Hello! Suite à mon avancée dans le jeu Fire Emblem Heroes j'ai eu cette petite idée d'écrire un OS sur le couple Laegjarn x Fjorm dont voici le résultat!
Fire Emblem Heroes est un jeu mobile développé par Intelligent Systems et édité par Nintendo, rien ne m'appartient.
Bonne lecture!
Mon corps est comme engourdit, presque froid bien que cela soit impossible. Les flammes de Muspell, je me souviens encore comme le pouvoir du dragon du feu me dévora jusqu'à consumer ma vie et mon âme. Père… Laevatein… Oui, c'est pour elle que je me suis sacrifiée en offrande au feu destructeur pour qu'elle soit épargnée. J'espère ne pas avoir failli et qu'elle est bien saine et sauve. Quant à moi, je pensais que la mort serait différente. Une torture éternelle ou bien un vide insondable… Pourtant, je ne ressens rien si ce n'est cette froidure qui malgré tout me parait apaisante.
Comme c'est étrange de pouvoir ressentir des choses bien que je semble être incapable d'esquisser le moindre mouvement. Si au moins je pouvais voir pour savoir ce qu'il est advenu de moi, où je me trouve. Mais mes yeux sont aveugles, ma cécité ayant été causée par le pouvoir de Muspell. Je suis impuissante, condamnée à l'oubli sans doute. Prisonnière de mes propres pensées, que me reste-t-il ? Aucun regret ne m'habite, seulement des interrogations.
Qu'en est-il de la guerre qui opposait Muspell à Nifl ? Les Gardiens d'Askr ont-ils vaincu Père ? Et la Princesse Fjorm… Les flammes l'ont-elles dévoré comme elles l'ont fait pour sa sœur et sa mère ? Cette incertitude, est-ce là le châtiment qui m'est réservé ? Ne pas savoir, être rongé par le doute, quel cruel sort mais sans doute dois-je le mériter. Je n'ai fait qu'obéir aux ordres… Piètre excuse pour justifier tout ce mal, toute cette souffrance que j'ai infligée. Vulgaire outil entre les mains du tyran des flammes, aurais-je pu me rebeller ? Il est bien trop tard pour me poser pareille question désormais.
Quand bien même j'avais eu le choix de lutter contre Père, je n'aurais pas pu le faire. Il me fallait protéger Laevatein de sa fureur destructrice. J'étais prête à tous les sacrifices pour cela, j'aurais tué, brûlé et rasé tous les mondes tant que ma petite sœur était à l'abri. Dans ce pays recouvert des cendres de la rage et de la tristesse, elle était tout ce que j'avais. La seule à m'apporter un peu de bonheur quand notre ascendance nous destinait à en être privées.
Je prie les dieux qu'elle ait pu échapper à ce cauchemar enflammé perpétuel et qu'elle vive à présent en paix. J'ignore si ma prière sera entendue mais le destin ne peut être assez cruel pour me refuser ce seul souhait. Laevatein…je t'aime tellement si tu savais. Ah… Le froid bienfaisant qui m'enveloppait semble s'estomper et avec sont départ se ravive ma douleur que j'avais jusqu'à présent oublié. Cette brûlure familière, Muspell me poursuivra donc indéfiniment ?
Je sens que j'ai des difficultés à rester consciente. Peut-être n'était-ce qu'un entre-deux avant que la mort ne m'emporte pour de bon. Tant mieux car ainsi ma souffrance cessera et je sombrerais enfin dans cet oubli que j'appelle de tous mes vœux. Pourtant, lorsque je me prépare à passer dans le prochain royaume, probablement celui de Hel au vu des péchés qui entachent mon existence, je sens à nouveau ce froid me saisir, presque me bercer. Cette fois, une voix douce l'accompagne et qui ne m'est pas inconnue. Qui est-ce ? Je n'arrive pas à m'en souvenir. Je ne peux qu'écouter ces mots répétés en boucle près de mon oreille.
—Réveillez-vous Laegjarn, réveillez-vous…
J'ouvre les yeux, où du moins je tente de le faire, mais ma vision est noire lorsque mes paupières se soulèvent. Oui bien sûr, je suis aveugle et je l'oubliais. Mais alors, pourquoi ai-je la sensation que ce n'est pas tout à fait vrai ? Peu importe, privée de la vue ou non, il me reste toujours mes autres sens et la première chose que je constate est la présence de quelqu'un avec moi. Cette aura glaciale, je jurerais l'avoir déjà ressentie. Elle ne semble pas malfaisante cependant, ne faisant aucun geste vers moi. Je me redresse alors que j'étais allongée sur une sorte de matelas confortable. La personne avec moi ne parle toujours pas alors je suis celle à le faire en premier. Je pose la seule question que quelqu'un qui vient de décéder pose inévitablement.
—Où suis-je ? Suis-je morte et est-ce le Royaume de Hel ?
Seul un léger rire me répond et je me fige en reconnaissant enfin la voix de mon interlocutrice. Son nom m'échappe alors dans un murmure incrédule.
