Harry Potter serra ses meilleurs amis dans ses bras, le cœur léger. Pour la première fois depuis son entrée à Poudlard, l'école des sorciers, son été présageait d'être agréable. Ce n'était pas que monsieur Dursley lui sembla moins ronchon à sa vue, ou qu'il ne lui promit pas cette fois-ci de faire des semaines à venir un enfer sur terre. Non. À peine Harry eut-il mis un pied sur le quai de la voix 93/4, qu'Arthur Weasley était venu à sa rencontre.

« Tu n'iras pas à Privet Drive, cette année, Harry. Nous avons d'autres projets pour toi. »

Même après trois heures de route, un Portoloin, et la découverte d'une nouvelle demeure, cette phrase résonnait encore dans sa boîte crânienne. Lorsqu'il passa le pas de la porte du 12 Square Grimmaurd, il n'eut pas même une moue face à la lugubre maison. Il rencontra ses occupants avec le sourire aux lèvres, à savoir Nymphadora Tonks, une jeune femme étrange, mais sympathique, Remus Lupin, qu'il fût ô combien ravi de retrouver, la famille Weasley qu'il chérissait tant, et enfin Sirius Black, son parrain, la dernière famille qui lui restait. Hermione, sa meilleure amie, avait également été entraînée avec eux, à sa grande surprise.

Oui, l'été promettant d'être somptueux.

Et au moment de se coucher enfin, bien tard dans la nuit, après une journée festive, Harry s'allongea dans un soupir retentissant. Ronald, lui-même installé confortablement sur propre lit, une revue sur le Quidditch entre les mains, ricana.

Harry releva les yeux vers lui avant de caler son bras derrière sa nuque.

— Pourquoi tu ris ? lança-t-il à son meilleur ami.

— Je te sens de bonne humeur, répliqua-t-il simplement.

— Je ne sais pas comment je dois le prendre, marmonna Harry, faussement vexé.

Il bascula sur le côté pour faire face à Ron qui ferma sa revue et la jeta à ses pieds.

— Hermione semble un peu moins ravie de nos vacances communes, commenta le rouquin.

Harry grimaça légèrement. Il n'était pas bête. S'ils se trouvaient tous dans cette vieille demeure glaciale, en compagnie de sorciers puissants, ce n'était pas pour le simple plaisir de passer du temps ensemble. D'ailleurs, Tonks, avec qui Harry avait fait davantage connaissance au dîner, travaillait comme Auror. Hermione aurait sûrement préféré passer l'été avec ses parents, et le Survivant aurait sans le moindre doute été dans le même état s'il avait été aimé par ses tuteurs.

— Elle retrouvera le sourire dans quelques jours, tu la connais.

Ron grogna pour simple réponse. Harry fronça les sourcils, un peu perplexe. Après tout, il n'y avait pas de quoi s'en offenser. Hermione était dans son bon droit. Son meilleur ami n'avait pas la moindre raison de se sentir bougon. Se serait-il passé quelque chose qu'il ignorait ?

— En tout cas, toi, tu viens de gagner un joker pour tes vacances avec ton oncle et ta tante, souffla-t-il, un sourire étirant à nouveau ses lèvres.

Harry oublia aussitôt ses réflexions pour retrouver son euphorie et il s'endormit sur ce sentiment art, mais si agréable.

Le lendemain, la journée était ensoleillée et Harry se demandait ce qu'ils allaient pouvoir faire tout l'été. Square Grimmaurd n'était pas particulièrement accueillant et bien que la maison fût grande, tordue, pleine de pièces différentes, ils n'avaient plus vraiment l'âge de jouer à cache-cache.

Il aperçut de la fenêtre de sa chambre une arrière-cour dans laquelle une partie de Quidditch serait idéal. Harry descendit au rez-de-chaussée et entra dans la cuisine où Molly Wesley préparait le petit-déjeuner. Hermione et Lupin étaient assis l'un à côté de l'autre, leurs chaises tournées face à face. Ils semblaient pris dans une conversation sérieuse.

— Ce n'est l'affaire que d'une semaine, le temps de mettre tous les sortilèges nécessaires en place. Ta protection et de permettre de voir tes parents sont nos priorités, murmura Remus.

