Ce texte a été écrit pour le jeu La Pièce de Huit du Forum de tous les périls, sur le thème "A la lumière des bougies". Je suis encore mitigée vis-à-vis de ce texte, ça faisait un bout de temps que je n'avais pas écrit quand je l'ai commencé et j'ai voulu tester quelque chose dont je ne suis pas 100 pourcents satisfaite. Maiiiis voilà, je le poste quand même, sinon il va juste rester là à pourrir sur mon ordinateur. Dites-moi ce que vous en pensez ! Critiques positives et négatives très fortement appréciées.

Raiting : K.

Disclaimer : à Goda.

Playlist : when the party's over, Billie Eilish.

Bonne lecture !


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Éteins la lumière

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C'est un sentiment poignant, un poids bloqué dans le creux de sa poitrine, qui le tire brusquement de son sommeil sans rêve. D'abord, il croit se réveiller sous les toits, dans la petite mezzanine miteuse, mais l'odeur du bois trempé partout autour de lui le déstabilise. Il fait nuit, et le fond de la cale se peint dans les ombres que son regard apprend lentement à saisir.

La jambe d'un camarade repoussée, il se tire de son lit de fortune, contemple les corps jetés pêle-mêle sur le sol, à ses pieds, et un sourire mi-amer mi-amusé fend l'espace d'un instant son visage engourdi par le sommeil.

C'est presque ridicule. Ils n'ont pas voulu le laisser seul, ce soir. C'est compréhensible, mais pas non moins stupide. Ces abrutis-crétins-insupportablement-attachants.

Il ne sait pas vraiment quand il s'est endormi, mais la couverture sur ses épaules est la preuve qu'il a sûrement été l'un des premiers à sombrer. Il n'arrive pas bien à comprendre comment il a pu s'endormir en de pareilles circonstances ; l'étonnement le chiffonne (il se frotte l'arrière du crâne avec cette impression cotonneuse de perdre pied avec la réalité), parce que le chagrin écrase encore son cœur avec une langueur longtemps oubliée.

La dernière fois qu'il a ressenti un tel poison amer...

Ça ne vaut pas la peine d'en reparler.

Il se redresse, le pas incertain, et s'avance entre les corps, triste funambule tirant son fil au-dessus des cadavres imbibés.

On dit souvent de lui qu'il est un soleil, rayonnant en toute circonstance, et que son feu est alimenté par une rage de vivre inaltérable ; il aurait été façonné pour baigner dans la lumière du jour et nulle part ailleurs. Mais pourtant, les ombres ont ce il ne sait quoi de rassurant, à la manière dont elles l'étreignent – il a l'impression de se fondre dans le décors, d'avoir enfin le droit de se départir de ce rôle qui lui a été assigné.A ne pas voir les contours de son être, ainsi tapis dans le noir, il a le sentiment que son déséquilibre intérieur se stabilise avec le silence.

Les ombres ne vous veulent pas toujours que de mal.

Il se glisse hors de la cabine, la main contre le mur froid, ses petits pieds silencieux sur le parquet tiède. Il prend garde à ne faire aucun bruit – il ne doit surtout pas se faire entendre, de risque de réveiller la maisonnée et d'en subir les tristes conséquences. Ce n'est pas le moment d'échouer dans sa mission. La plante nue de ses pieds tâte les marches du grand escalier de bois ; il a appris par cœur les planches grinçantes, mais c'est la première fois depuis des mois qu'il met en pratique ce savoir durement acquis. Quitte à y passer dix minutes, il préfère prendre toutes les précautions. C'est moins facile sans la lumière, dans le silence de la nuit.

Arrivé un bas, le souffle qu'il n'avait pas conscience de retenir se libère – soupire. Il poursuit son avancée jusqu'au bureau, cette antre de laquelle il a toujours été exclu. Un sentiment de profonde satisfaction meut le sang qui afflue dans son corps ; la pièce faiblement éclairée par la lumière diffuse de la lune a la texture d'un vieux film d'auteur. Les murs et le sol sont bleu-noirs, et il reste un instant au pas de la porte, à s'imprégner des sensations qui l'envahissent. Il les grave dans sa mémoire, une à une, pour ne pas oublier.

