée en souvenir. Ils se retrouvèrent bien vite tous les deux dans une course aux blagues les plus désopilantes, bien souvent aux dépends de leur fratrie. Les idées de blagues les plus tordues venaient de Lucifer, mais c'est Gabriel qui se hâtait de les mettre en œuvre, pour le plus grand déplaisir du reste de la famille.

Le premier réflexe des anges, après avoir fait les frais du dernier mauvais coup de Gabriel, était de se plaindre auprès d'un de leurs supérieurs, mais Lucifer apparaissait toujours comme une fleur pour leur faire oublier les frasques de son petit frère par des flatteries, des chansons et de la poudre aux yeux. Bientôt, les deux archanges devinrent les meilleurs amis du monde.

Plus le temps passait, plus Gabriel prenait l'initiative et inventait de nouvelles farces en solo, et Lucifer retourna bien vite à sa vie de musicien adulé de tous pour son chant et sa beauté.

C'est alors que Dieu fit une grande annonce. Même avec ses enfants et le Paradis, il continuait de s'ennuyer. Il lui fallait créer de nouvelles choses, encore et toujours. Il avait fabriqué un univers presque vide de toute vie, he bien qu'à cela ne tienne, il allait bâtir un monde peuplé de créatures merveilleuses qu'il laisserait vivre en toute simplicité. Les anges, bien entendu, applaudirent cette nouvelle idée.

Le problème, c'est qu'Amara avait eu vent du nouveau plan de son frère et n'était pas d'accord du tout avec l'idée d'encore ajouter du monde dans cet univers où elle se sentait de plus en plus oppressée. Elle débarqua comme une furie au Paradis, et les anges entendirent ses hurlements de rage jusqu'à l'autre bout de la galaxie.

- Comment peux-tu me faire une chose pareille ?! A moi, ta sœur ! Tu es tout ce dont j'avais besoin, mais visiblement je ne te suffis pas ! Toutes ces vies sont comme une agression permanente et tu voudrais en rajouter ?!

- Amara, s'il te plaît, essaie de comprendre : cet univers est gigantesque et je n'ai même pas encore effleuré ses limites ! Ce serait un crime de le laisser aussi vide qu'au Commencement !

Lucifer, pour sa part, trouvait qu'Amara dépassait les bornes. Ces deux-là étaient nés avec le pouvoir - le devoir ! - d'inventer de nouvelles choses, de créer de nouvelles espèces, de nouveaux mondes, et Amara essayait d'empêcher Dieu d'accomplir sa destinée ! Elle tournait le dos à son frère au lieu de l'aider, et c'était une attitude incompréhensible pour un archange tel que lui, pour qui la famille était tout.

Finalement, Dieu réussit à apaiser Amara en faisant mine de changer d'avis. Les Ténèbres quittèrent le Paradis drapées dans leur dignité, et on ne les revit plus pendant quelque temps. Evidemment, Dieu passa ce temps à préparer les plans de ses futures créations avec la bénédiction de ses enfants, car Amara avait forcément tort, non ?

Quand Dieu leur demanda de l'aider à se débarrasser de sa sœur, les archanges n'émirent aucune objection, trop heureux d'aider leur Père à créer à nouveau. Satisfait de leur obéissance, Dieu fit plusieurs tests. L'un d'eux donna naissance au Léviathan, une créature constamment affamée dont la gueule garnie de crocs donna des sueurs froides aux anges les plus combatifs.

Les archanges tentèrent bien de la détruire sur les ordres de leur Père, en vain, aussi ce dernier créa-t-il une poche dans l'univers pour y enfermer la chose. On nomma ce monde "Purgatoire" et Dieu, par simple bonté de cœur, y fit pousser des arbres et des plantes pour que le Léviathan et ses descendants aient un monde un peu plus vivant à parcourir.

Tant qu'il y était, Dieu commença la construction du monde qu'il avait en tête. Il commença par le Soleil, qui fournirait chaleur et énergie à tout ce qui y vivrait, puis modela la Terre, la recouvrit d'eau, fit émerger des monts, fit pousser des plantes… C'est là qu'Amara reparut, plus bouillante de rage que jamais, prête à détruire les merveilles que Dieu avait fait naître du néant.

Sauf que cette fois, Dieu avait un plan et des renforts. Raphaël fut dépêché sur Terre et au Purgatoire pour rassembler les ingrédients nécessaires à l'enfermement d'Amara tandis que les trois autres archanges et leur Père affaiblissaient ensemble l'entité primordiale furibonde qui leur faisait obstacle.

C'est à Lucifer que revint l'honneur de jeter le sort à sa tante, qui fut happée dans une dimension-prison tandis que la Marque d'Amara venait s'inscrire sur son corps céleste. Cette Marque servirait de clé et de verrou, lui apprit Dieu le jour-même. Si elle disparaissait, Amara serait à nouveau libérée, et rien ne protégerait les créations de Dieu contre sa fureur.

