Chapitre V
Deadlights

- Donc il a cherché à convaincre Sora, remarqua Xehanort en secouant la tête. Il devient de plus en plus dangereux.

- Ouais, commenta Riku en sirotant sa limonade-cerise. Mais il a fait la même chose que tout le monde : il l'a sous-estimé. Ça va jouer contre lui. Sora est loin d'être un abruti, il a sans doute compris.

Le silence retomba entre eux deux. Ils avaient pris une journée de pause sur leur occupation habituelle de chasseurs de primes. Xehanort jeta un coup d'œil à la forme endormie sur le canapé, toujours enfoncé dans son fauteuil. Rikku dormait paisiblement, sous son plaid. Il était encore tôt dans la matinée et tout le monde aurait dû être au lit sauf que Riku était venu le réveiller pour lui raconter la rencontre entre Mythrim et Sora. Xehanort soupira de soulagement, tant mieux si le jeune homme n'avait pas cédé.

- Riku, commença Xehanort, qui t'a prévenu ?

- J'ai un contact, éluda l'argenté en se massant le cou.

- Un allié ?

- Non, c'est beaucoup plus compliqué que ça, soupira le jeune homme. Je ne tiens pas à faire de secrets mais j'aurais vraiment du mal à t'expliquer sans que tu me prennes pour le dernier des tarés. Disons que l'un d'eux à des intérêts en commun avec nous. Il faut qu'on agisse Xehanort. Tel qu'il est actuellement Mythrim ne parviendra plus à contenir l'autre très longtemps.

- Necros, marmonna l'albinos en fermant les yeux.

Il entrouvrit un œil alors que la petite blonde poussa un soupir avant de donner un coup de pied violent qui fit tomber son plaid. Le scientifique se leva, remontant sa couverture correctement. Il eut un léger sourire aux lèvres lorsqu'elle tenta d'agripper ses doigts au passage et caressa du bout du pouce son menton avant de la laisser à son sommeil. Elle soupira de nouveau de frustration et redonna un coup de pied. Il aurait aimé pouvoir l'aider à apaiser son sommeil mais il était certain qu'elle devait botter des fesses ou quelque chose comme ça. Derrière lui, Riku était plongé dans ses pensées, les bras croisés devant lui.

- Il finira par se réveiller complétement, fit son cadet. C'est juste une question de temps.

L'ancien Maître de la Keyblade retourna à son fauteuil, prenant place afin d'écouter ce que l'autre avait à lui dire.

- Mythrim, quand il a compris qu'il ne pourrait vaincre le Seigneur des Ténèbres a fait la seule chose qu'il était possible de faire, il l'a enfermé en lui-même, il y a douze ans de cela. Il s'est éloigné de nous, pour tenter de nous protéger. Il a même été jusqu'à manipuler nos mémoires. Facile pour un mage de lumière.

Riku se passa une main dans les cheveux.

- Mais rien n'est éternel et certainement pas ce genre de magie. Lentement mais surement, le Seigneur des Ténèbres a gagné en influence, s'éveillant peu à peu. Jusqu'à maintenant.

- Qu'est-ce qui a changé ? Demande le scientifique, soucieux de savoir quelle vérité se cachait derrière l'apparition au quasi grand jour du Treizième Ordre

- Nous. Sora, moi, même Glen. Il avait ancré son sceau en nous. Tu le connais comme moi Xehanort, tu sais que même s'il voulait d'un meilleur destin pour ses fils, mon père n'a jamais reculé devant le sien. Il ne nous a pas offert le choix, il a nous offert du temps, conclut-il avec gravité.

L'albinos ferma les yeux en réfléchissant. Riku disait vrai en affirmant que Mythrim n'était pas homme à reculer infiniment une échéance. Mais pourquoi un tel sceau ? Trois points d'ancrage chez trois enfants sans pouvoir. A chaque fois qu'ils éveillent leur puissance, l'ancre était lacérée. Jusqu'à ce qu'il n'en reste rien. Pourquoi ? Qu'avait-il cherché à contrer ? Soudainement, insidieusement, la réponse s'imposa peu à peu dans son esprit.

- Comment pouvait-il savoir que Necros allait continuer d'agir par… par mon biais ? demanda-t-il, la gorge sèche.

- Parce qu'il n'y a jamais eu trois ancres mais quatre. Si l'ancre qu'il avait implantée en toi cédait, cela signifiait qu'il devait se préparer à ce que toutes les autres finissent par céder. Ce n'est pas Necros qui t'a envoyé par hasard sur le Jardin Radieux, c'est Mythrim qui t'a épargné volontairement et t'y a précipité à la fois pour te protéger et te tester. Si Sora était amené à devenir le Maître de la Keyblade, si je devais obtenir le contrôle de mes pouvoirs, il a préféré s'assurer que nous serions prêts. Mais tu le connais, ce n'est pas son seul plan.

- Comment sais-tu tout ça ?

- A ton avis ? J'ai posé la question, tout simplement. Quand j'ai retrouvé mon père, j'ai fait comme Sora. J'ai cherché à comprendre pourquoi tout ça, pourquoi il avait fui, pourquoi est-ce qu'il réapparaissait maintenant. Il m'a servi le même discours qu'il a sans doute offert à Sora. Mais j'ai eu l'honneur de pouvoir le voir avant qu'il ne commence à être trop endommagé. Il m'en a dit le maximum, tout ce que l'autre enfoiré à l'intérieur ne l'empêchait pas de dire.

- C'est pour ça que tu es venu me chercher, parce que j'étais comme toi, une ancre ? Raisonna le scientifique en buvant son verre d'eau.

- Tu n'es pas comme moi, lui rétorqua l'argenté en relevant ses yeux verts brulant vers lui.

Un instant, l'ancien Maître de la Keyblade se demanda si son cadet ne cherchait pas à lui faire comprendre un message. Ils avaient beau être ensemble depuis trois ans, à sillonner les mondes, il en savait finalement assez peu sur son compagnon. La plupart du temps, il était plutôt cryptique sur ses intentions. Il agissait dans les ombres, comme un grain de sable qui cherchait le rouage parfait à gripper pour arrêter la belle machinerie qu'était le Treizième Ombre. Parfois, le scientifique ne se rendait compte que des semaines après de la réelle portée de leurs actions. Très récemment avec la Brigade Ecarlate, leur arrestation avait conduit au démantèlement d'un réseau plus important. Réseau qui alimentait l'un des membres du Treizième Ordre en produit nécessaire à sa survie particulière. Parfois ce n'était que pour une information. Mais le plus souvent, c'était pour mettre à l'abri des objets bien précis qu'il voyait rarement. Il savait que Riku se cachait également, mais il en ignorait la raison réelle. Mythrim le cherchait, mais pourquoi chercher quelqu'un qu'on avait eu sous la main trois ans auparavant ?

Désormais, il avait une partie de la réponse, parce que l'état de Mythrim allait en se dégradant. Parce qu'il finirait par ne plus être lui-même. Alors que voulait Necros à Riku ? En supposant que l'argenté ait raison, Mythrim avait créé les ancres dans un seul but : s'assurer qu'au jour où elle céderait, il existerait des gens en mesure de l'arrêter. Mais était-ce la seule peur qui muait le Seigneur des Ténèbres ?

- Je n'ai pas dit ça pour te faire passer un message caché Xeha, finit par dire le plus jeune les yeux baissés. Il y a trois ans, j'étais furieux contre toi. Je sais que tu n'as pas voulu ce rôle-là dans cette histoire mais tu t'en es pris, indirectement, à Sora et Kairi. Mais ça fait trois ans. Tu ne t'es jamais plaint, tu n'as jamais posé de questions alors que je n'ai pas été toujours très clair. Je te considère comme un ami. Probablement le meilleur que j'ai, mais je crois sans vouloir te vexer que c'est lié au fait que tu es le seul que j'ai.

