Voici le chapitre 2 de Rose Noire!

Bonne lecture !

La discrétion japonaise. Voilà une chose qui la ravissait.

La familiarité et l'absence de mutisme chez ses gardes du corps américains l'horripilaient.

Lorsqu'il les avait récupérées à l'aéroport de Tokyo, Zoey et elle-même, son chauffeur s'était contenté d'un « Salutations Mesdames, j'espère que votre vol fut plaisant » puis il s'était tut jusqu'à la fin du voyage. Zoey en avait fait autant, pour son plus grand plaisir.

Estelle appréciait le calme.

Cela la rendait sereine. Contrairement à la majorité des gens, elle ne se sentait pas mal à l'aise lorsqu'une conversation se terminait en laissant place à un long silence. Cela lui permettait de réfléchir, de calculer. De planifier.

Après avoir déposé son amie chez ses parents, elle s'était arrêtée chez elle le temps que son majordome emporte ses bagages à l'intérieur. Puis elle avait redémarré.

Elle roula à peine une demi-heure avant d'arriver à destination. La lune était déjà haute dans le ciel et recouvrait le paysage d'une lumière à la fois blanche et bleutée. La voiture s'était arrêtée dans une rue d'un quartier à l'extrémité de la ville.

A l'écart du brouhaha des grandes avenues, l'endroit semblait inanimé. Seule le claquement des talons d'une vieille dame promenant son chien brisait la tranquillité des lieux. Son accoutrement chic, mais aussi l'homme en costume qui la suivait de près ne laissaient aucun doute qu'en à la nature de la classe sociale résidant dans cette zone. Estelle attendit une minute avant qu'un homme n'apparaisse à l'entrée de l'imposante villa qui s'élevait devant elle. Elle était immense et construite entièrement en pierre. L'homme, vêtu d'un ensemble strict bleu foncé, ouvrit la portière de la limousine.

- Mademoiselle Renée Roberts, dit-il en s'abaissant alors qu'Estelle quittait la voiture.

Elle lui répondit d'un léger hochement de tête.

- Ma maitresse vous attend au salon, ajouta-t-il. Puis il tourna les talons, conduisant son invitée à l'intérieur de la demeure.

En parfait accord avec sa façade externe, l'intérieur de la résidence était tout aussi éblouissant. Les murs était entièrement blancs. Des tissus brodés bleus marine en tapissaient certains. Les autres étaient recouverts de tableaux, disposés avec goût, représentant des paysages et des visages divers.

L'imposant escalier au centre de la pièce qui semblait monter à l'infini était quant à lui décoré par des cadres renfermant des inscriptions manuscrites japonaises.

Pourtant, Estelle n'était pas le moins du monde troublée par tout le luxe qui s'étalait devant elle. Même en omettant le fait qu'elle vivait dans un lieu à la même envergure, tout cela lui était particulièrement familier.

Après s'être séparée de son manteau, elle passa les deux mains derrière sa nuque et dégagea d'un geste gracieux ses cheveux mauves qui retombèrent le long de ses bras nus. Elle portait un haut-bustier couleur chair et un jean serré noir épousant parfaitement ses courbes.

- Je n'ai plus besoin de vous. Je sais où se trouve le salon, déclara-t-elle sans même accorder un regard à son interlocuteur. Et elle s'engagea dans un des couloirs de la villa.

- Bien Mademoiselle, entendit-elle murmurer derrière elle.

Tandis qu'elle marchait d'un pas sûr en direction de la grande porte qui se tenait à quelques mètres d'elle, les mélodieuses notes d'un piano lui parvinrent aux oreilles.

Alors qu'elle atteignait presque la porte, elle comprit qu'on avait entendu ses pas. La mélodie se changea en une suite chaotique de fausses notes.

Elle allait poser la main sur la poignée quand la porte s'ouvrit à la volée.

Les joues rosées et la respiration saccadée, son hôte la fixa avec insistance. Les sourcils légèrement froncés, elle affichait un air inquiet. A sa posture rigide et à la proéminence de ses clavicules, Estelle compris qu'elle était tendue.

Comme à son habitude, ses cheveux étaient rassemblés dans un chignon tiré ne laissant dépasser aucune mèche de sa chevelure, d'un noire intense qui détonnait avec la couleur rosée de ses lèvres.

Elle la regardait de ses yeux sombres, en levant légèrement le menton. Corinna était plutôt petite mais compensait son manque de hauteur par de hauts talons épais.

- Tu es seule ? s'enquit cette dernière en jetant un regard au loin.

Estelle la vit presser le pli de sa robe cintrée bleue marine.

- Zoey n'est pas là, fit-elle simplement.

Les épaules de Corinna s'affaissèrent un peu. Elle émit un son approbateur.

- Je t'en prie, entre.

Elle s'écarta de la porte, pour la laisser pénétrer dans la pièce, avant de la refermer derrière elle.

Le salon de Corinna était - comme tout le reste - majestueux. Quatre grandes colonnes blanches englobaient cette pièce, décorée avec des meubles anciens à la remarquable beauté. Le grand piano ivoire recouvert de filaments dorés semblait vouloir happer toute l'attention.