Lucifer porta donc la Marque avec fierté, vu que son Père lui avait fait l'honneur de placer la sécurité de toute sa Création sur ses épaules.

Bien sûr, tout dégénéra à partir de là.


Une fois la Terre en sécurité, Dieu invita ses enfants à la peupler d'animaux, terme signifiant ici des créatures sans pouvoir autres que des crocs, des griffes ou de l'intelligence. Ces animaux furent placés dans un jardin que l'on appela Eden, et chacun d'eux était doux et docile. Gabriel, que tout ceci enthousiasmait, se fit un plaisir d'inventer des bêtes plus étranges les unes que les autres comme les ornithorynques, les girafes et les mantes religieuses sous l'œil bienveillant de leur Père.

Après ça, Dieu convoqua les archanges, car il n'avait pas encore fini de peupler la Terre. Pas tout à fait.

- Je vais créer les humains, leur annonça-t-il.

- Qu'est-ce donc, Père ? s'enquit Michel avec intérêt.

- Ce sont des créatures physiques, comme les animaux, mais ils se démarqueront par leur intelligence et leur capacité à s'exprimer comme vous et moi. Ils bénéficieront du libre-arbitre et auront le droit de faire tout ce qu'ils voudront, à une exception près.

- Laquelle ? demanda Lucifer avec curiosité.

- Ils ne pourront pas goûter au fruit de l'Arbre de la Connaissance.

- Mais… n'est-ce pas un peu bizarre de leur refuser la connaissance, si ce sont des créatures intelligentes ? s'étonna Gabriel.

- C'est un moyen de tester leur obéissance, comprit Raphaël.

Dieu acquiesça et poursuivit :

- S'ils désobéissent, ils perdront leurs privilèges et seront chassés d'Eden. Les animaux se retourneront contre eux, et ils devront travailler pour survivre.

- Quelle horreur, ironisa Lucifer.

- Vous voulez dire… qu'ils vont mourir ? s'inquiéta Gabriel.

- Oui, mais ne t'en fais pas : leurs âmes iront rejoindre le Paradis, où elles resteront sous votre protection jusqu'à la fin des temps.

- Ça leur fait une belle jambe, commenta Lucifer.

Ses répliques sarcastiques lui attirèrent des regards surpris de ses frères, mais Lucifer en fit peu de cas.

- Vous pourrez leur rendre visite en prenant une apparence proche de la leur, afin de ne pas les effrayer, continua Dieu sans relever l'humeur caustique de son fils préféré. Si votre présence sur Terre devait s'éterniser, vous aurez l'opportunité de posséder l'enveloppe de l'un d'eux afin de conserver tous vos pouvoirs et de ne blesser personne par inadvertance. Pour cela, vous aurez besoin de leur consentement.

- Ce serait monstrueux de posséder un humain contre sa volonté, approuva Michel.

- Cependant, Lucifer, Michel… vos Grâces sont trop puissantes pour les humains. C'est pourquoi je vous offre un véhicule à chacun. Ils naîtront dans plusieurs générations et seront frères, tout comme vous. Ils seront les seuls à pouvoir supporter votre présence indéfiniment et ils seront de parfaits catalyseurs pour vos pouvoirs. Considérez-les comme un cadeau que je vous fais.

Aussitôt, Michel mit un genou à terre.

- Merci, Père. Nous honorerons ces véhicules comme s'ils étaient vous.

- Merci, Père, fit plus brièvement Lucifer en se gardant bien de courber l'échine. Comment les reconnaîtrons-nous ?

- Ils seront les descendants directs des deux premiers enfants humains qui naîtront sur Terre. Quand leurs lignées se croiseront à nouveau, vous ressentirez chacun à votre tour la naissance de votre véhicule.

Ce jour-là, Lucifer quitta la salle du trône, une expression songeuse sur le visage. Il n'avait aucune envie de vivre sur Terre loin de sa famille, et encore moins de devoir s'occuper d'une créature inférieure, mais d'un autre côté, il s'agissait là du premier cadeau vraiment important que lui faisait Dieu… Enfin, il aurait tout le temps d'y réfléchir, d'ici à ce que son véhicule voie le jour.


Le lendemain, Dieu créa Adam et Lilith, les deux premiers humains. Lucifer l'avait regardé extraire ces deux formes étranges du sol et se servir de la glaise pour les modeler selon ses désirs, et il n'avait ressenti que de la perplexité. Certes, ils avaient de beaux visages, mais ils étaient insupportablement petits, faibles et en toute honnêteté, tout à fait pitoyables. Lucifer ne voyait pas en quoi ces êtres avaient mérité autant d'attention de la part de Dieu.

Il les observa longtemps, caché dans les frondaisons sous la forme d'un serpent, mais à aucun moment il ne les vit accomplir de prodiges dignes de l'amour de son Père. Ils se contentaient de prier, d'accueillir les anges qui leur rendaient visite et de cueillir des fruits pour les dévorer aussitôt.

