12 janvier 1979
- Alors le p'tit loup, il a pas un truc à dire à ses chers amis ? glissa Sirius d'une voix pleine de sous-entendus.
- Et s'il nous dit non, renchérit James, il risque de subir notre courroux.
- Notre grand courroux !
- Tout à fait Sirius.
Tous deux n'avaient pas tenu longtemps avant de se mêler de la vie de leur ami. A peine s'était-il réveillé dans le manoir Potter qu'il les avait vus se jeter sur lui, venant chercher d'une voix doucereuse des informations croustillantes. Du moins, c'est ce qu'ils croyaient venir chercher. Remus était déterminé à ne rien dire.
- C'est ma vie privée les gars, leur répondit-il. Déjà que je ne me remets pas de l'avoir revue, si je vous en parle ça va tout gâcher.
Mais ses amis n'étaient pas prêts à lâcher l'affaire.
- D'avoir revu qui ? s'enquit faussement James. Tu sais de quoi il nous parle, Sirius ?
- Bah non, on est bien venus pour savoir, après tout. Il est très énigmatique le p'tit Lunard.
- Eh bien si vous ne savez rien, autant que vous restiez dans l'ignorance, répliqua Remus, moqueur.
- Oui mais du coup, t'en as trop dit, ou plutôt pas assez, renchérit James, espérant le faire craquer. Alors raconte ! De toute façon, jouons carte sur table, on vous a vus. Alors si tu ne nous dis rien, on va aller demander à ta dulcinée sa version des faits.
- Faites donc les amis ! répondit Remus qui était déterminé à ne rien céder pour le moment. Cela dit si vous ne le faites pas, précisa-t-il tout de même, je pourrai vous donner des détails plus tard, quand je serai sûr que ça n'était pas éphémère. Si ça n'est pas éphémère.
- Bon, concéda Sirius. Disons que ça nous suffit pour l'instant. Bonne roucoulade, Lunard !
17 janvier 1979
- Et alors les amoureux, on part en balade sans nous ?
Remus regarda Mary, et lui glissa à l'oreille qu'ils n'arriveraient jamais à se débarrasser de James et Sirius, leur curiosité étant sans limite, et eux-mêmes étant encore de grands gamins.
- On ne part pas en balade, on a une mission pour l'Ordre, leur dit-il simplement.
- Non, c'est faux, répondit Sirius du tac au tac. Tu nous le dirais pas si c'était le cas !
- Très bien. On part en balade. Sans vous. J'imagine que votre couple peut se passer de notre présence, les garçons ? rétorqua la blonde avec un clin d'œil malicieux. Loin de moi l'idée de vous piquer votre ami, mais voyez-vous c'est également le mien, et je vous propose donc une garde partagée. D'ailleurs, il faudrait aussi qu'on instaure une part pour Peter dans cette garde partagée de notre cher Remus. Où est-il, qu'il participe à la fête ?
- Tiens, c'est vrai ça, renchérit Remus. Vous nous l'avez laissé où ? Vous vous rappelez qu'on avait dit qu'on gardait un œil sur lui les gars ? Je trouve qu'il va de moins en moins bien. Je ne sais pas si c'est normal dans un deuil, je n'en ai jamais vraiment eu.
Depuis la mort de Betty, Peter avait offert de très rares sourires à ses amis, et souvent ils l'avaient senti absent. Personne ne savait vraiment comment lui remonter le moral, et il passait beaucoup de temps avec Mary et avec Lily, ensemble ou séparément, pour parler de Betty, de ce qu'elle aimait faire avec les filles, et toutes ces petites choses qu'il n'avait pas eu le temps de partager avec elle. Quand il ne faisait pas cela, il préférait rester seul, et jusqu'à aujourd'hui, ses amis avaient pensé que c'était une bonne solution. Pourtant Peter semblait s'enfermer dans son chagrin, et deux mois après la mort de Betty, cela commençait à les inquiéter fortement.
- En fait c'est pour ça qu'on voulait te voir à la base, Mus, reprit James plus sérieusement. On s'est dit que ça pourrait être bien d'emmener à nouveau Peter sur la tombe de Betty, parce qu'il n'a pas vraiment d'occasions d'y aller et ça pourrait peut-être l'aider à aller mieux. On en a parlé avec ses parents et ils sont d'accord avec nous. Dumbledore également pense que c'est une bonne chose, mais il veut qu'on soit très prudents, pour que cette visite ne se transforme pas en guet-apens. Il faudrait qu'on organise ça.