La mine triste, Hermione acquiesça avant d'esquisser le début d'un sourire. Harry grimaça, peiné pour son amie, mais il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle se ressaisirait en deux temps trois mouvements. Hermione Granger n'était pas le genre de fille qui se laissait abattre. Même si elle devait passer l'été complet loin de sa famille, elle ne broierait pas du noir deux mois pour autant.

La porte battante de la cuisine s'ouvrit et percuta le dos d'Harry qui s'écarta, pensant voir arriver l'un des Weasley. Il n'avait pas encore croisé Fred, Georges, Ginny et Ron ce matin. Il se demandait d'ailleurs où son meilleur ami avait bien pu se cacher.

Toutefois, il fut surpris de voir entrer Maugrey Fol'œil, la mine sinistre. Il grogna en direction d'Harry qui écarquilla les yeux sans oser le saluer. Tonks entra à sa suite.

— Alastor ! salua Remus. C'est bon de vous revoir.

— Plaisir partager, répliqua-t-il sur un ton qui ne semblait pas en accord avec ses propos.

Mais l'ancien Maître de Défense contre les Forces du Mal ne sembla pas s'en préoccuper. Il se redressa, l'air réjouit, après avoir tapoter l'épaule d'Hermione d'un geste amical. Lorsque cette dernière se redressa à son tour, elle chassa rapidement les quelques larmes qui avaient roulées sur ses joues. Harry lui renvoya un regard plein de compassion.

Rapidement, les enfants Weasley arrivèrent à leur tour pour le petit-déjeuner et la cuisine, pourtant de taille généreuse, commençait à s'embouteiller. Molly demanda à chacun de prendre place à table à plusieurs reprises. Ce fut lorsqu'elle monta le ton que tous obéirent sans discuter. D'un simple regard oblique, elle contraignit Fol'œil à faire de même. Ron et Harry échangèrent un sourire amusé.

Sirius arriva à son tour et le cœur d'Harry s'emballa légèrement lorsque celui-ci s'approcha pour passer la main dans les cheveux de son filleul. Ce genre de geste affectueux restait inédit pour le Survivant, mais son cœur d'orphelin palpitait avec joie face à ce contact.

— Qu'est-ce qu'on mange ? lança-t-il face à la tablée.

Molly, une spatule à la main, lui fit signe de s'asseoir sur la dernière chaise de libre. Il ne protesta pas, mais face à la place qu'il lui avait été désignée, il demeura un moment debout.

— Les enfants, annonça-t-il d'une voix claire. Je dois vous parler quelques secondes.

Un silence presque religieux suivit son intervention et tous portèrent leur attention sur le sorcier.

— Tout d'abord, je n'ai pas vraiment eu le temps de le faire dans les formes hier, donc : soyez les bienvenus dans la maison de mon enfance.

Stupéfait, Harry détacha son regard de son parrain pour rencontrer celui de Ron qui masqua tant bien que mal une grimace de dégoût. Harry n'aurait jamais imaginé que cette sordide maison avait pu abriter un jour une famille, encore moins des enfants.

— Ensuite, je dois vous préciser que vous ne vous trouvez pas vraiment dans une maison de vacances, mais dans un quartier général. Le quartier général de l'Ordre du Phénix.

Un murmure traversa la cuisine, immédiatement enrayé par un geste de la main de Sirius.

— L'Ordre du Phénix est une organisation secrète, qui rassemble un certain nombre de sorciers, ayant pour objectif commun d'empêcher l'ascension au pouvoir de Lord Voldemort.

— Tu en fais partie ? intervint Harry.

— Évidemment, acquiesça-t-il en s'inclinant vers lui.

— Et il y a qui d'autres ? questionna Fred en jetant un regard à sa mère. Tous ceux présents ici ?

— Tous les adultes, oui, murmura Remus. Il y a d'autres membres, mais pour des raisons évidentes, leurs noms ne seront pas cités. Et pour des raisons tout aussi évidentes, nous vous demanderons de garder secrète l'existence de cette organisation ainsi que son but.

Un hochement de tête commun s'échangea entre les jeunes sorciers. Harry réprima une centaine de questions, la première étant : est-ce que moi je peux intégrer cette organisation ? Après tout, il se sentait plus que concernés par les agissements de Voldemort.