Le plus âgé pouffa, un léger sourire couronnant ses lèvres. Il y avait bien longtemps que personne ne l'avait appelé son ami. Il secoua la tête. Ils étaient le duo le plus dysfonctionnel de la galaxie, eux deux. Mais ils cherchaient à sauver ce qui pouvait l'être. Il plongea son regard azuré dans celui de jade de Riku, et il sembla comprendre la question muette.

- Il me l'a demandé, révéla le plus jeune après un instant. Non. Il me l'a fait promettre avant de partir. C'est la seule chose qu'il n'a pas prise de ma mémoire. Il m'a fait promettre que si un jour il devait tenter de faire du mal à Sora et notre mère, je devais le stopper.

Il se leva, observant la ville s'éveillant dans les premières heures de l'aube. Le maître de Black Limit ne fit aucun commentaire, ça aurait été superflu. Riku n'était pas un garçon qui avait besoin d'être rassuré. Il avait fait le deuil de son père depuis des années. Le revoir n'avait pas changé cet état de fait, pas même un peu, parce qu'il savait ce qu'il avait à faire. La seule chose qui habitait l'argenté, c'était son désir de préserver le plus jeune de sa fratrie. Il voulait vaincre Mythrim pour que Sora n'ait pas à le faire. Il pouvait vivre avec un parricide sur la conscience.

Sora ne le pourrait jamais.

- Nous allons devoir être plus intelligents qu'eux sur les prochains coups que l'on va jouer Xehanort. Ce que le Treizième Ordre cherche, c'est…


Roxas mit ses mains dans ses poches. Il venait de sortir de sa réunion et il ne pouvait s'empêcher de rester songeur. Le coup de sang de Sora avait eu son effet sur leur père, pour sûr. Il ignorait tout de ce que son double avait pu dire mais Mythrim était remonté. Suffisamment pour mettre en action son plan. Le blond ne put s'empêcher de grincer des dents. C'était un moment qu'il attendait depuis longtemps mais qu'il avait espéré ne pas voir arriver quelque part. Il savait qu'il ne pourrait plus rester ainsi, neutre dans le conflit entre son père et Sora. Il allait prendre position ou plutôt afficher sa couleur et jouer carte sur table. Il ne voulait pas trahir son double mais il avait conscience que ce dernier ne comprendrait sans doute pas son choix.

Il se descendit les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée passant devant la bibliothèque. Le jeune homme tapa à la porte, pour attirer l'attention de Numéro IV. Ce dernier lui adressa un signe de la main et un sourire puis retourna à sa lecture, cigarette à la bouche. Ils avaient beau lui dire de faire attention, ce gars n'en faisait qu'à sa tête. Un jour il allait leur déclencher un incendie. D'ailleurs, après quelques pas, il entendit la voix du numéro I s'adresser au fumeur. Un petit débriefing de la réunion, quelques commentaires lointains sur les cigarettes dans la bibliothèque.

L'ambiance était plutôt bonne dans le Treizième Ordre en dépit des apparences. Très loin de celle de l'Organisation XIII où tout le monde se regardait en chien de faïence, à tenter de comprendre qui allait frapper le premier.

Rien à voir ici. Eux tous, ils étaient une vraie famille. Chacun prenait soin du suivant. Évidemment, ils avaient quelques têtes dures. Numéro II par exemple, qu'il avait vu bifurquer vers ses appartements en dépit de sa grande discrétion. Numéro II qui n'avait pas pipé mot de la réunion et avait même soupiré à une ou deux reprises de façon suffisamment remarqué pour qu'on lui demande ce qui le dérangeait là-dedans. Numéro II qui avait répondu que pour régler un problème, les coups d'esbroufes et autres effets de manche, ça ne servait à rien et il fallait directement décapiter la cible afin d'en finir rapidement, signalant très bien qu'il se dévouait pour cette tâche si d'aventure il venait au Supérieur la brillante idée de ne pas jouer avec des « gamins mal dégrossis ». Numéro II qui était donc retourné à son mutisme et ses soupirs ensuite, son idée écartée avec élégance mais écarte quand même. Un vrai tyran qui vous faisait passer l'envie d'être discourtois. La seule personne avec qui Numéro II était aimable, la seule personne qui trouvait numéro II, et il citait « sympathique », c'était Naminé. Ça l'avait toujours laissé circonspect. Vous pouviez demander à n'importe qui, même à Numéro IV que rien n'effrayait ou Numéro X qui était sans doute un suicidaire dans l'âme : Numéro II n'était ni aimable, ni sympathique, ni rien du tout. Numéro II était dangereux, autoritaire et en capacité d'assassiner n'importe qui avec une petite cuillère et deux tubes de colle. Sans les tubes, dans ses mauvais jours. Mais, et c'était le plus important aux yeux du blond, Numéro II aimait bien Naminé. Elle était la seule à ne pas craindre leur Numéro II.

Il sentit une tape sur son épaule tandis que quelqu'un le dépassait. Une silhouette féminine toute fine, qui portait son manteau nonchalamment, seulement à partir de ses épaules, dévoilant généralement son décolleté. La femme tourna son regard écarlate vers lui. Elle avait la peau d'un blanc nacré, surnaturel, et semblait terriblement jeune. Plus que lui, en réalité. En même temps, elle avait seize ans. Depuis cent cinquante-huit ans. La femme lui adressa un sourire, nimbé de mystère avec ses yeux en amande qui accentuait cet air singulier de celle qui savait mais ne voulait rien dire de ses secrets.

- Je te rappelle que nous dînons ensemble ce soir.

- Je n'avais pas oublié Sierra. Vas-tu ramener quelque chose ? s'enquit-il, tout de même curieux de savoir s'il allait être le seul à se pointer avec un cadeau.

Kanexa… Akane fêtait son anniversaire. Aux yeux de Roxas ça n'avait que peu de sens. Après Akane était tout comme lui, le reflet de quelqu'un, d'un véritable Akane qui avait eu un cœur complet. Mais, lui comme Naminé l'avaient bassiné pendant des heures avec le fait que c'était s'accrocher à ce genre de choses qui les rendaient humains. Il n'avait pas contesté. Qu'ils pensent ce qu'ils veulent. Du moment que ça leur faisait plaisir, ça lui allait très bien. Pour sa part il vivait très bien sa condition.

- Ma foi, j'ai trouvé lors de ma dernière promenade un artisan capable de tailler dans de la glace réputée être indestructible. Très intriguée par l'idée d'un artisan capable de détruire l'inviolable, je t'avoue que je me suis renseignée, expliqua-t-il en passant sa petite langue rosée sur ses lèvres, le regard souriant.

Roxas roula des yeux, chez elle, ce genre de choses n'avait qu'une seule signification :

- Je compte offrir à Akane un médaillon, conclut la jeune femme. J'espère que ça lui conviendra. Et ta petite chérie et toi, avez-vous prévu quelque chose ?

- Naminé a pensé à un appareil photo, pour les souvenirs. J'ai de mon côté un album, pour continuer dans le thème.

- Très attentionné, finit par dire Sierra tandis qu'ils passaient les portes du palais. Vingt heures ce soir ?

- Vingt heures ce soir, confirma le blond. Il est possible que j'aie un peu de retard, avec la mission à venir, je vais devoir discuter un peu avec Glen et Lyon. Mais Naminé et Axel seront là et dans le pire des cas, j'arriverais juste un peu plus tard.

- Tâche de ne pas rater le gâteau alors. J'ai entendu dire que ce cher Atem s'est surpassé.

