Disclaimer : Pokémon ne m'appartient pas.


À la poursuite de son rêve


Touko était à demi allongée sur son lit, ses épaisses boucles brunes étalées sur les draps, les mains croisées sur son ventre. Elle fixait le plafond sans le voir, malgré les traces témoignant de son tout premier combat – difficile de réparer les conséquences du feu et de l'eau sur un bâtiment. Elle avait l'impression d'avoir tout réalisé à Unys et que plus rien ne l'attendait. Elle était devenue Maître, avait défendu son titre à maintes reprises, et plus aucun Dresseur ne représentait de défi. Elle ne ressentait pas le besoin de changer Unys en profondeur ou d'édicter une nouvelle loi. Elle avait relevé tous les défis possibles et imaginables de sa région, cumulé trophées et victoires, arpenté chaque recoin d'Unys jusqu'à découvrir une zone qu'elle n'avait vu sur aucune carte, en pleine expansion pourtant... Elle était même parvenue à arrêter les Sept Sages pour les remettre à la police internationale. Que pouvait-elle réaliser d'autre ?

Rien.

Un soupir las s'échappa de ses lèvres. Un grognement lui répondit, l'extirpant de ses pensées. Elle tourna la tête. Roitiflam, son premier Pokémon, la regardait avec inquiétude, confortablement installé sur la pile de coussins qui recouvrait le tapis. Il semblait loin, le temps où il était suffisamment petit pour se blottir contre elle.

Touko lui sourit, sans avoir à se forcer. Elle adorait ses Pokémon. Passer du temps en leur compagnie, les entraîner, combattre à leurs côtés, apportait du bonheur dans sa vie. Elle était Dresseur dans l'âme. Elle avait eu de la chance de rencontrer des Pokémon qui aimaient autant le combat qu'elle.

- Tout va bien. C'est juste que... Je ne sais pas quoi faire, maintenant.

Roitiflam plissa son groin, perplexe. Touko s'assit. Ses pieds touchèrent le plancher tiède, presque chaud.

- Je suis fière d'être Maître Pokémon. Pouvoir vivre uniquement en menant des combats, c'est une chance mais...

Ce n'est pas mon rêve.

La vérité la frappa comme une Fatale Foudre. Ce n'était pas son rêve. Elle l'avait cru, pourtant, en avait été persuadée, même, depuis qu'elle avait rencontré Roitiflam, alors un minuscule Gruikui qu'elle pouvait tenir contre son cœur. Pourtant, ça ne pouvait pas être son rêve. Aussi fière qu'elle était d'avoir accompli cet objectif, il ne l'emplissait pas de félicité.

Quel était son rêve alors ?

Elle passa une main dans ses cheveux pour les dégager de son visage. Dire qu'elle avait assuré à N qu'elle avait un rêve. Que penserait-il d'elle, en la voyant hésiter et se poser ainsi des questions alors qu'elle était l'autre héros d'Unys, celle qui avait réveillé l'un des Dragons Légendaires et en avait fait un compagnon ?

C'était indigne d'elle.

Ses actions avaient détruit son rêve, n'en avaient laissé que des cendres et elle n'avait même pas été capable de suivre son conseil si simple, si évident.

Touko ! Tu m'as dit que tu avais un rêve. Réalise-le ! Un beau rêve peut devenir ta réalité. Touko, je sais que tu en es capable !

Presque les dernières paroles qu'il lui avait adressé, avant de partir. Loin. Sans indication de lieu ou de durée. Et puis...

Je te dis... Adieu... !

Avant de s'envoler sur le dos de son Dragon Légendaire. Le roi déchu ayant tenté de concrétiser son idéal pour affronter les injustices de la réalité.

Touko se leva. Elle se dirigea vers la fenêtre, tentant de se défaire de son trouble et de son malaise. Elle l'ouvrit, laissant l'air nocturne s'engouffrer dans sa chambre. Elle croisa les bras sur le rebord et se pencha, sans parvenir à se détendre. La nuit était calme pourtant. Paisible, comme elle avait toujours sut l'être à Renouet. Le silence était doux, réconfortant, vivant, parfois interrompu par le murmure des arbres bruissants, le clapotis ensommeillé de l'eau ou des battements d'ailes furtifs. D'ailleurs, une nuée d'ombres passa devant les étoiles avant de se fondre dans les ténèbres. Les étoiles qui brillaient avec tant de vivacité ici, alors qu'elles cachaient leur éclat aux autres villes d'Unys. C'était un détail qui l'avait intriguée et perturbée pendant son voyage... jusqu'à ce qu'elle comprenne les intentions de N et qu'elle ait des préoccupations bien plus importantes. Le rôle qu'il voulait la voir jouer : la défense d'un point de vue contraire au sien pour s'assurer qu'il prenait tous les paramètres en compte et qu'il ne faisait pas fausse route...

- Où peut-il bien être ?

Ce n'était pas la première fois qu'elle se posait la question, seulement, le monde était vaste. Il pouvait se trouver n'importe où.

- Grrr ?

- N. Ça fait longtemps qu'il est parti.

Et, soudain, elle sut ce qu'elle devait faire : le retrouver. Elle ne s'était pas lancée à sa poursuite le jour de son départ car il avait besoin de ce voyage pour se retrouver et qu'elle avait des responsabilités. Le temps était passé, les choses avaient changé. Maintenant, elle pouvait se lancer à sa recherche.

C'était décidé.

Sans s'en apercevoir, elle s'était redressée. Ses mains s'appuyaient sur la rambarde pendant qu'elle affrontait la nuit du regard. Même la nuit n'était pas noire. Elle était emplie de nuances pour qui prenait la peine de la regarder.

Touko tourna le dos à la nuit et se dirigea d'un pas décidé vers son sac. Elle en fit l'inventaire, notant mentalement ce qu'il lui manquait pour l'acheter dès demain. Elle n'était pas comme Cheren, à devoir analyser tous les tenants ou aboutissants d'une situation avant d'y mettre le pied, ni comme Bel, à se lancer sans prendre garde aux conséquences.

Le sourire qui s'était invité sur ses lèvres à cette pensée – elle les aimait tant – se fissura tandis qu'elle prenait conscience de ce qu'elle devrait laisser derrière elle pour ce voyage. Sa famille : sa maman, Bel et Cheren. Le temps qu'elle retrouve N, elle en manquerait, des moments passés avec eux.

Son cœur se serra à cette pensée mais sa détermination ne faiblit pas. Elle savait ce qu'elle voulait à présent : réunir tous ceux qu'elle... tous ceux qui comptaient pour elle. S'assurer qu'ils se portaient bien, qu'ils étaient heureux et, si possible, être à leurs côtés.

Il lui faudrait dire au revoir... mais pas adieu.

Elle devait retrouver N. Le temps qu'ils avaient passé ensemble semblait dérisoire comparé à la totalité de son voyage et, pourtant, il avait pris une part importante dans sa vie. Il comptait pour elle.

Quelle genre de héros serait-elle si elle l'abandonnait ?

Touko avait du mal à croire, tout de même, qu'elle n'allait pas assister au rapprochement de Cheren et Bel aux premières loges. Elle avait l'impression de l'attendre depuis leur plus tendre enfance, depuis qu'elle avait remarqué que leur amour n'était pas seulement amical. Elle s'était tue, pour ne pas les brusquer. Ça avait été si difficile, eux à qui elle pouvait tout confier. Elle avait attendu ce moment avec impatience – et, avouons-le, l'espoir de les taquiner – mais elle le manquerait. Quelle déception.

