Chapitre 26 - L'après

Hermione resta de longues minutes dans la salle à manger sans bouger. Ses larmes s'étaient taries depuis longtemps et elle réfléchissait à ce qu'elle devrait faire désormais. Elle ne voulait pas brusquer Ron et aller le voir, cependant, elle ne savait pas non plus si partir sans lui parler une dernière fois était la meilleure solution. Elle décida alors de s'installer dans son bureau dans lequel elle disposait d'un canapé-lit. Elle fit apparaître des draps, ses affaires de toilettes et son pyjama et se coucha. Toutefois, la jeune femme envoya un patronus à Sirius pour le prévenir qu'elle resterait chez elle cette nuit et que tout allait bien, même si ce n'était pas totalement vrai.

La brune, épuisée, dormit d'un sommeil sans rêve et se réveilla aux sons de voix dans la cuisine. Encore à moitié endormie, elle se dirigea vers les bruits et découvrit son fils et sa fille en train de se préparer leur petit-déjeuner tout en chuchotant.

« Bonjour, mes lapins ! lança-t-elle en souriant.

— Bonjour, maman ! »

Hermione embrassa Rose et caressa le haut de la tête de Hugo qui lui retira sa main. Plus il grandissait et plus son fils rejetait les petites marques d'affection qu'elle avait envie de lui donner. Elle repensa avec regret les moments où elle pouvait le prendre dans ses bras et qu'il se blottissait contre elle.

« Que faites-vous réveillés de si bon matin ? Vous êtes en vacances !

— Tu ne te rappelles pas ? On passe la journée chez Papy et Mamy Weasley avec les cousins. C'est l'anniversaire de Louis.

— C'est vrai, j'avais oublié. Qui vous amène ?

— Papa mais il n'est pas encore réveillé. »

La brune regarda l'heure et se rendit compte que Ron aurait déjà dû être réveillé à cette heure.

« Terminez votre petit-déjeuner et préparez-vous, je vais aller voir ! »

Avec appréhension, elle monta les escaliers et rentra dans sa chambre mais à sa grande surprise, Ron n'était pas là. Le lit semblait ne pas avoir été défait. En réalité, il semblait être parti. Elle eut un pincement au cœur. Il ne l'avait pas prévenue, ni ses enfants. Ce n'était pas dans ses habitudes. Il avait été si bouleversé qu'il était parti sans laisser un mot. Mais Hermione ne pouvait pas lui en vouloir. Qu'aurait-elle fait à sa place ? Certainement la même chose.

Elle se prépara alors et redescendit au rez-de-chaussée. Pendant qu'elle attendait que ses enfants viennent la rejoindre, elle envoya un patronus à Demelza pour la prévenir qu'elle ne viendrait que tard ce matin pour des raisons familiales.

Pourtant, alors qu'elle était en train d'expliquer à Rose et Hugo que leur père était parti à la boutique très tôt ce matin, Ron arriva. Hermione le regarda avec surprise. Il avait des cernes noirs, était décoiffé et avait l'air débraillé avec sa chemise entrouverte qui sortait de son pantalon. Mais ce qui l'étonna encore plus, ce furent ses yeux injectés de sang et son état un peu hagard.

« Papa, Maman disait que tu étais à la boutique ! s'écria Rose en lui sentant dessus. Oh, c'est quoi cette odeur ? »

Elle eut un pas de recul. En effet, Ron empestait l'alcool.

« Je vous emmène chez Papy et Mamy Weasley, s'exclama Hermione d'une voix ferme. On va laisser Papa se reposer, il a eu une nuit difficile à la boutique.

— Difficile ? Tu me fais bien rire, marmonna Ron d'un air ironique.

— Allez, suivez-moi ! » continua-t-elle rapidement en espérant que ses enfants n'aient pas entendu les dernières paroles de leur père.

Hermione les guida devant la cheminée, les deux enfants prirent un peu de poudre de cheminette et lancèrent « Le Terrier » d'une voix forte avant de disparaître dans une fumée verte. Elle se retourna vers son mari qui s'était installé dans la salle à manger et se tenait la tête entre les mains.

« Je reviens, dit-elle, nous devons discuter. »

L'avait-il entendu ? En tout cas, il n'esquissa aucun geste. Elle disparut dans un éclair de fumée sans attendre de réponse. Elle ne resta que cinq minutes chez ses beaux-parents, leur indiquant qu'elle avait pas mal de travail à faire et transplana chez elle.

Quand elle arriva dans son salon, Ron avait encore disparu mais elle entendit de loin le son de la douche. Elle décida de l'attendre avec anxiété. Son cœur était mélangé de sentiments divers : elle appréhendait sa nouvelle discussion avec son mari et en même temps, était inquiète pour lui. Elle savait que c'était un coup dur mais s'il craquait totalement... Lui qui avait toujours été un rocher pour leur famille, s'il s'effondrait et ne se relevait pas, quel impact cela aurait-il ?