Sirius reprit la parole, mais Harry n'écouta pas, aux prises de ses souvenirs. La journée d'hier avait été particulière, presque hors du temps. Il n'avait pratiquement pas pensé à Cédric Diggory, son ami assassiné sous ses yeux par le Seigneur des Ténèbres. Il s'était senti heureux. Et ce sentiment était en train d'être anéanti.

— Donc ce soir, à partir de dix-huit heures, exceptionnellement, chacun de vous regagnera sa chambre et vous aurez interdiction d'en sortir jusqu'à demain matin.

Harry reprit contact avec le présent à cet instant précis, un peu perdu. Il acquiesça comme les autres, concluant qu'il devait y avoir une réunion.

— On vous apportera des sandwiches à manger dans vos chambres, ajouta Tonks.

Dix-huit heures arrivèrent plus vite qu'Harry ne l'aurait imaginé. Suite à l'annonce de Sirius à propos de l'Ordre, le Survivant avait perdu de vue son envie de jouer au Quidditch. Il chercha à plusieurs reprises à discuter avec son parrain en privé, mais un va et vient permanent dans la maison l'en empêcha. Puis, lorsque l'heure de leur couvre-feu sonna, il traîna dans la cuisine, espérant attirer l'attention du concerné.

— Il va falloir monter, Harry, lui murmura Remus.

Harry hocha la tête et jeta un regard à Sirius, occupé à ranger les restes des sandwiches préparés. Un coup d'œil à la cuisine lui signifia qu'il était seul avec son parrain et son ancien professeur. Deux personnes qu'il affectionnait beaucoup et à qui il n'avait jamais eu peur de se confier.

Après une courte hésitation, il les interpella :

— Est-ce que je pourrais en faire partie ? questionna-t-il d'un ton calme.

Lupin et Sirius relevèrent la tête en même temps et échangèrent un regard.

— De votre organisation, je veux dire, précisa-t-il face au silence des deux hommes.

Nouvel échange de regard. Harry se retint de grogner.

Sirius inspira profondément avant de se tourner vers lui et de faire quelques pas dans sa direction.

— Si cela ne tenait qu'à moi et moi seul…, commença-t-il.

Les épaules du Survivant s'affaissèrent.

— Tu es jeune, Harry, intervint Remus tout en s'approchant à son tour. Trop jeune.

Bien qu'il sentit une boule de colère gonfler au creux de son estomac, il se força à ne pas hurler.

— Trop jeune pour affronter Voldemort ? demanda-t-il d'une voix malgré tout tremblante. Pour me battre contre lui ? Pour voir un ami mourir ?

Ses lèvres tremblèrent et il détourna les yeux. Il n'aurait pas dû évoquer Cédric. Les deux sorciers s'approchèrent d'un même geste et Sirius prit les devants.

— On sait combien tu as enduré, mais Dumbledore… Dumbledore ne veut pas que tu sois impliqué à ce point.

— Mais, Sirius, je suis impliqué. Et je ne suis plus un enfant.

Patmol pinça les lèvres, visiblement à court d'arguments. Remus lui fit signe de le laisser prendre les commandes, ce qu'il fit sans résister.

— On savait que tu voudrais entrer dans l'Ordre dès que tu en connaîtrais l'existence, mais Dumbledore n'y tient pas, et c'est lui le chef. Il a… d'autres projets pour toi.

— D'autres projets ? répéta Harry en fronçant les sourcils.

En écho, le souvenir de l'intervention de monsieur Weasley sur le quai lui revint en mémoire. Il avait prononcé les mêmes mots. Exactement les mêmes.

— Nous t'en parlerons d'ici très peu de temps, tu as ma parole, lui répondit Lupin.

Perplexe, troublé, Harry acquiesça sans un mot de plus. Sirius lui demanda de regagner sa chambre auprès de Ron et de ne pas en bouger. Il lui promit qu'ils reparleraient de tout cela au plus vite.

Harry obéit et mangea avec Ron sans lui raconter l'échange qu'il avait eu avec les deux sorciers dans la cuisine. Pourtant, cette histoire de « projets » qu'on lui évoquait depuis la veille le perturbait. Quelque chose lui échappait et ce quelque chose ne lui plaisait pas.