Touko jeta un regard à ses Poké-Balls. Ses Pokémon, éveillés, frémissaient d'impatience. Ils anticipaient le voyage, les aventures, le danger, alors qu'elle ne leur avait pas encore parlé.

Elle prit la Poké-Ball de Roitiflam et se tourna pour la tendre vers lui. Il attendit tranquillement. Il incarnait une telle confiance. Depuis que leurs regards s'étaient croisés la première fois, elle n'y avait pas surpris la moindre étincelle de doute. Comment aurait-elle pu perdre dans ces conditions ? Ses Pokémon lui faisaient confiance, et réciproquement. Elle n'aurait laissé rien ni personne séparer leur équipe. Elle était capable de toute affronter pour protéger leur lien. Elle n'avait aucun regret.

- Nous allons faire un tour dehors. Je dois vous parler.

Sa chambre, malgré sa grandeur, était trop étroite pour accueillir toutes leurs formes évoluées. Sans compter qu'ils risquaient de réveiller sa maman.

Roitiflam opina solennellement. Un rayon rouge jaillit de la Poké-Ball et il y retourna. Touko la rangea auprès des autres. Elle en sortit une autre et, d'une main, passa la lanière de son sac sur son épaule. Elle l'y maintint fermement. Elle se dirigea vers la fenêtre ouverte. Elle lança la Poké-Ball, prit appui sur le mur et s'élança dans les airs. Sans hésitation ni peur. Le bruit caractéristique d'une Poké-Ball qui s'ouvrait se fit entendre. Des battements d'ailes. Des serres encerclèrent son bras libre et sa chute cessa avant d'avoir commencé. Elle glissa lentement vers le sol. Une fois que ses deux pieds se trouvèrent sur un tapis d'herbe tendre, la pression se relâcha. Elle laissa son bras retomber contre elle. Déflaisan se posa en face d'elle, si élégante avec son port de tête fier et son plumage caressé par la lune.

Touko sourit.

Une confiance réciproque.

Touko s'empara de ses autres Poké-Balls et les lança vers le ciel. Chacune d'entre elle s'ouvrit et libéra un Pokémon. Elle les récupéra et les rangea dans son sac avant de regarder tout autour d'elle. Roitiflam, dressé de toute sa hauteur. Mégapagos, légèrement recourbé sur lui-même, mais attentif. Haydaim, avec ses bois feuillus, teintés d'argent par les rayons de la lune. Trioxydre, étonnamment silencieux, ses trois têtes tournées vers elle. Cryptério, flottant doucement sur les courants d'air. Et Déflaisan. Ils attendaient tous sa déclaration avec attention.

Touko les regarda les uns après les autres. Le Dragon Légendaire n'était plus parmi eux. Ils avaient convenu qu'ils devaient se séparer. Il saurait où la trouver si jamais il avait besoin de son aide et inversement. Unys avait au moins besoin de l'un de ses deux dragons, même s'il ne formait qu'une facette dépourvue de sa moitié.

- Nous allons quitter Unys et partir dans un grand voyage à travers le monde.

Roitiflam et Mégapagos échangèrent un regard. Déflaisant pencha la tête sur le côté. Touko eut un sourire. Cette annonce avait de quoi surprendre. Ils avaient tous toujours vécu à Unys. C'était leur maison.

- Nous traverserons d'autres régions, rencontrerons de nouvelles espèces de Pokémon, affronterons des Dresseurs...

Au fil de sa liste, ses Pokémon se redressèrent, intrigués. Les yeux de Roitiflam luisirent de défi et il grimaça avec fierté. Haydaim claqua ses sabots contre le sol avec impatience. Trioxydre ondula sur lui-même, se préparant à combattre. Un grondement naquit dans sa gorge. Mégapagos appuya ses nageoires contre ses flancs et sourit. Déflaisan se tint un peu plus droite, avec son port altier. Cryptério fit quelques cabrioles dans les airs, débordant d'énergie. Quelle chance Touko avait d'avoir rencontré de tels Pokémon. Ils désiraient de nouveaux défis tout autant qu'elle.

Son sourire s'effaça. Son poing se serra.

- …et, surtout, nous allons retrouver N.

Son équipe s'immobilisa. Cryptério se laissa flotter jusqu'à elle. Un léger sourire revint sur le visage de Touko. Elle posa une main sur son flanc pour le rassurer puis reporta son attention sur ses Pokémon. Elle leva le poing.

- Vous êtes partants ?

Sans hésiter, ils hurlèrent leur approbation, déchirant le silence nocturne. L'expression de Touko s'empreignit de défi. Les voilà lancés dans une nouvelle aventure...

Des volets claquèrent contre les murs, les faisant sursauter. Roitiflam, Mégapagos et Trioxydre se recroquevillèrent, honteux, tout comme Cryptério qui les rejoignait et Haydaim qui baissa la tête. Déflaisan entreprit de se lisser les plumes avec intérêt.

- Que se passe-t-il ?

Touko se retourna. Sa mère l'observait, le visage plissé par l'inquiétude, depuis une fenêtre. C'était bien la peine d'avoir veillé à ne pas la réveiller pour parvenir à ce résultat. En même temps, si Touko parvenait à s'inquiéter de ce genre de choses, sa chambre n'aurait pas fini dans un état si misérable le jour où elle avait reçu Roitiflam.

- Ce n'est rien ! Retourne te coucher Maman.

- Tu es sûre ?

Touko opina.

- Je t'en parlerai demain.

Sa mère hésita un instant supplémentaire, comme si elle sentait qu'il se tramait quelque chose de plus important, avant de se fondre à l'intérieur.

- Dans ce cas, bonne nuit mon bébé.

- Bonne nuit.

Sa mère referma la fenêtre. Touko en profita pour regarder la maison où elle avait grandi, son foyer. Elle repensa aux innombrables heures qu'elle y avait passé avec Bel et Cheren, au jour où ils avaient reçu leurs Pokémon...

Elle recula de quelques pas pour regarder les maisons voisines, celles de ses amis d'enfance. Son cœur se serra. Elle avait beau savoir qu'elle devait le faire, ça ne l'empêchait pas de ressentir déjà leur séparation. Elle n'avait jamais vécu sans eux. Même si elle aimait sa mère, elle était davantage habituée à partir loin d'elle. Cheren, Bel et elle avaient commencé leur voyage ensemble et, s'ils avaient fini par avancer chacun de leur côté, ils avaient arpenté les mêmes routes et s'étaient croisés à de nombreuses reprises. Ce serait entièrement différent cette fois.

Dès demain, elle devrait leur dire au revoir.

Une patte massive se posa sur son épaule gauche. Une robe soyeuse se frotta contre son bras droit. Elle inspira profondément.

- Ce sera un tout nouveau départ.

Et sa décision était prise.


XXX


Le monde était vaste, si incroyablement vaste qu'il ne pouvait être embrassé par ses yeux et qu'il serait sans doute incapable de le parcourir entièrement. Heureusement, ce ne serait pas nécessaire. Il devait juste voir à quel point le monde dans lequel il avait baigné toute son enfance était étroit. Que le noir et le blanc n'étaient pas deux couleurs distinctes, que tout opposait et qu'un univers séparait, mais reliées par des nuances dont ils ne se distinguaient pas. Qu'il avait manqué de nombreux nombres à ses équations. Il y avait tant à apprendre... Il devait tout recommencer.

