Ron Weasley avait tant blanchi, qu'Harry Potter stoppa un moment son récit pour le laisser digérer les informations.

— Des profs qui… violent leur élève ? s'étrangla pratiquement le rouquin.

Une grimace se ficha sur son visage.

— Mais pourquoi Rogue ? enchaîna Hermione, les sourcils froncés.

— Parce qu'avec lui, je pourrai rester à Poudlard et parce qu'il connaît bien Voldemort et ses méthodes, répondit Harry à mi-voix. En d'autres termes, ils parlaient de magie noire.

Hermione acquiesça d'un air concentré et la grimace de Ron se transforma en indignation.

— À te regarder, on dirait que tu es d'accord avec eux, grogna-t-il après la jeune fille.

— En même temps, le discours n'est pas bête, Ronald, répliqua-t-elle avec aplomb.

Ils se chamaillèrent quelques secondes sans que Harry ne prête grande attention à leurs échanges. À ses yeux, la décision était d'ores et déjà prise : il était hors de question qu'il remette sa vie entre les mains de Severus Rogue.

Pourtant, malgré ce qu'il croyait être une certitude, il ne parvenait pas à mettre de côté cette histoire. Il n'avait pas dormi de la nuit et depuis l'aube, rien d'autre n'avait occupé ses pensées.

Remus lui avait dit qu'il avait jusqu'à ce soir, vingt heures, pour donner sa réponse définitive. Lorsqu'Harry avait quitté la cuisine, moitié furieux, moitié sous le choc, son professeur de Potions n'avait toujours pas émis le moindre son.

— De toute manière, tu leur as dit non. N'est-ce pas ? demanda Ron tout en claquant des doigts devant les yeux du Survivant pour le ramener au temps présent.

Harry sursauta légèrement, puis se reprit, et hocha la tête.

— Oui… enfin, j'ai promis d'y réfléchir, mais la réponse est évidente. Je dois leur donner ce soir, mais je ne compte pas attendre aussi tard.

— Tu es vraiment sûr de ne pas vouloir essayer ? tenta Hermione.

— Essayer ? s'emporta Ron sans laisser à Harry le temps de réagir. Essayer quoi ? On parle de Rogue. Tu voudrais qu'il soit… le maître d'Harry ? Tu imagines ? T'as écouté ce qu'il vient de nous raconter sur les disciples et leur maître ?

Les joues de la jeune sorcière se colorèrent, mais elle ne perdit pas la face pour autant.

— Moi ce que j'ai entendu, c'est qu'Harry pourrait apprendre beaucoup de choses, notamment à devenir un Animagus. Il aura accès à des connaissances qu'il ne verra jamais à Poudlard.

— T'es cinglé, ma parole, commença Ron, mais Harry le stoppa d'un geste de la main.

Le cœur battant la chamade, il ressentait l'envie d'écouter sa meilleure amie tout en mourant en même temps d'un désir violent de lui dire de la fermer. Hermione, perspicace, offrit au jeune sorcier un sourire compatissant.

— Je ne dis pas que c'est une bonne idée, reprit-elle d'un ton chaleureux. Que ce soit Rogue ou un autre sorcier qualifié, je ne sais pas, mais une formation individuelle, des connaissances de hauts niveaux. Tu es un sorcier incroyable, Harry et… tu es appelé à un avenir incroyable. Je pense que tu le sais et… Dumbledore le sait également. Peux-tu réellement refermer cette porte si facilement ?

Les paroles d'Hermione furent suivies d'un long silence. Harry se sentait mal, stressé, comme s'il était sur le point de passer un examen.

— Évidemment qu'il peut, rétorqua Ronald après un moment. C'est sa vie, il a le droit de la mener comme il l'entend.

Hermione afficha une moue, mais demeura silencieuse. La nervosité qu'Harry ressentait tourna brutalement à la nausée. Il n'était pas dans la tête de la jeune sorcière la plus brillante de Poudlard, mais il parvenait sans peine à suivre le cheminement de pensées qu'elle se retenait de développer à haute voix.

Elle pensait que la vie de l'un de ses deux meilleurs amis, ne lui appartenait pas tant que cela, que ses choix impacteraient peut-être beaucoup de monde, peut-être même l'avenir du monde de la magie.

— Qui te dit que j'ai tant d'importance que ça ? questionna Harry, un peu sec.

Hermione écarquilla les yeux, surprise, mais compris presque instantanément.