—Princesse Fjorm…
—Bonjour Princesse Laegjarn. Je vous rassure, vous n'êtes pas morte et nous ne nous trouvons pas en Hel non.
—C'est impossible… Muspell… Le pouvoir du dragon, je l'ai pourtant utilisé lorsque je vous ai affronté. Cela aurait dû me tuer alors comment ?
—Vous étiez bien en train de mourir sous nos yeux impuissants quand Ascœur a eut l'idée de tenter quelque chose pour vous sauver.
—C'est impossible, je répète obstinément. Rien n'a le pouvoir de contrer les flammes du dragon du feu.
—C'était une tentative désespérée et en effet nous ne pensions pas que cela fonctionnerait. Pourtant, que vous soyez ici et que nous conversions est la preuve que ça a marché.
—Qu'avez-vous fait ?
—Avec l'aide de l'invocatrice, j'ai fait appel au dragon de la glace Nifl pour qu'avec son pouvoir je puisse geler votre corps et enrayer le feu qui vous consumait.
—Enrayer ?
La princesse du froid prend alors un ton triste lorsqu'elle prononce ses prochains mots.
—Oui, seulement enrayer car Muspell et Nifl se sauraient entrer en conflit et s'opposer, aucun ne pouvant prendre le dessus sur l'autre. Ainsi, bien que nous soyons parvenus à vous sauver, votre survie est tributaire de demeurer près de moi pour que je puisse vous maintenir en vie grâce à mon pouvoir.
Je reste silencieuse après cette déclaration. Ainsi, je suis donc sauvée mais en sursis ? Condamnée à rester prisonnière de… Mais où suis-je d'ailleurs ?
—Où sommes-nous ?
—En Askr, au QG des Gardiens. J'ai décidé de les rejoindre après la défaite de Surtr.
—Père est donc…
—Oui, nous avons triomphé, la paix est revenue entre Muspell et Nifl.
—J'ai besoin d'un peu de temps pour assimiler tout ceci. Pourriez-vous me laisser Princesse Fjorm je vous prie ?
—Bien entendu, je comprends que tout cela fasse beaucoup. Je reviendrais dans une petite heure, je ne peux vous laisser trop longtemps. Puis-je seulement vous prodiguer vos soins avant cela ?
J'hoche la tête et la laisse approcher. Je sens alors avec plus de force son aura glacée m'envelopper à chaque pas qu'elle fait pour venir auprès de moi. Elle appose ensuite ses mains sur mes tempes et je sens son pouvoir s'écouler en moi. C'est étrange comme ce contact me parait agréable, presque intime. Je pensais que les pouvoirs des souverains de Nifl étaient nuisibles pour nous qui venons de Muspell et pourtant, celui de la Princesse est doux et chaleureux malgré l'ironie d'une telle comparaison.
Lorsqu'elle ôte ses mains de moi cela me manque presque aussitôt bien que je me sente plus apaisée après ces soins. Elle me laisse alors comme elle me l'a dit et j'entends le bruit de la porte de refermer derrière elle. Bien, à présent que je suis seule je peux réfléchir un peu mieux. Je songe durant quelques secondes à tenter de fuir mais pourquoi faire au juste ? Retourner en Muspell ? Père étant vaincu j'ignore qui a prit la tête du Royaume alors que suis supposée être morte. J'aurais dû demander à la Princesse de Nifl si Laevatein a survécu mais la peur que sa réponse soit négative m'en a empêché.
Rien d'autre ne me retient en ce monde sinon ma sœur. Apprendre son décès me vouerait à un chagrin si grand que je préférerais même être de nouveau consumée pour l'éternité. Qui suis-je désormais si je ne suis plus le commandant de l'armée du Royaume des flammes ? Si j'ai bien compris, je ne vis plus qu'une demi-vie, risquant de mourir sans des soins constants. Esclave du pouvoir de Nifl, voilà qui est une telle disgrâce pour une Princesse de Muspell. Je ne sais que faire sans les ordres de Père pour dicter mon existence. J'ai vécu si longtemps pour uniquement lui obéir et protéger Laevatein que je suis perdue maintenant que le libre-arbitre m'est en quelque sorte offert.
Fatiguée de toutes ces réflexions qui ne me mènent nulle part, je décide prendre un peu de repos car mon corps est encore largement éprouvé. C'est une toux puissante qui m'éveille un temps indéterminé plus tard. Me redressant, je cherche l'origine de ces quintes qui déchirent la personne qui les produit. Toujours aveugle je distingue néanmoins que cela vient de quelque part sur la gauche de ma couche. Je me lève alors et approche de la source du bruit quand une aura glacée caresse mes sens engourdis. Je reconnais alors immédiatement celle de la Princesse Fjorm bien qu'elle me semble plus faible que lorsque je l'ai sentie à mon premier réveil.