Ces mois de voyage se révélaient fructueux. Il avait déjà rencontré d'innombrables Pokémon... et êtres humains, de tous horizons. Il peinait toujours à échanger avec les gens. Ils étaient si inutilement compliqués, si prompts à mentir, si... décevants. N savait qu'ils n'étaient pas tous ainsi, bien sûr. L'autre héros élu d'Unys le lui avait prouvé. Les deux amis qu'elle avait aussi. Leur voyage aux côtés de leurs Pokémon leur avait permis de corriger leurs travers : trop peu capable de se confronter à la réalité pour l'une, trop avide d'un idéal pour l'autre. Même ce jeune arrogant de Cheren avait fini par comprendre. Certains humains valaient la peine d'être approchés. Pour cette raison, il se devait de faire des efforts et d'apprendre à leur parler. Même s'il préférait toujours la compagnie des Pokémon.

Maintenant qu'il acceptait de le regarder avec attention, le monde lui offrait toutes ses nuances. N écoutait les Pokémon pour entendre ce qu'ils avaient à partager – contrairement aux humains, ils ne comprenaient pas le concept de mensonge – à propos du monde dans lequel ils vivaient. Certains Pokémon étaient malheureux au service d'un Dresseur. D'autres débordaient de joie de vivre en toute liberté, aussi loin que possible de la race humaine. Ces cas de figure, il les connaissait par cœur. Il continuait de ressentir une douleur cuisante, comme si sa peau était à vif, lorsque son chemin croisait celui de Pokémon souffrants. Il désirait leur venir en aide du plus profond de son âme, trouver une solution pour les sauver, sans détruire l'état actuel des choses.

Car il existait bien d'autres situations.

Des équipes, Pokémon et Dresseurs, heureuses d'avancer côte à côte, partageant victoires et défaites, joies et peines. (Aucune ne lui semblait aussi unie que celle de Touko, mais son opinion était certainement biaisée.)

Il avait vu des Pokémon brisés par la mort de leur Dresseur, pleurant aux côtés de la famille humaine des Dresseurs accablés par la mort de leurs Pokémon, ne quittant presque jamais leur sanctuaire, terrifiés à l'idée de perdre le lien ténu qu'ils parvenaient à entretenir.

Il avait écouté des histoires sur des êtres humains prenant tous les risques pour les Pokémon, quitte à mourir, et des Pokémon choisissant avec libre arbitre de se sacrifier pour les humains.

Bien entendu, les histoires n'étaient pas toutes belles. Certaines lui rappelaient douloureusement les raisons de son idéologie et le replongeaient dans cette salle sombre, résonnant des cris de douleur et de désespoir des Pokémon maltraités. Mais ce n'étaient pas les seules qu'il voyait. À présent, il se rendait compte à quel point le monde perdrait si les Pokémon et les humains étaient irrémédiablement séparés. Il fallait juste trouver une manière de protéger les Pokémon en souffrance, tout en permettant aux véritables équipes de rester unies.

Ses pensées dérivèrent tout naturellement vers Touko. Le premier Dresseur qu'il avait rencontré à tenir à ses Pokémon, à les comprendre. L'autre héros d'Unys, qui lui avait permis d'ouvrir les yeux sur le monde. Il se demandait ce qu'ils faisaient, à présent. Ils avaient certainement obtenu le titre de Maître. Peut-être affrontait-elle des Dresseurs à longueur de journée pour les défendre ? Ou peut-être voyageait-elle en compagnie de ses amis, Cheren et Bel, pour découvrir de nouveaux horizons ?

Il sentit le Dragon Légendaire entamer sa descente. Il abandonna à contrecœur le cours de ses pensées pour se concentrer sur le présent. Ils se rapprochaient lentement d'une nouvelle terre.

Lorsque le Dragon atterrit, N descendit de son dos. Il tendit la main vers son museau et toucha sa peau si douce.

- Merci, mon ami.

Le Dragon cligna des yeux.

C'est tout naturel.

N sourit. Le Dragon Légendaire considérait que l'accompagner à la découverte du monde et de toutes ses nuances faisait partie de son devoir. Bien sûr, il souhaitait également l'aider en tant qu'ami.

Entendre la voix des Pokémon était une véritable bénédiction. N devait apprendre à user de son don avec sagesse.

Il se retourna lentement. Une immense étendue de verdure lui faisait face. Des arbres se dressaient, des feuilles et des herbes bruissaient. Les voix ténues des Pokémon lui parvenaient.

N fit un pas vers la nouvelle étape de son apprentissage.


XXX


Touko peinait à se rendormir. Connaître ses projets avait apaisé son esprit et son cœur, mais savoir qu'elle partait demain pour de nouveaux horizons la remplissait d'énergie et l'empêchait de trouver le repos. Elle savait qu'elle devait rassembler le plus de forces possible, pourtant, pour pouvoir partir du bon pied.

Une fois qu'elle aurait dit au revoir...


XXX


Touko rassembla ses épais cheveux bruns en queue-de-ponyta avant de visser sa casquette sur la tête. Elle ramassa son sac, ajusta la lanière sur son épaule et traversa la vaste pièce. Elle s'arrêta au sommet des marches et jeta un dernier coup d'œil à sa chambre. Avec un soupir, elle descendit lentement les escaliers. Elle arriva dans la pièce principale. Sa mère s'affairait dans l'espace cuisine. Elle ôta son sac, le posa contre le pied de la table et alla la rejoindre.

- Bonjour Maman.

- Bonjour mon bébé.

- Tu as besoin d'aide ?

Elle secoua la tête.

- Installe-toi. J'ai presque terminé.

Touko obéit. Ça faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas partagé un repas avec sa mère, et plus encore depuis qu'elle lui avait préparé un repas. Elle avait voyagé pendant longtemps et trouvé peu d'occasions pendant son périple pour rentrer à la maison. Les rares fois où elle était revenue, elle était passée en coup de vent pour partir presque immédiatement.

Sa mère vint vers la table en portant deux petits plateaux. Elle en posa un devant Touko et un autre à sa place avant de s'asseoir.

- Bon appétit ! lancèrent-elles en chœur.

Touko prit des couverts et entreprit de découper son roulé aux baies Framby, presque surprise de toujours savoir les utiliser – l'unique fois où elle s'était rendue dans un restaurant, c'était pour se battre, et non pour manger.

Elles petit-déjeunèrent en silence. Touko voyait le moment de leur discussion sa rapprocher. Elle ne fit rien pour le repousser.

Les couverts se posèrent. Touko releva la tête. Sa mère lui souriait tranquillement.

C'est le même sourire qu'elle avait le jour où j'ai commencé mon voyage.

- J'ai quelque chose à te dire.

- Je le sais, tu m'as avertie hier, dit-elle en croisant les bras sur la table, son attitude détendue. Je t'écoute.

- Je par en voyage.

Sa voix avait résonné de façon décidée. Sa mère sembla surprise, puis légèrement confuse. Elle ne devait pas comprendre pourquoi Touko l'avertissait. Elle ne voyait pas que c'était différent cette fois.

Pas encore.

- Dans d'autres régions.

Cette précision suffit pour que sa maman comprenne l'ampleur de la situation.

- Si loin ? Où ?

- Je ne sais pas. Je pars à la recherche de quelqu'un. N. La dernière fois qu'il a été vu, c'était dans une autre région.