— Je le sais depuis la première année, après qu'on ait passé le chien à trois têtes, tenta-t-elle avec douceur.

Les épaules d'Harry s'affaissèrent et Ron intervint à son tour.

— Pourquoi tu essayes de la culpabiliser ? Il a le droit de ne pas vouloir devenir l'esclave de Rogue. Ce serait complètement dingue de dire oui.

— Esclave ? Tu dramatises tout ! Et je ne dis pas qu'il n'a pas le droit, s'emporta-t-elle à son tour. Maintenant dire « non » uniquement parce que c'est Rogue de l'autre côté du bâton, je trouve ça limite. On n'est plus des gamins, non ? On sait que la menace de Voldemort ne va aller qu'en s'empirant. Qu'on le veuille ou non, il est de retour et, toujours qu'on le veuille ou non, Harry est dans son collimateur. Je préfère le voir disciple que mort.

Elle repoussa ses cheveux en arrière, le regard grave et les joues rougies. Malgré les émotions qui l'empourpraient, elle poursuivit.

— Je pense seulement qu'Harry devrait aussi penser à tout ce que Rogue pourrait lui apporter. Le professeur Lupin, sans oublier ton propre père, Ronald, n'ont certainement pas voté à la légère.

— Mouais… je continue à croire qu'il devrait dire non.

Les deux meilleurs amis d'Harry se tournèrent vers lui, comme s'ils attendaient qu'il prenne parti dans l'instant.

Mais Harry demeura silencieux.

Avoir discuté avec Ron et Hermione ne l'avait pas aidé à se sentir mieux, contrairement à ce qu'il avait imaginé tout au long de cette nuit blanche qu'il venait de passer. Ses certitudes étaient en train de vaciller. Au fond, Ron avait partiellement raison : il culpabilisait. S'il avait été un meilleur sorcier, peut-être que Cédric serait encore en vie. S'il avait été un meilleur sorcier, peut-être que Jedusor n'aurait pas pu retrouver une forme humaine.

Mais d'un autre côté, comment avoir confiance en Rogue ? Imaginer être formé par lui ?

Lorsque l'heure du déjeuner arriva, Harry préféra ne pas descendre. Il demanda à Ronald de prétexter un peu de fatigue pour justifier son absence. Les adultes ne seraient pas dupes, mais tant pis.

Une demi-heure plus tard, on toqua à la porte de sa chambre. Harry, assis sur son lit, les jambes repliées contre son torse, invita le visiteur à entrer. Une assiette se présenta en premier dans son champ de vision, suivie d'un bras, d'un corps et du visage de Sirius Black.

Malgré tout ce qui le tracassait, Harry afficha un sourire à la vue de son parrain.

— Molly dit que tu adores ses pâtes bolognaises, lança-t-il pour briser la glace.

— C'est vrai, admit-il dans un murmure.

Sirius passa le pas de la porte et referma derrière lui. Il s'avança jusqu'à Harry et un malaise étrange s'instaura entre eux.

— Tu n'y étais pas favorable, toi, à ce… à ce projet ? questionna Harry d'une voix éteinte.

Sirius grimaça légèrement avant de poser l'assiette pleine sur la table de chevet.

— Normalement, ça devrait être à moi d'assurer ton éducation. À moi seul et certainement pas à un enfoir… à Rogue.

Harry esquissa un sourire, bien qu'il ressentît en premier lieu l'envie de pleurer. Une idée lui traversa l'esprit.

— Je ne pourrais pas rester ici, avec toi ? tenta-t-il avec espoir. Tu m'apprendrais la magie et à devenir à mon tour Animagus. Si c'est ce que veut Dumbledore, tu pourrais le faire. Et… et en étant ici, je serai aussi en contact avec d'autres sorciers comme monsieur Lupin ou Tonks, qui auront aussi beaucoup à m'apprendre.

Les lèvres du sorcier s'étirèrent et il traversa le mètre les séparant pour faire signe à Harry de lui laisser un peu de place. Il se décala et Sirius s'allongea à ses côtés avant de passer un bras par-dessus l'épaule de son filleul.

Le cœur battant, mis face à une situation parfaitement inédite pour lui, Harry hésiter un instant avant de finalement laisser aller sa tête contre le torse de son parrain. Il se colla un peu contre lui, troublé comme jamais. Durant une longue minute, Sirius se contenta de le maintenir contre lui, sans dire un mot, et Harry lui en fut reconnaissant. Il s'était senti tellement submergé d'émotions qu'il aurait été incapable de tenir un semblant de conversation sans bafouiller comme un enfant émoustillé.