Ronald et lui passèrent quelques heures assis par terre, à jouer aux cartes, tout en parlant de tout et de rien. Lorsque minuit sonna, la fatigue commença à se faire ressentir.

— Hermione a passé quasiment la journée dans sa chambre, marmonna le rouquin.

Harry releva un regard curieux sur son meilleur ami.

— À croire que passer du temps avec nous est une torture, ajouta-t-il.

— J'ai entendu le professeur Lupin lui parler de sa famille, je crois. Il a dit quelque chose comme quoi ils s'occupaient des protections et qu'elle devait être patiente.

Ron écarquilla les yeux.

— Elle préfère s'en aller alors ? On est de si mauvaise compagnie ?

— Tu sais bien que non, souffla Harry en retour, se forçant à sourire. Je ne suis pas expert dans ce genre de situation, mais si tu ne voyais pas tes parents de l'été, ils ne te manqueraient pas ?

Alors que Ronald allait lui répondre, la porte de la chambre s'ouvrit doucement, faisant sursauter les deux garçons en même temps.

— Vous ne dormez pas ? chuchota Remus.

— Non, désolés, répondit Ron à voix basse. On va aller se coucher si vous voulez…

Lupin poussa la porte en grand tout en gardant la main sur la poignée.

— Il n'y a aucun problème, les garçons, mais Harry, puisque tu ne dors pas, et si tu t'en sens capable, nous aimerions te voir.

Étonné, le concerné se releva sans quitter son ancien professeur du regard.

— Nous ? murmura-t-il.

— Suis-moi, répliqua-t-il seulement, l'air confiant.

Il fit volteface et Harry jeta un regard à son meilleur ami qui haussa les épaules en retour.

Remus le conduisit à la cuisine où la réunion devait avoir eu lieu ce soir. Au moment de passer le pas de la porte, il retint son souffle, s'attendant à découvrir l'Ordre du Phénix, mais il ne trouva que des visages familiers. Les parents Weasley, Sirius, Tonks, et Fol'œil, tous attablés, à boire quelque chose de chaud.

Un peu déçu, il se laissa pousser par Lupin à entrer. Une fois à l'intérieur, il découvrit à son grand étonnement la présence de Severus Rogue, son professeur de Potions, un peu à l'écart des autres. Il se raidit tandis qu'il se demanda si le sorcier appartenait à l'Ordre également. Sans doute que oui, sinon ils ne seraient pas là. Sa première pensée fut que cette organisation ne valait pas un clou si elle intégrait quelqu'un comme lui.

Sirius lui fit signe de venir s'asseoir tandis que Molly lui servait déjà un chocolat chaud. Tous semblaient avoir l'air un peu abattus et Harry n'y vit rien de bon. Il s'exécuta et remercia madame Weasley lorsqu'elle déposa la tasse fumante devant lui.

— Je sais qu'il est tard et que je devrais sans doute dormir, mais ça fait beaucoup de monde pour me sermonner, tenta Harry, mal à l'aise face à la tension palpable.

Son parrain se leva et se détourna de lui. Il se dirigea jusqu'au comptoir où il s'adossa après quelques secondes. Il croisa les bras sur son torse, sans regarder son filleul.

— Vous… vous allez me dire ce qui se passe ? murmura Harry. J'ai fait quelque chose de mal ou… quelqu'un est mort ?

Aussitôt, Arthur Weasley lui fit un signe négatif de la main.

— Non, Harry, non, tout le monde va bien et tu n'as pas fait de bêtises.

— Alors pourquoi vous faites tous ces têtes d'enterrement ? répondit-il.

Il se retint de souligner que celle de son professeur de Potions n'avait rien de choquante, mais pour les autres…

Remus Lupin prit la chaise la plus proche du Survivant et s'installa près de lui. Harry se tourna dans sa direction, comprenant bien que quelle que fut la situation, ce serait son ancien professeur qui allait se coltiner les explications.

— Harry, nous sortons de la réunion de l'Ordre, comme tu le sais, commença-t-il.

