30 mars 1979

Plus de deux mois s'étaient écoulés depuis le procès d'Elliot, durant lesquels l'espionne avait été démasquée et confondue. Les missions des différents membres s'étaient poursuivies dans un climat plus serein, et Sirius avait été autorisé à dévoiler sa mission à James.

Durant ces deux mois, Sirius avait, comme Dumbledore le lui avait demandé, écouté et observé Jane Stun. Il avait constaté que son comportement était étrange et cela avait confirmé leurs doutes. Elle n'agissait plus aussi naturellement avec les autres membres, mais elle essayait de ne rien laisser paraître. Si Sirius ne l'avait pas soupçonnée, il n'aurait probablement rien remarqué. Parfois elle semblait prise de remords, elle semblait vouloir montrer qu'elle était l'agent double, et cela avait donné à Sirius l'espoir qu'elle ne l'avait pas fait volontairement, qu'elle avait peut-être été soumise au sortilège de l'Imperium et qu'elle avait tant bien que mal essayé de lutter. Albus Dumbledore l'avait convoquée au cours du mois de février, pour discuter avec elle et entrevoir différentes options sur son avenir. Imperium ou pas, il était certain qu'elle était la taupe et que les informations données par Elliot étaient vraies. Elle ne pouvait plus faire partie de l'Ordre.

- Jane, avait-il dit, je crois que nous devons parler. J'ai de grandes raisons de penser que vous êtes celle qui donne des renseignements à Lord Voldemort. Je vous connais cependant, et je pense, et j'espère, que vous n'êtes pas en pleine possession de vos moyens et que vous agissez sous la contrainte. Nous ne pouvons plus continuer comme cela, comme vous le comprenez sûrement. Qu'avez-vous à en dire, Jane ?

La dite Jane s'était alors mise à sangloter, avant de fondre en larmes tout à fait. Elle était bien consciente qu'elle avait donné des informations aux Mangemorts, mais elle n'avait pas réussi à faire autrement. Elle n'avait jamais rencontré Voldemort directement, et ne savait pas qui l'avait placée sous le sortilège. Elle avait réussi à y résister partiellement, n'avait pas divulgué d'informations essentielles comme l'endroit du QG, mais s'en voulait tout de même terriblement. Elle savait que si elle ne disait rien, elle risquait de se faire tuer ou torturer, et elle avait peur qu'ils s'en prennent à sa famille. Elle était sans arrêt tiraillée entre la pensée de ses compagnons de l'Ordre et celle de sa famille, n'en mangeait plus, n'en dormait plus. Elle avait essayé d'en parler au fondateur de l'Ordre, de s'en aller, de démissionner, mais n'avait jamais réussi à le faire. Quelque chose, le sortilège sûrement, l'en empêchait. Et là, c'était comme si l'accusation d'Albus Dumbledore l'avait libérée du sortilège : elle avait tout dévoilé d'un coup, entre deux sanglots. Celui-ci n'avait pas eu besoin de Veritaserum ou d'un sort pour vérifier qu'elle disait vrai. Il la croyait. Elle l'avait remercié d'avoir confiance en elle malgré tout ce qu'elle avait fait, puis elle lui avait demandé, paniquée, si elle pouvait partir pour se mettre en sécurité avec sa famille. Albus Dumbledore avait approuvé son choix. Après un mea culpa général, elle avait donc fait ses adieux à l'Ordre et à ses membres et s'en était allée, dans un lieu inconnu de tous, probablement dans un autre pays.

Lors de ses adieux, Sirius avait guetté la réaction de Peter. Celui-ci n'avait étonnamment pas eu l'air énervé ni déçu, ni même triste. Il avait pleuré. Peter avait compris que Jane n'avait pas agi de son plein gré et avait assuré ne pas lui en vouloir. Il avait été rassuré également car il était désormais certain que ce n'était pas l'un de ses amis qui l'avait trahi. Il s'était excusé d'avoir eu cette pensée, mais personne ne lui en avait voulu, puisque tout le monde savait que chacun avait eu au moins l'espace d'un instant cette même pensée. Dès lors, le climat de confiance était revenu au sein de l'organisation secrète.