Sa toux ne se calme pas et devient au contraire de plus en plus violente. Mais que lui arrive-t-il donc ? Il est pourtant impossible qu'une habitante du Royaume du froid tombe malade. J'approche, et ne sachant que faire d'autre, pose ma main dans son dos car elle semble être penché. A peine l'ai-je effleuré que je sens une chaleur se diffuser depuis ma main qui finit par la calmer un peu. Alors qu'elle reprend un semblant de respiration normale je m'interroge. Tout à l'heure j'ai tenté d'utiliser mon pouvoir sans résultat visible et là il semble pourtant se manifester. Etrange…
—Je suis désolée Princesse Laegjarn, je vous ai réveillée.
—Ce n'est rien. Pouvons-nous cependant faire fi de nos titres respectifs ? Je n'ai de toute façon plus rien d'une princesse à présent que Père est mort.
—Oui, si vous le souhaitez. Je vous ai apporté de quoi vous restaurer si vous le désirez.
—Je vous en remercie.
Je vais pour prendre le plateau qu'elle me tend mais bute contre celui-ci, ne pouvant le voir avec mes yeux aveugles. Je porte alors la main à mon visage, rencontrant non pas mes paupières closes mais un bandeau qui les obstrue. Je n'y avais pas prêté attention avant mais tente à présent de l'ôter.
—Attendez ! Le pouvoir des flammes à détruit vos yeux, vous ne pouvez enlever ce bandeau pour le moment. Ce n'est pas encore guérit.
—La perte de ma vue est donc définitive. Bien, je m'en doutais déjà de toute façon.
—Pas exactement. Peut-être pourrons-nous restaurer votre vision. Nous recherchons justement le moyen de le faire en ce moment.
Je reste silencieuse à la suite de cette déclaration. Je ne mérite pas tant de bonté alors que j'ai causé tant de souffrance. Fjorm n'ajoute rien et m'aide à m'installer pour que je puisse manger. Ma perte d'autonomie due à cette cécité me pèse un peu, moi qui ai toujours pu me débrouiller seule. Mais la sollicitude et le fait que la princesse des glaces ne me juge pas apaise cette sensation désagréable de dépendance que je ressens. De toute façon je vais devoir m'y habituer puisque je ne peux vivre sans son assistance. Mon repas achevé, la souveraine de Nifl prend mon plateau pour me débarrasser quand une nouvelle toux survient.
—Fjorm, pourquoi toussez-vous de la sorte ?
—Pour vaincre votre Père et pour vous sauver également, j'ai dû avoir recours au rituel du froid. Hélas, tout comme celui des flammes exige un sacrifice, le nôtre rançonne une vie aussi. La mienne s'échappe peu à peu de mon corps, mon cœur se glaçant sous l'action du pouvoir du dragon du froid.
Lorsque je lui demande si elle sait combien de temps il lui reste elle me répond qu'elle l'ignore. Ce sombre constat me provoque une tristesse inattendue. Pas parce que sa vie arrivant à son terme la mienne s'éteindrait aussi, cela m'importe en réalité très peu. Cependant savoir que Fjorm mourra bientôt pour avoir tenté d'arrêter Père en plus de m'avoir sauvé… Je ne peux pas accepter cela. Mais encore une fois, je me heurte à mon impuissance me laissant spectatrice de ce gâchis.
Les jours suivants, je repris peu à peu des forces jusqu'à pouvoir enfin sortir de ma chambre. J'ai craint un instant que les autres Héros et les souverains d'Askr me traitent encore en ennemie mais il n'en fut rien. Le prince Alphonse et la Princesse Sharena m'assurèrent que la guerre était finie et qu'ils n'entretenaient aucune acrimonie à mon égard. Je n'étais pas leur prisonnière mais bien leur invitée.
J'interrogeais une fois Fjorm pour savoir finalement ce qu'il était advenu de Laevatein et elle me dit que ma sœur avait survécu et œuvrait pour reconstruire le Royaume de Muspell sur de meilleures bases. Je souhaitais pouvoir la retrouver mais je ne pouvais pas partir seule et la princesse de Nifl était bien trop atteinte par le rituel du froid pour que je risque de l'exposer à la chaleur ardente du pays du feu. L'invocatrice et les souverains d'Askr me permirent de lui envoyer un message afin de la convier à la place à venir me rendre visite. J'espérais qu'elle accepterait notre invitation, il me tardait tant de la revoir.
J'appris à faire sans ma vue car les recherches pour restaurer mon sens perdu ne donnaient pas de résultats concrets. Le feu du dragon avait bien trop endommagé mes yeux pour qu'un simple rituel de guérison suffise. Cela ne me provoqua pas d'émoi particulier. J'avais contemplé tellement d'horreur dans ma vie que perdre ma vision ne me semblait pas être si tragique.
Puisque la princesse du froid et moi-même étions encore trop faibles pour participer aux batailles avec les autres Héros, nous fûmes mises à contributions lors des conseils pour déterminer les stratégies adoptées par l'armée d'Askr. Tout comme ma vue, combattre ne me manquait pas tant que cela et j'étais déjà heureuse de pouvoir contribuer à aider ceux qui me donnait asile. Mes connaissances militaires serviraient cette fois au moins de meilleurs desseins.
