Chapitre 20 - Délivrance
Sirius et Hermione commencèrent à tourner en rond. Cela faisait trois jours qu'ils y étaient enfermés et ils n'avaient toujours pas réussi à en sortir, même quand de la nourriture leur fut apportée une nouvelle fois. L'ancien Maraudeur avait tenté de sortir de la pièce une première fois mais fut bloqué par un sort et retomba violemment sur le sol sans voir qui avait pu le lancer. Il avait tenté de se métamorphoser en chien mais cela n'avait servi à rien. Il leur était impossible de s'échapper.
Ils avaient également tenté d'atteindre la fenêtre qui se trouvait en haut de leur chambre. Sirius avait lancé une des chaises sur la vitre mais le verre n'eut aucun dommage. L'un des pieds pendait maintenant lamentablement sur l'assise retournée.
Le couple décida alors d'attendre, la situation mettant leur patience à rude épreuve. Plus le temps passait, plus le stress commençait à monter. Combien de temps leur emprisonnement allait-il durer ? De plus, ils avaient beau tourné les suppositions dans tous les sens, ils ne savaient pas qui les avait enfermés. Ils étaient complètement perdus et finirent par désespérer.
Pourtant, leur calvaire ne dura pas plus longtemps. Un après-midi, une heure après avoir reçu leur repas, ils entendirent des sons à l'extérieur de leur prison. Dès qu'ils perçurent des détonations et des bruits de pas étouffés, ils se levèrent et attendirent à proximité de la porte, tentant de décrypter ce qui pouvait bien se passer.
L'attente fut longue mais finalement, quand la porte s'ouvrit avec fracas sur un Nick Walters échevelé et un Harry, les vêtements à peine brûlés, ils se précipitèrent sur leurs sauveurs.
« Sirius ! Hermione ! leur cria-t-il, en prenant son parrain et sa meilleure amie dans ses bras, à tour de rôle. Vous allez bien ?
— Oui, tout va bien ! s'écria la jeune femme.
— Suivez-moi ! Vous ne risquez plus rien. Nous avons réussi à tous les maîtriser. »
Hermione voulut ajouter quelques mots mais fut rapidement entraînée vers la sortie. Elle comprit qu'il n'était pas temps de poser des questions. Les captifs suivirent silencieusement les Aurors dans un dédale de couloirs. Ils se rendirent compte qu'ils avaient été enfermés dans un manoir si grand qu'il aurait été facile à n'importe qui de se perdre. L'incompréhension les envahit à mesure qu'ils avançaient. Ils montèrent un étage et arrivèrent enfin au rez-de-chaussée. Harry les emmena directement dans le grand salon dont la décoration ressemblait à ces vieux châteaux de la Renaissance. Mais où étaient-ils ?
La Ministre fut immédiatement assaillie par une horde de sorciers, des personnes de son cabinet, des guérisseurs et à sa grande surprise, Ron, qui avait fait le déplacement de Grande-Bretagne.
« Mais que... se crispa-t-elle en le voyant.
— Il était hors de question de ne pas venir, s'écria-t-il en la prenant dans ses bras. J'ai évoqué mon ancien passé d'Auror afin que Harry me laisse l'accompagner. Je ne pouvais pas me tourner les pouces à la maison. Je me suis tellement inquiété. »
Il la serra plus fort contre lui tout en lui embrassant le haut de ses cheveux. Hermione était complètement perdue. Elle ne pensait pas revoir son mari aussi rapidement. Elle était soulagée d'être enfin libérée mais tout allait un peu trop vite pour elle. Bien sûr, la brune y avait pensé pendant ces trois jours d'enfermement. Elle en avait même discuté avec Sirius. Mais c'était une chose d'en parler, une autre d'agir. D'ailleurs, elle n'avait pas réellement décidé ce qu'elle comptait faire.
Toujours dans les bras de son mari, son regard se dirigea vers son amant. Celui-ci était assis sur une chaise et se faisait ausculter par un guérisseur. Il avait l'air tout aussi perdu qu'elle, entouré d'inconnus. Il lui jeta néanmoins un coup d'œil. Mal à l'aise, Hermione se dégagea alors du roux. De plus, Amanda s'était installée à côté de lui et semblait lui poser des questions auxquelles le brun ne répondait pas. Hermione eut un élan de jalousie mais se retint de dire quoi que ce soit.
« Tu vas bien ? lui demanda Ron. T'ont-ils bien traité ? Dois-je appeler un médicomage ? »
Il la prit par les épaules et la regarda sous toutes les coutures.
« C'est bon, Ron. Je vais bien, lui lança-t-elle, légèrement irritée. Nous n'avons pas été maltraités, Sirius et moi.
— Ce serait bien que tu voies un guérisseur, quand même.