C'est la dernière fois.

Il tire la chaise et s'assoit – son propre poids est une souffrance à transporter. Il a l'impression désagréable d'être une vieille machine rouillée.

Il sent dans le fond de sa poche le papier épais, ça lui perce presque le haut de la cuisse, et il tâte sa texture étrange par-dessus le tissu humide de sa propre sueur. Rien qu'à l'idée de ce que contient cette enveloppe, son cœur se tord et sa gorge se serre.

Il pousse un long soupire et jette encore un regard dans les ombres, qui se dessinent plus nettement maintenant que ses yeux les ont apprivoisées. Il regrette de devoir les chasser, mais il sait que, de toute façon ,elles ne s'en vont jamais très loin.

Posséder un fruit du démon n'a rien d'évident. Il ne sait pas bien ce que les autres logias ressentent lorsqu'ils doivent en user, mais le rapport qu'il entretient avec son pouvoir est profondément conflictuel, auto-destructeur ; il lui prodigue une force inimaginable, englobe l'entièreté de son être dans une chaleur ardente qui sait mieux que quiconque réchauffer son cœur glacé de teigne blessée ; mais le feu, après tout, a besoin de combustible pour s'allumer.

Il est le combustible.

Il se sent s'épuiser à petits feux, se consumer à mesure que son pouvoir s'amplifie. Ce qui permet à l'étincelle de s'embraser, c'est quelque chose qui se trouve dans le fond de son ventre – ça se nourrit de ses espoirs et de cette colère inépuisable qu'il entretient envers le monde.

Mais parfois, la flamme s'étouffe sous le poids de la tristesse, et ce n'est pas quelque chose qu'il est facile de muer en carburant.

Comme ce soir, d'ailleurs.

Une maigre étincelle, frêle et tremblotante, naît au bout de son index ; elle éclaire à peine l'angle de son visage, et il observe sa danse incertaine avec le regret de ne plus pouvoir la faire briller davantage. Après un instant, il dépose la gerbe sur la tige d'une bougie et s'amuse de la manière enfiévrée qu'elle a de grossir et s'illuminer. La chaleur presque imperceptible ondoie sur sa peau, le rassérène.

Il est heureux. Ça peut paraître étrange, d'un point de vue extérieur – en vérité, la vie ne lui sourit pas beaucoup, ces derniers temps, et il aurait de quoi s'appesantir sur son sort de longues heures durant. Il admet d'ailleurs volontiers que c'est ce qu'il a fait jusque-là. Mais maintenant, la force de sa décision lui redonne les ailes qu'on lui avait coupées. Il va enfin pouvoir découvrir ce qu'il y a au-delà de la cage.

Il tire d'un tiroir une feuille de riche facture ; il n'a pas eu l'occasion d'en voir de si belles dans sa vie (celles-ci doivent être réservées pour de rares occasions). Il ricane en imaginant leurs réactions, et se dit qu'il pourrait bien pousser la sottise jusqu'à se munir de la plume et de l'encrier, minutieusement rangés sur le bureau.

Il se mord la lèvre, suspend son geste au-dessus du papier immaculé ; une première goutte tombe à sa surface avant de se faire absorber, alors qu'il prend trop de temps à commencer.

Dix ans qu'il garde cette lettre.

En haut de la page, en arabesques étroites et étonnantes, deux noms. Ça suffit à lui donner un autre coup au cœur, et ses yeux s'attardent longtemps sur la dernière virgule pour ne pas s'aventurer plus bas. Ça l'amuse encore un peu de voir comme son écriture est empreinte d'une préciosité trahissant son milieu d'origine. Dès leur rencontre, il a su que l'autre n'était pas qu'un simple gamin esseulé ; il lui manquait les cicatrices que la rue fait généralement aux orphelins, même si son corps n'en était pas moins pourvu. C'était des blessures d'une autre nature. Peut-être plus douloureuses encore. Il n'avait jamais rien dit pour autant, parce que ça n'avait finalement pas d'importance, dans son regard d'enfant.

Ça n'en a toujours pas beaucoup. Il est juste un peu triste qu'il ne lui ait jamais rien dit ; cette vieille impression d'injustice, de s'être vu retirer son rôle protecteur de frère, se trimballe encore avec lui, de temps en temps.

