3 septembre 1978

Le soleil éclairait une douce matinée, en ce premier dimanche de septembre. Comme à leur habitude, ou pour la première fois, les familles avec des enfants de onze à dix-sept ans se hâtaient probablement vers King's Cross et cette voie 9 ¾ si chère à tant de gens.

Le jeune Sirius Black ne retournerait pas à Poudlard cette année. Il n'avait aucune raison de franchir ce mur de briques, ni de monter dans ce train traditionnel nommé le Poudlard Express. Un sentiment de nostalgie l'avait amené à King's Cross, et il vagabondait ça et là, surprenant parfois quelques familles en train de traverser la barrière magique. Il y avait les enfants inquiets de foncer dans un mur qui paraissait tout à fait solide, et ceux qui, comme lui, trouvaient ce passage amusant et plein de promesses pour cette première année de scolarité magique.

Sa première rentrée à Poudlard avait été l'un des plus beaux moments de sa vie. Lui qui avait vécu toute sa jeunesse avec sa famille et avec un précepteur s'était retrouvé dans ce train aux cultures différentes, loin de toute cette suprématie du sang dit « pur ». Lorsqu'il était enfant, il aimait le Quidditch, mais il aimait aussi voir ces voitures et autres motos qui passaient devant sa fenêtre. Il aimait jouer avec ces enfants qui n'étaient pas sorciers, et avait eu une amie qu'il n'avait jamais eu le droit de revoir, dès lors que ses parents avaient appris son existence.

Ses parents l'avaient aimé quand il était enfant, mais ils s'étaient toujours montrés beaucoup plus froids, plus distants lorsqu'il se mélangeait avec les moldus. Ces êtres inférieurs, selon eux, ne méritaient pas que l'on s'intéressât à eux. Et Sirius ne doutait pas qu'il aurait fini par devenir comme ses parents s'ils l'avaient confiné dans ces principes encore quelques années. Mais ses onze ans et son passage à travers cette voie magique lui avaient permis de s'évader, loin de ces parents dont l'amour était une récompense, et vers ces horizons mélangés qu'il aimait tant étant enfant.

Dans le Poudlard Express, il avait également fait la rencontre de James Potter. Dès les premiers mots qu'ils avaient échangés, Sirius avait su qu'il deviendrait son ami pour la vie. Son meilleur ami. Il voulait aller à Gryffondor, comme lui, et il était drôle. Lui aussi était un Sang-Pur, mais il avait vécu dans des principes totalement différents de ceux de la famille Black. Ses propres parents lui avaient toujours dit que le sang ne signifiait rien, et que les valeurs morales et les preuves que l'on donnait à la vie étaient beaucoup plus importantes qu'une futile hiérarchie sanguine. Cela avait été une énorme bouffée d'air pour Sirius de rencontrer quelqu'un comme lui, de rencontrer cet enfant qui représentait son alter-égo. Il avait fini par détester tout ce que ses parents représentaient, et s'était totalement désintéressé d'eux et de leurs idées jusqu'à s'en aller avant sa majorité, à seize ans, pour partir vivre chez les Potter.

Aussi, c'était plein de nostalgie qu'il avait décidé de venir errer dans cette gare en ce matin de rentrée scolaire, après une nuit d'insomnie. Il se rendit vite compte qu'il n'était pas seul. Remus Lupin, un autre ami très cher, agita sa main devant les yeux de Sirius, pour le tirer de sa rêverie.

- Sirius ?

Sans le regarder, le jeune homme avait compris qui lui avait parlé. Il continua de fixer les quais de la gare.

- J'ai envie d'y retourner, Mus, dit-il d'un air absent. J'arrive pas à croire qu'on est vieux. Aucun de nous ne continue ses études pour l'instant, sauf Lily. Et pourquoi ? Je me demande si c'était une si bonne idée de se consacrer à l'Ordre. Qu'est-ce qu'on fait de nos journées quand l'Ordre n'a pas besoin de nous, tu peux me le dire ?

Depuis qu'il était enfant, il avait attendu ce moment où il se jetterait dans la fosse aux lions, où il deviendrait un adulte responsable. Maintenant qu'il y était, cela lui faisait peur. Enfin, parfois. Être adulte ne signifiait plus faire des farces et essayer de ne pas se faire prendre par ses professeurs… il s'agissait, dans leur cas, d'essayer de faire face à Voldemort et à ses Mangemorts, d'éviter des drames, et de ne pas se faire tuer. Il se tourna vers Remus, qui le regardait d'un air apaisant, plein de compassion et de compréhension.

- On profite de notre liberté, mon frère, lui assura-t-il. Moi aussi, je suis nostalgique de cette période. Sans même que je ne m'en rende compte, je me suis retrouvé ici… et puis je t'ai vu, et ça m'a sacrément remonté le moral ! Parce qu'on est peut-être sortis de Poudlard, mais on est toujours ensemble, et je trouve ça plutôt beau. En tout cas, je préfère ça que de devoir retourner à Poudlard sans vous.

Remus était une autre bouffée d'air dans la vie de Sirius. Il avait toujours eu cette capacité de voir les choses d'une belle façon, positivement, et toujours très solennellement. Sa vie n'avait pourtant pas été très rose, presque dès le début. Les épreuves qu'il avait traversées étant enfant l'avaient grandi de façon prématurée, et même si tous avaient été forcés de grandir avec la guerre, Remus Lupin restait le modèle de sagesse. Après Albus Dumbledore, disait-on souvent.