Ils n'avaient aucune utilité, comprit Lucifer.

Il en parla sans tarder à son Père, pensant que ces humains avaient une capacité secrète enfouie dans leurs corps minuscules. Dieu se contenta de secouer la tête avec un sourire ravi et profita de l'occasion pour signaler aux anges qu'ils devaient se conduire avec ces… choses comme s'ils étaient Lui.

Ces mots plongèrent Lucifer dans un abîme de confusion et d'une émotion qu'il n'arrivait pas encore à identifier. Sa Grâce brûlait désagréablement et il ne rêvait que d'une chose : effacer ces êtres méprisables de la mémoire de son Père et les éradiquer lui-même de la surface de la Terre. Il apparut rapidement à Lucifer qu'il ressentait de la haine pour la première fois de son existence.

Il pensait constamment à ce véhicule à naître et se demandait à quel point il devrait être désespéré, dans le futur, pour unir son destin à celui d'un humain. Après, il n'oubliait pas non plus ce que Dieu avait dit de ces véhicules spéciaux. Il n'oubliait pas qu'il atteindrait le sommet de sa puissance une fois dans le corps du morveux. Il aurait alors assez de puissance pour annihiler d'un claquement de doigt tous les humains qui défiguraient la Terre…

Mais ça, c'était le plan qu'il appliquerait si les humains restaient dans les bonnes grâces de Dieu et se répandaient comme une maladie sur le monde. Il avait tout le temps de prouver à son Père qu'ils n'en valaient pas la peine !


Lilith admirait les fleurs d'Eden en toute tranquillité quand Adam vint lui apprendre la nouvelle : un ange allait venir leur rendre visite ! Son mari lui ordonna de préparer un repas pour eux trois tandis qu'il partait accueillir leur invité, et Lilith se hâta de cueillir les plus beaux fruits qu'elle put trouver afin de satisfaire l'ange du Seigneur.

- Tu n'en as pas marre, d'obéir à ton mari ? susurra une voix à son oreille.

Etonnée, Lilith tourna la tête et découvrit un petit serpent vert qui la considérait avec intérêt.

- Qui a parlé ? demanda-t-elle tout de même, car un serpent ne peut pas parler, tout le monde sait ça.

- Moi, reprit le serpent.

Le regard gris de Lilith se tourna à nouveau vers lui et ses sourcils se froncèrent légèrement.

- Je suis son épouse, c'est à moi de prendre soin de lui.

- Et pendant ce temps-là, il discute de la météo avec un ange, c'est vrai que c'est juste, ironisa le serpent. C'est lui le plus fort, non ? Ça devrait être à lui de prendre soin de toi !

Lilith se recula, interdite. Elle n'avait jamais vu les choses sous cet angle.

- T-tu crois ? Pourtant les anges ont dit…

- Oublie les anges, reprit Lucifer. J'ai vu comment tu es née. Adam est né exactement de la même manière, alors pourquoi devrais-tu lui être inférieure ? Tu es tout aussi capable que lui de discuter et de prendre des décisions, non ?

La mise en évidence de cette injustice fit se sentir idiote la première femme de l'Histoire, qui laissa tomber ses fruits avec répugnance.

- Tu sais quoi ? Tu as raison, Serpent. Il n'arrête pas de me donner des ordres et de me soumettre, mais ça ne va plus durer !

Lucifer la regarda s'éloigner avec satisfaction et fit un sourire de serpent en entendant des éclats de voix un peu plus loin. Il se glissa jusque là et vit la longue chevelure rousse de la Femme disparaître entre les arbres pendant qu'Adam la poursuivait sous l'œil ahuri d'un Gabriel estomaqué. L'archange finit par disparaître pour prévenir son Père, et Lucifer choisit quant à lui de suivre Lilith, qu'il retrouva seule et larmoyante au bord de la Mer Rouge. Adam avait semble-t-il vite baissé les bras.

Lucifer se cacha derrière un rocher pour observer les événements qui ne tardèrent pas à suivre. Trois anges apparurent derrière la Femme, qui sursauta de terreur en les voyant autour d'elle.

- Retourne au Jardin, lui intima Sinsinwy en pointant le doigt vers l'horizon.

- Jamais ! Je refuse d'être l'esclave d'Adam ! Il ne me laissera jamais être son égale… il ne comprend même pas pourquoi je suis malheureuse !

Les anges s'approchèrent, sûrement pour la ramener à Eden manu militari, mais l'humaine se rapprocha dangereusement de l'eau.

- N'approchez pas ou je plonge et vous ne me reverrez jamais !

Comme le trio cherchait, désemparé, une solution à leur problème, Lilith reprit, plus doucement cette fois :

- S'il vous plaît… je veux juste être libre… je veux devenir aussi forte que lui !