Le Survivant jeta un regard en biais à Severus Rogue, dont le regard hostile était braqué sur lui. Si le professeur Lupin évoquait l'organisation secrète devant lui, c'était forcément la preuve qu'il y appartenait.

— Lors de cette réunion, nous avons beaucoup parlé de toi, poursuivit-il. Plus précisément de ton avenir.

« Des projets pour toi » songea immédiatement Harry. Son cœur s'emballa légèrement, mais il demeura d'apparence calme.

— Bien que toutes les personnes présentes ici aimeraient que tu sois protégé de Voldemort, que tu puisses grandir en étant préservé, il est clair pour tout le monde que malheureusement…

Il laissa sa phrase en suspens, et Harry, aussi triste que cela pouvait paraître, ne put qu'acquiescer.

Soudain, les visages déconfits autour de lui, lui semblèrent présager le pire. Bien qu'il demeurât assis, il se redressa un peu promptement.

— Attendez… vous n'allez pas m'envoyer dans un coin perdu ? Me faire disparaître pour me protéger ou je ne sais quoi d'autre ? Parce que si c'est ça, c'est hors…

— L'idée était tentante, le coupa Lupin avec amabilité.

— Très tentante, renchérie Tonks.

Elle posa son coude sur la table, renversant une partie de sa tasse de thé au passage. Sans s'en soucier, elle plaça son menton dans sa paume, l'air songeuse. Ses cheveux roses brillaient à la lueur des bougies qui les éclairaient en cette heure tardive.

— Sans le moindre doute, reprit Remus. Toutefois, nous sommes arrivés à la conclusion, peut-être brutale, que tu as un rôle à jouer dans ce combat que nous menons contre le mal. Dumbledore… Dumbledore pense que tu dois être davantage pris en charge plus qu'écarté.

Les sourcils froncés, perdu, Harry laissa aller son dos contre le dossier de sa chaise.

— Alors… c'est quoi le plan ? demanda-t-il, nerveux.

Le silence qui suivit sa question ne l'aida pas à se tranquilliser. Encore une fois, ce fût son ancien professeur qui lui apporta les réponses qu'il espérait.

— As-tu déjà entendu parler du statut de disciple ?

Harry demeura muet, mais secoua la tête après quelques secondes.

— Autrefois, il était assez répandu, chez les apprentis sorciers de sang pur, de recevoir un enseignement privé.

Attentif, Harry nota silencieusement que Lupin lui parlait avec beaucoup de précaution.

— Le jeune sorcier, devenait alors disciple et son éducation était confiée à un sorcier adulte et expérimenté, qui devenait son maître.

Le cœur d'Harry eût un nouveau sursaut dans sa poitrine, le faisant grimacer.

— Vous voulez… que je prenne des cours particuliers de magie ? hasarda-t-il, de plus en plus perplexe.

— C'est un peu plus complexe que ça, intervint Arthur, un sourire mi doux mi navré sur le visage.

Le regard de Harry passa de monsieur Weasley au professeur Lupin à plusieurs reprises.

— C'est une formation très spéciale, reprit Remus. Encore aujourd'hui, même si les disciples sont rares, elle est reconnue par le ministère de la magie. Les enfants qui suivent ce chemin ont accès à un enseignement bien supérieur à celui de ceux qui étudient à Poudlard. Les disciples apprennent des techniques de duels que l'on n'effleure pas en septième année, ils ont également le droit de devenir des Animagi. Légalement, j'entends.

Une pointe d'excitation envahit le survivant à cette idée. Son père avait été un Animagus. Sirius l'était. La perspective de se promener un jour en extérieur à ses côtés, même sous forme animale, était séduisante. Néanmoins, lorsqu'Harry releva un regard affectueux vers son parrain, il se heurta à un visage fermé, qui s'obstinait à être détourné de lui.

Il y avait donc sérieusement anguille sous roche. Harry s'humecta les lèvres, réfléchissant aussi vite et intelligemment que possible malgré l'heure tardive.

— Si cette formation est si extraordinaire, pourquoi on n'en entend pas parler ? Pourquoi les parents n'offrent pas à leurs enfants cette instruction là plutôt que Poudlard ?