- Ca me semble être une bonne idée oui, approuva Remus. Vous m'attendez cinq minutes ? Je crois qu'on va devoir reporter notre balade, Mary. On se retrouve ce soir ?
- Bien sûr, je t'attendrai, lui répondit-elle en souriant.
Ils transplanèrent ensuite au manoir Potter, qui semblait être devenu le nouveau QG des Maraudeurs. Lily n'était pas là. Elle était partie voir sa meilleure amie, qu'elle ne voyait plus aussi souvent qu'avant, à son grand désarroi. A Poudlard, elles étaient souvent ensemble mais avec tous les événements qui s'étaient produits depuis qu'elles avaient quitté l'école, elles avaient eu beaucoup de mal à garder un contact léger et serein. Contrairement à Lily, sa meilleure amie ne faisait pas partie de l'Ordre, ce qui ne les aidait pas à se voir aussi souvent qu'avant.
La visite au cimetière fut projetée au lendemain.
18 janvier 1979
Sous la cape d'invisibilité, Sirius transplana avec Peter dans une main, sous sa forme de rat. Il avait dans l'autre main le miroir à double-sens qui lui permettait de rester en contact avec James à tout moment. Ce dernier était resté avec Remus au manoir, et tous deux surveillaient attentivement tous les faits et gestes de leurs amis. Dumbledore avait été mis au courant que la visite se ferait le jour-même, même s'il avait choisi de leur faire confiance pour l'application d'un plan dont il n'avait pas connaissance. Cela les arrangeait plutôt bien, puisqu'ils n'avaient jamais mis au courant qui que ce soit de leur habilité à se transformer en animaux.
Arrivés à Salcombe, Sirius déposa Peter à ses pieds et avança avec lui jusqu'à la tombe pour qu'ils soient toujours couverts tous les deux. Là, il se transforma en chien pour laisser Peter se retransformer en humain. Ils restèrent devant la tombe un bon moment, et enfin Peter laissa sortir sa peine. Il pleura en silence de longues minutes. Puis, doucement, il se baissa vers Sirius, et l'enlaça. Il agrippa alors la cape d'invisibilité, et les fit transplaner tous les deux vers le manoir.
Sirius se transforma de nouveau, enlaçant toujours Peter. Il enleva la cape d'invisibilité, et amena son ami lentement vers le canapé où ils s'assirent tous deux. James et Remus les rejoignirent, et chacun eut un geste d'affection tendre envers Peter, jusqu'à ce qu'il se calme enfin.
Il n'avait pas encore eu l'occasion de faire réellement son deuil, et cette situation l'avait peu à peu rongé de l'intérieur. A nouveau, il leur parla de Betty et à quel point il était fou d'elle. Il leur dit qu'il était sincèrement désolé qu'ils aient appris leur relation dans de telles circonstances, qu'il aurait été fier de leur annoncer mais qu'il avait eu un peu peur et que c'était pour cela qu'il avait fait traîner les choses. Qu'il se maudissait de l'avoir fait, et qu'il ne se rendait compte que difficilement qu'il ne la reverrait plus jamais. Il les remercia de l'avoir emmené une nouvelle fois sur sa tombe, car cela lui avait permis de s'apercevoir réellement qu'elle n'était plus là, qu'elle ne reviendrait plus le voir. Peut-être était-elle quelque part à veiller sur eux, sur lui, il n'en était pas sûr mais il l'espérait de tout son cœur. Il avait dit tout cela sans relever la tête, comme si le poids de son chagrin ne lui permettait plus de faire face au monde.
Lily et Mary arrivèrent ensemble à ce moment-là. Doucement, elles le prirent tour à tour dans leurs bras en lui murmurant quelquefois des mots doux et réconfortants. C'était un chagrin terrible à voir, difficile à supporter. James, Sirius et Remus s'en allèrent quelques instants pour les laisser dans leur intimité, eux-mêmes n'ayant jamais été très proches de Betty, contrairement à leurs trois amis qui avaient ainsi l'occasion de partager un moment de deuil commun.