Le roux revint au bout d'une vingtaine de minutes. Cette fois, il avait meilleure mine. Il s'était douché mais aussi changé et coiffé. Il ne sentait plus l'alcool et ses yeux avaient retrouvé un semblant de calme.

Il s'assit sur le fauteuil et l'observa. Hermione se sentit scrutée et n'osa pas bouger ou dire quoi que ce soit.

« Je pense qu'il n'y a plus rien à ajouter sur ce qui s'est passé entre toi et Sirius, conclut-il. Seulement, j'ai une seule question. L'aimes-tu ? »

Hermione prit une grande inspiration et le regarda dans les yeux.

« Oui. »

Ron soupira de son côté et passa une main dans ses cheveux, les décoiffant.

« J'ai encore du mal à réfléchir. Je... suis en colère mais en même temps, je suis tellement fatigué que je n'en ai plus la force. Je comprends ce que tu as vécu. Néanmoins, je suis... extrêmement déçu. »

Hermione sentit une boule dans sa gorge et les larmes lui montèrent aux yeux. Elle le savait, malgré tout, cela restait douloureux d'entendre ces mots de la bouche de son mari.

« Je te faisais confiance, totalement confiance. J'ai tout donné à cette famille ! Mon amour, mon temps, ma vie ! J'ai tout fait pour toi, pour les enfants... mais finalement, ce n'était pas assez. Non, si je dois être honnête avec moi-même, ça n'a JAMAIS été assez ! »

Il eut un petit rire nerveux.

« Maintenant, je comprends mieux, tu ne m'aimais pas !

— Non, ce n'est pas vrai, Ron ! Je t'aimais, je t'aime toujours ! répliqua Hermione d'un air éperdu.

— A croire que tu ne m'aimais pas assez ! »

Elle se tut. En effet, son amour pour Sirius était malheureusement plus fort. Ron resta encore silencieux pendant quelques minutes.

« Ne parlons pas de cette histoire aux enfants, continua-t-il, pas pour l'instant. C'est bientôt la rentrée, je ne veux pas plus les perturber. En plus, c'est la première rentrée de Hugo à Poudlard, c'est une année importante. Je préfère que nous leur en parlions à Noël.

— Penses-tu que ce soit une bonne idée ? Je veux dire, et si la presse l'apprenait ?

— Pourquoi elle l'apprendrait ? Ne me dis pas que vous avez été imprudents avec Sirius ? »

Hermione lui lança un regard désolé et lui raconta l'histoire avec Amanda.

« Par Merlin, Hermione ! »

Ron soupira à nouveau, gardant pour lui toutes les choses qu'il souhaitait lui reprocher.

« Nous allons devoir lui parler, Harry et moi !

— Quoi ?

— Il n'y a que ce seul moyen ! Sinon, elle va tout déballer à la presse ou pire, à tes opposants ! Tu ne peux pas te le permettre. Tu es Ministre de la Magie ! Nous devrons peut-être même en parler à Kingsley si elle pose un problème. »

Subitement, la jeune femme ne put retenir les larmes qu'elle refoulait depuis le début de la conversation. Ron plissa les yeux.

« Pourquoi tu pleures ? grinça-t-il.

— Pourquoi tu continues à me protéger ? Malgré ce que je t'ai fait ? Pourquoi ? »

La gentillesse de Ron devenait presque insupportable. Elle aurait presque préféré qu'il s'énerve ou la traite de tous les noms. Elle avait tellement honte de ce qu'elle avait fait. Pourtant, c'était étrange puisqu'elle ne regrettait pas. Elle avait surtout honte de ne pas avoir eu le courage de lui dire plus tôt. Ses sentiments restaient confus.

« Je ne suis pas une bouse de dragon, Hermione, je pensais que tu me connaissais mieux. Je t'aime, tu m'as trahie et je ne sais pas si je pourrai un jour te le pardonner. »

Sa voix devint tremblante et se cassa mais il reprit en avalant sa salive.

« Néanmoins, je dois penser à ma famille avant tout et la protéger ! Tu es une figure publique et forcément, tes actes ont un impact. Malheureusement, tu as fait l'erreur d'être surprise. Nous ne pouvons pas revenir dans le passé, hein, c'est risible, n'est-ce pas ? Nous devons donc faire en sorte que ça ait le moins d'incidence sur notre famille. Je ne veux pas que demain, tu fasses la Une des journaux et qu'on te traite de femme adultère. Rose et Hugo en souffriraient, comme moi, mes parents et tous les Weasley. Il n'en est pas question ! Et je ferai tout pour que cela n'arrive pas ! Tu as été inconsciente, c'est vrai, mais je ne te laisserai pas te dépatouiller seule avec Amanda ! C'est de ma vie et de celle de ma famille dont il est question ! Mais sache que je ne le fais pas ça pour toi ! Je ne suis pas un bon samaritain non plus. »

Hermione inspira profondément et lui lança un « merci » du bout des lèvres.