Sinsinwy et ses comparses, émus par la détresse de la Femme, finirent par repartir au Paradis, incapables de la ramener de force au Jardin. Lilith, restée seule, sécha ses larmes et se redressa, complètement perdue dans ce monde qu'elle ne connaissait pas. C'est à cet instant que Lucifer émergea de sa cachette pour aller à sa rencontre.

- Oh, tu es là aussi, Serpent ? balbutia la jeune humaine.

- Bien sûr, je suis venu voir comment tu allais. Mais… Tu as l'air de souffrir, Lilith.

- Je ne sais pas quoi faire, admit la jeune femme. Je suis seule, perdue et j'ai peur d'avoir fait une bêtise… Je voudrais tellement avoir l'assurance d'Adam !

- Pour ça, je peux t'aider, entonna le serpent en prenant la forme d'un homme blond doté d'ailes blanches.

- Oh, vous êtes un ange ! comprit Lilith, ébahie, alors qu'elle ne voyait qu'une toute petite partie de la lumière que dégageait Lucifer sous sa véritable forme.

- Je m'appelle Lucifer, se présenta-t-il. Je peux faire de toi une femme forte, plus forte qu'Adam le sera jamais, mais pour ça, j'ai besoin de ta loyauté et de ton consentement.

- J'y consens ! s'empressa de répondre Lilith, persuadée d'être à l'abri de tous les dangers aux côtés d'un ange.

Lucifer sourit et, de ses doigts agiles, tordit tant et si bien l'âme de la jeune femme qu'elle en ressortit noire et mauvaise, une âme maudite. Lilith hurla de douleur, mais quand elle ouvrit des yeux blancs dénués d'iris ou de pupilles, elle se mit à sourire comme une possédée, ravie de la puissance pure que lui avait insufflée l'ange.

- Je suis… je suis… bredouilla-t-elle.

- Je te nomme "Démon", déclara Lucifer. Voilà ce que tu es désormais, ma fille.

- Père… souffla la rousse en se laissant tomber à genoux devant son créateur. Dites-moi comment je peux payer ma dette. Demandez-moi ce que vous voulez et vous l'aurez !

- Je te l'ai dit : je ne demande que ta loyauté, répondit Lucifer. Pour l'instant, trouve-toi un abri, je te recontacterai bientôt.

Lilith acquiesça avec ferveur et disparut rapidement dans la nuit. Lucifer, quant à lui, retourna au Paradis avec l'impression du travail bien fait. De cette manière, la race de l'Homme était vouée à disparaître d'elle-même !


Le Paradis était en pleine effervescence, évidemment. Lucifer fit l'innocent et demanda à son Père ce qui se passait. Dieu lui raconta la défection de Lilith et la solitude d'Adam, qui réclamait déjà une nouvelle femme.

- Cette nouvelle race n'a pas tardé à vous trahir, Père, constata l'archange avec inquiétude. Je me demande si c'était une bonne idée de la créer, au fond.

- Que vais-je faire de Lilith ? s'interrogea Dieu. Elle a trahi Adam une fois, rien ne dit qu'elle ne recommencera pas…

- Oh, laissez-la courir, le monde est suffisamment grand pour deux humains, lâcha Lucifer. Comme ça vous pourrez retourner à votre observation d'Adam et moi à mes composi-

- Je vais lui créer une nouvelle épouse, décréta Dieu à brûle-pourpoint.

- Heu, quoi ?

- Je l'appellerai Eve. Et je la modèlerai à partir d'une des côtes d'Adam pour éviter l'insubordination, cette fois !

- Mais… ça ne vous a pas suffi, de perdre la première femme dans la nature ? s'étonna Lucifer, stupéfait.

- C'était une erreur de les faire égaux, je le vois maintenant. Excuse-moi maintenant, il faut que je réfléchisse à l'apparence que je vais lui donner…

Lucifer fulmina sur tout le trajet jusque chez lui, ce soir-là.


Eve débarqua aux premières lueurs de l'aube, blonde comme les blés et souriante comme un de ces crétins de dauphins. Lucifer lui adressa à peine un regard, perdu dans ses idées noires. Le souci, c'est que les anges étaient fascinés par ce nouveau couple et en oubliaient d'admirer les œuvres de Lucifer.

- Qu'est-ce qu'elle est belle, soupira Gabriel, charmé, en espionnant les humains depuis l'alcôve de Lucifer, qui avait la meilleure vue du Paradis.

- Charmante, trancha Lucifer, excédé, en levant les yeux au ciel. Mais je suis sûr qu'elle est aussi mauvaise que Lilith. En fait, je pense que le problème vient d'Adam, il y a sûrement un souci avec les ingrédients et ça va encore partir en cacahuète.

- Tu vois tout en noir, mon frère, dédramatisa Gabriel. Eve est parfaite. Et puis ses formes…

- Et en plus elle pervertit mon frère, soupira Lucifer.