Plus tard dans la journée, Sirius se rendit au QG où il avait rendez-vous avec Dumbledore, pour une prochaine mission qu'il devrait faire bientôt, et seul. Il était heureux que le vieil homme veuille lui confier une tâche à faire seul, mais cela l'inquiétait un peu. Il espérait que ce qu'il aurait à accomplir ne serait pas trop risqué car il n'était pas sûr d'y arriver si tel était le cas.
En arrivant, il croisa Sturgis Podmore qui sortait d'un entretien avec Dumbledore. Sturgis Podmore faisait partie de l'Ordre depuis ses débuts. Blond, d'une allure plutôt imposante, l'homme n'était pas beaucoup plus vieux que Sirius. Il était plutôt bon-vivant et ne se laissait pas aisément dépasser par les événements, bien qu'il eût été très affecté par la mort de Betty qu'il chérissait particulièrement. Contrairement à Sirius et ses amis, il était déjà dans la vie active depuis quelques années quand il était rentré dans l'Ordre. Il ne pouvait pas être la taupe, Sirius en était convaincu. Il lui adressa un sourire et quelques mots, puis Sturgis Podmore le quitta, puisqu'il devait se rendre au Ministère où il travaillait.
Sirius entra dans la pièce où était Albus Dumbledore. Le directeur de Poudlard se tenait assis à une table en bois, attendant son invité avec une patience bienveillante. Il n'avait pas l'air inquiet et cela rassura le jeune homme.
- Bonsoir Sirius, commença le vieux sorcier. Est-ce que la visite au cimetière s'est bien passée ?
- Oui, très, répondit Sirius. J'ai laissé Peter avec Remus, James, Lily et Mary. Il a beaucoup pleuré, mais je pense que c'est une bonne chose, il fallait que tout ça sorte.
- Bien. J'étais inquiet pour Peter, lui qui était déjà renfermé auparavant. J'espère qu'il ira mieux. Je t'ai fait venir pour te parler d'autre chose, cependant. Tu te souviens que nous avons interrogé à plusieurs reprises Elliot Cattlebird ? Il était avec toi à Poudlard, il me semble. Et je sais que vos familles étaient assez proches.
- Oui ? dit simplement Sirius, qui attendait de savoir où Albus Dumbledore voulait en venir.
- J'aimerais que tu lui parles quelques instants, pour essayer de comprendre pourquoi il a fait tout cela. Je sais qu'il était un gentil garçon à l'époque de Poudlard, et j'avoue que j'aurais préféré le voir avec nous plutôt que contre nous.
- Ce n'est pas le seul à avoir déçu les gens, monsieur, sauf votre respect.
- Je sais, Sirius. Toutefois si nous arrivons à le faire parler, nous pourrons peut-être faire quelque chose pour lui. Qu'en penses-tu ?
- Je vais essayer de lui parler, mais je ne promets rien. Il a fait partie du combat qui a tué Betty, vous savez, j'aurai du mal à être conciliant.
- Je ne serai pas loin de vous. L'entretien aura lieu demain, est-ce que cela te convient ?
- Parfait.
- Je n'ai plus besoin de toi pour aujourd'hui, Sirius, conclut le vieil homme. Je sais que tu veux être près de tes amis, alors vas-y, je ne te retiens pas plus longtemps.
Lorsque le jeune homme revint chez les Potter, Peter, Lily et Mary étaient toujours silencieux dans la pièce d'à côté, et les trois amis décidèrent de ne pas les déranger. Ils avaient compris qu'il était nécessaire que Peter extériorise sa peine, et ce peu importait le temps que cela prendrait. Ils ne s'étaient pas rendu compte à quel point il avait tout intériorisé et s'en voulaient presque de n'avoir rien fait auparavant. Mais peut-être qu'avant aurait été trop tôt. Enfin, après un temps indéterminé, bien que long puisque la nuit était tombée, Mary leur fit signe de revenir dans le salon. Peter se calmait peu à peu.
Dans un dernier sanglot, il leur murmura un merci. Puis il releva la tête, pour tous les regarder. A cet instant, sans que personne ne comprenne pourquoi, le visage de Peter afficha de nouveau une expression de douleur, physique, morale, personne ne le sut. Il les regarda tous, et se remit à pleurer.