La pièce était cependant éclairée avec de très faibles lumières. Au fond, un feu crépitait dans une cheminée en marbre noir et insufflait une douce chaleur.

Estelle sentit le regard insistant de Corinna dans son dos. Cette dernière s'avança vers elle avant de l'inviter d'un geste de la main à s'assoir sur le sofa. Un service de thé avait été déposé sur la table basse.

- Merci d'être venue au plus tôt, commença-t'elle en remplissant chaque tasse avec du thé à la fleur de lotus. Tu dois être épuisée.

- Je t'en prie, oublions les politesses, annonça Estelle sans préambule, en posant la main sur celle de -ci tressaillit. Au téléphone, j'ai senti à ta voix que quelque chose de grave s'était produit. Et je doute qu'Eliott requière ma présence à Tokyo pour des broutilles. Dis-moi ce qui se passe.

Corinna interrompit son geste.

- Je ne savais pas qu'il t'en avait expressément fait la demande, se rembrunit cette dernière.

Très bien, acquiesça-t'elle en levant les yeux vers son invitée avant de reposer la théière. Elle s'enfonça sur la méridienne. Comme tu le sais, nous avons dû faire face à plusieurs attaques.

- En effet.

- Jusqu'ici, nous arrivions relativement bien à gérer ces situations. Mais depuis quelques semaines, leur fréquence a augmenté. Déjà deux fois ce mois-ci. Et elles sont devenues particulièrement... plus agressives.

- Qu'entends-tu par "agressives", l'interrogea Estelle, attentive.

Corinna lâcha un soupir.

- Il y a quelques jours, un prédasite a surgit alors que je quittait notre QG. dit-elle d'une voix sombre.

Par chance, il faisait nuit noire. Nous avons réussi à l'entrainer dans un lieu plus reculé.

Elle fixa les flammes orangées qui s'agitaient follement sur les braises de la cheminée et tenta de se rappeler sa fuite. Il... il avait une force incroyable. D'un seul revers, il a propulsé Bridget à une centaine de mètres... ajouta-t'elle en secouant légèrement la tête. ... Et une résistance inouïe à nos pouvoirs. Khikki et moi avons du frapper maintes et maintes fois avant d'arriver enfin à percer sa garde.

Elle tourna le regard vers Estelle. L'angoisse se lisait parfaitement dans ses yeux sombres. Je n'ai jamais vu une chose pareille...

- Un nouveau présent des Cyniclons... murmura Estelle d'un ton morne en fixant elle aussi le brasier.

- De toute évidence, renchérit Corinna sur le même ton.

Estelle laissa planer un silence. Elle se pencha pour prendre sa tasse de thé et en bu une gorgée. Elle sentit sa chaleur brulante lui parcourir la gorge.

- Je suppose que nous n'avons toujours aucune trace d'eux, l'interrogea-t'elle.

- Invisibles, comme toujours, confirma nous envoient leurs immondes jouets mais prennent grand soin de rester dans l'ombre, dit-elle avec amertume. On peut dire qu'ils s'acharnent véritablement sur nous.

Estelle fronça les sourcils.

- Tu veux dire qu'aucun humain n'a été visé lors de ces attaques ?

- Des humains ? l'interrogea Corinna sans comprendre le sens de sa question. Non... Je ne crois pas. Elle fronça les sourcils. Pourquoi ?

- C'est étrange, dit Estelle, tout-à-coup pensive.

- En quoi est-ce étrange ? C'est seulement une chance que personne n'ait été blessé ! lâcha Corinna avec dédain.

- Il y a deux ans, insista-elle fermement, alors que nous combattions encore le Seigneur Bleu et ses sbires...Elle affichait une expression déterminée. Quelle était leur seule et unique visée ? la questionna-t'elle un insistant sur chaque mot.

Estelle pensa à leurs affrontements avec Dren, Sardone et Tarb. Ces derniers ayant de nombreuses fois tenté d'attaquer les hommes avant de finalement disparaître sans laisser de trace.

- Anéantir la race humaine, répondit Corinna sans hésitation.

Estelle hochât la tête.

- Exactement. Ne trouves-tu pas déconcertant que toutes leurs initiatives aient maintenant pour but de nous atteindre nous et nous seulement ?

Corinna la toisa, moqueuse.

- Allez savoir ! dit-elle en levant les yeux au ciel. Ils souffrent peut-être d'un trouble obsessionnel aigu altérant le fonctionnement de leurs cerv...

- Corinna ! la réprimanda Estelle avec agacement.

- Je ne serait le dire ! se justifiât-elle en se reprenant instantanément. Tout laisse à croire qu'ils nous craignent, déclara-t'elle sans réelle conviction.

- Et c'est très probablement le cas, affirma Estelle.

Corinna leva les yeux vers elle avec intérêt.

- Nous avons détruit le Seigneur Bleu, leur maître, reprit Estelle. Nous avons réduit à néant leur tentative folle d'éliminer notre race au profit de la leur.

- Où veux-tu en venir ?