— Si c'était possible, j'adorerais, répondit enfin Sirius. Malheureusement, cela t'astreindrait à une vie de fugitif. Rien ne prouve qu'un jour la lumière sera faite sur ma véritable implication dans la mort de tes parents. Si tu disparais de Poudlard, sans explication, comment feras-tu pour revenir dans le monde des sorciers plus tard, lorsque ce cauchemar aura pris fin ?

— Je me fiche de tout ça, avoua Harry. Je ne tiens à être qu'avec toi.

La main de Sirius vint tapoter la joue de son filleul avec affection.

— Aujourd'hui tu dis ça, mais si dans un an, par exemple, Voldemort se retrouve six pieds sous terre, tu n'auras pas envie de passer le restant de ta vie caché avec moi. Tu as toute ta vie devant toi.

Harry ne rétorqua rien. Bien sûr, c'étaient là des paroles pleines de bon sens, mais son cœur n'y adhérait d'aucune façon.

— Qu'est-ce que je dois faire ? chuchota Harry après quelques secondes. Dis-moi ce que je dois faire, s'il te plaît.

Sirius se dégagea doucement pour faire face à son filleul.

— Tu envisages sérieusement la possibilité de dire oui ?

Son ton était doux et ne laissait entrevoir qu'une forme d'étonnement.

— Non, je veux refuser cette proposition, mais… mais je pense aux paroles de monsieur Lupin et à celles d'Hermione.

— Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

— Je ne saurais pas te redire avec précision, mais… pour elle, on dirait que j'ai comme… une sorte de devoir envers les autres.

Harry grimaça et Sirius ne rétorqua rien.

— Tu crois qu'elle a raison ?

— Je serais bien incapable, malheureusement, de prétendre savoir de quoi l'avenir sera fait. Si tu me demandes si je pense que tu as un rôle important à jouer dans cette guerre ? Ma réponse sera oui. Tu l'as prouvé avant même de savoir parler…

Un sourire triste illumina avec douceur le visage de Sirius. Son regard se fit plus lointain et Harry sut dès lors qu'il pensait à ses parents et au sort tragique que le destin leur avait réservé. Harry se sentit lui-même envahit par une mélancolie qu'il savait dévastatrice s'il ne la stoppait pas.

Sirius eut un léger sursaut, comme si la même pensée l'avait soudain traversé.

— Quoi que je dise, quoi que disent Hermione et Remus ou quiconque, cette décision t'appartient, reprit le sorcier avec sérieux.

Harry acquiesça avec distance. Sirius glissa ses doigts sous le menton de son filleul pour capter son regard.

— Personne ne te jugera si tu dis non. Devenir le disciple de Rogue… ce serait plus que courageux.

Harry ne s'était pas senti aussi nerveux depuis belle lurette. À quelques pas de la cuisine, cinq minutes avant l'heure d'échéance, il n'avait toujours pas pris sa décision. Après avoir inspiré profondément, il poussa la porte et trouva dans la pièce la même assemblée que la veille. Les regards convergèrent vers lui et le silence se fit. Gêné, Harry pinça les lèvres sans oser ouvrir la bouche. Rogue était là, précisément à la même place qu'hier, et le Survivant ne trouva pas la force en lui de croiser le regard de l'enseignant.

— Harry, le salua Remus en s'approchant.

Il plaça sa main dans le dos du jeune sorcier et le poussa à entrer pour de bon dans la cuisine.

Après avoir échangé deux trois banalités, ce fut Arthur Weasley qui ne put tenir sa langue plus longtemps.

— Alors… as-tu pris une décision ?

La tension devint palpable et tous étaient suspendus à ses lèvres.

— Est-ce que je pourrais parler seul à seul avec le professeur Rogue ?

Il y eut comme un flottement, signe que personne n'avait pensé à ce que le Survivant fasse cette demande. Une fois la surprise passée, ils bougèrent tous et quittèrent la pièce, jusqu'à ce que la porte se referme sur Remus Lupin et son clin d'œil qui se voulait rassurant.

Tendu, Harry fit quelques pas en direction de la table et l'effleura du bout des doigts, nerveux. Un silence abominable engloutit tout l'espace, jusqu'à ce que Severus Rogue, sans même produire le bruit d'un mouvement de cape, s'avança à son tour. Il s'arrêta à hauteur de son élève et croisa les bras sur son torse.