Il fallait qu'il agisse, encore une fois. Il le fallait pour son Père, pour sa famille.

Il retourna sur Terre, usa encore de la tactique du serpent qui parle et dit à Eve que le fruit défendu lui avait donné le don de la parole. Ce faisant, il poussa la blondinette à cueillir un fruit de l'Arbre de la Connaissance et à y goûter avec une facilité déconcertante. Eve réussit même à convaincre son mari de l'imiter !

Lucifer rentra d'un bon pas au Paradis en s'attendant à ce que tous les anges désillusionnés lui fassent des courbettes parce que bon, il avait raison depuis le début, non ? Il fut très déçu en voyant Dieu et Michel l'attendre de pied ferme, visiblement en colère.

- Hé merde, souffla l'archange pris en faute.


Enchaîné devant sa famille au grand complet, Lucifer roulait les yeux, ce qui devint vite vertigineux si on considérait que sa forme actuelle en comptait des centaines.

- Lucifer, commença Dieu. Tu as perverti ma création, peux-tu au moins me dire pourquoi ?

Bon, foutu pour foutu, se dit Lucifer en prenant une grande inspiration.

- Pourquoi ? Parce qu'ils sont faibles et si faciles à détourner du droit chemin que c'en est préoccupant ! Je voulais vous prouver qu'ils ne valaient pas tout le mal que vous vous êtes donné pour eux, Père. Ils sont mauvais, stupide et inutiles. Ils prennent, ils prennent, ils prennent, et ne donnent rien en échange. Ce ne sont au mieux que des parasites, vous devriez les envoyer au Purgatoire avec le Léviathan, au moins ça fera un peu d'animation.

- Je vous avais demandé de les aimer et de les servir comme s'ils étaient moi, rappela Dieu en se frottant le front.

- He bien j'en suis incapable. Je ne peux pas aimer ces créatures viles et profondément vicieuses comme si elles étaient vous, et vous ne pouvez pas m'y forcer.

L'expression de Dieu se remplit de tristesse et il fit un signe à Michel, qui s'empara des chaînes qui retenaient Lucifer.

- Père ! plaida Gabriel. Lucifer n'est pas lui-même en ce moment ! C'est la Marque d'Amara, elle le rend mauvais ! S'il vous plaît, ne lui faites pas de mal, ce n'est pas sa faute !

- Il est tout de même responsable de la déchéance des humains, grogna Michel. Ils vont être chassés du Jardin et laissés en pâture à toutes les bêtes sauvages par sa faute !

- Et qu'est-ce que vous allez faire, me tuer ? ricana Lucifer, pas impressionné pour un sou.

- Enferme-le dans une geôle en attendant que je décide de son sort. Gadreel, tu étais de garde au Jardin et tu as laissé Lucifer pervertir Eve, tu seras donc toi aussi emprisonné, décréta Dieu.

- Quoi ?! s'écria l'ange. Mais j'ignorais ce qu'il comptait faire ! Je suis innocent ! Père !

Ses cris s'étranglèrent alors que ses frères désolés l'emmenaient en détention, et Lucifer regarda la scène avec indifférence jusqu'à ce que Michel le traîne à son tour vers une geôle du donjon.

- Michel, tu sais que j'ai raison, dit-il à son frère. Les hommes sont mauvais et tu le vois aussi bien que moi. S'ils étaient si vertueux, je n'aurais pas pu les manipuler comme je l'ai fait, tu ne penses pas ?

- La ferme, grinça en passant les chaînes de Lucifer dans les anneaux qui émergeaient des murs.

- Toi non plus, tu ne les apprécies pas plus que ça, insista l'archange. Allez, Michel, laisse-moi partir. Ou mieux, aide-moi à convaincre Père que j'ai agi dans son intérêt ! Ils sont tellement mauvais qu'ils vont détruire cette Terre en un clin d'œil ! Tu le sais aussi bien que moi !

- Tais-toi, Lucifer, ordonna Michel en refermant la porte de sa cellule. Père nous a demandé de les aimer, mais c'était au-dessus de tes forces, pas vrai ? Tu veux la vérité ? Tu es jaloux d'eux parce que Père les préfère à toi.

Lucifer, assommé par cette insulte, ne put articuler un seul mot.

- Oh, et je ne suis pas comme toi, reprit Michel. Je suis un bon fils, pas l'espèce de monstre que tu es devenu.


Lucifer mijotait dans sa cellule et endurait les pleurs incessants de Gadreel depuis quelque temps quand on vint le chercher pour le ramener de force devant les habitants du Paradis. Il s'efforça de garder une expression neutre et détachée, mais la tête de ses frères et sœurs l'inquiéta. Balthazar lui-même ne souriait plus et jetait des coups d'œil préoccupés à Castiel, qui ne bougeait pas d'un cil, comme à son habitude. Anna fronçait les sourcils, à l'image de Raphaël, quant à Gabriel… le petit dernier des archanges avait le teint grisâtre.