- Oh ? Numéro V aurait-il des choses à se faire pardonner ? questionna Roxas en songeant à la dernière mission entre Atem et Kanexa.

Numéro V, Atem le Corrompu était quelqu'un de spécial. Le jeune simili l'aimait bien même si l'homme avait une certaine tendance à parler par énigmes. Détenteur d'un savoir immense, il était souvent dépêché en soutien lorsqu'il fallait résoudre des énigmes et autres activités demandant à la fois savoir et vivacité d'esprit. Non pas qu'ils soient des idiots, mais lui, spécialement était doué aux jeux d'esprit [1]. Quoi qu'il en soit, la dernière fois il s'était planté en beauté dans le mythique Dédale de Kirin, un lieu situé sur la désertique planète de Kirin justement, un lieu sans âge, sujet de bien des récits, dont on disait qu'il renfermait des artefacts d'une puissance incommensurable telle que la pierre philosophale offrant le pouvoir de tout transmuter ou la plume de Phénix, l'objet capable de raviver les morts. Tout ce serait bien passé s'il avait été seul. Ce qui n'était pas le cas. Akane avait failli y rester. Il n'en tenait pas rigueur à son collègue, et ami, mais visiblement leur maître des jeux conservait une certaine culpabilité, à en croire par les efforts qu'il mettait à la réussite de la soirée.

- Alors nous nous disons à ce soir Roxas. Prends soin de toi.

Il lui adressa un ultime signe de la main et continua son chemin à travers les jardins. Il ne fut pas étonné de voir Numéro III se reposer sur un hamac situé à une hauteur impossible et cela le fit presque rire. Numéro III était l'opposé de Numéro II et potentiellement la personne qu'il aimait le plus dans cette étrange famille. Toujours décalé, terriblement gentil et serviable. Ils avaient fait les quatre cent coups ensemble. Roxas ne s'arrêta pas cependant, marchant vers une destination bien précise. Il passa devant les terrains d'entraînement, et dans une habitude consumée, il vit Numéro X en train de s'entraîner. Quand ne le faisait-il pas, exactement ? Armé de son épée disproportionnée, il taillait les pantins sans mal. L'autre homme lui adressa un signe de tête que Roxas lui rendit mais immédiatement il se reconcentra. Ses capacités martiales et sa rigueur étaient impressionnantes. En même temps, c'était un fou du combat, comme jamais Roxas n'en avait vu de sa vie.

Il continua son chemin, l'air de rien, finissant par arriver au parc. Il voyait déjà la silhouette de Naminé un peu plus loin, assise sur une balançoire, son carnet de dessin à la main, ses crayons au sol. C'était l'une de ses activités préférées, dessiner. Quand il l'avait connu, recroisé plutôt après une perte de mémoire, dans la cité du crépuscule, elle n'avait cessé de s'adonner à sa passion pour lui rappeler ce qu'il avait perdu après son combat face à Kira.

Désormais, loin était le temps des formes crayonnées, vaguement ressemblantes. Elle savait tous dessiner et bien qu'il ne le dise jamais, il avait toujours trouvé qu'elle avait un talent fou. Le travail avait payé, songea-t-il. Il s'approcha doucement, usant de sa magie pour contenir le bruit de ses pas. La technique favorite de Numéro II, le Pas de l'Ombre. Numéro II le lui avait appris quelques années auparavant, quand il avait reçu sa mission. Pas par sympathie, ça avait été un ordre direct – et âprement négocié par Mythrim, il s'en souvenait encore - car c'était plus simple pour un espion de se déplacer discrètement. En dépit du fait qu'il apprenait rapidement généralement, l'entraînement avait été laborieux car le professeur ne tolérait pas l'erreur. Le côté bénéfique c'est qu'il avait appris à une vitesse folle et surtout sans fausseté. En tout cas, ça lui servait bien. Il finit par arriver très près de la blonde sans qu'elle ne parvienne à le repérer. Au-dessus de son épaule, il pouvait la voir en train de dessiner un visage féminin qu'il parvint à reconnaître en dépit des quelques années séparant son dernier souvenir de la jeune femme : Kairi. Il sourit un instant. Puis finit par se lover contre la jeune femme qui ne parut même pas surprise par son arrivée. Ah, elle le connaissait trop. L'époque où elle sursautait à chaque fois qu'il faisait ça était loin derrière eux, songea-t-il avec un fin sourire aux lèvres.

- Bonsoir, bel enfant, lui souffla-t-il à l'oreille en mordillant doucement l'hélix de son oreille.

Elle leva une main derrière elle lui caressant la joue en soupirant. Il ferma les yeux, se laissant aller à sa douce chaleur. Que ferait-il sans elle ? Que serait-il ?

- Comment s'est passée cette réunion ?

- Comme une réunion d'une organisation secrète dont le chef vient d'essuyer un revers, commenta le simili après un instant.

Ses mains se portèrent sur les épaules de la blonde, il entreprit un massage lent. Elle se laissa faire, faisant reposer sa tête son épaule. Des habitudes consommées entre eux. Il n'y avait qu'avec elle qu'il avait autant l'impression d'être entier.

- Roxas, est-ce que cela signifie que tu vas devoir te battre contre Sora ?

- Non, bien sûr que non, répondit le jeune homme sur un ton apaisant. Mais ultimement, je devrais quand même choisir un camp. Car, en dépit de notre amitié, c'est ici chez moi.

La main de Naminé dériva vers la sienne et elle resserra fortement ses doigts autour des siens. Elle cherchait un peu de réconfort ainsi, un peu de son soutien.

- Si vraiment nous devons en arriver là, je tâcherais de le convaincre, la rassura-t-il une nouvelle fois. Sora compte pour moi, Kairi et Kira également. Même si nous sommes séparés par tant de choses aujourd'hui, je n'ai aucune envie les affronter, je te le jure.

- Je sais bien, lui répondit la jeune femme en se retournant pour l'enlacer. Mais j'ai peur que tout cela ne devienne hors de contrôle.

- Ne t'en fait pas, chuchota-t-il en caressant sa joue.

Il s'apprêta à se pencher un peu plus, pour lui ravir un baiser : un long après-midi sans elle, c'était beaucoup trop. Mais il fut stoppé net par l'arrivée d'un énième emmer…

- Je crois que j'arrive au mauvais moment, fit Lyon, les deux mains sur les hanches.

- Oui ! Lui répondit Roxas en roulant des yeux dans leurs orbites

- Non, se contenta de répondre Naminé avec un sourire.

Juste derrière lui, Glen suivait d'un pas lent, ayant la tête de quelqu'un qui manquait clairement de sommeil. En même temps, Roxas n'avait pas été le seul à avoir été tiré du lit ce matin. Lui aussi. Et malheureusement pas parce qu'il avait une jolie petite amie. Il s'était entrainé jusqu'à très tôt dans la matinée après avoir ressenti la force de son petit-frère s'éveiller. Ça avait changé la donne pour tout le monde mais plus particulièrement pour lui. Que quelqu'un puisse combler autant le vide le séparant de leur Ordre en l'espace de quelques heures, ça les avait tous réveillé, et lui en particulier. Il ne pouvait laisser ce petit frère le surpasser ainsi. A peine le temps d'une douche et il était en réunion pour toute la journée. Comme tous les autres, il avait reçu une assignation pour les jours à venir. En trio avec Roxas et Lyon. Là encore, il ne pouvait se laisser surpasser.

- Désolé pour le dérangement Naminé, fit le fils de Mythrim en baillant. On voulait discuter d'un truc avec Roxas avant l'anniversaire d'Akane.

- Oh, alors c'est moi qui gêne, commenta-t-elle, malicieuse.