Ils s'étaient rencontrés peu après leur arrivée à Poudlard, durant la répartition. James et Sirius, voyant que Remus était très discret, s'étaient de suite intéressés à lui, et leur amitié avait dès lors commencé. C'était un peu différent de la rencontre avec Peter Pettigrow. Comme Remus mais d'une façon différente, Peter s'était montré très discret, presque craintif. Il était probablement très impressionné par ce monde et le décor qui l'entourait. Son envoi à Gryffondor avait certainement été dû plus à son hardiesse qu'à son courage ou sa bravoure mais qu'importe ! Il avait une audace impressionnante et quand il était entouré de ses amis, il était capable de faire des merveilles. James et Sirius avaient été très heureux de faire la connaissance de ce petit bonhomme qui s'était montré bien vite indispensable à leurs vies.

Le petit groupe des Maraudeurs s'était bien vite constitué, sans aucune prétention et au hasard de la vie. Ils avaient partagé le même dortoir, les mêmes cours, les mêmes professeurs, les mêmes camarades, les mêmes aventures et les mêmes bêtises.

- Moi, j'ai hâte de voir ce qu'on aura comme cours et ce qu'on va apprendre ! avait dit Peter.

- Moi aussi, mais je suis plus pressé de visiter le château que de visiter les salles de cours, l'avait contredit Sirius.

- Moi je pense que les deux sont importants, avait précisé Remus. On va vivre ici pendant un moment, alors il faut qu'on se sente à l'aise… pour mieux apprendre.

- Et moi je pense qu'on va bien s'entendre, les gars, avait conclu James. J'ai hâte qu'on s'installe dans notre dortoir. Je suis certain qu'on sera ensemble ! On passera de bons moments, j'en suis sûr !

Ils étaient quatre enfants de première année, prêts à affronter l'école et ses secrets.

- Tu te rappelles de notre rencontre, Mus ? reprit Sirius. Tu m'avais impressionné tu sais, j'ai trouvé que t'étais tellement sérieux, pour un gosse de mon âge. Et pourtant j'avais envie de partager des choses avec toi... Je me demande ce qu'aurait été ma vie si j'étais né seulement un an avant ou après. Jamais je ne vous aurais eus.

- Je me rappelle oui, répondit Remus. T'étais déjà assez baroudeur. J'avais particulièrement aimé la conclusion de James et notre appropriation du dortoir ensuite. Un beau début pour cette nouvelle vie. Même si on a été beaucoup moins sages par la suite !

- Tu rigoles ? s'offusqua Sirius. J'imagine même pas le nombre de gens qui doivent être reconnaissants du fait qu'on les ait aidés quand on était en troisième année et au-delà.

- Il n'empêche qu'on n'était pas très sages, quand même ! insista Remus.

- Oui, bon, ok ! Mais pense à tous ces gens, quand même, répondit Sirius.

Au-delà de leurs envies de farces et autres vadrouilles nocturnes dans le château, les Maraudeurs étaient assez vite devenus des justiciers auto-proclamés. Les plus jeunes élèves de leur maison aimaient même écouter leurs histoires, et Peter, qui se dévoilait être un conteur né, n'hésitait pas à en rajouter pour capter l'attention de toute son assemblée, sous le regard amusé de ses amis. Pourtant, ils n'avaient pas toujours été très justes envers tout le monde, et ce titre de justiciers avait fortement été mis à mal par Lily, lors de ses années de Préfète. Il fallait aussi prendre en compte le fait que James et Sirius aimaient bien s'en prendre à l'un de ses amis, qui se trouvait être leur bouc émissaire favori : Severus Rogue. Ce n'était que lors de leur septième année, lorsque James avait changé du tout au tout, que Lily avait daigné lui accorder un peu de considération et qu'ils s'étaient finalement mis ensemble pour ne plus se quitter.

- Et Rogue, t'y penses ? reprit Remus, qui n'avait pas dit son dernier mot. Je crois qu'il efface à lui seul tout ce que t'as pu faire pour les autres.

- Oui, bah Lily nous a déjà fait la leçon des dizaines de fois, répondit Sirius, nonchalant. Il n'empêche que c'est l'un des leurs maintenant, alors que nous non.

- C'est vrai, concéda Remus. Ça me fait de la peine de me dire que des gens qu'on a côtoyés pendant sept ans sont maintenant de l'autre côté… et qu'on va probablement devoir se battre contre eux. Réellement.

- Et si on avait des pensées un peu plus positives ? On était bien partis en repensant à toutes nos frasques durant nos années à Poudlard, et tu me mines le moral à nouveau avec Servilo. On va à Pré-au-Lard ?

- Seulement si tu me paies à boire.

- Ça marche, mon loup !

La nostalgie suffisait pour un temps, il fallait savoir se satisfaire des petits plaisirs simples de la vie : des amis, des souvenirs… et un Whisky Pur Feu chez Madame Rosmerta ! Les deux compères n'oubliaient pas pour autant que l'Ordre avait souvent besoin d'eux en cette période troublée, sans se douter que la réalité du terrain allait bien vite les rattraper.