- J'ai trouvé une punition à la mesure de ton crime, Lucifer, fit la voix de Dieu, attirant son attention vers le devant de la salle. J'ai créé une autre poche dans l'univers, un monde dénué de vie et de distraction où les âmes des humains que tu as condamnés viendront te rejoindre à leur mort. Je l'ai appelé Enfer.

- Génial, un monde plein d'humains qui chouinent, soupira Lucifer. Tu devrais te renouveler, papa.

- Oh, mais ton châtiment ne s'arrêtera pas là, reprit Dieu. Dans ce monde se trouve une Cage indestructible pourvue de 666 sceaux qui s'assureront que tu y restes bien. Dans cette Cage, tu n'auras plus de lien avec le Paradis, ni même avec la Terre. Tu seras complètement seul pour l'éternité.

Seul… pour toujours ? pensa Lucifer. Plus de blagues à distance avec Gabriel ? Plus de discussions avec Michel ?

- Non, dit-il. S'il vous plaît. Si vous m'avez un jour aimé, ajouta-t-il à l'adresse de toute sa famille, ne le laissez pas m'enfermer ! J'ai raison, l'avenir le prouvera ! S'il vous plaît !

Gabriel esquissa un pas vers l'avant, mais il n'osa pas relever la tête.

- A cause de toi, Gadreel est prisonnier, siffla finalement un ange.

- Tu as sali les créations de notre Père ! accusa un autre.

- Tu n'as plus ta place ici !

- Enfermez-le !

- Gabriel, je t'en prie ! hurla Lucifer.

Comme son petit frère ne bougeait pas, Lucifer se tourna vers Raphaël, qui évita son regard. Fou de rage, trahi, il se débattit contre ses chaînes, faisant sauter plusieurs maillons. Michel se rua en avant pour l'immobiliser, et Lucifer le repoussa d'un coup d'aile, aidé par l'énergie du désespoir. Son frère aîné lui tordit les membres dans le dos et évita péniblement les coups que tentait de lui donner Lucifer. Gabriel pâlit comme un linge, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis disparut dans la foule des anges.

Lucifer vit Dieu sortir quatre anneaux métalliques de nulle part et les jeter sur le sol avant de prononcer une incantation en énochien. Le sol s'ouvrit comme une gueule béante qui aspira tout sur son passage, et Michel le poussa dans sa direction. Lucifer tituba au bord de la fosse et tenta tant bien que mal de retrouver l'équilibre, mais l'aspiration rendait chaque mouvement plus difficile que le précédent.

- Père ! tenta-t-il une dernière fois.

Dieu tourna la tête d'un air affecté, et Lucifer sentit le vide l'agripper comme des serres et l'attirer vers le fond du trou. Il brisa les chaînes restantes pendant sa chute, déploya ses ailes et hurla de douleur quand la fosse faillit les lui arracher. Il finit par s'écraser comme une masse sur un sol fait d'un métal inconnu et se redressa aussitôt, aux aguets.

Il était cerné par les ténèbres et peinait à voir les barreaux de la Cage manufacturée par Dieu lui-même. L'archange se jeta contre les murs de sa prison, mais le métal ne se tordit pas, ne gémit pas, ne tinta pas non plus, comme si Lucifer lui faisait autant d'effet qu'un souffle de vent.

Anéanti, l'archange se laissa tomber sur le sol et poussa un cri de rage qui ne résonna même pas dans cet Enfer que Dieu lui avait dédié.


Gabriel regarda Dieu invoquer les quatre calamités qui allaient bientôt s'abattre sur l'humanité pour leur remettre à chacune l'un des anneaux qui verrouillaient la Cage de son frère. Mort, Famine, Pestilence et Guerre s'emparèrent des bijoux sans poser de question et disparurent d'un coup, scellées sur Terre par le pouvoir de Dieu. Elles ne sortiraient de leur cachette que si Lucifer parvenait à s'échapper de sa prison, afin de fournir un moyen de le renvoyer dans sa geôle à ceux qui le combattraient.

Dégoûté, horrifié de voir sa famille se déchirer de cette façon, Gabriel quitta le Paradis et camoufla sa Grâce du mieux qu'il le put pour que nul ne le retrouve. Il se cacherait parmi les humains quand ceux-ci se seraient multipliés et resterait loin des affaires familiales.

Un jour, il rencontrerait un dieu païen prisonnier d'une grotte et le libérerait, obtenant en retour un véhicule et un visage qui le mettraient à l'abri des anges pour quelques siècles…


Pendant ce temps, Lucifer tremblait de froid dans la Cage. Il était coupé de la Lumière divine et sa seule présence rendait l'atmosphère glaciale tout autour de lui.

- Lilith… c'est le moment de payer ta dette, souffla-t-il dans un nuage de buée qui le surprit.