Alastor Maugrey sembla grogner, mais Harry remarqua qu'il était plutôt moitié endormi sur sa chaise. Quoi que l'Ordre avait décidé pour le Survivant, cela ne paraissait pas l'inquiéter.

Harry se rappela soudain qu'il ne le connaissait pas du tout, finalement. Il détourna les yeux de l'Auror, pris à revers par une foule de souvenirs qu'il préfèrerait oublier à jamais.

— Parce que les maîtres ont tout pouvoir sur l'éducation de leur disciple. En dehors du droit de vie ou de mort, le ministère ne leur demande de rendre aucun compte quant à leurs méthodes. Il y a eu beaucoup d'abus et avec les années cette pratique a été mise complètement de côté. C'est sans doute pour cette raison que des choses comme le droit de devenir Animagus n'a jamais été actualisé. De nos jours, cela ne passerait certainement pas.

— De quel genre d'abus vous parlez ? murmura Harry, sur ses gardes.

Remus sembla hésiter à lui répondre, mais il se reprit presque aussitôt.

— De la violence physique, psychologique. Des viols. À une certaine époque, des meurtres.

Harry écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, prêt à leur demander s'ils n'avaient pas perdu l'esprit.

— Mais ils n'ont plus le droit de vie et de mort, lui rappela Arthur.

— C'est super vendeur, lâcha Harry, les joues échauffées.

Tonks pouffa mais étouffa rapidement son rire face au regard noir de Fol'œil, qui avait terminé sa petite sieste. Harry se redressa, cette fois-ci complètement réveillé.

— Si je comprends bien, vous avez décidé de confier mon éducation à quelqu'un qui pourra faire de moi ce qu'il veut ?

— C'est un peu ça, admit Remus.

— J'espère que vous l'avez bien choisi ce sorcier, répliqua-t-il, presque avec humour, à défaut de se lever d'un bond et de quitter la pièce.

À cet instant précis, Harry remarqua que Sirius avait relevé la tête. Il échangea un regard avec son ami Remus avant de jeter un coup d'œil en biais à Rogue. La seconde d'après, le cœur d'Harry cessa complètement de battre dans sa poitrine. Il se pencha en avant pour avoir son professeur de Potions dans son champ de vision. Il n'avait pas dit un mot depuis son arrivée.

Rogue le fixa sans ciller et Harry compris.

— Non…, non… Vous êtes dingues ?

Il se leva et Lupin l'imita.

— Harry, j'aimerais que tu m'écoutes, d'accord ?

Au bord de l'attaque, Harry secoua la tête.

— Pas si c'est pour me dire que vous voulez me confier à lui ! s'emporta-t-il.

Lupin leva les mains en signe de calme.

— Tu as le choix, Harry. Je te le promets, tu as le choix.

— Eh bien alors c'est déjà décidé et c'est hors de question ! s'exclama-t-il.

Harry se retourna, sentant toute couleur déserter son épiderme, et se dirigea vers la porte de la cuisine.

— Harry James Potter, je n'en ai pas fini avec toi, veux-tu bien ne pas me tourner le dos de la sorte, lança Remus, d'un ton sévère qu'Harry n'avait entendu qu'une seule fois, en troisième année.

Il se figea, mais demeura dos à l'assemblée.

— Je croyais que tu voulais te battre contre Voldemort, reprit-il d'une voix forte. Je croyais que tu n'étais plus un enfant. Est-ce que les paroles de toute à l'heure n'étaient celles que d'un adolescent qui fait de l'excès de zèle ?

Harry sentit ses lèvres tremblées et son cœur tambouriner contre sa poitrine. Ses pensées allèrent à Cédric. Comme il regrettait de ne pas l'avoir sauvé, de ne pas avoir été assez fort.

Il se retourna lentement, conscient que ses yeux brillaient sans doute un peu trop pour paraître insensibles à la situation.

— Non, souffla-t-il. Ce n'était pas de l'excès de zèle.

Lupin et lui se regardèrent un moment en silence, jusqu'à ce que le visage de l'ancien professeur ne s'adoucisse.

— Je le sais, répliqua-t-il, doux. Harry, j'aimerais que tu reviennes t'asseoir et que nous terminions cette conversation. S'il te plaît.