Nouveau silence.

— Alors, Potter ? souffla-t-il d'une voix tout juste audible. Vous souhaitiez me parler, non ?

Harry déglutit et se força à regarder son professeur droit dans les yeux.

Il n'allait pas commencer à être effrayé par Severus Rogue, tout de même.

— Pourquoi vous avez accepté de faire quelque chose comme ça ? lança-t-il de but en blanc, la gorge serrée.

Si Severus fut surpris par la question, il n'en laissa rien paraître. Pourtant, il attendit pour répondre un temps qu'Harry trouva interminable.

— À votre avis ? répliqua-t-il.

Harry hésita à répondre avec honnêteté un court moment, puis il songea à son avenir et conclut que les convenances n'étaient pas de mises en cet instant.

— Pour vous venger de mon père ?

Les yeux de Rogue s'écarquillèrent légèrement. Si Harry n'avait pas été si prêt de lui, il ne l'aurait pas sans doute pas perçu. Au premier abord, il crut que le maître de Potions allait se mettre à hurler, mais ce ne fut pas le cas.

— OK, Potter, jouons franc-jeu…

Son ton quasi monocorde déstabilisa Harry.

— Cela fait bien vingt ans que votre père n'a motivé aucune de mes décisions et j'en remercie le ciel.

Surpris, ce fut au tour d'Harry d'écarquiller les yeux, avec beaucoup moins de maîtrise.

— Si j'ai accepté cette tâche, c'est parce Dumbledore sait me manipuler à sa guise, et ce depuis bien plus de vingt ans…

Le Survivant dévisagea le sorcier. Était-il en train d'esquisser un trait d'humour ? Rien sur son visage ne le laissait deviner.

— Ça ne répond pas vraiment à ma question, murmura Harry.

— Votre question était : est-ce que j'ai accepté ce projet pour me venger de votre père. La réponse est non. Si cela ne répond pas à votre question, c'est que vous l'avez mal formulée.

— Je voudrais comprendre pourquoi vous avez accepté de faire ça. Vous me détestez, depuis le premier jour. On le sait tous les deux, non ?

Rogue déposa un regard presque lassé sur son élève.

— Les raisons qui m'ont poussé à accepter ce rôle m'appartiennent, répondit-il d'une voix calme. Si vous devenez mon disciple, sans doute qu'un jour ou l'autre je vous les exposerai. Ce que je peux tolérer de vous dire, c'est que j'estimais votre mère autant que je haïssais votre père. Lui, je le haïssais, Potter. Si vous croyez que je vous hais uniquement parce que vous êtes insolent et borné, alors c'est que vous n'avez jamais été confronté à la véritable haine.

Le cœur de Harry s'emballa face aux paroles de son professeur. Le regard perçant de Severus le fixait avec intensité et le Survivant dut refouler une foule d'émotions d'une noirceur sans nom.

— Je hais Voldemort, chuchota-t-il, les yeux brillants.

— Et vous en avez les meilleures raisons du monde, admit Rogue en se penchant légèrement en avant. Nous avons donc d'ores et déjà un point en commun. Cela ne serait-il pas une bonne raison de travailler ensemble ?

Ignorant si ses sentiments à fleurs de peau biaisaient ou non son jugement, Harry eut malgré tout l'impression que Rogue et lui avaient un échange amical pour la première fois de leur vie.

— Vous allez être comment avec moi ? questionna Harry du bout des lèvres.

— Je ne saisis pas la question, rétorqua Rogue en se replaçant à distance raisonnable.

La froideur avait repris ses droits. Harry ne s'en formalisa pas pour autant. Il était décidé à jouer cartes sur table.

— Vous allez avoir tous les droits sur moi. Je sais que vous serez intransigeant.

Sa voix trembla quelque peu. Il aurait voulu que non, mais c'était ainsi.

— Plus que vous l'imaginez, souffla-t-il.

Harry déglutit avant de détourner les yeux.

— Je serais plus sévère et plus dur que quiconque le sera dans votre vie avec vous. Néanmoins, ce que je peux vous garantir, c'est que, si comme Dumbledore semble en être convaincu, une étincelle de grandeur et de puissance existe en vous, je la ferai jaillir. Je ferai de vous un sorcier hors du commun. Si vous êtes à la hauteur, Potter, je vous donnerai les moyens de ne plus laisser un de vos amis mourir sous vos yeux sans être allé au bout de vous-même.