Si Roxas s'entendait en particulier avec Numéro III, c'était pourtant Glen qui lui avait déballé le tapis rouge à titre personnel. Quand ils étaient arrivés ici, tout avait été si étrange pour elle. Roxas avait eu ses marques, après tout, et elle ne l'avait appris que bien après, il avait été l'un d'eux. Avant même que Xemnas ne le trouve, Roxas était apparu ici, près de Mythrim, près d'un père dont Sora ne se souvenait pas mais que son double avait jugé seul être digne de le protéger.

Même si les autres ne lui avaient pas fait mauvais accueil, même pour les plus effrayants d'entre eux, c'était quand même Glen qui lui avait permis de trouver ses repères. Elle aimait bien son aîné, il était droit et tout le temps très patient, derrière cet air renfrogné toujours un peu froid qui le faisait ressembler à son père. Puis il cachait une véritable tendresse, un cœur en or comme en avait rarement vu quand on creusait un peu. En plus ils partageaient une passion commune pour les vieux films qui les avait aidés à se rapprocher. Et mine de rien, Glen était très curieux au sujet de Riku, Sora et tous les autres.

Lyon était un peu plus ambivalent comme personnage. Évidemment il était tout ce qu'il y a de plus poli avec elle.

Mais ce n'était pas tant son comportement avec eux qui l'inquiétait que son comportement en dehors. Pour couper court à la comparaison que l'on pouvait faire, il fallait comprendre qu'il ne ressemblait en rien à Axel. Le simili était taquin de nature, joueur mais il cachait un très bon fond, comme un feu doux auprès duquel on pouvait se réfugier sans crainte. Lyon était agréable, sociable mais il cachait un caractère explosif, quasiment nihiliste dans sa démarche. Il était la flamme inextinguible qui était capable de tout détruire sur son passage, le brasier dont on ne s'approchait pas. Il n'aimait rien de plus que se battre et elle en avait pris tout à fait conscience, de cette part totalement inhumaine chez lui, quand, deux ans auparavant, il avait été blessé plus que gravement au torse lors d'une opération à Midgar. Il était rentré plus mort que vif et il avait refusé les anesthésiants, tous les soins au-delà des premiers, et pendant des jours et des jours, il était resté à laisser son pouvoir le consumer, se nourrissant de ses flammes pour entretenir son esprit guerrier et se régénérer. Elle l'avait vu, assis dans la Salle Noire – une chambre d'entraînement isolée qui lui faisait peur tant elle dégageait une impression étrange -, le regard rougeoyant sauvage, son aura enflammée autour de lui. Il aurait pu en mourir. Il en était ressorti plus puissant que jamais.

- Évidemment que non, répondit le Mirandia à la blonde. Nous devions juste discuter de notre prochaine assignation et nous avions pensé que Roxas était seul mais on ne va pas vous embêter avec ça.

- Oh ? S'enquit la jeune femme en observant Roxas dont le visage neutre était tourné vers Glen.

Le lien que partageaient les deux hommes dépassait ce que les mots pouvaient décrire. Même pour elle qui avait le pouvoir de manipuler les cœurs, ceux liés à Sora en premier lieu, il était difficile de le rationaliser. Glen était ce fantôme sans visage dans le cœur de Sora, une blessure dont ce dernier ignorait encore l'existence mais pourtant bien présente. Un frère aîné arraché trop tôt. Roxas était évidemment le premier vrai lien que le plus vieux avait eu avec son cadet. A ses yeux, il était plus précieux que ce qu'il ne pourrait jamais exprimer. Les deux se comprenaient souvent d'un regard et les silences entre eux avaient plus de sens que de longs discours.

- Nous devons nous rendre à Midgar dans quelques jours, expliqua Roxas en l'observant dans les yeux, ses bras tendrement refermés autour d'elle.

- Tous les trois ? Questionna la dessinatrice en levant un sourcil.

Rares étaient les fois où les membres du Treizième Ordre bougeaient en groupe. En général, c'était pour des raisons bien précises, souvent des tâches dangereuses ou très spécialisée. Souvent, ça se résumait à une créature très puissante conservant jalousement son trésor. Mais sauf erreur de sa part, il n'y avait rien à Midgar de ce genre-là. Surtout que l'un des membres du Treizième Ordre avait des entrées plus que privilégiées dans la capitale.

- Tous les trois, confirma Lyon tandis qu'il jouait avec ses anneaux de feu.

Le roux conservait l'image gravé d'un garçon aux cheveux châtains se ruant sur lui, arme la première, lui déchirant la peau à la suite d'une erreur de sa part. La prochaine fois, ça ne se passerait pas ainsi.

- Qu'y a-t-il donc de si précieux à Midgar pour que vous deviez le faire tous les trois ?

- Quelque chose de vraiment unique. L'une des Lumières-Mortes.

- Quel genre de choses est-ce ? Est-ce que ça sera dangereux ? demanda-t-elle, inquiète par ce terme dont elle ignorait tout mais qui ne lui disait rien qui vaille.

- Non, ne t'inquiète pas. On te ramène celui-là en un seul morceau, fit Glen avec un doux sourire, en passant sa main dans les cheveux. Ce sont de vieux artefacts dont père a besoin. Ils lui permettront de guérir sa maladie et enfin, nous pourrons réaliser notre grand rêve.

Naminé hocha la tête, se convaincant que tout ceci était tout à fait normal. Derrière elle, le visage de Roxas s'assombrit sans qu'elle ne puisse le voir.


Cloud marchait dans les rues de Midgar alors que la pluie tombait en fine brume. Les gens s'agitaient autour de lui mais il continua de parcourir la cité de son pas lent. Pour une fois, il profitait d'un instant de repos, de solitude, pour se ressourcer. Il soupira. Aerith lui avait demandé de venir plus tôt dans la journée pour l'aider avec une bricole. Rien que la jeune femme ne puisse faire par elle-même mais elle avait tenue à ce qu'il vienne. Il était un homme suffisamment avisé pour savoir que froisser la jolie jeune femme n'était jamais une bonne idée. Elle avait beau paraître toute frêle comme ça dans sa robe rose et son gros nœud dans les cheveux, elle était capable de coller des sueurs froides à tout le monde. Puis, il savait qu'elle était bien intentionnée. Même s'il n'en montrait jamais rien, il appréciait son amitié. Ils avaient parlé de tout et de rien, comme à leur habitude. Rectification, elle avait parlé et il avait écouté. Curieusement, un nom était revenu régulièrement cet après-midi. Tifa. Il grimaça en traversant la rue, toujours de son pas lent, alors que le feu venait de passer au vert pour les piétons.

Il n'aimait pas parler de la brune. Pas qu'il ne l'appréciait pas, non, rien à voir. Tifa était son amie d'enfance et il tenait à elle bien plus qu'il ne parvenait à l'exprimer. C'était bien le problème d'ailleurs. Il n'arrivait pas à exprimer quoi que ce soit devant elle. Ils partageaient trop ensemble et en même temps pas assez. Un sourire amer vint orner ses lèvres tandis que son regard se posa sur son bras gauche, celui habituellement recouvert par sa griffe dorée qu'il avait ôté exceptionnellement. Elle ignorait ce qu'il y avait dessous, ce qu'il masquait à la lumière du jour, et c'était là tout le problème. Il ne parvenait à le lui dire. Mais parmi toutes les choses qu'il aurait voulu exprimer devant, celle-ci était la plus importante. Il savait qu'il le devait, qu'il lui devait la vérité. Mais pour la première fois depuis très longtemps, il était parvenu à un équilibre dans sa vie, à quelque chose de convenable. Il ne voulait pas que son passé vienne briser ce qu'il avait. Mais il savait que les traces noires sur son bras, celles qu'il cachait pudiquement, ne laissait aucun doute sur la nature de ce pouvoir que l'on avait forcé en lui.