—Ce conseil fut long, que diriez-vous d'aller nous étendre un peu dans les plaines d'Askr ?
La proposition de la fille des glaces me surprit un peu de la familiarité avec laquelle elle était prononcée. Pourtant il était vrai que depuis les quelques mois que je demeurais auprès d'elle nous avions appris à nous connaitre de mieux en mieux.
—Pourquoi pas, c'est une bonne idée.
Quittant le QG fortifié, nous passons dans un village pour prendre de quoi nous restaurer si nous nous attardions. Le temps est idéal en cette magnifique journée et je dois avouer ne pas me lasser de pouvoir sentir le soleil et le laisser me réchauffer. A Muspell le ciel était toujours envahit de nuages de cendres épaisses masquant l'astre solaire et plongeant le territoire entier dans une noirceur permanente.
—Quel temps fait-il à Nifl en général ? interrogeais-je Fjorm alors que nous étions étendues dans l'herbe.
—Froid, répondit-elle avec un sourire dans la voix.
—Cela je m'en doutais bien mais je parlais plutôt du ciel.
La jeune femme manipulant la glace laisse échapper un léger rire devant ma réponse terre à terre. La plaisanterie, bien que je l'aie saisie, n'est pas un langage auquel je suis habituée. Père…Surtr ne riait jamais pour autre chose que le malheur et la destruction qu'il provoquait, rien de véritablement réjouissant donc.
—Je plaisantais Laegjarn bien que ce soit la vérité. Mais hormis cela le ciel est souvent dégagé et du même bleu que le plus froid des glaciers du Royaume. Les seuls moments où ce n'est pas le cas sont lorsqu'une tempête de glace éclate mais ça ne dure jamais très longtemps.
—Ce doit être beau à voir.
—La tempête ?
—Non, le ciel. A Muspell il nous était toujours invisible avec les cendres et la fumée. Votre pays ne vous manque-t-il pas ?
—Mon frère et ma sœur qui y sont resté me manquent mais j'ai choisi de rejoindre Askr de mon plein gré. De plus, avec mon cœur se glaçant de plus en plus je redoute que le climat de Nifl n'accélère le processus.
Ce triste rappel de sa mort imminente jette le silence entre nous. J'ai appris à apprécier sa compagnie et savoir qu'elle peut m'être à tout moment arrachée me bouleverse plus que je ne veuille bien l'admettre. Eprouver de l'attachement envers quelqu'un d'autre que ma sœur, voilà qui est nouveau pour moi et pourtant. Je ne peux nier que le sort de Fjorm m'importe aussi à présent.
Le reste de la journée s'écoule paisiblement alors que nous profitons du beau temps tout en devisant. Lorsque vient le soir, il est temps de rentrer pour nous coucher. La princesse de Nifl et moi occupons les mêmes quartiers car je ne puis me tenir éloignée d'elle plus d'une ou deux heures sans que mon corps ne se rappelle à mon bon souvenir en m'infligeant la douleur qui n'attend que son moment pour se manifester. Les flammes ont beaucoup abîmé mes terminaisons nerveuses qui, sans le froid bienfaiteur du pouvoir de Fjorm, me font énormément souffrir au moindre contact avec quoique ce soit.
Ce soir là, je ne parviens pas à m'endormir, mon esprit s'agitant sur le moyen d'empêcher le décès de celle à qui je dois la vie. Je pensais que son état s'était amélioré car je ne l'ai plus entendu tousser aussi fort que la première fois où je repris conscience en ces lieux. Pourtant, partout où nous nous rendons les regards se teintent de peine lorsqu'il se posent sur elle sans qu'elle ne le voie et le plus lourd d'entre eux étant sans doute le mien qu'elle ne peut percevoir. Mon inquiétude grandit car bien qu'elle me cache certainement ses crises, je sens immanquablement son aura glacée s'amoindrir le temps avançant.
Me tournant et me retournant dans mon lit, je suis donc bien réveillée lorsque Fjorm a une nouvelle crise sans précédent. Elle arrive sans prévenir, la jeune femme se relevant subitement avant d'éclater d'une toux violente. L'entendre ainsi souffrir est insupportable et je me lève pour la rejoindre. Mais encore une fois que puis-je bien faire ? Je me souviens alors que la fois précédente elle avait semblé s'apaiser lorsque je posais ma main sur son dos. J'essaie de le refaire pour tenter de la soulager et immédiatement, mon pouvoir qui habituellement est comme endormi depuis mon immolation, se réveille et coule pour la soulager.
—Laegjarn…
Elle murmure mon prénom avant de porter la main à son cœur il me semble, comme si après ses poumons c'était lui qui la faisait souffrir. L'attrapant par les épaules, je la rallonge doucement et, avec une légère hésitation sur ce que je m'apprête à faire, je pose une nouvelle fois ma main sur elle mais cette fois sur sa gorge que je découvre au niveau de son cœur. Pourvu que cela fonctionne car j'ai peur que dans le cas contraire elle ne finisse par mourir dans mes bras.
