Chapitre 21 - Retour à la réalité

Finalement, Hermione, Sirius, tout le reste de la délégation britannique ainsi que les Aurors revinrent en Grande-Bretagne quatre jours plus tard, fatigués et surtout, frustrés.

Le gouvernement français les avait faits tourner en rond pendant des jours sans leur donner la moindre information. Bien sûr, quand la police internationale et les Aurors anglais avaient tenté de questionner les trois suspects, l'interrogatoire n'avait rien donné. La Ministre avait supposé que ces trois sorciers avaient été ensorcelés ou envoûtés mais elle n'avait aucune preuve et surtout, elle ne pouvait pas remettre en cause les méthodes des forces de l'ordre français car c'était remettre en cause les pratiques du Ministère de la magie de ce pays et cela entraînerait un véritable incident diplomatique.

Quand elle avait revu François Duval, dans la soirée, le jour de sa libération, lavée et apprêtée, ce dernier avait paru particulièrement inquiet, lui demandant sans arrêt si elle allait bien et si elle avait été bien traitée. Mais elle savait pertinemment que ses mots d'encouragement étaient feints. En réalité, son homologue n'en avait que faire de sa santé, ni de ce qu'elle pouvait bien penser. Cela se voyait par les regards qu'il lui lançait : son sourire ne montait jamais jusqu'à ses yeux. Néanmoins, il était tout de même inquiet des relations entre leur deux pays. Plusieurs fois, il s'était excusé, espérant que ce kidnapping n'aurait pas de conséquences sur leurs rapports. Il lui avait même assuré que les coupables recevraient une sentence exemplaire. Sur ce point, Hermione avait tenté de défendre le cas des trois sorciers suspects car elle était certaine qu'ils n'avaient été que des pantins ou des bouc-émissaires dans cette histoire. Cependant, elle n'eut pas gain de cause et les soi-disants criminels avaient été envoyés dans l'une des prisons les plus dures d'Europe, celle de Sainte-Hélène.

Après être revenus par portoloin au Ministère de la Magie britannique, Hermione et Sirius durent rendre des comptes au Conseil d'Administration du Ministère. Ils racontèrent tout ce qui s'était passé, en omettant bien sûr leur idylle. Ce fut ensuite le tour de Nick Walters et de Harry.

La journée fut longue et fatigante mais la Ministre repassa à son bureau car elle savait qu'une montagne de paperasse l'attendait. Cela aurait pu attendre le lendemain mais elle n'aimait pas tellement remettre les choses. De plus, elle avait besoin d'être seule quelques temps avant de retrouver Ron qui ne manquerait pas de lui poser de nombreuses questions liées à l'affaire.

Ce dernier l'avait quittée le lendemain de sa libération après s'être assuré qu'elle était saine et sauve. Il devait continuer son inventaire pour préparer les vacances et l'afflux de nombreux étudiants de Poudlard.

Pendant les 24 heures où elle avait été avec lui, elle n'avait quasiment pas parlé de ses trois jours avec Sirius. Les deux amants s'étaient accordés brièvement sur leurs versions : ils avaient simplement passé des jours enfermés dans la même pièce à tourner en rond et à s'interroger sur les motifs de leur enlèvement. Point. Hermione s'était tenue à cette affirmation et n'en avait pas dévié. Elle avait tenté de cacher sa gêne et avait même été rebutée par ses quelques gestes d'affection, comme un baiser sur la joue, une main sur sa hanche, une étreinte. Elle ne savait pas encore comment réagir avec lui. Mais ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'était pas encore prête à tout lui raconter. Tout était encore trop frais dans sa tête. De plus, elle devait d'abord régler cette histoire avec la France. Elle avait été soulagée quand il était reparti. Cela lui avait donné un peu de répit, mais elle n'avait pas forcément plus réfléchi à la situation depuis.

En revenant en Grande-Bretagne, elle allait enfin devoir l'affronter mais pour lui dire quoi ?

De plus, cela tombait mal avec la fin de l'école à Poudlard. La jeune femme était d'autant plus frustrée qu'elle n'assisterait pas au retour de sa fille, comme elle avait l'habitude de le faire, à cause de sa tonne de travail. Ses beaux-parents le feraient à sa place mais cela lui nouait un peu le ventre. Elle avait toujours été là pour les moments importants de Rose. Et rater son retour lui brisait le cœur. Cependant, elle devait se faire une raison. Elle avait pris un retard phénoménal et en tant que Ministre de la Magie et se devait de prendre ses responsabilités. D'abord, sa fonction, ensuite, son rôle de mère et enfin, son rôle de femme. Chaque chose en son temps.