Il lisse du bout des doigts les deux prénoms écrits avec tant d'application, en attendant que la douleur s'en aille.

Ace, Luffy,

La lumière de la bougie tremblote sur le papier alors que danse dans son regard des flammes plus hautes encore.

J'espère que vous n'êtes pas blessés à cause de l'incendie.

Je suis inquiet pour vous mais je sais que vous allez bien.

Il ne doute pas de la ténacité de ses frères. Même s'ils traitent encore leur cadet comme un bébé, il sait à quelle point ce gosse est bien plus résistant qu'il n'y paraît. Il est celui qui les surpassera. Et puis, Ace est avec lui. Rien ne peut leur arriver tant qu'ils sont tous les deux.

C'est la conviction qui le pousse à partir. Ça lui tort un peu le cœur d'imaginer leur séparation, mais il sait que c'est pour le mieux. Ils vont lui en vouloir, à coup sûr ; Luffy pleurera beaucoup, mais il s'en remettra. Le plus difficile sera pour Ace. Il ne lui pardonnera sûrement jamais d'avoir trahi leur promesse d'enfants ; devenir pirates ensemble, parcourir les mers, et protéger leur pleurnichard de petit frère, c'est la seule chose à laquelle ils avaient toujours aspiré.

Il ne s'inquiète pas pour autant. Il y aura bien des manières de se faire pardonner, à l'avenir.

Leur futur n'en sera que plus beau.

Je suis désolé de vous le dire, les gars,

mais quand vous aurez reçu cette lettre, j'aurais déjà...

Souffle qui s'arrête, yeux qui se ferment.

pris la mer !

C'est un maigre réconfort ; la mer est partout, autour de lui, et c'est un peu comme s'il l'était aussi. La houle contre la coque du bateau a l'air de vouloir l'étreindre, panser la plaie, vieille d'une décennie, qui peine toujours à cicatriser.

Il a beaucoup de questions. Elles tournent dans sa tête, se mélangent souvent à la colère, mais pas ce soir ; ce soir, elles ont un goût d'alcool triste et l'odeur acre l'entête.

Il voudrait lui demander pourquoi il est parti. Pourquoi il a cru que, tous les trois, ils ne sauraient pas faire face aux problèmes qui l'accablaient. Surtout, il regrette de ne pas s'être davantage battu pour l'empêcher de rejoindre cette famille qui n'en mérite pas le nom.

La colère, il connaît bien. Il a été en colère tout le temps qu'a duré sa vie. C'est toujours une colère portée sur quelque chose qu'il ne peut pas atteindre ni changer, et cette frustration, elle le tient en éveil, en activité permanente, l'empêche de s'arrêter pour reprendre son souffle.

Il est en colère contre son père mort, contre son frère mort, contre le monde qui l'accueille, contre le système, contre les murs qui se dressent entre eux et la liberté et surtout, ça lui donne envie de donner un coup de pied dans la fourmilière. Il n'y comprend rien, à la politique ; il ne veut pas savoir qui dirige, qui tire les ficelles, qui laisse faire, qui est responsable, il a juste envie d'incendier le monde. Il tire une satisfaction maigre à les voir s'agiter. Il est profondément pirate.

Tout ce qu'il sait, c'est que ce qui a tué son frère est ennemi de la liberté. Alors il fera toujours tout pour être libre pour deux, à sa place. C'est ce qu'il lui doit. Même si l'impression de ne vivre qu'une demi-vie l'obsède, il vivra sans regret pour que, lorsqu'ils se retrouveront là-haut, il puisse lui dire regarde tout ce que j'ai vécu.

Et le rendre fier.

Même si ce soir, la flamme est sur le point de s'éteindre.

Beaucoup de choses se sont passées et j'ai décidé de prendre la mer avant vous.

La plume se suspend, ses lèvres se pincent – il voudrait en dire plus, raconter à quel point il hait la société à laquelle il appartient, son impuissance d'enfant, les pleurs au bord de ses paupières, sa méconnaissance du monde et la peur de ne pas trouver la liberté qu'il cherche par-delà les mers. Mais il se retient. Tout ce qu'il souhaite, c'est de ne pas inquiéter ses frères. Qu'ils gardent une belle image de lui avant son départ. Tout ce qu'ils doivent retenir, c'est qu'il part à la conquête d'un horizon meilleur.