Lorsque j'entre en contact directement avec sa peau, contrairement à tout à l'heure où le tissu nous séparait, je ressens la froidure de son corps à cet endroit précis. Je trouve cela étrange car le reste de son épiderme est chaud en temps normal. Enfin, je dis cela mais à vrai dire je n'en sais rien puisque nous ne nous touchons pour ainsi dire jamais pour autre chose que les soins qu'elles me prodigue. Je sens ma main chauffer un peu plus que quand elle se trouvait dans son dos pour lutter contre ce froid qui je suis sûre n'est pas naturel même pour elle.
Nous restons quelques instants comme cela jusqu'à ce que ses traits grimaçants de douleur ne redeviennent lisses sous mon autre main posée sur son visage quand son cœur retrouve de sa chaleur. Dès que c'est le cas, mon pouvoir retombe en sommeil sans que je ne puisse même le sentir ou faire de nouveau appel à lui. C'est à n'y rien comprendre, comme s'il n'apparaissait que pour une raison bien précise. Oui, mais laquelle ? La fille des glaces tousse encore légèrement et je ne parviens pas à retenir une exclamation.
—Fjorm !
—Tout…tout va bien. Ce n'était qu'une petite crise, rien de grave.
—C'est une plaisanterie ? Parce que si tel est le cas elle n'est pas drôle. Vous étiez en train de mourir il y a tout juste quelques minutes !
Je m'emporte, cela ne me ressemble pas. Mais qu'elle refuse de voir la vérité en face me met hors de moi. J'étais à un rien de la perdre et ne dois qu'à un miracle que je suis incapable de réitérer que ce ne soit pas le cas. Je sens alors sa main, douce et chaude, se poser sur l'une de mes joues.
—J'ai encore du temps devant moi, ne vous en faites pas tant.
Je ne porte plus le bandeau qui masquait mes yeux depuis qu'ils ont cicatrisés. Je l'ai donc ôté et me contente de garder mes paupières fermées puisque je sais ne rien pouvoir voir si je les soulève. Pourtant, bien que je ne les ouvre toujours pas, je sens quelque chose s'échapper de mes yeux pour couler sur sa main.
—Vous pleurez ? interroge-t-elle.
—Je…
Non, c'est impossible, comment le pourrais-je ? Mais je me rends à l'évidence quand je sens Fjorm essuyer délicatement ce liquide salé. Je n'avais jamais pleuré de ma vie avant cela. La seule fois où cela arriva est lorsque je crus que Père s'apprêtait à tuer Laevatein. Hormis cette fois-là, jamais une larme ne fut versée par mes yeux, pas une seule.
—Je demanderais à mon frère s'il n'y aurait pas un moyen de vous garder en vie même si je venais à disparaitre.
Sa phrase me choque lorsqu'elle quitte ses lèvres. Croit-elle que je pleure uniquement car je crains de ne pas survivre si elle mourait ?
—C'est ce que vous croyez ? Que c'est la perspective de ma propre mort qui me fait pleurer ainsi ?
—Eh bien…
—Je me fiche éperdument de mourir Princesse, j'avais accepté mon sort avant que vous n'interveniez.
Je ne comprends pas pourquoi cela me blesse autant qu'elle puisse croire que je n'accorde aucune importance à sa vie autrement que parce que la mienne en dépend. Quoiqu'il en soit, alors que j'ai l'impression d'étouffer, je vérifie une dernière fois qu'elle va bien et quitte nos quartiers. J'ai besoin de réfléchir et de m'aérer. Errant dans le QG, j'arrive au réfectoire qui à ma grande surprise n'est pas vide. Je ressens la présence de quelqu'un, une très forte aura à l'une des tables. Je la reconnais lorsque je m'approche un peu plus. C'est notre invocatrice, Ascœur, qui semble être en train de boire un thé à la Bergamote si j'en crois le parfum qui tourbillonne dans l'air.
—Oh ! Laegjarn ! Que fais-tu là, tu as des difficultés à dormir ?
Sa bonne humeur et son attitude désinvolte en tout temps m'ont un peu surprise les premiers temps mais j'y suis habituée maintenant. Je sais aussi que malgré tout elle reste une oreille attentive prête à écouter ceux qui la sollicite.
—C'est Fjorm.
Elle m'enjoint de m'asseoir avant de me demander ce qu'il m'arrive avec la princesse des glaces. Je lui explique le problème qu'elle est loin d'ignorer et surtout mon inquiétude.
—Je suis désolée, je mène toutes les recherches possibles mais je n'ai encore rien trouvé. Les rituels du froid et du feu sont complexes à étudier et obéissent à des règles magiques qu'il est difficile de comprendre.
—Je le sais bien. Que je sois toujours en vie est d'ailleurs un miracle.
—Oui en effet… C'est une chose que je ne m'explique pas non plus. J'ai voulu creuser cette piste mais sans plus d'éléments je ne suis arrivée à rien hélas.
Je repense alors à ce qu'il s'est passé les deux fois où je me trouvais avec la souveraine de Nifl. Je n'en ai rien dis à personne, ne comprenant pas moi-même de quoi il était question. Mais peut-être est-ce important ?