Ce n'était pas tant ça qui bloquait Cloud. Encore qu'il ressentait une culpabilité infinie mais avec le temps il avait fini par accepter l'idée qu'il avait été avant tout un médium utile mais non consentant dans ce qui s'était joué à Nibelheim, des années plus tôt. Ça, il pouvait l'assumer. Son problème se situait autre part : On avait forcé ça en lui. Et on l'avait fait parce qu'il avait été un cobaye. Et il l'avait été parce qu'il avait jadis été un idiot trop ambitieux pour son réel talent. Et il savait que Tifa comprendrait immédiatement pourquoi tout avait tourné ainsi. Il ne voulait pas mettre ça sur ses épaules, faire reposer cette responsabilité sur elle. Alors il se cachait, en espérant que tout cela reste derrière lui. Ce qui était parfois difficile avec la jolie fleuriste aux yeux verts. Il s'enfonça dans une ruelle, pour couper à travers des blocs d'immeuble.

Midgar était une ville gigantesque oppressante. Le centre était composé de gigantesques immeubles dont on n'apercevait pas le sommet lorsqu'on était au pied. Des bureaux, des commerces, des espaces culturels tout ce qui faisait de la ville une cité attractive. La périphérie, c'était de grands ensembles industriels dans beaucoup de secteurs. Parfois des habitations privilégiées, comme dans le Secteur 1 et sa plage artificielle. La cité était coupée en couche, les plus riches habitants dans les hauts niveaux, les plus pauvres en bas. Certains ne voyaient jamais le jour disait-on. Pour ce que Cloud en savait, c'était vrai. Les sous-secteurs, ce dont on ne parlait jamais, étaient des taudis qui survivaient par la force de la puissante machinerie qui les alimentait en eau, en air et en électricité. A ces yeux, c'était une situation d'une tristesse insoluble mais… que pouvait-il y faire ? L'appartement qu'il louait était situé en périphérie d'une couche haute, dans le Secteur 7. Un bel endroit, à n'en pas douter, mais il devait couper à travers des blocs de béton gris, des bureaux.

La ruelle qu'il emprunta était vide mais ça ne l'affola pas. Les gens ne sortaient que rarement lorsqu'il pleuvait ou ne restaient pas dehors en tout cas. C'était une raison pour laquelle il aimait les jours de pluie mais c'était aussi le témoignage que le monde-capital était sur le déclin : la très forte urbanisation de la planète, l'exploitation outrancière des ressources, le concentré de la population, tout ça avait frappé le monde en plein cœur. Vingt ans auparavant, Midgar avait été touché par une série de catastrophe écologie d'une ampleur faramineuse dont elle ne se remettait pas malgré des mesures prises en ce sens. Les pluies étaient acides donc. Ça ne concernait pas Cloud, la chose dans son bras était une malédiction mais elle le protégeait pour survivre. C'est ce qui lui avait permis d'apprendre le combat malgré son manque évident de force à l'époque, c'est ainsi qu'il s'était protégé des ténèbres durant la fracture des mondes.

Les mains dans les poches, Cloud passa devant un homme adossé à un mur, le visage redressé vers l'arrière, comme s'il se délectait de la pluie. Il n'y fit pas spécialement attention à lui. Du coin de l'œil, il vit qu'il était vêtu d'un long manteau blanc un vêtement particulier mais peu importe. Après les chaussures de Sora à 12 ans, plus rien ne pouvait le choquer. Il continua son chemin vers dès qu'il passa à côté de l'homme, ce dernier se redressa, l'observant. D'instinct Cloud se tourna vers lui, croisant un regard bleuté entouré de deux mèches noires. Il fronça les sourcils, surtout quand l'homme se mit à le dévisager. Puis il finit par hausser les épaules, et continua son chemin :

- Hé ! L'interpella l'homme en manteau blanc. C'est tout ?

- Hmm ?

Cloud se retourna vers l'homme qui venait de quitter son mur pour faire deux pas vers lui. Rien de menaçant mais son instinct lui disait de rester sur ses gardes.

- Je croyais qu'on allait, je sais pas moi, se battre, lui dit le brun. On se regarde l'un l'autre et puis le duel commence.

Le blond finit par se retourner totalement, observant l'énergumène de la tête au pied. En dehors de son style vestimentaire particulier, quelque chose le frappa instantanément, il n'était pas mouillé. De ses bottes blanches jusqu'au sommet de ses longues mèches sombres, il n'y avait pas une seule goutte d'eau. Cette fois, il porta immédiatement une main à son épée.

- Ah, lui dit l'autre en souriant de toutes ses dents.

Un sourire qui lui rappela subitement celui de Sora. Surtout lorsque l'homme croisa ses bras derrière sa tête.

- Je ne vais poser la question qu'une seule fois, que veux-tu ?

- On ne se bat pas finalement ? Demanda l'autre à moitié déçu. Dommage. Alors laisse-moi regarder rapidement pour vérifier que je n'oublie rien.

L'homme fouilla dans son manteau, à droite, puis à gauche. Il en tira un papier qu'il déplia pour lire le message dessus. Une écriture vraisemblablement nerveuse. Cloud crut discerner en bas de la page « abruti ». Il fronça les sourcils.

- Ah voilà, c'est ça. Alors je suis ici pour te mette en garde, lui déclara l'homme en le pointant du doigt, ses yeux ne quittant pas son papier. Cloud Strife, originaire de Nibelheim, né le 17/12, âgé de 24 ans, fils de Claudia…

- Ferme-là, fit Cloud en lui prenant son papier au vol.

Il se pencha sur l'inscription dessus. L'écriture lui était inconnue, habile et élégante. Il n'eut pas de mal à la déchiffrer : « Le Treizième Ordre vient pour toi. PS : Mes excuses pour cet abruti. ». Il ne fut surpris qu'à moitié par le fait que le message s'adresse directement à lui. Il considéra deux secondes le contenu et se tourna vers l'homme qui protestait derrière lui.

- Qui a écrit ça ? Lui demanda-t-il, très sèchement.

- C'est plutôt compliqué, lui rétorqua l'autre finalement calmé avant d'ajouter, en souriant de plus belle. Un ami.

L'épéiste considéra quelques instants son vis-à-vis. La personne qui lui avait envoyé ce message le connaissait, vraisemblablement. Il se doutait que le messager n'était pas n'importe qui non plus, un tel message ne pouvait qu'être confié à quelqu'un de confiance. Au-delà de l'auteur, qui tenait visiblement à rester anonyme, ce qui l'intriguait le plus, c'était de savoir pourquoi maintenant. Peut-être qu'à cela, le messager pourrait répondre.

- Que me veulent-ils ? demanda Cloud en faisant lentement les cents pas.

- Je crois que tu le sais déjà, déclara le brun, soudainement plus sérieux. Ils ont les clés, maintenant ils veulent ce qu'elles ouvrent.

Le blond s'arrêta dans sa marche et scruta son interlocuteur, une nouvelle fois, de la tête au pied, des pieds à la tête. Il se mordit la joue. Là c'était quelque chose de très différent qui se jouait.

- Ne me regarde pas comme ça, j'ai rien à voir la dedans, lui déclara l'autre. Je me contente de transmettre les mises en garde d'un ami commun. Mais Cloud…

Il leva son propre bras droit, pointant son index gauche vers l'avant-bras sur lequel il appuya plusieurs fois.

- Tu dois la protéger. S'ils s'en emparent, s'ils obtiennent toutes les serrures en plus des clés, rien ne pourra plus les arrêter. Sauf…

Il s'arrêta un instant, cherchant ses mots. Et finit par dire en levant les bras devant lui.