Installée à son bureau, Hermione soupira une dernière fois, puis, sortit les premiers dossiers que Demelza avait jugé urgents. Comme à son habitude, sa secrétaire avait tout organisé pour son retour et la ministre la remercia intérieurement. Elle se plongea dans le premier document et ne tint pas compte du temps qui passa.

Au bout de deux heures ou peut-être trois, elle ne savait pas, elle entendit toquer à sa porte.

Hermione releva la tête et découvrit Sirius qui se tenait à l'entrebâillement de la porte. Il lui fit un grand sourire, puis entra, en refermant derrière lui.

Depuis qu'ils avaient été libérés, les deux sorciers n'avaient pas eu le temps de discuter de ce qui s'était passé lors de leur captivité. Après le départ de Ron, la Ministre avait été si occupée qu'elle ne lui avait plus parlé. D'ailleurs, ce dernier n'avait pas tenté de la contacter. Elle savait que lui aussi avait été débordé.

Sirius s'avança vers elle et s'assit sur la chaise devant son bureau. Pendant ces quelques secondes, Hermione l'avait observé et son sang avait bouillonné, faisant palpiter plus fort son cœur. Elle inspira doucement, ne voulant pas lui montrer ses sentiments et tenta de se ressaisir.

« Tu vas bien ? lui demanda-t-il, avec un léger sourire sur les lèvres. Pourquoi es-tu encore au travail à cette heure-ci ? »

La Ministre regarda sa pendule magique et vit l'aiguille pointée vers 21 heures.

« Toi aussi, que fais-tu là ? s'exclama-t-elle d'un air fatigué. J'ai trop de responsabilités pour rentrer chez moi mais toi ? Tu aurais pu partir.

— C'est vrai, mais... »

Il s'arrêta quelques instants, l'air pensif. D'une main, il jouait avec la montre à goussets qu'il s'était acheté plusieurs semaines plus tôt.

« Nous n'avons... pas eu l'occasion de discuter... avec tout ce qui s'est passé...

— Je sais, Sirius, et j'en suis vraiment désolée, répondit-elle d'une petite voix. En fait, je t'avoue, je ne sais pas vraiment où j'en suis. Attention, ne crois pas que je regrette. Bien au contraire ! »

Elle lui lança un sourire chaleureux qui le rassura. En effet, les épaules de Sirius s'affaissèrent un peu de soulagement.

« Mais c'est vrai qu'on vivait un peu dans un cocon, tous les deux, dans cette pièce. Nous ne comprenions pas qui nous avait kidnappé, nous avions besoin de réconfort. Et ensuite, les événements se sont accélérés. Et depuis, je n'y ai pas trop réfléchi...

— Ou plutôt, tu ne voulais pas y réfléchir, non ? lui lança-t-il d'un ton légèrement sarcastique.

— Mais pas du tout ! »

Le ventre d'Hermione se noua.

« Mais tu sais bien que ce ne sera pas facile ! Je... suis encore avec Ron... officiellement. Et puis... il n'est au courant de rien !

— Tu vas lui dire ? »

Il releva la tête vers elle et la regarda dans les yeux. La jeune femme déglutit. Son regard était si perçant. Elle avait l'impression qu'il lisait totalement en elle. Son cœur palpita encore plus fort et un malaise l'envahit.

« Je... je ne sais pas encore, » avoua-t-elle finalement.

Elle vit immédiatement son air déçu. Cela lui fit mal.

« Alors, on est quoi tous les deux ? lui demanda-t-il, du bout des lèvres.

— Je ne sais pas...

— Tu veux qu'on reste ensemble ?

— Comment ça, ensemble ? On n'est pas vraiment ensemble, Sirius. Je suis déjà en couple... enfin...

— Alors qu'est-on ? »

Sa voix commençait à trembler, presque irritée. Hermione sentit que sa patience atteignait sa limite, malheureusement, elle ne savait pas quel genre de réponse lui donner. Ses pensées étaient totalement confuses. Plus elle tentait d'y réfléchir, plus son cerveau s'embrouillait. Finalement, elle était bien plus fatiguée qu'elle ne voulait bien le montrer.