—Il s'est passé quelque chose tout à l'heure…
—Oh ? Est-ce que vous… ?
—Nous ?
—Rien, oublies ce que je viens de dire haha.
La petite invocatrice se frotte alors l'arrière de la tête et je jurerais qu'elle rougit si seulement je pouvais la voir. Quoiqu'il en soit je ressens nettement que son aura est plus agitée.
—Tu disais ?
Elle élude et je décide de ne pas chercher à comprendre car il est vrai qu'elle peut parfois être un peu étrange.
—Fjorm a fait une crise et je pense qu'elle serait morte si je n'avais pas utilisé mon pouvoir sur elle.
—Ton pouvoir ? Je croyais que tu ne parvenais plus à l'utiliser depuis que tu t'es donnée en offrande aux flammes ?
—C'est bien le cas sauf les deux fois où une crise est survenue.
—Hum… Intéressant… Donc pour résumer, le rituel du froid déclenché par Fjorm a permis de te sauver du dragon du feu Muspell quand tes propres flammes obtenues permettent de limiter les effets du cœur de glace provoqué par le dragon du froid Nifl… Oh !
Elle s'exclame tout d'un coup, renversant par la même occasion sa tasse de thé comme en témoigne le liquide que je sens arriver sur mes doigts posés sur la table. Vraiment, cette Ascœur est très bizarre tout de même. Elle n'y prête cependant pas la moindre attention et continue de parler toute seule.
—Mais oui ! Je crois que j'ai trouvé ! Enfin peut-être, je dois faire des recherches pour en être sûre ! Je te laisse, je dois filer à la bibliothèque, bonne nuit !
Elle se lève précipitamment et sort tout aussi vite du réfectoire telle une petite tornade. Je souffle légèrement quand je l'entends revenir pour m'adresser ses derniers mots avant qu'elle ne s'en aille pour de bon.
—J'ai oublié mais embrasse Fjorm pour moi tu veux !
J'ai comme l'impression que si je l'avais vu elle m'aurait fait un clin d'œil. Quant à sa phrase, elle semble contenir un sens caché que je ne parviens pas à saisir. Embrasser Fjorm ? Mais pour quoi faire ?
A mon retour dans notre chambre, la princesse des glaces s'est paisiblement rendormie, sans doute épuisée par cette toux et son cœur lui faisant de plus en plus défaut. Sa respiration régulière s'échappe d'entre ses lèvres qui doivent être entrouvertes. J'approche de son lit et m'assois au bord. Si mes yeux pouvaient toujours voir je suis certaine qu'ils seraient en train de la détailler. Je me souviens encore que même lorsque nous étions ennemies je la trouvais déjà très belle et forte, quelqu'un d'admirable. Sans cette guerre insensée peut-être aurions-nous pu plus tôt nous connaitre et devenir proches.
Je tends la main pour voir si en la touchant de nouveau cela déclenchera mon pouvoir. Je la pose doucement sur sa joue et, sentant une mèche que je me souviens être dorée, je la ramène en arrière. Non, aucune chaleur hormis celle de mon geste, ne se dégage de ma main contrairement à tout à l'heure. Pourquoi ? Parce qu'elle n'en a pas besoin pour le moment ? Ma question demeure sans réponse quand je me remémore qu'Ascœur m'a demandé de l'embrasser pour elle. Je suppose que je dois le faire si c'est l'invocatrice qui l'a dit mais j'ai peur de la réveiller en le faisant.
Finalement, je me penche pour effleurer sa tempe de mes lèvres. Si mon pouvoir ne réagit toujours pas, ce n'est le cas de mon corps et notamment de mes joues qui semblent chauffer après cette action. Que m'arrive-t-il ? J'ai pourtant déjà agi ainsi avec Laevatein alors en quoi est-ce différent cette fois-ci ? Fjorm remue alors dans son sommeil et se blottit contre ma jambe en l'enlaçant. C'est pire encore que tout à l'heure car cette fois c'est mon cœur qui réagit. Il s'emballe et je ne comprends pas pour quelle raison.
Cela dit, ce n'est pas désagréable pour autant. Renonçant à rejoindre mon propre lit, je me contente de m'installer un peu mieux assise dans celui de Fjorm toujours endormie et qui n'a pas l'air prête à me lâcher. Sa chaleur m'engourdit peu à peu et je sombre à mon tour dans le sommeil.
Le lendemain, en m'éveillant la première comme habituellement, j'ai dû mal à comprendre comment je suis passé d'assise à totalement allongée dans le lit de la princesse de Nifl toujours assoupie et encore plus serrée contre moi. Plus étrange encore, je ne me sens pas défaillante comme après toute une nuit à dormir certes près d'elle mais sans qu'elle n'utilise son pouvoir pour me soulager. Est-ce parce que nous étions en contact durant tout ce temps ? Elle remue un peu contre moi et s'enfouit un peu plus avant de réaliser ma présence.