« Toi et Sirius serez les plus discrets possibles. Je ne dis pas que vous ne devez plus vous voir mais plus question qu'il se passe quoi que ce soit au Ministère de la Magie ! »

Une boule à la gorge, la jeune femme accepta. Ron continua de sa voix la plus factuelle possible. Son mari avait décidé de prendre les choses en main. C'était étrange mais rassurant à la fois et finalement, pas si étonnant. Hermione, après toutes ces années vécues avec lui, avait depuis longtemps accepté cette place de chef de famille qu'il avait pris. C'était aussi ce qui l'avait fait longtemps hésiter. Ron était un homme bien et elle se rendait compte que ne le méritait pas. Elle l'écouta.

« Nous ferons tout pour que la presse ne soit pas au courant. Nous maîtriserons Amanda, d'une manière ou d'une autre. S'il faut lui lancer un Oubliette, nous le ferons et tant pis pour les conséquences. Cependant, à Noël, lorsque Rose et Hugo reviendront, nous leur dirons la vérité. D'ici là, cela nous laissera le temps de prévenir nos familles respectives, nos amis. Puis, en janvier, nous ferons une déclaration publique sur notre séparation. Et pour ta relation avec Sirius, il faudra que tu attendes encore six mois avant que cela ne devienne officielle. De mon côté, je vais réfléchir à l'endroit où j'habiterai.

— Tu peux garder la maison !

— Non, ce serait... bien trop dur pour moi. Je pense que je vais dormir à la boutique pour l'instant. Et j'aviserai dans les semaines qui vont venir. Pour l'instant, faisons comme si de rien n'était face aux enfants. Je vais néanmoins en parler avec Harry.

— C'est moi qui vais lui dire !

— Nous lui dirons ensemble ! J'ai besoin de lui pour Amanda. Peut-on le voir maintenant ?

— Je dois prévenir Sirius. Il a discuté avec elle pendant la nuit pour la raisonner...

— J'espère qu'il n'a pas fait empirer les choses ! »

Cette fois, Ron avait pris un ton dur. C'était la première fois qu'il parlait de Sirius de cette manière mais Hermione ne pouvait pas lui en avoir. Il mettrait du temps à leur pardonner à tous les deux. Peut-être qu'il ne leur pardonnerait jamais.

« Alors, allons au Ministère, maintenant ! » lança-t-elle finalement.

Ils se levèrent. Hermione décida de repasser par la salle de bain pour effacer les dernières traces de larmes et ils transplanèrent sur son lieu de travail.

Ils se dirigèrent vers le bureau des Aurors, tout en saluant toutes les personnes qu'ils rencontrèrent. Il était difficile de sourire et de demander des nouvelles alors que le cœur était tourmenté. Cependant, tous deux s'en sortirent à merveille, rompus à l'exercice depuis des mois.

Ils arrivèrent enfin dans le bureau de Harry qui était déjà arrivé et relisait un rapport. Il les regarda d'un air ahuri, ne comprenant pas pourquoi ses deux meilleurs amis venaient le voir, dans son bureau, de si bon matin. Il fut encore plus surpris quand Sirius arriva quelques minutes plus tard. Hermione l'avait prévenu par patronus. Ce dernier lui lança un faible sourire et s'assit à sa droite, alors que Ron était à sa gauche.

La jeune femme attendit quelques secondes avant de prendre la parole et lui raconta tout. Harry passa par tous les stades, incrédulité, effarement, colère, déception. Toutefois, il ressentait surtout de l'étonnement et avait du mal à accepter que sa meilleure amie aimât son parrain, qu'ils avaient eu une relation dans le passé et qu'ils s'aimaient encore aujourd'hui. Mais il ne posa pas plus de questions, se les réservant pour plus tard.

Ils parlèrent enfin d'Amanda et de son implication.

« J'ai tenté de discuter avec elle hier soir, précisa Sirius d'un air incertain. Mais honnêtement, je ne sais pas si ça va servir à quelque chose. Je l'ai suppliée de ne rien dire à la presse, ni à l'opposition. Mais je ne sais pas, elle avait l'air plutôt en colère... surtout du fait que je la croie capable d'une chose pareille...

— Elle est sur quelle mission aujourd'hui ? demanda Harry.

— Je crois qu'elle est au bureau, mais va-t-elle venir ?

— C'est ce qu'on va voir ! »

Harry fit apparaître un patronus et l'envoya à l'extérieur du bureau.

« Désillusionnez-vous ! leur intima-t-il. Il ne faudrait pas qu'elle s'enfuie en vous voyant. »

Ils écoutèrent le chef des Aurors et attendirent qu'Amanda arrive dans le bureau de son chef. Celle-ci lui fit un grand sourire, tandis que Hermione lançait des sorts dans la pièce en informulé afin de la protéger et surtout, pour empêcher la jeune femme de s'échapper. Finalement, ils levèrent leur sort de dissimulation. La fille de Kingsley les regarda la bouche ouverte et fut tentée de rebrousser chemin mais il était trop tard.

Elle s'assit sur une chaise et écouta son chef ainsi que les trois autres personnes dans la pièce.