Cela signifiait qu'il pouvait se trouver n'importe où excepté Unys. Les indices avaient beau être vagues, Touko partait.

Sa détermination devait se voir sur ses traits car, malgré la tristesse présente dans ses yeux, sa mère n'essaya pas de la convaincre. Elle esquissa un sourire, si chagriné qu'il lui serra le cœur.

Touko se leva. Elle fit le tour de la table et serra sa maman dans ses bras.

- Je dois y aller.

Lentement, les bras de sa mère se refermèrent sur son dos.

- J'espère que tu retrouveras ton ami.

- J'y arriverai. Ça prendra le temps qu'il faut mais je le retrouverai.

Touko serra davantage sa maman contre elle avant de s'écarter. Elle lui sourit.

- À bientôt.

- Au revoir mon bébé.

Touko fit le tour de la table, récupéra son sac. Elle passa la lanière sur son épaule, sans s'arrêter, et se dirigea vers l'entrée. Elle ouvrit la porte. Renouet s'étendait devant elle, baigné dans la lumière matinale. Elle s'arrêta sur le seuil, jeta un regard par-dessus son épaule. Sa mère la regardait. Touko la salua avec un sourire auquel elle répondit. Elle referma la porte derrière elle et s'appuya contre le battant.

Première étape franchie. La seconde ne serait pas moins difficile.

Elle ouvrit son sac et fouilla dedans d'une main, ses doigts tâtonnant à la recherche d'un objet spécifique. Elle sentit une masse froide, dessina ses contours, et sortit le Vokit. Elle l'alluma. Avec une rapidité liée à l'habitude, elle appela deux contacts. Une sonnerie d'attente résonna avant que l'écran ne se divise en quatre. Elle apparut dans le carré supérieur gauche, l'air attristé. Elle ne fit rien pour changer son expression. Toute la gaieté du monde ne saurait la faire sourire alors qu'elle devait se séparer de sa famille.

Sans surprise, le premier visage à apparaître fut celui de Cheren. Il réajusta ses lunettes sur son nez et la toisa d'un air inquisiteur. Il ne montrait pas autant ses émotions que Bel, mais Touko pouvait dire qu'il était inquiet.

Il se trouvait vraisemblablement dans un bâtiment, mais pas chez lui. Ça ne ressemblait à aucune des pièces de sa maison.

- Touko ? Il y a un problème ?

- Je dois vous parler.

Un autre écran s'alluma. Le doux visage de Bel, auréolé de cheveux blonds, apparut. Ses grands yeux étaient écarquillés. Derrière elle, des arbres espacés indiquaient qu'elle se trouvait sur une route.

- Pardon ! Je n'ai rien manqué ?

L'expression de Touko s'adoucit.

- Rien. Je dois vous parler. Est-ce qu'il y a un endroit où on pourrait se retrouver ?

- Je ne suis pas loin de Maillard, déclara Cheren. On pourrait se retrouver devant le café.

- Ça me va !

- D'accord. Je vous y rejoins.

Touko coupa la communication. Ils auraient tout le temps de parler à Maillard, quand elle leur dirait au-revoir en face à face.

C'était la moindre des choses à faire.

Elle sortit une Poké-Ball, appuya sur le bouton en son centre et la sentit s'agrandir dans sa main.

- Vol jusqu'à Maillard !

Déflaisan sortit de sa Poké-Ball. Touko bondit sur son dos et elles s'envolèrent à toute vitesse. Bientôt, seule l'immensité du ciel les entourait et des paysages vagues s'étendaient au-dessous d'elles. Touko ne jeta pas un regard en arrière. Elle avait déjà dit au-revoir au village de leur enfance.

Déflaisan fendit les cieux en direction du nord-ouest. Les routes, les villes et les forêts se succédaient sous elles. D'autres Pokémon volants occupaient le ciel mais aucun ne vint les défier. Touko leur prêtait à peine attention. Si elle gardait un œil attentif sur leur environnement – aucun Dresseur ne baissait sa garde dans la nature, sachant à quel point ses habitants pouvaient se révéler dangereux – elle était totalement concentrée sur leur objectif. À chaque battement d'ailes, Maillard se rapprochait.

Une ligne de chemin de fer désaffecté apparut entre les arbres. Touko tendit ses épaules. Les maisons caractéristiques de Maillard, des entrepôts réhabilités, firent leur apparition. Puis, l'imposant bâtiment abritant le musée et l'arène. Le toit rouge vif du Centre Pokémon.

Déflaisan replia ses ailes et piqua. Elle rouvrit ses ailes juste avant de percuter le sol, ralentissant brusquement. Touko bondit de son dos, se retrouvant juste devant les portes du Centre Pokémon. Elle la ramena dans sa Poké-Ball.

- Merci.

La Poké-Ball frémit de joie. Touko la rangea puis releva la tête. Le café n'était qu'à quelques mètres. Sur la terrasse en bois, elle apercevait la silhouette familière de Cheren. Leur Bel n'était pas encore arrivée.

Touko contourna la rambarde et monta une volée de marches jusqu'à atteindre la terrasse en bois. Elle s'assit à la table de Cheren.

- Que venais-tu faire à Maillard ?

- J'ai des affaires à discuter avec les Champions d'Arène. Beaucoup de changements se préparent à Unys et, si je travaille correctement, j'en ferai partie.

- Il n'y a aucune raison pour que tu n'y arrives pas.

Cheren la regarda. Soupira.

- Je me suis montré trop inflexible pendant notre voyage. Ça me tue de l'admettre mais N avait raison. Devenir plus fort n'est pas un objectif en soi.

N avait raison sur de nombreux sujets. Même s'il n'avait pas toutes les cartes en main, à l'époque, il savait que des Pokémon souffraient et qu'ils avaient besoin de quelqu'un qui pourrait parler à leur place, les défendre.

- Tu as appris de tes erreurs et tu es l'une des personnes les plus travailleuses que je connaisse. Tu y arriveras.

Le visage de Cheren s'adoucit.

- Merci Touko.

Des pas précipités leur parvinrent. Ils tournèrent la tête. Bel les approchait en trottinant. Elle se laissa tomber sur sa chaise en soupirant.

- Je ne suis pas trop en retard, dites ?

- Pas plus que d'habitude, déclara Cheren.

Bel sourit.

- Ça va alors !

Touko pouffa tandis que Cheren se rembrunissait. Le serveur choisit ce moment pour venir.

- Puis-je prendre votre commande ?

- Un café Poké s'il vous plaît. Sans lait Meuh Meuh ni sucre.

- Noir comme son âme, déclara Touko d'une voix grave.

Bel éclata de rire tandis que Cheren levait les yeux au ciel, avec un air tellement exaspéré qu'il ne pouvait être sincère.

- Un jus Framby pour moi !

- Comme n'importe quel habitant d'Unys digne de ce nom, un Soda Cool, demanda Touko. Merci.

Le serveur disparut. Le trio s'entre-regarda.

- Comme d'habitude ? demanda Tcheren.

- As-tu besoin de demander ?

Chacun plaça son poing fermé sur la table.

- Plante, Feu, Eau ! déclamèrent-ils en martelant chaque mot d'un coup.

Ils ouvrirent leurs mains. Évidemment, ils avaient tous choisi un type différent.

Ils étaient dans une impasse.