Sirius, soulagé d'être libéré du poids de ses deux missions, avait raconté son entrevue avec Elliot à James, Lily et Remus. Il avait évoqué cette idée que leur ancien camarade de classe n'avait été soumis à aucun sortilège mais qu'il avait pourtant été contraint lui aussi, par peur que sa famille ne soit attaquée ou que lui-même ne le soit, et qui pourrait justifier et peut-être même excuser son allégeance au Seigneur des Ténèbres. Les avis étaient partagés à son sujet, mais les trois amis avaient admis qu'il n'avait simplement pas fait le bon choix et qu'il n'avait pas réellement contribué à la mort de Betty. Ils avaient décidé d'attendre un peu avant d'en parler à Peter car celui-ci ne l'entendrait probablement pas de cette oreille.

En ce 30 mars, Elliot était déjà sorti d'Azkaban, et était parti se cacher quelque part avec sa famille, comme Jane. Il avait donné toutes les informations qu'il avait en sa possession sur Voldemort et ses activités, et après vérification, le Ministère avait jugé cela suffisant pour lui permettre de sortir d'Azkaban à la date prévue. Officiellement, il était toujours enfermé, comme cela avait été convenu lors de son procès. Sirius n'avait pas eu plus d'informations le concernant, et n'avait pas cherché à en avoir.

Chacun de son côté, le Ministère et l'Ordre n'avaient pas réussi à empêcher toutes les actions des Mangemorts, qui avaient fait de nouvelles victimes, dont un auror qui se battait contre eux. Ils avaient cependant réussi à en empêcher beaucoup d'autres, et quelques Mangemorts supplémentaires avaient été envoyés à Azkaban. Harold Minchum avait par ailleurs renforcé la sécurité de la prison des sorciers, en ajoutant de nombreux détraqueurs. Il avait annoncé que ceux-ci permettraient une surveillance accrue de la prison et donc une plus grande sécurité du peuple sorcier de Grande-Bretagne. Ces dires avaient été publiés dans la Gazette du Sorcier, mais les membres de l'Ordre n'étaient pas dupes, renforcer la sécurité à Azkaban ne permettrait pas de venir à bout de Voldemort et de ses Mangemorts. Parmi ceux qui avaient été arrêtés, aucun n'avait eu l'air de vouloir se repentir. S'en étaient suivies quelques semaines de calme plat, sans aucune attaque, dont le Ministère et l'Ordre ne savaient que penser. Les arrestations avaient-elles affaibli Voldemort ? Ce calme plat était-il un mauvais signe ? Le signe peut-être qu'il se préparait quelque chose de plus terrible encore ? Chacun restait à l'affût des frémissements éventuels car il était évident que le Seigneur des Ténèbres et ses Mangemorts n'avaient pas dit leur dernier mot. Ils auraient certainement envie de venger les leurs, ceux qui avaient été arrêtés ou tués, et de frapper plus fort.