Il fallut des jours à la démone pour trouver le moyen d'aller en Enfer, et presque autant de temps pour trouver l'endroit où se trouvait Lucifer. Elle poussa un cri aigu en le voyant aussi misérable dans sa Cage et chercha à en briser les barreaux, en vain. Voyant qu'il grelottait, elle alluma des feux partout en Enfer, mais l'aura de Lucifer faisait écran entre la chaleur suffocante et lui.

- Laisse tomber, finit par lui conseiller Lucifer, qui commençait tout doucement à s'habituer au froid.

- Comment puis-je vous aider, Père ? demanda-t-elle en se tordant les mains.

L'archange réfléchit. Il avait vu les anneaux qui avaient ouvert la Cage, mais il ignorait où ils étaient, et son Père avait parlé de 666 sceaux qui le retenaient ici…

- Il faut que tu découvres comment ouvrir cette Cage, mais pour ça, il te faudra de l'aide, dit-il. Amène ici tous les humains que tu pourras, je les changerai en démons et ensemble, vous chercherez de quelle façon les sceaux peuvent être retirés.

- Bien, Père.


Lilith ne le déçut pas. Elle lui amena les descendants d'Adam et Eve et regarda son Père tordre leurs âmes pour les rendre aussi forts qu'elle. Elle rencontra ainsi Alistair, Azazel, Dagon, Ramiel et Asmodeus. Ensemble, ils torturèrent les âmes humaines pour satisfaire le désir de vengeance de leur créateur. Ensemble, ils escortèrent Caïn jusqu'à Lucifer après que celui-ci ait murmuré à l'oreille d'Abel et menacé d'envoyer son âme en Enfer, avec les autres. Il se débarrassa de la Marque en la refilant à Caïn et réalisa ensuite que son premier Chevalier de l'Enfer était l'ancêtre direct de son futur véhicule. Il n'avait pas pensé à ce morveux depuis quelque temps, tiens.

A force de torturer les âmes, les premiers démons remarquèrent que celles-ci subissaient la même transformation que celle opérée par Lucifer. Ravis de voir leur nombre augmenter, ils inventèrent un système de pactes démoniaques qui leur assura un apport continu en âmes damnées à transformer. Plus il y avait de démons sur Terre et en Enfer, plus la vie des humains était cauchemardesque, et plus ils souffraient, plus les humains étaient susceptibles de faire un pacte démoniaque. Voilà un cercle vicieux qui leur profitait bien !

Une fois assez nombreux, les démons partirent à la chasse. Ils piégèrent des anges, les manipulèrent pour leur soutirer des informations sur la Cage. Les anges se croyaient à l'abri en ne leur fournissant que de minuscules détails, mais plus le temps passait, plus les choses se précisaient.

- Il faut briser 66 sceaux, dit Lilith à son Père dès qu'elle eut toutes les réponses. Il s'agit de rituels et de quêtes à accomplir afin de vous libérer. Le premier sceau sera brisé quand un Homme Juste torturera une âme en Enfer, nous cherchons toujours les autres. Le dernier sceau, lui, demande de sacrifier le premier démon.

Les regards filèrent vers Lilith, qui se raidit, mais ne perdit pas sa position digne.

- Je… je serais honorée de me sacrifier pour vous, Père, balbutia-t-elle, morte de peur.

- Et ton sacrifice ne sera pas vain, assura Lucifer avec une fausse empathie.

Il ne ressentait rien à l'idée de perdre Lilith, ni aucun de ses démons, à vrai dire. Ils n'étaient que des outils, des pions qu'il déplaçait sur un échiquier qu'il ne pouvait pas voir. Dès qu'il n'aurait plus besoin d'eux, il les détruirait, voilà tout.


Les conditions de séquestration de Lucifer changèrent radicalement quand Dieu décida de le couper définitivement du reste du monde, et même de ses créations. Sa Cage dévala encore plus profondément en Enfer, où aucun démon ne pouvait se rendre, et Lilith fut à son tour scellée dans son propre royaume. Elle continua cependant de donner des ordres comme la Reine qu'elle était et envoya des démons à la surface de la Terre pour grossir ses rangs et découvrir la nature des autres sceaux à faire sauter.

Resté seul face à lui-même dans un décor sombre traversé par des éclairs fréquents, Lucifer se mit à cogiter pour passer le temps. Dès que ses démons auraient brisé les 66 sceaux, il serait libre, certes, mais sa famille ne le laisserait pas fouler la surface de la Terre aussi longtemps qu'il le souhaitait. Quant au Paradis, ce n'était même plus la peine d'y penser.

Il lui faudrait donc agir rapidement dès sa sortie de la Cage pour engranger des forces, garnir les rangs de son armée et trouver un moyen sûr de vaincre Michel et les autres. Dieu, quant à lui, aimait si peu se salir les mains que Lucifer était sûr de ne pas le croiser sur un champ de bataille.