- Dis Cheren, quelles sont les probabilités pour que ça arrive à chaque fois ? s'interrogea Bel.

- Presque nulles. Statistiquement, deux d'entre nous auraient dû tomber sur les mêmes types, ne serait-ce qu'une fois.

Quand le serveur revint avec leur commande, Touko le paya depuis sa carte de Dresseur. Cheren la regarda, les sourcils froncés. Ce n'était pas son tour, normalement.

- Pourquoi tu voulais nous voir ? lança-t-il dès que le serveur disparut.

- Je pars à la recherche de N.

Ça ne servait à rien de repousser encore l'échéance.

Bel s'exclama de surprise et porta une main à sa bouche. Toute son attitude témoignait du choc qu'elle ressentait. Quant à Cheren, il paraissait encore plus fermé.

- Mais... tu sais où il est ?

- Non. C'est pour ça que je vais sans doute partir longtemps.

- Tu as pris cette décision quand ? demanda froidement Tcheren.

- Hier, mais je pense que ça me trottait dans la tête depuis un moment.

- Je vois.

- Je dois le retrouver.

C'était la seule certitude que Touko avait. Leur silence lui fit mal mais n'altéra en rien sa décision. Elle ne l'affaiblit même pas.

Bel se mit debout. Elle contourna la table pour se placer devant elle et jeta ses bras autour de son cou. Elle appuya sa tête contre la sienne.

- Tu vas tellement me manquer.

Des sanglots brisaient sa voix. Des larmes montèrent aux yeux de Touko. C'était réel. Elle partait et elle laissait sa famille derrière elle.

Elle referma ses bras sur la taille de Bel et la serra contre elle.

- Vous allez me manquer aussi. Tous les deux.

Sa voix tremblait. Elle s'en moquait. Elle était avec deux des personnes qu'elle aimait le plus au monde, deux personnes en qui elle avait toute confiance. Elle avait l'impression de s'arracher une partie de son cœur.

Pourtant, elle ne changea pas d'avis. Elle devait partir.

Les pieds d'une chaise raclèrent contre le sol. Des pas traînant. Une main se posa sur son épaule. Elle leva la tête, faisant face à l'expression attristée de Cheren. Ses larmes se multiplièrent. Elle n'avait pas l'habitude de le voir à vif.

Elle l'intégra dans leur étreinte et serra ses amis d'enfance de toutes ses forces contre elle, comme si elle devait ne jamais les lâcher.


XXX


Toutes les régions qu'il explora étaient soumises aux mêmes problèmes... et aux mêmes joies. L'image idéalisée des Pokémon dans leur Poké-Ball régnait dans tous les esprits. La réalité du comportement de certains Dresseurs était ignorée. N avait beau savoir que ce n'était pas forcément par cruauté, il avait du mal à conserver son calme devant ces injustices. Lorsqu'il se surprenait à considérer les Dresseurs comme un ensemble indissociable et corrompu, il convoquait l'image de Touko dans son esprit. Elle était la preuve vivante que certains Dresseurs traitaient leurs Pokémon avec le respect qu'ils méritaient et les aimaient.

Je me demande ce qu'elle peut bien faire en ce moment...

Ses pensées dérivaient souvent vers elle. Idéal et réalité. Noir et blanc. Ils avaient incarné les deux aspects du héros. Contradictoires mais nécessaires. Opposés sans s'exclure. Le gris n'était pas le mal. Il était harmonie. N le savait à présent. Il ne ferait plus l'erreur de se laisser aller à ces extrémités.

Touko l'avait impressionné par son caractère équanime. Forte mais compréhensive. Vivant une réalité de force mais acceptant l'idéal de la découverte. Combattant de toutes ses forces mais choyant ses Pokémon.

N s'aperçut qu'il n'avait jamais eu autant de mal à parler avec Touko qu'avec les autres humains. Elle l'avait laissé interroger ses Pokémon, sans le juger, l'observant avec intérêt uniquement – contrairement à son ami Cheren qui l'avait toisé avec un dédain dont il avait l'habitude. Elle avait écouté son point de vue avec attention, même si elle n'y adhérait pas, sans l'interrompre. Il lui avait parlé à chacune de leurs rencontres, se dévoilant un peu plus, révélant son identité et ses objectifs. Il lui avait exposé ce qui lui tenait à cœur. Elle lui avait fait se sentir en confiance. Il avait été si heureux de voir que les Pokémon de Touko ressentaient la même chose que lui. Qu'ils étaient heureux d'avancer aux côtés de la jeune Dresseuse.

Je te souhaite de réaliser ton rêve, Touko. Et un jour... qui sait ? Nos chemins se recroiseront peut-être.


XXX


Il ne lui restait qu'une chose à faire avant de pouvoir se lancer à la recherche de N.

Touko descendit de son Déflaisan et la ramena dans sa Poké-Ball. Son cœur était toujours serré à cause de sa séparation avec ses amis. Une partie de son âme et de son cœur resterait toujours avec eux. Elle le savait. Peu importe le temps qui passait ou la distance entre eux.

Cette partie serait bien plus facile.

Elle s'avança vers le Ranch d'Amaillide, laissant son regard scanner les environs. Elle frappa à la porte. Au bout de quelques secondes, une personne vint lui ouvrir.

- Maî... Adeku.

L'ancien Maître de la Ligue lui sourit. Il semblait... apaisé. La douleur qu'il avait éprouvé et qui s'était rouverte à cause des agissements de la Team Plasma semblait avoir disparu. Touko en était soulagée. C'était quelqu'un de bien.

- Bonjour Touko. Ça fait longtemps. Tu t'en sort en tant que Maître ? Ce n'est pas trop difficile ?

- Je...

- Hé Grand-Père !

Touko se tourna. Une réplique miniature et plus jeune d'Adeku s'était approchée d'eux. Leur lien de parenté ne faisait aucun doute, même si elle ne savait pas que l'ancien Maître avait une famille. Elle ne s'était jamais posée la question.

Elle reporta son attention sur Adeku.

- Je dois vous parler.

Son air et son ton sérieux effacèrent le sourire d'Adeku.

- Banjirou ? Nous parlerons plus tard.

L'enfant partit sans s'en offusquer. Adeku s'effaça pour laisser Touko entrer. Elle obtempéra. La porte se ferma. Ils se firent face.

- Je pars en voyage. Sans délais. Vous devez me trouver un remplaçant.

- Si soudainement ?

Touko hocha la tête avec assurance. Elle partirait et rien ne pourrait l'en empêcher.

- Mais... pourquoi ?

- Je dois retrouver N.

Le visage d'Adeku s'adoucit. Il opina lentement.

- Bien sûr. Il est parti depuis plus d'un an, n'est-ce pas ? Il a dû trouver sa voie... ou, au moins, découvrir les prémices du chemin qu'il désire suivre.

- Je l'espère, soupira-t-elle.

- Je te trouverai un remplaçant. Tu peux partir le cœur léger.

- Merci.


XXX


Ce lieu mêlait espoir et détresse.

N s'y avança avec prudence, le Dragon Légendaire sur ses pas. L'odeur des fleurs était entêtante. Il ne percevait rien d'autre. Le vent faisait bruisser les feuillages. Une forêt dense l'entourait. Elle laissait une grande place à un champ de fleurs multicolore et formait un cocon qui le séparait du reste du monde. Une rivière coulait non loin, formant une frontière et séparant deux champs. N voyait également une grotte creusée à flanc de falaise. Un écrin de nature hors du temps et de l'espace.