- Crois-moi, tu ne veux pas que je finisse cette phrase. Ce sera pire que tout ce que tu peux imaginer. Pas la fin d'un monde mais la fin de tous les mondes.

A ses côtés le blond venait de refermer ses poings, la pluie tombant de plus belle. Il observait un point invisible sur le sol. De toutes les façons dont ça aurait pu revenir le hanter, il avait fallu que ça prenne cette forme. Quant à son curieux interlocuteur, il se demandait moins qui il était que ce qu'il était. Il avait une bonne idée de la réponse.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, finit-il par souffler. Je n'ai jamais demandé à obtenir cette chose.

- Il n'y a aucune coïncidence dans le destin, rétorqua le brun en l'observant à son tour, tellement plus sérieux que quelques minutes auparavant. Juste l'illusion. Et je sais que tu en as plus conscience que tu ne veux bien l'admettre. C'était ton destin depuis le début, tu n'aurais pas survécu à tout cela autrement. Crois-moi, je sais combien tout ça est injuste. Mais si tu ne le fais pas pour toi, tu peux au moins le faire pour elle.

L'épéiste releva les yeux vers son curieux interlocuteur dont la physionomie avait changé. Il avait rangé ses mains dans les poches de son long manteau blanc, au liseré noir que Cloud ne remarqua que maintenant. Sa tenue était particulière, un très long manteau blanc, fermé du côté gauche, au niveau de la poitrine. Il semblait porter un pantalon droit, de la même couleur. Soit il ne s'y connaissait pas, soit c'était un uniforme, quasiment comparable à celui du Treizième Ordre. Mais sans qu'il ne sache pourquoi, celui-ci lui semblait très différent. Les manteaux noirs servaient à protéger le porteur des ténèbres, c'était moins des vêtements que des artefacts nés d'une magie contre-nature. La tenue blanche semblait presque son opposé sans que Cloud ne parvienne à rationaliser cette pensée. Il en avait juste l'instinct. Au-dessus d'eux, la pluie venait de s'intensifier. Ils restèrent un instant ainsi, l'un en face de l'autre. Le blond prit enfin conscience de tout ce qui les séparait l'un de l'autre, subitement.

- J'ai compris que tu n'allais pas me dire qui vous êtes. Je soupçonne même que tu ne puisses tout simplement pas le faire. Est-ce que tu peux au moins me donner ton nom ?

- Zack, lui répondit l'autre après un instant. Mon nom c'est Zack Fair.

- Je n'oublierai pas, fit à son tour Cloud. Merci pour le message.

Le brun hocha la tête, un franc sourire aux lèvres. Il se tourna et se dirigea vers la direction opposée de celle où se rendait Cloud. Après quelque pas seulement, il s'arrêta pour dire une dernière chose au blond :

- J'avais un mentor quand j'étais plus jeune qui m'avait dit ceci : si tu veux être un héros, tu dois avoir des rêves. Et protéger ton honneur.

- Et c'est supposé signifier quelque chose ? Rétorqua le blond, un très fin sourire aux lèvres bien malgré lui.

- Cela signifie que nous nous reverrons Cloud Strife, conclut le brun en lui adressant un ultime geste de la main.


Les scientifiques regardèrent le corps dans une cuvette remplis d'un liquide qui amenait des nutriments à l'enfant enfermé à l'intérieur. Il devait avoir entre 13 et 15 ans, pas plus. Il était blond, les yeux fermés alors que de nombreux capteurs étaient collés sur son corps nus, il semblait dormir.

Il supporta le pouvoir de la matéria noire, c'est incroyable, commenta un homme bien portant, le crâne raz et l'œil vif. A-t-on une idée de comment il parvient à le faire ?

- Nous l'étudions monsieur le Président, jusqu'à présent il est le seul avec qui le transfert a fonctionné mais nous ne perdons pas espoir. Il semblerait que ce soit sa volonté qui lui ait permis de passer les premières étapes.

- Et risque-t-il un rejet ?

- Pour l'instant, son état est stable monsieur. Conformément à ce que vous souhaitiez, le projet « seconde venue » est en bonne voie. Nous aurons un nouveau guerrier parfait.


- Tu as échoué ! Une nouvelle fois ! Lui hurla le Président en le bousculant. Décidemment, tu ne nous sers à rien. A rien ! Comment vais-je expliquer cet échec hein ? COMMENT ?

L'homme se mit à crier plus fort encore secouant le corps de l'adolescent. Ce dernier se crispa, le corps meurtri par les coups. Ils l'avaient envoyé affronter un membre du SOLDAT. Pas même un 1ere classe. Mais malgré les bons tests, il n'était même pas parvenu à l'atteindre. Pas parvenu à faire grand-chose. Le Président lui retourna une baffe du revers de la main qui l'envoya valser sur le sol.

- Tu me dégoutes microbe. Peut-être devrais-je reprendre tout cet argent que j'ai envoyé à ta maudite mère ? Bruler cette demeure qu'elle ne peut payer que par mon bon vouloir ? C'est cela que tu veux ?

Le Président lui donna un coup de pied et le jeune garçon sentit son souffle se couper, sa respiration se faisant haletante.

- Déchet, conclut le Président avant de le laisser à son sort.


Assis dans les ténèbres de la cage dans laquelle on l'avait une nouvelle fois enfermé, le blond songeait à une vie meilleure. Il avait voulu devenir un héros. Il se souvenait à peine pourquoi. Ah oui, la fille aux grands yeux noirs. Il avait voulu l'impressionner. C'était sa voisine de pallier, une amie avec qui il avait grandi avant de la voir s'éloigner.

Il était un idiot. Sa mère lui avait demandé de ne pas partir, elle l'avait supplié. Sans doute avait-elle su qu'il n'était pas taillé pour cela, pour le combat. Il aurait dû l'écouter. Mais il n'avait pas voulu être un poids pour elle aussi.

Cloud réprima un sourire en entrouvrant un œil. En face de lui, dans les ombres, une forme que lui seul pouvait voir. Une forme humaine, un adolescent comme lui, ses longs cheveux gris souillés par la poussière et la crasse. Il le fixait de ses yeux verts surnaturels et de son sourire carnassier.


- Les résultats sont… inattendus, s'exclama le chef des scientifiques en relisant ses notes. Il semblerait que le garçon ait développé de nouvelles capacités mais pas celles que nous attendions, Président.

- Est-ce que cela présente un quelconque intérêt pour notre projet Professeur ?

- Tout… dépend, lui répondit sombrement le scientifique. Il n'a développé aucune force magique propre comme lors du projet S. Mais nous avons noté un accroissement musculaire notable. Le phénomène semble s'accélérer.

- Je ne note aucun accroissement, siffla l'homme en observant le corps de l'adolescent reposant de nouveau dans le liquide.

Ce dernier entrouvrit les yeux, doucement.

- Parce que l'accroissement se fait de l'intérieur, expliqua l'homme en blouse blanche. Toute cette masse se compresse autour de ses os, comme si elle cherchait à gagner de la place afin que le phénomène ne cesse jamais. En termes plus simple, il devient plus fort de jour en jour mais son apparence n'est que peu modifiée. Selon les calculs que l'on a pu établir, je dirai qu'il est actuellement physiquement plus robuste qu'un homme dans la force de l'âge.

- Formidable, s'exprima le Président, un grand sourire aux lèvres en observant le corps de Cloud. Voilà qui ravira nos investisseurs.


Les yeux bleus du blond croisèrent le regard émeraude de l'autre garçon, celui qui lui ressemblait sans lui ressembler. Et une nouvelle fois il souriait. Comme un dément.