Ma destination n'est pas ici, mais ailleurs.

Je vais devenir fort et je deviendrai un pirate !

Les rêves font encore tambouriner son cœur ; quand il se projette, il les imagine tous les trois plus grands, forts et sans crainte, un pavillon dressé fièrement en haut d'un mat. Il a hâte de voir Luffy devenir Roi des pirates et Ace grand flibustier de renom ; il racontera leurs histoires aux générations futures et jamais plus personne n'aura besoin de se battre pour sa liberté, parce qu'elle sera déjà acquise.

Il n'y comprend pas grand chose, à la politique ; ça ne l'intéresse pas, en premier lieu. Mais il apprend qu'il ne pourra pas s'en passer longtemps, s'il veut comprendre pourquoi il y a un mur entre le Royaume de Goa et le Grey Terminal. Tout ce qu'il pourra apprendre lui servira toujours dans sa vie de pirate.

Il ne peut pas rester. Il y a cet air nauséabond dans la ville qui l'empêche de respirer, et ça le révolte.

Il sait qu'il n'est qu'un enfant et que la mer n'est pas tendre, qu'elle ne donne pas de traitement de faveur, mais il espère qu'elle voudra bien le prendre comme fils et l'accompagner pour sa longue traversée. Quand il l'aura domptée, il pourra accueillir ses frères et leur apprendre à son tour.

Il part en éclaireur.

Ce n'est que repousser à plus tard les retrouvailles qu'ils se sont promis.

Une fois que nous, les trois frères, seront devenus des pirates libres,

nous nous retrouverons quelque part.

Quelque part sur cette grande et libre mer !

Maintenant, Ace a peur des promesses. Il en a donné tant qu'il ne saurait tenir, et en a reçu suffisamment pour que la méfiance l'empoisonne. Il l'a parcouru de long en large, cette grande est libre mer – même le One Piece, dont il ne souhaite que nier l'existence, il a voulu le trouver pour l'offrir à son père. Mais partout où il a été, il n'a jamais pu le revoir ; ni son veston bleu, ni son chapeau haut de forme, ni ses boucles blondes. La grande et libre mer ne demeure que tristement vide.

C'est sûr, ça arrivera un jour !

Parce que visiblement, les promesses sont faites pour être rompues.

« Je promets de vivre sans regrets. »

« Je promets que nous ne nous séparerons jamais. »

« Je te promets de ne pas mourir... »

Et il sait qu'il va bientôt en rompre une autre.

« Promets-moi que tu ne prendras pas de décision hâtive. »

Mais comment le pourrait-il, après tout ce qui venait de se passer ? Ce n'était pas comme s'il avait le choix, comme s'il lui était seulement possible de rester en place, les bras croisés, à attendre que l'ordure responsable de tout ça ne se rende d'elle-même. Ça n'arriverait jamais.

Ce soir, son cœur enfle d'une blessure qu'il connaît maintenant par deux fois.

« Je t'assure, Ace, ce n'est qu'un fruit. Rien de mal ne peut m'arriver. »

Ce soir, son cœur est gros parce qu'il a encore perdu un frère. Le silence est sinistre sur le bâtiment de la seconde flotte, parce qu'en plus de se faire amputer d'un membre, il a fallu que le drame soit de la main d'un des leurs.

C'est là que la liberté d'Ace s'arrête. En prenant le titre de Commandant, il en a déjà cédé une part. Maintenant, il doit en payer le tribut.

Peut-être qu'il brisera d'autres promesses, en prenant cette décision. Il attend de voir.

La fin de la lettre, il la connaît par cœur tant il l'a relue. C'est ce qui lui fait le plus de mal ; alors il se garde bien de poursuivre sa lecture, s'il ne veut pas voir ses résolutions s'effondrer.

Il plie le papier, le glisse dans l'enveloppe, éprouve une dernière fois sa texture, avant de la sceller. Il sourit devant son œuvre, l'approche de la bougie pour en apprécier la beauté, hésite à la brûler. Peut-être que ça le délivrera.