N percevait la présence de nombreux Pokémon tout autour de lui, mais aucun ne se manifesta. Il entendait leur peur à l'égard des humains. Leur crainte de le voir envahir leur territoire et de subir des actes horribles.

N s'arrêta. Il ne voulait pas les effrayer. Il souhaitait les écouter, essayer de les comprendre. Il devait apprendre à se servir de son don à bon escient.

N s'agenouilla. Il tendit les mains, les paumes tournées vers le haut, un sourire sur le visage, dans une attitude totalement dépourvue d'agressivité.

- Tout va bien, murmura-t-il. Je ne vous ferai aucun mal.

Des mouvements timides mais présents. N attendit. Le Dragon Légendaire aussi. Plusieurs Pokémon, plus téméraires que les autres, sortirent de leurs cachettes. Ils n'osèrent pas s'approcher de lui toutefois.

- Bonjour. Je suis ravi de vous rencontrer.

Deux Pokémon s'entre-regardèrent. Un Noarfang prit une grande inspiration, se gonflant de courage, et sautilla jusqu'à N. Le jeune homme n'esquissa pas le plus infime mouvement. Le Noarfang renifla timidement ses mains. Il recula jusqu'à une distance qu'il jugeait décente et s'assit pour le regarder.

- Je m'appelle N. Voici mon ami. Nous sommes venus écouter vos histoires.

Après quelques hésitations, les Pokémon lui racontèrent leurs histoires. Des histoires tristes à briser le cœur. Des histoires qui, bien que différentes, faisaient écho à celles qu'il avait entendu pendant son enfance. Elles le ramenaient dans cette chambre où retentissaient les cris de douleur et les hurlements de désespoir. Où ses bras finissaient couverts de morsures et de griffures, malgré ses tentatives de réconfort.

Toutefois, il y avait une différence majeure entre ce passé à portée de main et la situation présente. Les Pokémon qui lui faisaient face, bien que blessés, n'étaient pas à vif. Ils avançaient déjà sur le chemin de la guérison. N se raccrochait à ce détail qui faisait toute la différence.

À chaque histoire, le nombre de Pokémon dans l'assistance augmentait. Certains se rapprochèrent de lui, d'autres se rendirent simplement visibles. Certains s'avancèrent tant qu'ils le touchèrent. Un Psystigri s'enhardit jusqu'à s'installer sur ses genoux. N le tint délicatement contre lui et caressa sa fourrure grise. Ses yeux violets étaient fermés de contentement.

Un homme vient, déclara le Dragon Légendaire.

Des Pokémon tendirent l'oreille avec intérêt, sans démontrer la plus petite inquiétude.

- Impressionnant ! C'est bien la première fois que je vois ces Pokémon aussi à l'aise avec quelqu'un d'autre que moi. Aussi à l'aise tout court, d'ailleurs. Comment avez-vous réussi à les amadouer aussi vite ?

La voix vibrait de bonhomie. Intrigué, N tourna la tête, prenant garde à ne pas déloger le Psystigri sereinement endormi sur ses genoux. Un homme massif se tenait à quelques pas de lui. Ses épaules larges et son ventre rebondi accentuaient sa stature. Les traits acérés de son visage étaient adoucis par son sourire et ses yeux pétillants.

Comme toujours en présence d'un humain – presque, se corrigea-t-il en pensant à Touko – il chercha ses mots. Il se fiait au jugement des Pokémon qui l'entouraient. Ils avaient vu, aux premières loges, la face sombre de l'humanité. S'ils étaient à l'aise en compagnie de cet homme, cela signifiait sans doute qu'il avait de la valeur.

- Je leur ai parlé. Ils ont compris que je ne leur ferai aucun mal. Nous sommes amis, à présent.

Pour marquer ses paroles, un Rondoudou le rejoignit à petits pas et posa sa minuscule patte contre sa jambe.

- Tu as l'air d'être un sacré numéro toi !

L'homme s'avança vers les Pokémon. Il ouvrit son sac et leur distribua des Baies. Ils le remercièrent. Il n'y avait aucun besoin de comprendre le langage des Pokémon pour le deviner.

Tout en effectuant sa distribution, l'homme lui expliqua l'histoire de ce lieu. Le village Pokémon. Un lieu reclus, à l'écart de Kalos, ne figurant sur aucune carte. N avait suivi les voix des Pokémon pour y parvenir, mais la plupart des humains ne le trouvaient jamais. Les Pokémon venus s'y réfugier étaient parvenus à fuir les mauvais traitements. Ils avaient créé un havre de paix où ils vivaient en harmonie.

- J'en suis un peu le gardien, continua-t-il, sans la moindre trace de vantardise. Au fait, je ne me suis pas présenté. Je suis Urup, le Champion d'Arène de /, la ville juste à côté. Prendre soin de ces Pokémon fait partie de mon travail, tout comme leur montrer que tous les humains ne ont pas mauvais.

- N. Heureux de vous rencontrer.

N était sincère. Il ne mentait pas : c'était un défaut exclusivement humain qui le répugnait. C'était pour rencontrer ce genre d'humains qu'il avait entrepris son voyage. Il voulait – devait – apprendre davantage sur le monde, faire des rencontres, pour teindre son univers de nuances de gris.

Le Psystigri gigota. Il se leva à demi, ouvrant lentement les yeux, le museau frémissant. Il se tourna. Ses yeux s'ouvrirent en grand lorsqu'il aperçut le sac d'Urup. Il quitta les jambes de N d'un bond en s'exclamant. Urup lui donna une Baie avec un grand éclat de rire. Il tourna son attention vers N.

- Veux-tu que je te fasse visiter ?

- J'aimerais beaucoup. Merci.

N se déplia lentement. Il suivit Urup pendant qu'il faisait le tour du village Pokémon. Il distribuait de la nourriture aux Pokémon qui venaient à leur rencontre. Il y en avait plein. Leur présence apaisait N. Il avait tant l'habitude des Pokémon... contrairement aux humains. Mais il progressait.

En faisant le tour du Village Pokémon, il songea que c'était peut-être une solution. Un sanctuaire qui accueillerait les Pokémon qui en avaient besoin, où ils pourraient vivre avec de la compagnie. Il y avait de l'eau et de la nourriture à profusion. Le paysage était suffisamment diversifié pour plaire à une grande variété de Pokémon. Il y avait une forêt, des arbres en abondance, des hautes herbes, une large rivière avec une cascade, des falaises offrant de nombreux nichoirs et une grotte obscure.

Il faudrait quelques améliorations, bien entendu. Tout d'abord, une attitude plus active. Il ne fallait pas se contenter d'attendre les Pokémon qui parvenaient à fuir : il fallait aussi récupérer ceux qui étaient entre les griffes de Dresseurs malveillants. Un lieu qui leur apporterait équilibre et qui leur permettrait de se reconstruire. Malgré leurs expériences malheureuses, les Pokémon qu'il voyait ici semblaient heureux. Ils ne ressemblaient pas à ceux qu'il avait voulu reconstruire dans son enfance.

Son regard fut attiré par la caverne. De plus près, elle avait une allure étrangement isolée. Il n'avait pas l'impression qu'elle abritait beaucoup de Pokémon.

- Un Pokémon très puissant se cache dans cette grotte.

N tourna la tête vers Urup. Le Champion d'Arène semblait soudainement emprunt de sérieux, de solennité même.