— Je n'ai pas le temps, je dois absolument m'entretenir avec Harry et mon cabinet.
— Cela peut attendre…
— Non, je ne crois pas. »
Elle s'apprêta à le laisser, puis, prise de remords, revint sur ses pas. Ron avait tout de même fait tout ce chemin pour elle.
« Merci d'être venu, » s'exclama-t-elle en l'embrassant sur la joue.
Puis, Hermione se dirigea vers Harry qui était en grande discussion avec Nick Walters.
« Je souhaite un rapport complet, » lança-t-elle d'un ton ferme.
Malgré ses cheveux décoiffés et sa robe de soirée défraîchie, elle avait posé les mains sur ses hanches et attendaient des explications en sa qualité de Ministre de la Magie. Sirius s'approcha d'eux pour les écouter. Lui aussi voulait savoir qui les avait enfermés pendant plusieurs jours. Ron l'avait également suivie.
« La situation est assez compliquée à gérer. Nous n'avons pas encore interrogé les trois suspects que nous avons attrapé et nous ne savons pas encore très bien ce qui s'est passé, dit Harry, d'un air incertain.
— Dis-moi au moins ce que tu sais !
— Je ne préfère pas, ce n'est pas vraiment lieu et le moment pour ça...
— Harry ! »
Le chef du département des Aurors soupira. Mais il connaissait l'obstination de sa meilleure amie et décida finalement de lui donner les éléments dont il était au courant. Néanmoins, à la grande surprise de la jeune femme, il lança discrètement un Assurdatio autour de lui, la Ministre, Ron, Sirius et Nick. Elle releva les sourcils, de surprise.
« Je préfère prendre mes précautions, vois-tu, chuchota-t-il. Dès votre enlèvement, Nick m'a envoyé un message. Je n'ai pas pu venir immédiatement car le Ministère de la Magie français m'a mis des bâtons dans les roues. Tu te rappelles qu'ils ont fait la même chose pour toi, n'est-ce pas ?
— Oui, en effet ! s'exclama Hermione. Mais là, c'était une urgence, pourquoi faire autant d'histoires ?
— Je ne sais pas encore et je pense qu'il faudra que tu aies une discussion sérieuse avec le Ministre avant de retourner en Grande-Bretagne car je trouve ceci vraiment louche. Mais passons ce détail pour l'instant. Dès que je suis arrivé, le lendemain, après avoir prévenu Ron qui a insisté pour m'accompagner et une poignée d'Aurors disponibles, j'ai rejoint immédiatement Nick, Amanda et Jack(1) dans votre hôtel. Ils étaient malheureusement confinés dans l'établissement et n'avaient pas le droit d'en sortir.
— Mais pourquoi ? s'indigna la Ministre.
— Ce sont les Aurors français qui l'ont décidé, intervint Nick. Dès votre disparition, j'ai alerté Harry mais également les autorités françaises. Et pour des raisons diplomatiques, ils nous ont obligés à rester dans l'hôtel sans pouvoir intervenir. Ils nous ont même menacé de nous enfermer si nous tentions quoi que ce soit. Ils ont invoqué le fait que nous étions sur leur territoire et que nous n'y avions aucun droit !
— Mais c'est inadmissible ! De plus, vous auriez pu les aider.
— Malheureusement, c'est ce qui s'est passé, continua Harry. Et Nick a bien fait de suivre les ordres car il aurait pu être emprisonné juste pour ça. Il m'a attendu et j'ai tout de suite contacter le chef des Aurors français. Nous avons discuté longuement car il était hors de question de ne pas participer à votre recherche. Cela a pris encore 24 heures mais nous avons réussi à intervenir grâce à Demelza.
— Comment cela ?
— Dès qu'elle a su que vous aviez disparu, elle a immédiatement contacté le Conseil des Sages Européens pour leur demander que la police magique internationale intervienne. Elle a reçu le mandat sous 48 heures, ce qui finalement était très rapide. Tu connais la paperasse sorcière… Une équipe est arrivée et nous avons réussi à nous y intégrer. Nous avons eu accès au dossier des Aurors français mais bizarrement, ils avaient peu d'éléments. Ils avaient juste emprisonné quelques sorciers en faveur de la libération des Créatures Magiques car ils maintenaient que c'était de leur fait. Ils étaient en train de les interroger. Nous avons assisté à un interrogatoire et la suspecte, une harpie, ne semblait pas avoir toute sa tête. Elle disait vous avoir kidnappé mais ne pouvait pas nous indiquer où vous vous trouviez. Très rapidement, nous avons commencé à nous méfier de la police française. Nick m'a alors parlé du vandalisme d'une boutique dans Paris qui a eu lieu pendant ta visite. Nous avons décidé de nous y rendre discrètement, afin d'interroger celui qui avait été attaqué. Et il m'a appris des choses fortes intéressantes. »
Harry regarda autour de lui comme s'il ne voulait pas être entendu alors qu'il venait de lancer un Silencio. Il se rapprocha du petit groupe.