- Tu ne le vois pas ? Tout ça signifie qu'ils nous voient comme la seule réelle barrière à leur réussite. Leur objectif premier a évolué. En l'occurrence, il consiste clairement à nous faire disparaitre.

Corinna la regarda, l'air troublé.

- Je crois qu'Eliott avait aussi marmonné une chose de ce genre, glissa-t'elle.

- Et c'est seulement maintenant que tu le dis !s'insurgea-Estelle.

- Désolée.., dit la jeune femme, embarrassée. Quoi qu'il en soit, ce dont il m'a chargée de te parler en est aussi une conséquence directe, éluda-t'elle.

- De quoi s'agit-il ?

- Il te veut à temps plein, lâchât-elle. Je veux dire.. ici, avec nous.

Estelle se figea.

- Comprends bien que les choses ont changé. Et même si nos pouvoirs et notre force se développent de jour en jour. Nos ennemis eux, évoluent plus vite. Nous sommes bien moins vulnérables avec toi.

Estelle avala sa salive. Devant son absence de réaction, Corinna tenta:

- Je sais ce que cela implique pour toi. Mettre ta carrière de côt...

- C'est bon, la fit-elle taire, un peu rudement. Je sais quels sont mes devoirs. J'irai m'entretenir avec lui dès demain.

Corinna fit la moue.

- Bien, répondit-elle, visiblement vexée. Eliott nous a ordonné de reprendre les entrainements intensifs de façon immédiate. Wesley est déjà entrain de nous concevoir de nouvelles armes de combat.

- Hmm, je vois. Estelle prit une autre gorgée de thé. ...Et on ne dit pas non au Boss.

Corinna sourit légèrement à ses paroles, l'air taquin.

- Il y a-t'il une autre agréable nouvelle à m'annoncer ? questionna Estelle sur un ton un tantinet sarcastique.

Si elle ne s'attendait tout de même pas à ce que Corinna éclate de rire, elle n'aurait cependant pas imaginer provoquer cette réaction.

Elle ne lui donna aucune réponse et son visage commença à se décomposer. Ses lèvres s'entrouvrirent un instant avant de se refermer immédiatement. Elle se leva et avança jusqu'au feu de la cheminée, le dos bien droit, comme l'exigeait son rang.

Quand elle se retourna pour faire face à son amie, Estelle constata que ses traits s'étaient durcis.

Le front de Corinna se plissa sous l'énervement.

- Eliott souhaite que Zoey réintègre l'équipe.

Impassible, Estelle la regarda durement.

C'est donc ça...

- Et alors ? Il a raison.

- " Et alors " ?! s'époumona-elle. Aurais-tu la mémoire courte ? Zoey nous a tourné le dos il y a plus d'un an ! Elle nous a abandonnées sans le moindre regret. Combien de combats avons nous dût mener sans elle ?

- Ta rancoeur ne changera rien à la réalité ! s'énerva Estelle. Elle a toujours été celle qui nous unissait toutes. Elle était notre leader. Nous avons besoin d'elle !

- Un leader ?! crachât-elle avec dégoût. Un rire nerveux s'échappa de sa gorge. Un leader ne n'abandonne pas son équipe, Estelle. Comment peux-tu encore la défendre. Un leader ne fuit pas à la moindre difficulté !

- A la moindre difficulté ?! s'emporta Estelle en abattant sa main sur la table. Marc est mort, Corinna !

Un silence pesant engloba la pièce. Corinna ferma les yeux. Sous l'agitation, une mèche de ses cheveux noirs s'était détachée de son chignon. Elle souffla, la faisant virevolter doucement.

- Oui, il est mort, finit-elle par déclarer. Mais ça ne justifie rien. Nous risquons tous de mourrir. Mais nous sommes là. Nous.

- Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis, argua-elle en jaugeant son visage de manière incisive.

Corinna la fusilla du regard.

- Bien-sûr que si !

- Tu ne sais pas tout. Tu n'as pas la moindre idée de ce qui s'est passé ou de la raison de son départ.

- Ho ! Et je devrais la plaindre ? Je ne sais rien, car elle ne m'a rien dit !

- Corinna ! Un peu de sang froid ! cria Estelle, perdant patience.

Elle en était certaine. Face à la nouvelle du retour de Zoey, Corinna se laissait submerger par ses émotions, l'asseyant comme une vague de couteaux tranchants. Tout ça n'était que la conséquence de cette situation instable, dont elles perdaient toutes le contrôle progressivement.

Mais Corinna tremblait toujours de colère. Son yeux sombres étaient animés par une étincelle de rage.

- Je me fiche de ce qui peut bien lui arriver, dit-elle froidement. Elle planta son regard dans celui d'Estelle. Tout comme elle se fichait de notre sort lorsqu'elle s'est enfuie avec toi.

Elle releva fièrement le menton. Alors ne comptez pas sur moi pour la pousser à revenir, dit-elle avant de cracher d'un ton sans appel:

- Elle n'est plus rien pour moi.

#MarcIsDead

(bientôt Dren sera de retour 😈 )

Si vous souhaitez avoir la suite, dites le moi en commentaire.