- Je te déconseille d'essayer d'y aller. Seuls ceux qui ont le niveau de Maître peuvent espérer le vaincre.

- Je ne compte pas le combattre, répliqua N avec un petit sourire.

N avait délaissé les combats Pokémon. Au début, il avait cru que ce serait un changement définitif dans sa vie mais, plus le temps passait, plus il songeait que c'était temporaire. Les combats Pokémon avaient la réputation de permettre aux Dresseurs de se comprendre. Maintenant qu'il avait ouvert les yeux sur le monde, qu'il avait accepté qu'il ne se divisait pas en deux camps distincts, les combats Pokémon auraient sans doute une nouvelle saveur.

- Et puis... j'ai le niveau de Maître.

- Toi ? s'étonna Urup avec des yeux arrondis.

Le Champion le détailla avec surprise. N savait ce qu'il voyait : un jeune homme sans Poké-Balls. Il arrangea sa casquette.

- J'ai eu brièvement l'honneur d'être le Maître d'Unys avant de me faire détrôner, dans tous les sens du terme. C'est la vérité. Jamais je ne m'abaisse à mentir.

Urup le détailla, songeur.

- D'accord. Si tu as le niveau de Maître, rien ne t'empêche d'y aller.

- Merci.

N se tourna vers le Dragon Légendaire.

- Souhaites-tu venir mon ami ? Je pressens que cette rencontre revêt d'une importance capitale pour notre voyage.

Le Dragon darda son regard acéré sur l'entrée de la caverne.

Allons-y.


XXX


- Allons-y, murmura Touko.

Son billet en main, elle se trouvait sur l'un des nombreux quais de Volucité. L'immensité de la ville se dressait derrière elle. Une masse vibrante, imposante, où il était si facile de se perdre. Elle était envahie de lumières, de sons et de vie. Ses innombrables habitants se croisaient sans se bousculer dans une chorégraphie effrénée qui ne cessait jamais complètement.

Tant d'humains, tant de constructions, tant de bruit...

N détesterait cette ville sans aucun doute... Elle avait du mal à l'imaginer dans cet environnement, même s'il était sûrement venu pour récolter le badge d'Arti.

- Suivant !

Touko se retrouva enfin devant le guichet.

- Billet et carte de Dresseur s'il vous plaît.

Elle tendit les deux objets demandés. L'hôtesse les prit et les observa avec attention. Un de ses sourcils se haussa. Elle les lui rendit.

- Merci pour votre confiance, Maître. Toutefois, il ne s'agit pas de l'Étoile d'Unys. Les combats sont interdits à bord.

- Je vois...

Touko ne partait pas pour cette raison mais elle ne put s'empêcher d'éprouver une certaine déception. Sans combats, le temps passerait bien plus lentement. Elle sentit ses Poké-Balls s'agiter en signe de frustration. Elle les tapota avec réconfort.

- Je sais, je sais, murmura-t-elle. Nous chercherons des adversaires dès le débarquement.

Touko ignora l'hôtesse qui la dévisageait étrangement et se dirigea vers le bateau – un immense paquebot, à l'image de tous ceux qui faisaient étape à Volucité. Elle traversa la passerelle d'un pas sûr. Une clé et une chambre lui furent attribuées. Elle fit route vers le pont et regarda la ville démesurée. Son cœur se mit à battre plus vite, plus fort. Elle se trouvait au seuil d'une nouvelle aventure. Elle allait quitter tout ce qu'elle connaissait, encore une fois, pour se lancer dans un voyage en compagnie de ses Pokémon.

Le sourire qui était apparu sur ses lèvres se fissura. La dernière fois, Bel et Cheren étaient avec elle. Sur une idée de Bel – même si Cheren avait fait mine de protester – ils s'étaient tenus par les bras et avaient fait leurs premiers pas hors de Renouet ensemble, dans un rythme parfait.

Une sonnerie retentit, la faisant sursauter. Elle sortit son Vokit de son sac et accepta l'appel. Trois quarts de l'écran se remplirent. Cheren et Bel en occupaient deux. Le paysage derrière eux indiquait qu'ils appelaient du même endroit. L'expression de Touko s'adoucit et une bulle de joie éclata dans son cœur.

- Tu ne croyais pas que nous allions te laisser partir sans te dire au revoir, lança Cheren avec son habituel air détaché.

- Tu vas trop nous manquer ! Même si on a plus que quelques minutes pour parler, nous devons en profiter !

C'est ce qu'ils firent. Ils discutèrent pendant les quelques minutes où Touko se trouvait encore à Unys, à portée de leurs voix. Ils allaient lui manquer. Tellement.

- Cher passagers. L'Hypocéan d'Argent est sur le départ. Direction : Kanto.

- Au revoir les gars. Vous allez me manquer. Je vous aime.

- Moi aussi je t'aime Touko ! s'exclama Bel, des larmes dans ses jolis yeux verts.

- Reviens-nous vite.

La communication se coupa. Touko rangea l'appareil dans son sac et leva la tête. Le bateau tangua sous ses pieds et se mit en route. Elle regarda la ville s'éloigner et rétrécir. Elle reconnut plusieurs paysages d'Unys tandis qu'elle prenait ses distances avec sa région natale. Elle en buvait chaque détail, les gravant dans son esprit. Elle n'avait jamais vu Unys de ce point de vue. C'était beau.

Bientôt, Unys ne fut plus qu'une cassure sur l'horizon. Puis un point.

Touko resta debout près de la poupe, le regard rivé dans sa direction, bien après qu'elle eut disparu de l'horizon.


XXX


Il avait tant appris.

N se remémora toutes les rencontres qu'il avait faites pendant ces deux ans de voyage. Pokémon et humains s'étaient livrés à cœur ouvert. Il avait écouté leurs histoires, regardé leurs interactions et s'était approprié leurs visions e la réalité et de l'idéal afin de mieux les comprendre et de mieux comprendre le monde dans lequel il vivait. Il avait bien plus appris dans ce court laps de temps que pendant sa vie aux côtés de la Team Plasma... et de Ghetis.

Le monde n'était que nuances.

Tu as fait beaucoup de chemin.

- C'est grâce à toi. Je te remercie. Tu m'as beaucoup aidé. Et toutes ces rencontres... surtout Touko, qui a déclenché tout cela.

Quand il la reverrait, il la remercierait. Elle avait changé sa vie.

Il se demanda si l'autre Dragon Légendaire lui manquait. Ils ne formaient qu'un seul être à l'origine. Que pouvait-il ressentir depuis qu'il avait été séparé en deux ? Depuis qu'il était le principe opposé de sa propre moitié et qu'il la combattait ?

- Tu crois que je suis prêt à retourner à Unys ?

N avait le pressentiment qu'il devait retourner dans cette région. Il espérait revoir Touko, bien sûr, mais aussi Colombe et Venus, qui l'avaient élevé et lui avaient apporté un semblant de famille au sein de la Team Plasma et de l'éducation stricte de Ghetis.

Je le crois.

N sourit.

- Dans ce cas, nous partons.


XXX


Kanto recelait une immense diversité. Touko rencontra et combattit des Pokémon qu'elle avait seulement vu à la télé et dans des livres – des livres qui appartenaient à Cheren, évidemment. Des Dresseurs de tout niveaux acceptèrent de la combattre. Son équipe et elle s'amusèrent.

Sauf qu'elle ne dénicha aucune trace de N.