Cela faisait un an qu'il était dans cette cellule. Un an qu'il subissait ces expériences. Il était désormais plus fort que n'importe lequel de leur élite du SOLDAT. Tout cela semblait les ravir. Il réprima un sourire dans l'ombre de sa cellule. Ce dont ne se priva pas l'Autre. Celui marchant dans son ombre. Il ne parlait jamais. Mais il était là, toujours. Parfois il souriait. Souvent après les expériences, après les victoires, après les longs silences. Il n'en pouvait plus de cette présence. Il sentait qu'elle lui ravissait sa sanité, peu à peu. Il ne parvenait plus à ressentir grand-chose. Mais c'était pire avec lui, il prenait même son envie de vivre.

- Laisse-moi tranquille, souffla vainement le blond, en ramenant ses longues jambes vers lui, passant ses mains dans ses longues mèches.

Il avait perdu de ses rondeurs d'enfant pour devenir grand, encore un peu trop amaigri. Mais il savait que son apparence ne traduisait pas son réel pouvoir. Ils lui avaient confié une épée gigantesque qu'il soulevait sans problème. Un bloc de métal brut qu'une dizaine d'homme normal pouvait à peine bouger. Il la maniait d'une main.

- Non, lui répondit une voix froide qui le glaça jusqu'au sang.

Il releva les yeux vers la présence, et se rendit compte que l'Autre… l'Autre venait de lui répondre. Son cœur s'arrêta de battre un instant, alors qu'il croisa son regard, plus vivant que jamais. Contrairement à lui, il n'était enchainé à rien, et il se mouvait avec facilité, absolument pas affecté par les décontractants musculaires qu'ils lui injectaient sur base régulière pour le tenir tranquille.

L'autre garçon s'approcha, ployant genou devant lui. Peut-être pour la première fois, Cloud put apercevoir son beau visage dépourvu de défauts à la lumière du jour, celle qui parvenait à sa cellule à travers les barreaux. L'autre pencha la tête, l'air neutre.

- Tu ne peux plus me contrôler, souffla-t-il d'une voix doucereuse. Et eux non plus.

Cloud chercha à se mouvoir mais avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, il sentit quelque chose se casser en lui. Puis ce fut le noir complet.


Lorsqu'il se réveilla, ce ne fut que quelques heures plus tard. Au milieu des cendres et des flammes, des décombres et des corps. Son corps lui semblait lourd. Tellement lourd. Le jeune homme ouvrit tant bien que mal les yeux, du sang s'écoula d'une blessure qu'il ignorait avoir à son front. Il s'essuya de sa main droite et grinça des dents à la douleur. Avant que son regard ne se porte sur son bras gauche: déformé, gigantesque, recouvert d'une matière sombre visqueuse. Mais qu'est-ce que ça signifiait ?

Il toucha de son index droit la matière sombre, doucement. Cette dernière s'agita, rampant, comme si elle avait sa volonté propre, sur sa première phalange. Il retira instantanément, un froid mordant le saisissant et ferma le poing plusieurs fois, dans un vain effort de faire disparaître la sensation. Mais que se passait-il ?

Profondément troublé, il trouva la force de se lever. Il se sentait si faible. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait tellement vulnérable. Comme si la force qui était la sienne l'avait quitté. Cloud se traîna à travers les ruines, à la recherche d'une âme vivante. Mais rien. Partout, du silence et des horreurs. Etait-il devenu fou ? Etait-ce son esprit qui avait enfin lâché ? Son cœur qui avait cédé aux sirènes de l'aliénation ?

Pourquoi était-il seul ? Et pourquoi tout le monde était-il mort ?

Il avança, encore et encore, pendant ce qui semblait être des heures. Puis il finit par arriver quelque part. Un endroit où les flammes étaient encore plus intenses.

Dans la clarté se découpait deux ombres. La silhouette du Président, arrondie, et une autre plus svelte. Cloud s'approcha, pas à pas, son cœur se serrant. Là où la fumée se dissipait, il pouvait observer les longs cheveux argentés de l'Autre voler. Le blond s'arrêta net quand le corps du Président fut envoyé à ses pieds. Il détourna les yeux promptement du visage de l'homme qu'il avait tant honni. L'Autre ne s'était pas contenté de le tuer, il l'avait massacré.

Le garçon aux cheveux argentés soupira avant de se tourner vers lui. Le blond eut un frisson. Il semblait si réel.

Pourquoi ? Comment ? Furent les deux seuls mots qu'il parvint à formuler.

- Je suis ce qu'ils ont voulu faire de toi. Sephiroth ressuscité. J'étais là, depuis le début, au fond de ce cœur qui est le tiens. J'attendais, patiemment, je me nourrissais de toi, de ce qu'ils ont fait de toi. Jusqu'à ce que je puisse me matérialiser. Merci pour tout.

Le blond le regardait sans trop parvenir à comprendre. Sephiroth ? Il avait déjà entendu ce nom. Un SOLDAT légendaire, le guerrier parfait, tombé au combat des dizaines d'années auparavant. Sans lui, la Shinra avait perdu beaucoup de sa force et l'un de leur projet stagnait. Ils avaient entrepris de recréer un SOLDAT comme lui. C'est ce qu'ils avaient voulu faire de Cloud. Il avait toujours pensé que ça avait raté, car d'après ce que disaient l'équipe des chercheurs, il était autre chose, différent.

- Tu n'arrives pas à comprendre, n'est-ce pas ? Hm, je suppose que c'est normal. J'ai pris une très grande partie de ta force lorsque je nous ai séparés.

Le garçon aux yeux verts, « Sephiroth » releva les yeux vers le ciel, comme s'il cherchait quelque chose. Cloud continuait de le regarder, presque hébété, anesthésié par l'horreur. Il n'arrivait pas à intellectualiser ce qu'il avait sous les yeux. Ce garçon, il avait cru qu'il était le fruit de son imagination. Mais…

- C'est à cause de la matéria noire, lui révéla-t-il, comme s'il lisait dans ces pensées. Ces humains sont naïfs, si stupides de croire qu'il n'y a aucun prix à manier le pouvoir des Cetras. Mais tout pouvoir a un coût. Je suis la volonté de Jenovah incarnée qui renaquit de tes ténèbres Cloud. Mais ne pense pas que je suis oublieux, j'ai pris le parti de te libérer de tes chaînes, comme tu m'as délivré des miennes.

En réponse à ses mots, les bras du blond, celui recouvert par les ténèbres, se mit à s'agiter, la matière se révulsant et prenant une ampleur surnaturelle. Il sentit le toucher glacial de cette ombre sur son visage, sur le reste de son corps. La respiration du blond se coupa, alors que devant lui, l'autre étendait une aile de plume sombre. Lui-même sentit une brûlure dans son dos, comme si quelque chose tentait de sortir de sous sa peau. Il s'entendit hurler alors que l'argenté l'observait, curieux et toujours aussi neutre dans l'expression. Quelque chose se mit à brûler dans ses veines, quelque chose qui le mordit de l'intérieur.

- Intéressant. Il semble que tu te sois nourri de mon pouvoir, autant que je me suis nourri du tiens. Bienvenue dans le monde des Anciens, des êtres doués de magie, Cloud. Sais-tu ce que cette matéria qu'ils t'ont introduit dans le bras est censée faire ? Non ? Eux-mêmes l'ignoraient. Ces idiots ne l'ont vu que comme une source... Mais pour ceux possédant la volonté des miens…

Sephiroth s'approcha de lui, en suspendant ses mots. Il vint à pas lent. Il s'agenouilla juste devant son visage, alors que le blond se tordait de douleur, à la fois par la magie nouvelle, par son bras... par cette matéria que l'autre le forçait à utiliser, par la chose sombre, écailleuse qui ressortait de son dos, couverte de sang qui lui faisait de l'ombre.