« L'interrogé nous a dit qu'il était la cible d'attaque fréquente d'un groupuscule qui se nomme Sorciers et Fiers mais il n'était pas le seul. Des personnes comme lui, pour une meilleure ouverture des créatures magiques, l'étaient également. Nous avons toujours pensé que le groupement pour la libération des Créations Magiques était un groupe violent, saccageant les boutiques et les lieux de leur manifestation, menaçant les sorciers et l'ordre public. C'est ce que les journaux français ont toujours relayé au reste du monde.
— Était-ce bien le cas ? s'interrogea Hermione.
— Eh bien, finalement, nous avons appris que non. Ce groupe, dit violent, ne l'est pas du tout. Au contraire, ils sont pacifiques. Ce sont les media français, sous la coupe du gouvernement, qui ont relayé de fausses informations. »
La Ministre était bouche bée. Elle ne pensait pas que la situation de ce pays était à ce point aussi dramatique. Elle inspira profondément. Malheureusement, ce kidnapping allait avoir des répercussions sur les relations de la Grande-Bretagne et de la France. Et si ce que disait Harry était vrai, elle avait peur de ce qu'elle allait découvrir.
« Le sorcier de la boutique nous a alors donné des noms de possibles membres du groupuscule Sorciers et Fiers. Avec l'accord de la police des Aurors internationale, nous avons mené notre enquête qui nous a amené dans ce manoir qui appartient au Vicomte Demoine.
— Mais le Vicomte Demoine est connu pour son pacifisme. C'est impossible. »
Hermione se rappela du cinquantenaire qu'elle avait rencontré à divers gala de bienfaisance ces dix dernières années. Elle n'en croyait pas ses oreilles.
« Je ne sais pas mais le Vicomte Demoine est introuvable. Nous ne savons pas où il est. En revanche, dès que nous sommes arrivés ici, i peine deux heures, nous avons tout de suite repéré un champ de force magique. Pourtant, il ne nous a pas fallu longtemps pour nous en débarrasser et pour finalement, réussir à rentrer dans le manoir. J'avais l'impression de faire face à des amateurs. Les sorciers que nous avons capturés aussi ne nous ont pas donné beaucoup de fil à retordre. C'est étrange. Nous vous avons libéré et voilà, tu connais tout ce que je sais ! »
La jeune femme resta silencieuse pendant un long moment, tout comme les autres Aurors et Ron.
Ils furent néanmoins vite tirés de leurs réflexions car ils entendirent des éclats de voix. Hermione se retourna et tenta de s'approcher de la dispute, suivie des autres hommes.
« ... pas l'autorité pour diriger cet interrogatoire ! lança un Auror français.
— Nous en avons le droit ! s'exclama l'un des membres de la police internationale qui portait un brassard bleu indiquant son statut.
— Pas du tout ! Ici, nous sommes régis par la loi de 1987. Sur le territoire français, l'interrogatoire doit d'abord être effectué par les autorités françaises. C'est comme ça.
— Alors, dans ce cas, pouvons-nous y assister ?
— Non, il n'en est pas question ! »
Le français, un sorcier d'une quarantaine d'années, campa sur ses positions. Les deux hommes postés derrière lui avaient un air menaçant. Le sorcier de la police internationale, un jeune homme qui semblait avoir à peine la trentaine, fut à court d'arguments. Finalement, il obtempéra et laissa les Aurors français se charger du premier interrogatoire.
Hermione n'était même plus étonnée par la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux. Le gouvernement magique français leur cachait des choses et elle n'était pas sûre qu'ils réussiraient à obtenir toutes les réponses à leurs questions. Ce dont elle avait surtout peur, c'était qu'un innocent soit condamné.
Elle soupira et lança un regard à Sirius. Ce dernier était tout aussi perplexe qu'elle. Il devait penser la même chose. Il releva la tête et la regarda dans les yeux. Elle inspira doucement. Après leur libération et les informations que venaient de lui remettre Harry, il n'était plus temps de penser à eux. En tout cas, pas dans l'immédiat.
La jeune femme posa un regard vers son mari qui discutait avec Harry. Qu'allait-elle faire ? Bien sûr, tout d'abord, elle devait régler cette affaire et revenir en Grande-Bretagne. Mais ensuite, que se passerait-il ?
Elle se tourna à nouveau vers Sirius. Celui-ci avait suivi son regard et savait pertinemment à quoi elle pensait. Elle lui fit un faible sourire, presque désolé, et alla rejoindre Ron.
(1)Si vous vous rappelez, Jack est le quatrième Auror qui accompagnait Hermione pour sa visite diplomatique