Elle suivit les routes principales et se rendit dans toutes les villes. Elle visita l'ensorcelante Grotte Azurée et traversa la magnifique Forêt de Jade. Elle vit une centrale abandonnée, des réseaux de route souterrains et une piste cyclable. Elle découvrit une grotte sous-marine, repaire d'un sublime oiseau de glace, et une île dévastée par une éruption volcanique, qui avait seulement épargné le Centre Pokémon.

Une fois qu'elle eut arpenté la région, et qu'elle eut la certitude que N ne s'y trouvait pas, Touko traversa le Plateau Indigo, prête à arpenter Johto. En chemin, elle entendit parler du Mont Argenté, un lieu ou seuls les Dresseurs expérimentés pouvaient se rendre – et espérer survivre.

Touko décida de faire un détour. Après tout, même si ce voyage avait pour principal objectif de retrouver N, elle pouvait se permettre quelques plaisirs, surtout s'ils rendaient ses Pokémon heureux.


XXX


N ne pensait jamais retourner dans ce palais. Il y avait vécu si longtemps... C'était sa maison, même si de sombres souvenirs s'y accrochaient. C'était le premier lieu dans lequel il avait décidé de s'arrêter à son retour à Unys. Il effleura une rambarde couverte de poussière. Tout était si silencieux. Ses pas se répercutaient en d'infinis échos. Tout était si... vide.

N fit une brève halte devant la porte de sa chambre, mais il n'y entra pas. Peu de souvenirs agréables l'y liait.

Il avança jusqu'à la salle du trône. Son cœur battit plus fort. Des pans entiers de mur étaient effondrés, des morceaux de sol s'ouvraient sur le vide, mais il le reconnaissait. Ça lui faisait mal... et ça le libérait. C'était ici qu'il avait été façonné. Ici que sa vie avait volé en éclats, ici qu'il avait compris que tout ce en quoi il avait toujours cru n'était que mensonges, mais aussi ici qu'il avait compris qu'elle avait raison, l'autre héros de la légende, son âme sœur. Ici qu'il avait décidé de prendre un nouveau départ et lui avait parlé pour la dernière fois. C'était l'un des lieux les plus liés à elle...

Ce palais était la dernière étape de son voyage. Parfaitement symbolique. Finir où tout avait commencé. Commencer où tout avait fini.

N se demanda où était Touko. Peut-être devrait-il se rendre à Méanville ? À Arabelle ou à Parsemille ? À n'importe quel endroit où il l'avait croisée. Un endroit où il pourrait la retrouver.


XXX


- Il n'est pas à Johto non plus, commenta Touko.

Elle en ressentit une pointe de tristesse mais sa détermination ne faiblit pas. Elle le retrouverait. Elle ratisserait le monde entier s'il le fallait, mais elle y parviendrait.

Une patte massive se posa sur son épaule. Elle pivota sur elle-même. Roitiflam la regardait, ses yeux reflétant sa tristesse, dans une attitude pleine de compassion. Touko lui sourit.

- Ce n'est rien : je me doutais qu'on ne le trouverait ni à la première, ni à la deuxième étape. Ça aurait été une chance incroyable.

Une coïncidence aux faibles probabilités, dirait sans doute N, avec son timbre si particulier et son affection pour les analogies mathématiques.

- Et cette situation a un avantage...

Roitiflam la regarda avec surprise.

- Je sais quel est mon rêve, maintenant. Je l'ai trouvé et le réaliser sera facile.

Touko regarda le ciel où les étoiles commençaient à apparaître. Elle entendait le ressac des vagues en contrebas, qui se jetaient contre les falaises de toutes leurs forces et les érodaient. Elle prendrait le bateau à Oliville et partirait pour Sinnoh. Si N ne s'y trouvait pas, elle irait ensuite à Hoenn. Et après... elle verrait.

- Mon rêve, c'est de voyager à vos côtés et de combattre. De relever de nouveaux défis. Je l'ai compris maintenant.

Elle aurait dû le comprendre plus tôt. Elle avait adoré son voyage à Unys. Visiter cette région qu'elle ne connaissait pas réellement, apprendre de nouvelles choses, rencontrer des Pokémon inconnus. Et combattre. Cheren et Bel, les Dresseurs sur les routes, les Dresseurs d'Arène, les huit Champions. N. La Team Plasma. Les Quatre Rois Célestes. Le Maître. Ce qui l'ennuyait, c'était de stagner. Ne plus rencontrer de défi.

Touko ne rencontrait que cela depuis le début de son voyage. Des Pokémon qu'elle ne connaissait pas. Des combats palpitants, particulièrement contre un Dresseur peu bavard du Mont Argenté – jamais elle n'avait croisé de Dresseur aussi puissant. Elle avait déjà décidé qu'elle reviendrait visiter ces régions plus en détail une fois qu'elle aurait retrouvé N.

Peut-être même qu'il accepterait de voyager à ses côtés...


XXX


Touko était... partie.

L'idée donnait un coup au cœur de N. La région lui semblait bien différente depuis qu'il savait qu'elle ne s'y trouvait plus. Moins accueillante. Plus distante.

Comment une seule personne pouvait à ce point changer sa perception des choses ?

Malheureusement, il ne pouvait s'attarder sur cette pensée, pas plus qu'il ne pouvait se lancer sur les traces de Touko et essayer de la rattraper. Des obligations le retenaient à Unys. La Team Plasma était revenue, avec des intentions bien sombres, qu'elle ne prenait pas la peine de dissimuler cette fois. N avait contribué à la construire et à la renforcer. La freiner et protéger les Pokémon de leurs agissements était son devoir. Il aurait besoin d'alliés pour cette nouvelle lutte en faveur de son idéal. Il avait quelques noms en tête... Toute la Team Plasma n'était pas mauvaise. Certains – la plupart – l'avaient rejointe avec de bonnes intentions : libérer les Pokémon du joug des Dresseurs maltraitants. Ils avaient cherché d'autres voies à sa dissolution pour aider les Pokémon. Certains accepteraient sans doute de combattre l'organisation qui les avait trompés...

Même si N n'imaginait aucun meilleur allié que Touko.


XXX


Je te retrouverai. Où que tu sois. Où que tu ailles.


XXX


N regardait la Grande Roue de Méanville. Bien qu'il s'agissait de son attraction préférée, il n'avait aucune envie d'y monter. Il regardait le mouvement mécanique incessant et régulier. Il pensait à Touko. Il se demandait quand ils se reverraient.

Un passant le regarda avec insistance. N baissa la tête et tira légèrement sur la visière de sa casquette pour dissimuler son visage. Le curieux finit par partir, sans avoir réussi à le reconnaître.

Il n'avait aucun doute : ils se reverraient. Deux êtres aux destins aussi liés ne pouvaient pas ne pas se revoir. C'était impossible. Impensable. Ils étaient les deux héros d'Unys, les deux personnes choisies par les Dragons Légendaires. Idéal et Réalité. Noir et Blanc. Le monde était une magnifique équation. Il ne les laisserait pas être indéfiniment séparés.

Ils se reverraient.


FIN


Note d'écriture : Je trouve que les Quatre Rois Célestes, c'est plus cool que le Conseil 4.

Bon, ça fait déjà deux ans de séparation pour eux, mais N et le protagoniste de Noir/Blanc vont bien finir par se retrouver. Si Red a fini par descendre du Mont Argenté, tout est possible !