Sans en éprouver réellement l'envie, il obtempéra et se laissa choir sur sa chaise. Remus se réinstalla à son tour.

— Nous n'avons pas l'intention de t'imposer ce choix, reprit-il. À la réunion, Arthur et moi avons voté favorablement, mais l'un comme l'autre, nous sommes prêts à changer nos votes si demain soir tu nous dis que tu ne veux pas devenir disciple.

Tout en inspirant profondément, Harry jeta un regard à son parrain. Il n'avait pas trop d'idée claire sur ce qu'était cette histoire de vote, mais il lui paraissait évident que, lui, n'avait pas voté « pour ».

Il sentit le regard brûlant de son professeur de Potions peser sur sa nuque, mais il se força à faire comme s'il ne le voyait pas. Il se tourna à nouveau vers Lupin, dans l'attente de ses arguments pour le convaincre.

— Bien, souffla Remus. Si nous sommes tombés d'accord sur Severus, c'est notamment parce que, grâce à son statut d'enseignant à Poudlard, cela te permettrait de rester étudiant à l'école toute l'année. À une époque, tu m'as fait comprendre que Poudlard était ta maison et j'imagine que tu tiens à y retourner à la rentrée.

Harry secoua légèrement la tête, désabusé.

— Mais à quel prix ? marmonna-t-il, presque à bout de souffle.

Ce fut plus fort que lui, il releva la tête vers Rogue, qui continuait de l'observer, les bras croisés sur son torse, les lèvres closes. Dieu ce qu'Harry pouvait le trouver horripilant ! Pourquoi ne parlait-il pas ? Pourquoi n'était-ce pas lui qui lui expliquait tout ça ? Pourquoi avait-il accepté un rôle pareil ?

— Tu penses que tu serais plus heureux ailleurs ? Avec un autre sorcier ? Sans tes amis ? Sans… aucune échappatoire de la journée ?

Remus haussa les épaules, une grimace plaquée sur le visage.

Bien sûr qu'il n'en avait pas du tout envie. Mais pourquoi Rogue, bon sang ?

— Vous, monsieur… vous ne voudriez pas ? murmura-t-il dans la direction de son ancien maître de Défense contre les Forces du Mal.

Il se sentit un peu rougir, sans en comprendre la raison. Le regard affectueux que lui renvoya l'intéressé était chaleureux, mais à lui seul il exprimait un refus douloureux pour Harry.

— Avec les pleines lunes, je serais incapable de m'occuper de toi plusieurs jours par mois. Si ma santé me l'avait permis, j'aurais accepté ce rôle, mais…

Il laissa sa phrase en suspens et Harry soupira.

— McGonagall ? tenta-t-il sans espoir.

— Elle ne souhaite pas prendre une telle responsabilité, lui répondit Arthur Weasley.

Harry se contenta de hocher la tête, songeant au milieu de ce raz de marée qui était en train de balayer une nouvelle fois sa vie, qu'elle appartenait donc très certainement à l'Ordre, elle aussi.

— Des options nous en avons cherchées, reprit Remus. Tu peux me croire. Mais il n'y a pas que Poudlard qui fait de Severus le meilleur pour s'occuper de toi.

Harry lui accorda un haussement de sourcils avant de lever les yeux au ciel, sans se soucier de Rogue qui continuait de le fixer.

— Quoi que tu en dises, c'est un excellent sorcier, un redoutable duelliste, poursuivit Lupin sans faire cas de la réaction de son ancien élève. Et, surtout, tu l'auras appris l'an passé, il connaît très bien Voldemort.

— En quoi ça peut être une bonne chose ?

— Il connaît ses méthodes, sa manière de penser, d'agir et de réagir. Il saura t'apprendre à anticiper ce que Jedusor peut faire. Tu connais l'adage, non ? Connais tes amis, mais tes ennemis encore plus.

Une nouvelle fois, Harry soupira. Le discours de Lupin était logique, presque évident, mais se résoudre à devenir le disciple de Rogue, ça, c'était illogique et dénué d'évidence.

— Il me hait, chuchota Harry en regardant Lupin dans les yeux.

Remus acquiesça doucement, l'air sérieux et concentré.

— Pas autant que tu l'images...