Comme Albus Dumbledore s'en était douté, le Ministère avait finalement eu vent de « l'Ordre du Phénix », après avoir entendu des rumeurs sur cette organisation secrète qui avait été créée pour combattre Voldemort. Le Ministre n'avait heureusement pas fait le rapprochement avec le fondateur de l'Ordre, Sirius Black ou les autres membres auxquels il avait eu affaire. Il n'avait aucune information sur l'organisation ou ses membres et c'était bien mieux comme cela. Comme Albus Dumbledore s'y était attendu, le Ministre s'était désolidarisé de ceux qu'il avait appelés des « combattants clandestins » lorsqu'il en avait entendu parler, car la guerre contre Voldemort était selon lui l'affaire du Ministère et des aurors, et il lui était difficile d'accepter que des personnes lambda se sentent obligées ou légitimes pour combattre dans une guerre qui ne devait pas être la leur. Bien sûr, cette guerre était celle du Royaume-Uni et il ne pouvait, ni ne voulait, empêcher quiconque de se battre pour se protéger soi, sa famille ou ses amis, mais il était contre l'idée qu'une société ait été créée pour faire le travail des aurors à leur place. Bien sûr, il n'imaginait pas que certains aurors faisaient partie de l'Ordre et il n'imaginait pas non plus que ce petit groupe de sorciers amis d'Albus Dumbledore qui lui donnait parfois des renseignements était affilié à l'Ordre. Toutefois, ces rumeurs et autres discussions sur « l'Ordre du Phénix » étaient restées au Ministère et la presse n'en avait pas entendu parler. Harold Minchum avait d'autres préoccupations qu'un groupe de sorciers qui cherchait à se débarrasser, comme lui, du Seigneur des Ténèbres et de ses Mangemorts, et il ne chercha pas à enquêter pour découvrir qui se cachait derrière l'organisation secrète. L'Ordre put donc continuer ses actions tranquillement, clandestinement, sous couvert d'anonymat, sans s'inquiéter d'une action éventuelle du Ministère qui avait visiblement décidé de ne pas s'interposer. Albus Dumbledore resterait le seul lien que le Ministre aurait avec l'Ordre, comme cela avait toujours été le cas depuis sa création.

Même si l'Ordre et le Ministère étaient toujours à l'affût dans cette période d'étonnante accalmie, Sirius et ses amis étaient décidés à célébrer l'anniversaire de James, ainsi que celui de Remus, qu'ils n'avaient pas fêté dans les règles. Une surprise attendait les deux amis au QG de l'Ordre : chacun était présent, des cadeaux les attendaient dans un coin de la pièce, qui était joliment décorée avec des ballons et des guirlandes qui volaient à travers la pièce, affichant « joyeux anniversaire » et « Remus » ou « James ». Sirius avait organisé cette surprise avec Peter, Mary et Lily, ainsi que quelques autres membres qui avaient apporté une aide ponctuelle. Comme à chaque fois, la guerre ne les empêchait pas de vivre : ils n'avaient pas manqué son anniversaire, ni celui de Lily, ni aucun autre depuis qu'elle avait commencé et cela semblait bien parti pour durer.

La fête se déroula dans la joie et la bonne humeur et Sirius remarqua que même Peter semblait s'amuser réellement. Il avait parcouru un long chemin depuis la mort de Betty et semblait redevenir comme avant : un peu gauche mais attendrissant, bon public aussi. Il semblait plus léger, plus enclin à sourire, à rire. Chacun avait grandi et mûri depuis le début de la guerre, mais certains traits de caractères semblaient immuables. Peter avait probablement pu faire totalement son deuil le jour où Jane avait fait ses aveux et son chagrin semblait s'être estompé. Sirius ne doutait pas que par moments son ami continuerait de penser à Betty, probablement de la pleurer parfois, mais il semblait bel et bien prêt à s'ouvrir de nouveau aux autres et à la vie. Il s'émerveillait aussi de voir Remus se rapprocher peu à peu de Mary, qui semblait toujours aussi déterminée à le reconquérir. Il les voyait retrouver peu à peu leur complicité d'antan et cela le rendait heureux. Bien sûr, il savait que tout n'était pas gagné car il connaissait Remus et le savait méfiant, même s'il était très attaché à Mary. Enfin, il y avait James et Lily, égaux à eux-mêmes, amoureux comme au premier jour, ce jour où ils s'étaient enfin trouvés pour ne plus jamais se quitter.

