10 janvier 1979

« BONNE ANNEE ! »

Un verre de Whisky Pur Feu à la main, les membres de l'Ordre du Phénix trinquèrent à la nouvelle année. Qu'importait le retard, bien peu de choses étaient restées normales depuis la création de l'Ordre, depuis le début de leur combat contre les forces du mal. La vie de Sirius, tout comme celles de ses amis, avait en effet pris une tournure tout à fait particulière et s'ils n'avaient pas fait de réveillon ni pour Noël ni pour la nouvelle année dans les temps, c'était parce qu'ils avaient été occupés par les affaires concernant Voldemort et ses adeptes.

Elliot Cattlebird, l'ex-Poufsouffle et désormais Mangemort qui avait été fait prisonnier, avait été contraint d'avaler du Veritaserum. Même s'il n'était pas un membre important au sein de l'armée du Seigneur des Ténèbres, il était quand même au courant de certains faits et de certaines actions qui avaient été prévues dans un futur proche. Grâce à ces renseignements, l'Ordre du Phénix avait pu intercepter quelques messages, apprendre quelques informations supplémentaires, mettre la main sur quelques noms de Mangemorts, en se rendant aux lieux de rendez-vous que l'ex-Poufsouffle avait dévoilés contre son gré. James avait consenti à prêter sa cape d'invisibilité à certains membres dont il était proche, comme les Maraudeurs, lorsque ceux-ci avaient été désignés pour espionner les Mangemorts. Au cours des derniers jours, l'Ordre avait également réussi à faire quelques prisonniers supplémentaires parmi les Mangemorts, qui leur avaient apporté d'autres informations, plus ou moins contre leur gré à leur tour. Malgré cela, les membres de l'organisation secrète avaient tout de même essuyé quelques déceptions.

De nombreux rendez-vous avaient été annulés, comme ils s'en étaient doutés. Ce qu'ils n'avaient pas soupçonné en revanche les concernaient eux. Ils avaient en effet été repérés plusieurs fois, alors que les Mangemorts n'avaient parmi les membres de l'Ordre aucun captif. Depuis, l'incertitude les gagnait peu à peu. Les Mangemorts étaient au courant que certains de leurs membres avaient été faits prisonniers, mais comment devinaient-ils les réunions qui se profilaient parmi les membres de l'Ordre ? La seule hypothèse plausible était qu'il y avait un espion parmi eux, peut-être même plusieurs. Mais qui ? Alors qu'ils fêtaient tous ensemble la nouvelle année, Sirius ne pouvait imaginer une seule seconde que l'une ou l'autre des personnes présentes soit néfaste à l'organisation secrète. L'Ordre était un cercle fermé de sorciers tous assez compétents, et même si chacun avait ses défauts, la traîtrise ne pouvait en être un pour aucun d'entre eux. Comment imaginer les Weasley, parents attentionnés de cinq enfants, aller faire ami-ami avec les Mangemorts ? Comment imaginer les professeurs de Poudlard, qui veillaient sur les élèves toute l'année, aller divulguer des informations à Voldemort ? Comment imaginer James, Remus, Peter, Lily et tous les autres, des amis, rire et vivre au sein de cette famille, puis aller planter un couteau dans le dos de l'Ordre ? Sirius contempla chaque membre, mais il ne put s'imaginer un seul instant que l'un ou l'autre soit coupable. Pourtant, c'était bel et bien le cas.

Si l'ambiance était à la fête ce soir, il savait qu'un climat de suspicion règnerait désormais dans l'équipe. Chacun pourrait-il encore avoir confiance en son voisin de table, en son frère d'armes ? Il fallait qu'ils restent unis, mais aussi qu'ils trouvent celui qui ne tournait plus rond. Une taupe au sein de l'Ordre était bien plus qu'une source d'informations pour les Mangemorts, c'était le signe d'un groupe fissuré, qui aurait probablement peine à briller autant qu'avant. Un groupe affaibli peut-être, un groupe meurtri assurément. Peut-être qu'en cet instant-même un autre membre de l'Ordre avait les mêmes pensées que lui, et peut-être le soupçonnait-il lui aussi d'être un agent double. Sirius éprouva à cette pensée un profond malaise, car il était conscient que chacun ressentait ce sentiment de peine et de doute. De doute envers tout le monde, mais aussi envers l'avenir. Comme si la guerre ne suffisait pas et qu'il fallait ajouter une dose de malheur à tout cela. C'était bien sûr un dommage collatéral, une conséquence de cette période troublée. Quelqu'un n'avait pas supporté le poids du courage et s'était réfugié du côté de la facilité, de peur peut-être de sombrer avant la fin des conflits. Malheureusement, cette personne, lorsqu'elle serait démasquée, sombrerait certainement réellement. Peut-être même qu'elle regrettait déjà son geste, mais il était sûrement déjà trop tard.