—Laegjarn ? Vous… Je…
Elle balbutie sans parvenir à former de phrase cohérente et je trouve cela plutôt attendrissant.
—Bonjour Fjorm, vous avez bien dormi ?
—Plutôt oui…
—Pardon pour cette intrusion mais lorsque je suis revenue cette nuit pour vérifier que vous alliez bien vous ne m'avez plus lâché. Donc plutôt que de vous réveiller j'ai préféré rester là.
—Oh ! Je suis désolée pour ça.
—Il n'y a pas de mal, ne vous en faites pas.
Je ne lui dis pas mais il serait juste de dire que j'ai apprécié cela alors pourquoi m'en plaindre ?
—Vous semblez être en forme ce matin, vous n'avez pas l'air d'avoir besoin que je vous infuse mon pouvoir.
—En effet, il semble que lorsque nous dormons ainsi collées cela me fasse du bien.
—Laegjarn…
—Oui ?
—Vous n'avez même pas conscience de ce que vous êtes en train de dire n'est-ce pas ?
—Ai-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
—Oubliez cela.
Tout le monde n'a que cette phrase à la bouche on dirait. J'hausse les épaules et sors du lit pour me préparer. Un nouveau conseil a lieu aujourd'hui et Fjorm et moi y siégeons aussi. Les jours suivant personne ne voit l'invocatrice nulle part car elle reste apparemment enfermée dans la bibliothèque, n'en sortant que pour manger seulement. Quant à moi, je ne quitte plus la princesse du froid d'une semelle, inquiète qu'une nouvelle crise ne survienne et que je ne sois pas présente. Nous nous sommes rendu compte aussi que partager le même lit empêche que je ne me sente mal en pleine nuit ou au petit matin. Si la jeune blonde était gênée au début elle s'est vite laissé convaincre car ainsi elle n'a plus de crises nocturnes non plus.
Puis un jour une réponse de ma sœur arriva au QG. Elle dit qu'elle viendra à Askr une journée, ne pouvant délaisser Muspell trop longtemps, pour que nous puissions nous voir. Cette nouvelle m'enchante, cela faisait tellement longtemps que nous ne nous étions vus, la dernière fois remontant à avant que je ne me sacrifie à sa place. Nous passons la journée ensemble, parlant de Muspell et de ce qu'elle en a fait. Du fait aussi que je ne puisse pas rentrer avec elle car ma vie serait en danger à m'exposer aux flammes du Royaume du feu. Bien que nous soyons tristes de devoir à nouveau nous quitter elle me dit qu'elle reviendra me voir bientôt.
Lorsque je suis de retour au QG, une agitation inhabituelle règne dans le hall. Je saisis quelques bribes de paroles murmurées entre les Héros et mon sang se fige dans mes veines. Fjorm est au plus mal, peut-être ne passera-t-elle pas la nuit. Non ! C'est ma faute car je voulais être seule pour retrouver Laevatein. Je cours aussi vite que possible jusqu'à notre chambre quand dans celle-ci je sens les auras réunies du Prince et de la Princesse d'Askr ainsi que celle de l'invocatrice.
—Laegjarn ! Vite, elle a besoin de toi !
J'hoche la tête en tentant de rester calme. J'approche alors du lit et pose ma main sur la princesse du froid qui n'a jamais aussi bien porté son nom car sa peau est gelée sous mes doigts. Son cœur de glace la dévore complètement, j'ai peur qu'il ne soit trop tard. Alphonse et Sharena sortent sous la demande d'Ascœur qui me conseille ensuite de m'allonger près de Fjorm.
—Il n'y a que ton pouvoir pour la ramener.
—Mais comment ? C'est pire que toutes les autres fois, mon pouvoir ne suffira pas.
—J'ai finis mes recherches.
Cette phrase déclenche en moi un espoir à l'idée que peut-être nous puissions sauver la blonde.
—Hélas, je n'ai rien trouvé qui explique pourquoi elle a pu te sauver et pourquoi tu maintiens la glace à l'écart.
—Alors…elle va mourir ?
—J'ai quand même une théorie mais je ne sais pas si tu es prête à l'entendre.
—Dites-moi. Je ferais ce qu'il faut pour la sauver.
—Et bien, je pense que les flammes qui te consument encore à la suite de ton sacrifice au dragon du feu sont ce qui fait fondre son cœur de glace.
—Mais elles ne suffisent pas ! Cela s'amplifie à chaque fois que j'interviens.
—Vraiment ? Mais si son cœur gèle un peu plus à chaque fois alors comment ton pouvoir peut-il le contrer à chaque crise ? Laegjarn, es-tu certaine de ne pas savoir d'où provient le feu que tu lui insuffles ?
—Je…je ne sais pas.
Pourquoi mon pouvoir s'est-il manifesté à chaque fois ? Car j'étais inquiète et que je voulais l'aider certes mais cela n'explique pas tout. Je repense alors à cette drôle de phrase que m'a dite Ascœur la dernière fois.
—Pourquoi vouliez-vous que je l'embrasse ?
—SI tu me pose la question c'est que tu connais déjà la réponse.