Depuis qu'ils avaient quitté Poudlard, la vie des Maraudeurs et de leurs bien-aimées semblait ainsi, prise dans un cycle de périodes sombres puis joyeuses, se succédant à intervalles très irréguliers. Sirius et ses amis savaient plus que tout profiter de ces moments de bonheur, car c'étaient eux qui leur permettaient de continuer à se battre et qui leur faisaient espérer des jours meilleurs pour les années à venir. Ils savaient que leur cause était juste et que même si tous les jours n'étaient pas roses, chaque petit moment de joie valait la peine d'être vécu. Dans tous ces moments heureux, chacun pouvait entrevoir un bout de futur : d'autres mariages, des enfants, et pourquoi pas une vie dans la paix, cette paix qu'ils avaient connue dans leurs plus jeunes années et qui leur manquait tant. Même faire la fête était différent désormais.

Un nouveau jour s'était terminé et avait laissé place à une nouvelle matinée lorsque la fête prit fin. Chacun rentra chez soi, confiant.

5 avril 1979

La période de quiétude apparente se poursuivit encore cette semaine-là. Comme d'habitude, tout le monde guettait le moindre signe anormal, chez les sorciers comme chez les Moldus, mais la vie continuait son cours, sans perturbation.

Pourtant, ce jour-là, la matinée se déroula dans un calme assez étonnant. Sirius avait quitté James et Lily la veille et devait les retrouver pour déjeuner le midi. Avant de se rendre chez eux, il avait pris des nouvelles de Remus. Celui-ci n'était toujours pas décidé à donner sa chance à Mary mais semblait s'ouvrir à elle de plus en plus. Sirius avait également contacté Peter, qui lui avait assuré qu'il se sentait très bien et lui avait demandé s'il avait réussi à voir James et Lily.

- Non, je dois les voir ce midi. Pourquoi ?

- Je suis passé chez eux tout à l'heure, ils n'étaient pas là, avait dit Peter.

- Peut-être qu'ils avaient quelque chose à faire.

- Oui, tu as sûrement raison. Ils font leur vie sans nous, après tout.

Mais Sirius s'était rendu chez eux comme convenu le midi, et n'avait trouvé personne non plus. Cela faisait maintenant une bonne heure qu'il les attendait, et il n'avait toujours aucune nouvelle. Il appela Peter, qui lui dit que non, il ne les avait toujours pas vus non plus. Il appela Remus, mais il n'avait pas cherché à les joindre et ne savait donc pas où ils pouvaient être. Le miroir qui lui servait à contacter James ne reflétait pas son ami, il l'avait probablement laissé chez lui. Sirius entra dans la maison de ses amis, et la trouva vide. Il ne savait pas si cela le rassurait ou non : il n'y avait aucun problème ici, mais il n'était pas dans l'habitude de ses amis d'être en retard sans prévenir et surtout, James emportait presque tout le temps son miroir avec lui. Il laissa un mot sur la table de la salle à manger pour préciser qu'il était parti au QG, puis s'y rendit en transplanant.

Il trouva le QG assez vide également. Il croisa quelques personnes avec qui il échangea quelques mots, leur demandant au passage s'ils avaient vu ses deux amis. Aucun ne les avait vus. L'un d'eux lui spécifia qu'ils étaient peut-être avec Alice et Frank Londubat, puisque ceux-ci n'avaient pas non plus été vus depuis la veille. Sirius attendit. Une demi-heure, une heure. Albus Dumbledore arriva. Sirius n'eut pas le temps de lui parler qu'il était déjà reparti. Une autre demi-heure, une autre heure. Albus Dumbledore revint. Il rassura Sirius : « James et Lily arrivent. Ils vont bien. »

Effectivement, ses amis arrivèrent accompagnés de Frank et Alice Londubat. Ils semblaient essoufflés, éprouvés. Ils regardèrent leur ami en souriant, James plus que les autres. Sirius les regarda en retour, attendant patiemment que l'un d'eux lui dise quelque chose. Ils reprirent leur souffle, puis James parla.

- On l'a vu, Sirius. Voldemort.