La fête continua pourtant de battre son plein jusque tard dans la nuit, laissant Sirius à ses songes et les soucis de côté. Le lendemain, une réunion fut programmée. Instiguée par Albus Dumbledore, chef incontesté de l'Ordre, elle devait lui permettre de rappeler à chacun des membres que la cohésion et l'union dans le groupe étaient ce qui garantirait sa force et ses victoires futures. La réunion fut bienvenue.

11 janvier 1979

- … nous savons tous que le combat est difficile et que le chemin sera long avant d'arriver à la victoire. Lord Voldemort est puissant, et sa puissance croît de jour en jour. Il est compréhensible et normal que chacun de nous ait parfois des moments de faiblesse, mais j'ose espérer que l'espion qu'il y a parmi nous – car nous savons tous qu'il y en a un – saura reprendre ses esprits et revenir à la raison…

Il poursuivit son discours sur la confiance que les membres devaient avoir les uns en les autres, et qu'ils devraient continuer d'avoir, puis une discussion fut faite sur le sujet. A la fin de la réunion, une mesure nouvelle et temporaire fut mise en place. Dès lors, les différentes missions des membres de l'Ordre ne seraient plus connues de tous, seulement des concernés. Cette mesure devait, selon Albus Dumbledore, lui permettre de trouver qui était l'agent double si celui-ci décidait de continuer ses actions, ou au mieux le faire arrêter par peur d'être repéré ou par remords. Bien sûr, pour que cette nouvelle règle fût efficace, chaque membre avait l'interdiction formelle de parler de quoi que ce fût à quiconque s'il n'était pas concerné. Tout le monde ayant compris la gravité de la situation, personne ne contesta ces décisions. Ainsi, même James et Sirius, d'ordinaire si proches et qui se disaient absolument tout, s'étaient promis de ne pas enfreindre les nouvelles règles et de ne se parler que de leurs affaires et missions communes. La confiance qu'ils avaient l'un en l'autre était absolue, mais pour ceci, le groupe passait avant leur duo.

Seul le fondateur de l'Ordre serait au courant de tous les plans, et même si personne n'avait remis en cause sa bonne foi et son implication au sein de l'organisation secrète, il avait tout de même voulu rappeler que l'agent double pouvait être n'importe qui, lui compris, et qu'il n'endossait ce rôle que parce qu'il avait créé l'Ordre et que, de par son statut et sa puissance en matière de magie, il était le plus à même d'assumer cette responsabilité. Il avait insisté sur le fait que s'il venait à faire un faux-pas, il devrait être sanctionné comme tout un chacun. Cela avait fait sourire certaines personnes dans l'assemblée, peut-être à la fois parce qu'ils pensaient que le vieil homme ne commettrait pas d'erreur, mais aussi parce que si cela devait se produire, il leur serait bien difficile de l'arrêter, lui qui était le seul que Voldemort craignait.

La séance fut ensuite levée jusqu'à nouvel ordre. Celui-ci ne tarda pas à arriver puisque le soir-même, le groupe fut de nouveau convoqué. Cette fois encore, Albus Dumbledore prit la parole, mais c'était pour leur annoncer une nouvelle plus joyeuse.

- Je suis heureux d'accueillir un nouveau membre au sein de l'Ordre du Phénix, leur dit-il.

Des chuchotements parcoururent alors la salle. Au regard des événements qui avaient eu lieu ces derniers temps, il était étrange qu'une nouvelle personne fût admise au sein du groupe. Pourtant, il n'y aurait jamais trop de membres au sein de l'Ordre, du moment qu'ils se montraient fiables, et l'annonce fut donc plutôt bien reçue dans l'ensemble.

- Certains d'entre vous connaissent déjà cette personne, poursuivit le fondateur de l'Ordre après avoir laissé un peu de temps à chacun pour se faire à cette nouvelle et émettre un commentaire éventuel.

Son regard se tourna vers Sirius et ses amis.

- Elle était élève à Poudlard jusque très récemment, puisqu'elle a quitté l'école cet été seulement, continua-t-il.

Il s'agissait donc d'une élève de leur promotion. L'Ordre du Phénix n'avait pas été créé depuis très longtemps et il avait rarement admis de nouveaux membres. Tous ceux qui en faisaient partie étaient là depuis le commencement, ou presque, comme Sirius et ses amis qui avaient attendu de finir leur scolarité pour rejoindre ses rangs. Tous avaient la confiance d'Albus Dumbledore et faisaient plus ou moins partie de ses proches. Il connaissait bien chacun d'entre eux. La question d'un recrutement avait été évoquée lors de la fondation de l'Ordre et Sirius ne doutait pas que la nouvelle recrue avait passé de nombreux tests sous l'œil du directeur de Poudlard lui-même. Cependant, si elle était étudiante à Poudlard, l'homme la connaissait déjà sûrement aussi bien qu'il les connaissait eux.