- Découvrons-le ensemble, mon frère.

Et tandis qu'il dit ces mots, il porta sa main, aussi froide que le bras inhumain du blond, sous le menton de ce dernier, l'obligeant à redresser le visage.

Au loin, les météores arrivaient.


- Vous croyez qu'ils sont morts ? Demanda une jeune fille du nom de Yuffie

- Evidemment que non, répliqua Squall en roulant des yeux.

Il observait les trois corps reposant dans l'infirmerie. Il était sorti de bon matin pour aller faire un tour à pied. Ça le gardait centré de ne pas rester trop enfermé entre les murs de la ville. De toute façon, les alentours du Jardin Radieux étaient d'un calme plat. En tout cas, il avait trouvé ces trois-là à dizaines de mètre des murs. Il avait été incapable de s'expliquer leur présence. Il avait juste vu le garçon blond trop maigre qui devait avoir son âge, à l'allure particulièrement délabré soutenir les deux jeunes femmes qui souffraient toutes deux de blessures plus ou moins importantes. Il s'était effondré à ses pieds. Squall les avait soignés du mieux qu'il pouvait grâce à la magie, dans l'intimité des contrées sauvages, avant d'appeler en urgence le premier disciple de Maître Ansem. Xehanort avait beau être d'un caractère particulier, il était d'une efficacité redoutable et d'une serviabilité à toute épreuve, généralement. Ce dernier était arrivé et avait complété ses soins.

A eux deux, ils avaient pu faire entrer ces trois-là dans la ville, plus ou moins discrètement pour ne pas provoquer de panique. Il savait que le premier disciple était conscient que le monde était plus vaste que les simples murs de la ville, lui-même étant arrivé quelques années plus tôt d'un endroit extérieur. Un peu comme Squall, il n'en parlait jamais. D'aucun disait que le jeune homme n'avait pas toute sa mémoire. Pour ce que ça pouvait concerner Squall. Personnellement il était juste discret, presque incapable de parler de son passé. Il venait d'un monde lointain qu'il avait fui pour trouver une vie plus douce ici, c'est tout. Mais comme Xehanort, il connaissait la vérité sur les milliers d'étoiles du ciel, les mondes infinis au-delà du Voile. Ce n'était pas le cas de tous.

Yuffie, cette petite peste trop curieuse, les avait rejoints. Ils avaient soupirés tous les deux. La petite brune avait développé en l'espace de quelques mois un amour pour les filatures. En général, sa cible préférée c'était lui. Il ignorait pourquoi lui, en particulier. Il n'aimait pas spécialement les enfants, même s'il était suffisamment bien éduqué pour ne pas se mettre à hurler. En général il subissait donc en silence. L'autoproclamée ninja avait la décence, ou la fainéantise, de ne jamais venir le matin habituellement. Sauf aujourd'hui donc. S'il avait été croyant, il aurait pensé qu'une main invisible manipulait sciemment les évènements. Ils étaient arrivés tous les trois chez le Roi.

Ansem les avait accueillis avec tous le souci habituel après avoir constaté la raison de leur présence. Le dirigeant du Jardin Radieux était un bon dirigeant pour ce que Squall pouvait en juger. Il avait vu tant d'hommes de pouvoir ne travailler que pour eux, que pour leur bien-être. Les habitants de ce monde ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils avaient d'être sous la protection d'un tel homme.

- Moi ça me paraît pas évident, bougonna Yuffie une nouvelle fois alors qu'elle avait la tête posée sur l'un des lits.

- Est-ce que ça peut te paraître peu ou pas évident dans ta tête ? Demanda Xehanort en soupirant d'indignation. J'essaye de travailler, moi. J'ai déjà du mal à comprendre pourquoi tu es encore là. N'y a-t-il donc personne à enquiquiner aujourd'hui ?

- Eh, je me fais du souci, moi, contesta la petite brune en s'agitant devant l'albinos.

Squall fit de nouveau rouler ses yeux dans leurs orbites. C'était plutôt courant de les voir se chamailler. Le premier disciple était toujours sérieux dans ses études quand leur cadette était un exemple vivant de frivolité pour qui rien ne semblait compter plus que s'amuser. Souvent aux dépends des autres. Si possible des gens plus sérieux. Ce qui expliquait pourquoi elle était souvent en train de lui tourner autour. De mémoire, c'était ainsi que Xehanort avait pris contact avec lui la première fois. Il avait pensé que Squall était son grand frère, ou quelque chose comme ça et il lui avait demandé de faire en sorte qu'elle cesse de l'importuner. Il n'avait rien pu faire à ce sujet si ce n'est offrir un verre au scientifique : ils partageaient le même fardeau.

- Un peu de calme voyons jeunes gens, les apaisa Ansem le sage. Yuffie, je vais te demander de respecter quelque peu le silence, je sais que tu es inquiète mais avant de se demander pourquoi, nous devons les traiter, tous les trois. Squall, veux-tu me répéter l'histoire ?

- Bien sûr majesté, répondit le châtain en racontant de nouveau ce qui s'était passé ce matin.

Ils écoutèrent tous attentivement, même Yuffie, dont les yeux étaient toujours posés sur leurs trois invités. Il ignorait ce qui la stressait autant, elle était habituellement détendue et ne serait normalement pas restée, alors pourquoi tant d'attention ? Il faillit poser la question mais l'albinos parla avant :

- Je n'ai pas été mis au courant d'attaques récentes de la part de bêtes sauvages. Dans tous les cas, ce qui a mis ces trois-là dans cet état n'est pas de nature physique, si vous voulez mon avis. Quand je vois ces blessures…

Avec délicatesse, Xehanort prit le bras du blond, celui qui était couvert de marques sombres sous cutanées. Le garçon s'agita dans son sommeil et l'albinos fit ses gestes encore plus habiles et discrets sur sa peau.

- Ce ne sont pas le genre à pouvoir être faites par quoi que ce soit de naturel.

Il observa son maître du coin de l'œil. Le vieux fou semblait l'avoir compris. Xehanort préférait s'abstenir de prononcer des mots fâcheux devant des oreilles étrangères. Non pas qu'il se fiche beaucoup des lois. Rien à voir, il se doutait même très fortement, surtout après aujourd'hui, que Squall n'était pas aussi innocent qu'il le prétendait. Pour ce que ça pouvait compter, il avait même déjà ressenti un pouvoir balbutiant émanant de la petite peste. Non, celui dont il se méfiait le plus, c'était le vieux fou lui-même. S'il commençait à parler magie à tout va, il allait se rendre compte que quelque chose clochait chez lui.

Et quelque chose clochait chez lui depuis quelque temps. Il ignorait quoi, comme il ignorait tout de son passé. Mais depuis quelques semaines, les rêves étaient récurrents. Il voyait des choses qu'il était incapable d'expliquer. Des rêves d'une guerre entre puissances sans communes mesures, entre forces inhumaines. Il sentait peu à peu sa moralité et sa conscience dériver. C'était pour ça qu'il avait commencé des recherches interdites, comme guidé par une voix extérieure dont il ne pouvait se délier. Il retint un rire. Parce que quand il avait touché le bras du blond à moitié mort, il avait « vu » ce qui s'était passé, pendant un fragment de seconde. Il savait précisément pourquoi il était dans cet état. Les météores. Il s'expliquait beaucoup moins comment il était parvenu à se sauver, lui et les deux filles. Mais qu'importe, ce qu'il savait, c'était surtout que ce qui reposait dans son bras était d'une puissance incomparable. Bien plus important que ce que tous pourraient un jour se figurer.

Après tout, ce garçon était comme lui. L'un des sept vecteurs du Royaume. L'une des Lumières-Mortes.