Je sers les poings alors que je sens Fjorm qui peine à se réchauffer malgré mon étreinte. Oui, je le sais, bien sûr, mais en suis-je capable ? Une enfant de Muspell qui en aime une de Nifl ? C'est impossible alors que le concept même d'amour n'existe pas pour ceux nés dans les terres enflammées. La seule valeur qui compte est la force, le reste n'est que pour les faibles qui brûleront dans le brasier infini de la mort.
—Surtr est mort, tu dois te détacher de lui et de toute la souffrance qu'il t'a causée. Aimer quelqu'un ne veut pas dire être faible ! Tu aimes Laevatein n'est-ce pas ? Aimer Fjorm te fais peur car cet amour n'est pas le même mais il ne t'est pas interdit pour autant, plus maintenant.
Je sais tout ça mais… Il n'est plus temps de tergiverser. Relevant doucement la princesse de Nifl, je dépose d'abord mes lèvres sur son front glacé avant de descendre sur sa bouche qui me parait souffler le vent glacial de son Royaume tant elle aussi est froide. Malgré les circonstances, j'apprécie sentir ses douces lèvres contre les miennes dans cet effleurement qui est mon premier. Soudain, sans que je ne le sollicite, je sens mon pouvoir grandir en moi au point que des flammes émanent de mon corps. Je sursaute de peur qu'elles ne brûlent celle pour qui j'éprouve ces sentiments nouveaux et inconnus mais ce feu n'est pas destructeur, au contraire.
Il semble plutôt caresser avec une grande délicatesse, presque de la tendresse, le corps tout entier de Fjorm, la réchauffant mieux que mes mains ne l'avaient fait jusque là. Je vois la blonde papillonner un instant avant que ne s'ouvrent ses prunelles émeraudes pour me regarder.
—Laegjarn ? Mais…vos yeux…
Absorbée par le fait qu'elle se soit enfin réveillée je n'avais pas prêté attention au fait qu'effectivement il semble que j'ai retrouvé la vue. J'ai dit ne pas regretter de ne plus pouvoir voir mais en étant si proche de la princesse des glaces, je révise immédiatement mon jugement. Son doux visage aux hautes pommettes encadrées par ces courts cheveux blonds. Et surtout, ces deux yeux brillants tels des aurores boréales qui plongent dans mes iris écarlates. Comme il aurait été dommage d'être privée de pouvoir contempler pareille beauté, tout comme cette jolie rougeur qui s'épanouit maintenant sur ses joues.
—Ce…c'est vous qui…
—Oh, vous parlez du baiser. Pardon mais vous n'étiez pas en mesure de me donner votre consentement et il y avait urgence.
—Bon ! Je vous laisse hein ! Je vais annoncer la bonne nouvelle aux autres.
Ascœur, toujours aussi excentrique, s'éclipse alors de manière absolument pas discrète tandis que Fjorm, sa rougeur estompée, me regarde avec une lueur particulière.
—Maintenant c'est moi qui vous dois la vie…
—Pas du tout, ma dette est payée au contraire, nous sommes à égalité à présent. Et pas tout à fait car sans vous je n'ai que quelques heures à vivre.
—Je ne pense pas. Vous ne vous sentez pas différente ?
Maintenant qu'elle en parle c'est vrai que je me sens nettement plus forte que je ne l'étais ces derniers mois. Et, est-ce possible, je crois ressentir mon pouvoir palpiter comme auparavant quand je pouvais l'utiliser à ma guise. Pour vérifier que ce n'est pas qu'une impression, je lève une main et y fais danser une petite flammèche.
—Vous voyez, vous êtes totalement guérie.
—Oui, je le vois, dis-je en observant encore la petite flamme dans ma main.
—A présent vous êtes libre de rentrer à Muspell…
Cette phrase attire immédiatement mon attention, éteignant ma main pour regarder de nouveau vers elle. La lueur qui habitait son regard il y un instant a disparu pour que s'y succède la tristesse. Un sourire attendrit étire mes lèvres alors que je passe ma main sous son menton pour qu'elle me regarde et entende bien mes prochaines paroles.
—Je pourrais c'est vrai, mais alors comment pourrais-je de nouveau vous embrasser ? Vous savez, pour une princesse du froid vous semblez beaucoup rougir.
—Vous vous moquez et pourtant je suis certaine que vous ne le faites même pas exprès…
Et c'est vrai, je ne me moque pas mais ne fais que dire la vérité ou tout du moins ce que je pense en cet instant. Soudain une autre pensée me vient.
—Je peux toujours me faire pardonner. A présent que vous êtes réveillée puis-je ?
Elle hoche timidement la tête et je ne perds pas un instant pour goûter une seconde fois ses lèvres douces et fraiches. Notre histoire commence à peine, tout comme ma deuxième vie sur cette terre. Cette fois je n'ai pas l'intention d'obéir aveuglément mais je compte bien vivre cette existence comme je l'entends. Qui aurait cru que c'est auprès d'une Princesse de Nifl qu'une enfant de Muspell réapprenne à vivre ?