- … il s'agira pour elle de nous montrer qu'elle est effectivement digne de confiance, comme nous nous le sommes mutuellement prouvé depuis que l'Ordre a été créé. Nous l'avons vu ce matin, nous traversons une petite période de crise. Elle est au courant. Vous savez également que nous n'acceptons pas ici n'importe qui, et après de brillantes études à Poudlard, c'est à mes tests qu'elle a brillé. De même que le passage du Veritaserum n'a révélé aucun contact avec Voldemort et son entourage, ni aucun penchant pour la magie noire. Je suis donc ravi de vous présenter à tous Mary Lodge !

Sous le regard hagard de Remus, et sous celui plus neutre des autres membres, une jeune femme blonde entra. Elle était de taille moyenne et plutôt fine. Elle avait les yeux marron et un visage plutôt allongé. Sa bouche rose souriait, et son regard pétillant se tourna furtivement vers Remus. Après avoir été présentée à tout le monde, c'est vers lui qu'elle se dirigea sans hésitation.

Sirius écouta plus ou moins discrètement leur conversation, et fut ravi de ce qu'il entendit. Son plaisir n'était certainement pas aussi grand que celui de son ami cependant. Comme Mary, il avait lui aussi les yeux qui pétillaient, mais il semblait ressentir aussi une certaine pointe d'appréhension face à ce retour aussi inattendu qu'inespéré.

- Ecoute, Mus, on a totalement perdu contact depuis que je t'ai quitté, et je le regrette profondément, lui dit Mary d'un ton sûr. J'ai vécu d'autres aventures, toi aussi je pense, mais au fond de moi j'espère encore que c'est moi que tu aimes.

Remus la regarda sans parvenir à prononcer une phrase entière.

- Je…

- Attention, je ne suis pas venue dans l'Ordre pour toi, poursuivit-elle sans prêter attention à sa tentative de réponse. J'avais envie de me rendre utile, et quand j'ai appris que Betty était morte…

Elle s'arrêta un moment. Comme eux, Mary connaissait Betty et la comptait parmi ses amies. Ses yeux devinrent plus humides et elle soupira, avant de terminer sa phrase.

- … j'ai contacté Albus pour savoir. Tu sais, elle ne voulait pas me parler de ce qu'elle faisait, elle voulait me protéger. Mais je veux lui rendre hommage, et je veux me battre. Et si je peux te retrouver par la même occasion, alors je mènerai deux combats qui en valent la peine.

- Je… ne sais pas quoi dire ! s'exclama enfin Remus. Bon sang Mary, on ne t'oublie pas comme ça ! Bien sûr que j'ai envie de te retrouver… mais… poursuivit-il, hésitant. J'ai toujours le même secret, et je ne crois pas être prêt à te l'avouer encore.

- J'attendrai Mus, le rassura-t-elle. Il y a plus grave désormais qu'un petit secret.

- C'est pas vraiment un petit secret, en fait, c'est…

- Est-ce que ça t'empêche d'être quelqu'un de bien ?

- Avant j'aurais cru que oui, maintenant je ne le pense plus, répondit-il simplement. C'est gênant, bien sûr, handicapant même, mais ça ne m'empêche pas d'être quelqu'un de bien.

- Alors je saurai attendre. Et quand tu me feras suffisamment confiance, tu me le diras, conclut-elle.

Remus la fixa un moment. Il avait toujours dans son regard un mélange de joie et de peur et Sirius voyait très bien qu'il était pris de doutes.

- Il ne s'agit pas de confiance, Mary, reprit-il d'un ton plus assuré. J'ai peur que tu me rejettes. Là, tout de suite, je te vois, et j'ai envie de te dire tout de moi, mais je ne veux pas que ton image de moi soit changée.

- Elle changera sûrement tous les jours, Mus. Mais je comprends, tu ne sais pas tout de moi non plus. Est-ce qu'on essaiera de reconstruire quelque chose à deux ?

- J'en ai bien envie, lui répondit-il en esquissant un sourire.

- Moi aussi, dit-elle en souriant à son tour.

Il la prit alors doucement dans ses bras, tandis que Sirius s'éclipsait. Du coin de l'œil, ce dernier avait remarqué qu'il n'était pas le seul à avoir suivi l'échange. Il se hâta de rejoindre James pour commenter ce qui venait de se passer. La venue de Mary était incontestablement une bonne chose. Pour l'Ordre d'abord, parce qu'elle serait probablement très utile dans les combats à venir, mais surtout pour Remus, qui ne l'avait jamais vraiment oubliée. Leur histoire s'était terminée sur trop de non-dits et leurs sentiments n'avaient pas pu s'éteindre réellement. Les deux amis décidèrent cependant de les laisser faire leur chemin seuls et de ne pas s'introduire dans leur histoire. Pas trop, du moins.