Harry était accoudé à la fenêtre de sa chambre, le regard perdu dans le vide. La vue de la rue éclairée par les lampadaires était apaisante, mais le jeune sorcier sentait son cœur lourd. Il était pratiquement vingt heures et d'ici cinq petites minutes, son destin serait scellé.

La porte s'ouvrit et Harry n'eut pas besoin de se retourner. Il savait que c'était Ron, éventuellement accompagné d'Hermione. Il y eut un silence et Harry supposait que la présence de sa valise et de son sac à dos à ses pieds n'avait certainement pas échappé à celui qui venait de passer l'entrer.

La porte claqua.

— Tu as dit oui…, souffla Ron, le choc retentissant dans le timbre de sa voix.

Harry se décida à se tourner. Il aurait voulu sourire, afficher au moins un air confiant, mais il n'avait jamais été aussi peu sûr de lui qu'en cet instant. Hermione se tenait deux pas derrière le rouquin, la peur au fond des yeux.

— Tu as dit oui ! répéta-t-il. Mais… t'es… t'es…

Il serra la mâchoire, semblant ravaler les mots qu'il allait prononcer.

— Sans doute que je le suis, murmura Harry, la gorge nouée. Dingue, je veux dire.

— Non, tu n'es pas dingue, ce n'est pas ce que je voulais dire, reprit précipitamment Ron, les joues rouges. Seulement… es-tu vraiment sûr de vouloir de cette vie ?

Il afficha une grimace mêlant horreur et angoisse. Hermione s'avança et posa une main affectueuse sur le bras de Ronald en passant à côté.

— Qu'est-ce qui t'a décidé ? murmura-t-elle à Harry.

Ce dernier inspira profondément, ravalant les larmes qui menaçaient de franchir la barrière de ses paupières.

— J'ai demandé à lui parler… à Rogue. Je lui ai demandé pourquoi il avait accepté de me prendre comme disciple et si cela avait quelque chose à voir avec mon père.

Ron écarquilla démesurément les yeux.

— Il m'a dit que non, précisa-t-il immédiatement.

Il ne tenait pas à laisser le temps à ses deux meilleurs amis de poser des questions à propos de ses parents. La remarque de Rogue sur sa mère, Harry ne savait pas vraiment comment l'interpréter, mais il avait envie que cela lui appartienne pour le moment.

— Il m'a dit que si comme Dumbledore le pensait j'étais un sorcier puissant, il ferait de moi le meilleur. Il m'a assuré… en gros, il m'a promis de m'aider à exceller.

Ron et Hermione le fixèrent sans un mot. Le premier paraissait horrifié, la seconde troublée. Harry savait que ses yeux étaient embués de larmes, qu'il tremblait légèrement, mais il voulait aussi montrer à quel point il était déterminé et motivé. Cédric n'aurait jamais dû mourir. Harry ne voulait plus jamais être face à une situation où il ne saurait pas comment réagir.

Les trois jeunes sorciers s'étreignirent de longues secondes, sans un mot. Ils savaient que leur meilleur ami venait de prendre la décision la plus difficile de sa vie.

Harry descendit les marches de l'escalier bancal de la maison, le cœur battant un peu trop vite à son goût. En bas, tous l'attendaient pour lui dire au revoir. Fred, Georges, Ginny furent les premiers à lui souhaiter bonne chance. Fred glissa quelque chose dans son sac à dos avec discrétion et cela tira un sourire à Harry, bien qu'il ne sût rien du contenu du paquet. Arthur et Molly Weasley affichèrent une confiance et une gentillesse hors du commun, Remus lui souffla à l'oreille de ne pas hésiter à le contacter si besoin. Seul Sirius ne formula pas la moindre parole, mais Harry et lui n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre.

Severus Rogue se tenait au bout de cette chaîne jonchée d'amour et de douceur. Pourtant, arrivé à hauteur du sorcier, Harry avait l'impression d'avoir dit adieu à tous ses proches, alors que ce n'était pas le cas.

Le maître de Potions tendit un bras en direction de son élève et qui l'observa une poignée de secondes, décontenancé. Allaient-ils transplaner ? Sans oser se tourner une dernière fois vers les autres, de peur de perdre le peu de confiance qu'il arborait, il inspira profondément et posa sa main sur la manche de Rogue.

La seconde suivante, square Grimmaurd avait disparu.