Or, s'il voulait vaincre son frère aîné, possiblement deux archanges et des centaines d'anges armés jusqu'aux dents, il lui faudrait investir son véhicule sans attendre. De plus, pour libérer Lilith et lui permettre de se sacrifier, il lui faudrait une clé puissante qu'il ne pourrait pas activer lui-même, et inutile de compter sur les autres démons pour comprendre ce petit détail. Il aurait donc besoin de personnes extérieures à l'Enfer. Son véhicule, par exemple…

Au final, tout le ramenait à cet humain, si tant est que Dieu n'avait pas supprimé son cadeau en l'emprisonnant. Il devrait donc attendre patiemment la naissance de son véhicule pour avoir une chance de se libérer, d'anéantir l'humanité et de vaincre son frère si celui-ci venait lui mettre des bâtons dans les roues.

He bien, patientons, songea Lucifer. Je me demande comment il s'appellera…


Une éternité plus tard, la voix hésitante d'Azazel retentit à ses oreilles, brisant le silence sans fin dans lequel il était plongé depuis des milliers d'années.

Visiblement, l'un de ses enfants était suffisamment intelligent pour trouver l'emplacement de l'ouverture de sa Cage sur Terre et entrer en contact avec lui ! Etonnant.

Lucifer ne perdit pas une seconde. Il expliqua la marche à suivre à son fils ; identifier les sceaux à briser, libérer Lilith pour lui permettre de s'en occuper, mettre la main sur son véhicule et le garder en sécurité jusqu'à ce qu'il soit prêt à tuer Lilith pour le libérer et lui donner son consentement pour une possession en bonne et due forme.

Azazel l'informa alors qu'il y avait environ six milliards d'êtres humains sur Terre et que retrouver son véhicule risquait d'être une autre paire de manches. Lucifer lui conseilla donc sans perdre le Nord de suivre l'activité des Cupidons, que le Paradis n'avait pas dû manquer d'envoyer pour s'assurer que le véhicule de Michel voie bien le jour. Azazel prit congé à ce point de la conversation, replongeant Lucifer dans ses pensées et un silence pesant.

Quelques années plus tard, il sentit quelque chose d'étrange, comme si au loin, une créature inconnue l'appelait. Lucifer réalisa qu'il venait de sentir la naissance de son véhicule à distance et ferma les yeux, satisfait.

- A très, très bientôt, cher petit être, chantonna-t-il dans le noir tout en frissonnant en pensant à l'existence horrible qu'allait sûrement vivre ce pauvre gosse.

Une vingtaine d'années passa encore, et Lucifer entendit très nettement le cri de joie et de triomphe que poussa Lilith quand les Portes de l'Enfer s'ouvrirent, vomissant des hordes de démons à la surface. Il lui fallut encore patienter un peu pour voir le plafond de sa Cage s'ouvrir en deux, inondant de lumière les yeux malmenés de l'archange. Comprenant que cette lumière marquait la fin de son emprisonnement, Lucifer prit son envol et s'engouffra par la faille ouverte par son cher véhicule, qu'il s'était mis à apprécier de plus en plus au fil des ans.

Je vais enfin le voir ! exultait Lucifer alors qu'il griffait littéralement son chemin vers la surface. Mon véhicule rien qu'à moi ! L'humain qui détruira tous les humains, le seul qui me soit fidèle, le seul qui survivra à son espèce ! Je me demande à quoi il ressemble…

D'après ses calculs, son véhicule devait se trouver près de la sortir de sa Cage, il n'aurait qu'à tendre le bras pour le toucher, il n'aurait que quelques mots à dire pour lui expliquer ce qu'il attendait de lui, et encore quelques mots pour qu'il accepte son destin sans broncher… Bientôt, très bientôt, Lucifer serait l'archange le plus puissant de l'univers !

Au bout d'une seconde éternité, Lucifer déboucha enfin à la surface de la Terre, dans un couvent abandonné. Il chercha autour de lui, se tordit dans des directions impossibles pour trouver son cher véhicule, mais à part les cadavres de deux femmes, il n'y avait personne.

Lucifer sentit la rage enfler une nouvelle fois en lui et hurla toute sa haine à la face du monde, soufflant le couvent autour de lui comme s'il n'avait jamais existé, sans se douter que celui qu'il attendait depuis des millénaires était juste au-dessus de lui, en sécurité dans un avion de ligne…


Dieu termina son seau de popcorn et claqua des doigts pour en faire apparaître un nouveau. Toute cette histoire était très intéressante, mais il y manquait quelques rebondissements… peut-être une trahison de plus ?

- Bon, décida-t-il en frappant ses mains l'une contre l'autre. On recommence !

Et il se remit à créer un nouveau monde parallèle au précédent en imaginant une fois de plus la tête de sa sœur si elle venait à apprendre ça.

FIN


Va falloir que je me calme avec les OS, moi… Enfin, ça m'occupe.

Un petit commentaire siouplaît ? :D