Il pense au petit corps de Sabo, chétif et ridicule, recroquevillé au fond de l'eau, et à celui de Thatch, sur cette barque fleurie abandonnée au courant marin, avant qu'elle ne disparaisse dans le remous ; il se dit que là-bas, au moins, rien ne pourra plus faire obstacle à leur liberté.

Il va pour brûler la lettre et les ombres s'agitent.

Je me demandais, Ace.

Lequel de nous deux est le grand frère d'après toi ?

Maintenant, la lumière chaude du jour a remplacé celle de la bougie, le saké la plume et les fleurs l'enveloppe. Il fait grand soleil sur les tombes, et il prend le temps d'écouter le silence, le vent soufflant jusqu'alors s'étant tu. A côté de lui, l'homme reste stoïque, le visage fermé et le corps patient, attendant qu'il termine. Quand Sabo se retourne, après avoir bu cul-sec sa coupe de saké, Marco lui lance un regard illisible – ça doit lui faire bizarre de rencontrer un type qu'on disait mort depuis des années.

Le phénix ne pipe mot, pourtant, et se contente de se redresser pour le raccompagner.

Ce n'est pas la première fois qu'il vient, mais c'est la seule fois que l'homme l'accompagnera jusqu'en haut de la colline. Il devine que ce comportement inhabituel trouvera bientôt une explication.

Il jette un dernier regard au stetson avant de s'en aller.

Marco, plus loin, s'arrête avant de lui tendre une enveloppe qu'il sort de sa poche. Il va pour la prendre mais, une fois dans sa main, l'autre ne semble pas vouloir la lâcher.

« Jimbei m'a dit qu'il voulait s'excuser. »

Le regard de Sabo glisse sur l'enveloppe usée, maintes fois ouverte et fermée, triturée, aux bords cornés, et quelque chose s'agite dans le creux de son ventre à mesure qu'un souvenir émerge du fond de sa mémoire. Le feu qui ronfle dans sa chair, présence obsédante d'une ombre derrière chacun de ses pas, s'agite avec remord.

« S'excuser de quoi ? »

Sa voix est blanche, et même si Marco lâche la lettre, son bras reste suspendu dans l'air, presque tremblant au contact du papier rugueux.

« De ne pas avoir été un bon grand frère. Il a beaucoup pensé à Luffy et à toi avant de mourir. Il a dit qu'il regrettait de le refaire pleurer comme tu l'as fait pleurer. »

Sa gorge se serre mais il ne dit rien – le ton de Marco ne contient pas de reproche, mais il peut quand même les entendre ; ceux d'Ace, par-delà la mort, qui se rappelle à lui. Il sait qu'il a toujours été rancunier, et il accepte d'en prendre l'entière responsabilité.

Dire qu'ils ont passé une vie à croire l'autre mort ou disparu. Combien d'occasions manquées, combien de rencontres ratées ?

« Comment tu l'as eue ?

— Il l'avait laissée. »

Le regard figé sur la lettre entre ses mains, il ignore Marco qui reprend sa route sans rien ajouter d'autre.

Il n'a pas besoin de la relire, parce qu'il se souvient. Il se souvient de la joie incommensurable qui l'avait pris à l'écriture de ses mots ; c'était un nouveau départ, un lever de soleil. Il imaginait leur séparation difficile, certes ; leur famille de cœur, c'était tout ce qui le faisait avancer, ce qui lui maintenait la tête hors de l'eau malgré les difficultés. Son One Piece à lui. Mais cette séparation, ce jour-là, ne pouvait annoncer que de meilleures choses pour eux.

Maintenant, il éprouve à quel point ces mots sont tranchants. En lui retournant cette lettre, Ace ne fait que lui rendre la pareille.

Il accepte de reprendre le rôle qui a toujours été le sien sans hésiter un instant.

Quelque part entre passé et futur, la flamme d'une bougie s'éteint.

Deux frères aînés, un frère cadet.

Ça peut paraître bizarre dit comme ça, mais notre lien fraternel est mon trésor.

Luffy est encore un petit pleurnicheur mais...

il reste notre petit frère, alors je te le confie !