« Je crois que j'ai besoin de temps, Sirius, dit-elle finalement. Tu comprends ? »

L'ancien Maraudeur soupira. Elle perçut de la colère contenue et de la frustration. Pourtant, il ne s'énerva pas, en tout cas, pas devant elle. La jeune femme se rendit soudain compte qu'il avait beaucoup changé depuis qu'elle l'avait connu à Poudlard, même quand elle était plus jeune, et qu'il était tombé dans le voile. A l'époque, elle l'avait toujours vu comme une personne qui perdait son sang-froid à tout moment, qui n'agissait que sous l'impulsion, qui s'énervait assez rapidement. Peut-être que son long séjour parmi les morts l'avait transformé. En tout cas, il n'était plus vraiment le Sirius qu'elle avait connu. Cette évidence lui donna un arrière-goût étrange. Elle pensait le connaître par cœur mais en fait, ce n'était pas le cas. Il pouvait la surprendre et évoluerait encore. Son ventre se noua. Elle n'avait pas envie de le laisser partir. Elle ne souhaitait pas qu'il refasse sa vie avec quelqu'un d'autre, qu'il change totalement sans qu'elle soit à ses côtés pour l'épauler et le soutenir. Elle voulait être avec lui car elle l'aimait. C'était évident.

Mais son amour pour lui était-il assez fort pour qu'elle quitte Ron ?

De plus, si elle prenait cette décision, quels impacts cela aurait-il sur son entourage ? Sur ses enfants, ses parents et ses beaux-parents, ses amis et tous les sorciers du monde entier, finalement ? Car Hermione Granger-Weasley n'était pas une simple sorcière. Elle était la Ministre de la Magie de la Grande-Bretagne, une figure publique que tout le monde connaissait. Bien sûr, elle se moquait de ce que pouvaient bien penser les autres. Cependant, parfois, elle avait l'impression que sa vie, à la vue de ses responsabilités, ne lui appartenait plus. Elle se devait d'avoir une certaine image, un standing... En acceptant ce rôle, elle n'avait jamais pensé à quel point il serait important de maintenir une forme d'illusion. Elle devait être parfaite... à tous les niveaux !

Si elle quittait Ron, elle savait qu'elle ferait les choux gras de toutes les presses sorcières du monde.

Étaient-ils prêts à vivre cela tous les deux ? Cela impliquait également Ron et par conséquent, sa famille... il n'est pas question qu'eux deux...

« Sirius, laisse-moi un peu de temps, s'il te plait ! reprit-elle d'une voix plus raffermie. Je t'ai déjà dit ce que je ressentais pour toi. Et je réitère mes sentiments : je t'aime. Je ne sais pas encore où cela va nous mener mais j'ai besoin de quelques jours pour y réfléchir. Cela a été compliqué en France, après notre libération. J'ai pas mal de choses à régler au Ministère et aussi, je dois prendre du recul. Je retourne vivre chez moi ce soir, dans ma famille, avec Ron, mon fils Hugo et ma fille qui revient demain de Poudlard. Je dois d'abord penser à ma famille et peser le pour et le contre avant de tout quitter pour toi, tu comprends ? »

Elle le regarda dans les yeux et maintint son regard. Elle tenta d'y insuffler le plus d'honnêteté possible. Le brun soupira doucement et finalement, hocha la tête, ce qui ôta brusquement un poids dans le cœur de Hermione. Elle souffla, elle aussi, comme si elle s'était libérée de chaînes imaginaires qui avaient entravé le corps.

« Je suis d'accord, répondit-il finalement. Et je comprends ta situation. Ce serait bien trop égoïste de ma part de te faire tout abandonner comme ça. Je te laisse donc y réfléchir. Prends le temps qu'il te faudra. Je t'attendrai ! »

La Ministre ressentit des frissons lui parcourir tout le corps. Elle ne put s'empêcher de se lever et de parcourir la distance qui les séparait. Sirius la regarda faire sans bouger d'un pouce. Il attendait sans même respirer, comme si ce qui allait suivre était inespéré.

Hermione se pencha vers lui et l'embrassa fougueusement. Elle s'assit sur ses genoux et oublia totalement où elle se trouvait. Son environnement avait complètement disparu dans sa tête pour ne laisser place qu'à Sirius, l'homme qu'elle aimait.

Elle ne savait pas encore quelle décision elle allait prendre mais à cet instant précis, elle se dit qu'elle serait prête à tout abandonner pour lui. Son cœur et son corps ne mentaient pas. Elle avait envie de lui, elle avait envie d'être avec lui, elle voulait vivre avec lui.

Cela faisait des années qu'elle n'avait pas ressenti une telle passion. L'avait-elle seulement vécue avec Ron ? En l'embrassant ainsi, elle se rendit compte que non. Jamais n'avait-elle aimé comme elle aimait Sirius.