6 avril 1979
Sirius s'écroula au fond de son siège, les bras ballants. Jane avait disparu. Albus Dumbledore le scrutait de ses yeux bleus avec attention. Il avait l'air inquiet.
- Sirius, je sais ce que tu penses, commença-t-il. Ce n'est pas de ta faute ni de la mienne si Jane a disparu. Tu ne dois pas te mettre ce genre d'idées en tête. Même si elle n'était pas responsable de ses actes, elle a tout de même mis en danger l'Ordre et ses membres en révélant des informations à Voldemort. Il fallait qu'elle s'en aille. Elle en était consciente, elle était d'accord. Je ne suis pas rassuré plus que toi par le fait de n'avoir plus aucune nouvelle d'elle, mais tu ne dois pas penser que c'est de ta faute s'il lui est arrivé quelque chose. Sa vie est en sursis depuis le moment où les Mangemorts ont mis la main sur elle. J'espère sincèrement qu'il ne lui est rien arrivé, mais nous ne sommes pas responsables dans tous les cas.
- Oui, oui… répondit Sirius d'une voix éteinte, à moitié convaincu.
- Ce n'est de toute façon pas pour te faire culpabiliser que je t'ai fait venir, poursuivit le vieil homme. J'aimerais que tu m'aides à retrouver sa trace, si elle a effectivement disparu. Je me suis dit que tu aimerais te sentir impliqué dans cette tâche.
Sirius se redressa légèrement. C'était effectivement ce qu'il souhaitait. Les nouvelles n'étaient peut-être pas si alarmantes. Après tout, Jane avait peut-être pris peur et s'était enfuie ailleurs sans prévenir le fondateur de l'Ordre. Il acquiesça en silence et l'homme lui expliqua ce qu'il avait l'intention de faire. Il comptait d'abord se rendre dans le lieu où Jane s'était cachée avec sa famille, afin de vérifier que tout était en ordre et s'ils pouvaient les y trouver ou non. Selon ce qu'ils découvriraient une fois sur place, ils décideraient de la suite. Les deux sorciers devaient aller dans la maison de l'ex-membre de l'Ordre le soir-même, afin de ne pas laisser les choses trainer trop longtemps.
Sirius se rendit près de ses amis qui l'attendaient afin de les prévenir qu'il partait en mission. Il n'était pas utile qu'ils l'attendent alors qu'il ne savait pas à quelle heure il reviendrait. Ils décidèrent tous de rentrer chez eux, non sans demander à Sirius de les tenir au courant de l'avancée de sa mission. Ils souhaitaient eux aussi avoir des nouvelles de Jane. Après leur avoir dit au revoir et leur avoir assuré qu'il leur raconterait tout, le jeune homme rejoignit Dumbledore dans son bureau de fortune. Ils transplanèrent en Ecosse, dans un petit village situé près de Glasgow. Jane n'était pas partie bien loin contrairement à ce que Sirius avait pensé.
Ils arrivèrent dans une ruelle étroite et mal éclairée. Le ciel était sombre : il ne tarderait pas à faire nuit noire. La ruelle dans laquelle ils avaient transplané n'était qu'un passage entre deux rues plus importantes où l'on entrevoyait des lampadaires et des trottoirs, ainsi que quelques passants qui se hâtaient. L'air était frais et humide, et Sirius resserra sa cape pour se protéger du froid. Il regarda Albus Dumbledore, attendant que ce dernier lui donne des indications.
- La maison de Jane ne se trouve pas très loin d'ici, commença le vieil homme. Nous allons marcher un peu. Une fois arrivés, il va falloir faire preuve d'une grande prudence. Je ne sais pas ce que nous allons trouver quand nous serons là-bas, mais il faut s'attendre à tout.
Sirius acquiesça, puis ils partirent en direction de la maison de Jane. Elle se trouvait effectivement à quelques mètres de l'endroit où ils avaient transplané, mais ils n'eurent pas besoin de se rendre à l'intérieur pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Sirius se figea. Ses yeux avaient été attirés par une lumière verte, flottant au-dessus de la maison. Cette lumière verte avait la forme d'un crâne, mâchoire ouverte, de laquelle sortait un serpent. Cette vision lui fit froid dans le dos.
- Est-ce que… ?
Le jeune homme n'eut pas besoin de terminer sa question pour qu'Albus Dumbledore la comprenne.
- Oui, dit-il doucement. C'est la marque des ténèbres, que les Mangemorts utilisent. Ils sont passés par ici.
- Alors… Jane…
- J'ai bien peur qu'il ne lui soit effectivement arrivé quelque chose, poursuivit le vieux sorcier en regardant Sirius. Nous devons nous en assurer. Es-tu prêt ?
- Oui, bien sûr... répondit-il, sous le choc.
Il baissa enfin les yeux de cette marque, et remarqua un attroupement devant la maison. Ils n'étaient pas les seuls à avoir vu qu'il y avait quelque chose d'étrange, d'angoissant. Les personnes regardaient la marque en la pointant du doigt et on pouvait entendre le brouhaha de leurs voix tremblantes, probablement plus aiguës qu'à l'accoutumée. Albus Dumbledore aussi avait remarqué ces spectateurs indésirés.
- Je crois que nous allons avoir besoin d'aide, Sirius, dit-il. Toutes ces personnes sont probablement des Moldus. Je vais envoyer mon patronus au Ministère pour les prévenir. Allons à leur rencontre, si tu veux bien.
Il se dirigea d'un pas décidé vers le groupe de personnes qui s'était agglutiné devant la maison, suivi de près par Sirius. Lorsqu'ils les virent arriver vers eux, les passants se turent et se figèrent, le regard fixé sur les deux nouveaux venus, vêtus d'une manière bien étrange.
- Bonjour, dit l'un d'eux. Je ne vous ai jamais vus par ici, êtes-vous journalistes ?
- Non, répondit Dumbledore. Nous ne sommes pas venus pour écrire un article, mais pour enquêter.
- Ah, vous êtes de la police alors. On ne peut pas vous dire grand-chose, vous savez. Nous ne sommes pas beaucoup dans le coin et cette maison est assez isolée. Quand je suis arrivé dans l'après-midi, cette chose était déjà là, poursuivit l'homme en pointant la marque du doigt. Je suis le premier à l'avoir vue, et personne ne semble savoir ce qu'elle signifie, ni comment elle est apparue. Vous pensez qu'il peut s'agir d'un OVNI ?
Sirius interrogea son ancien professeur du regard. Un OVNI ? Qu'est-ce que cela pouvait être ? Contrairement à lui, Albus Dumbledore ne semblait pas perturbé par ce terme moldu.
- Non, poursuivit-il. Il n'y a aucune raison de penser qu'il s'agisse là de quelque chose de surnaturel ou d'extraterrestre. Je vais devoir vous demander de patienter ici en attendant que mes collègues arrivent, ils auront des questions à vous poser. Nous sommes, mon collègue et moi, dit-il en montrant Sirius, venus pour enquêter autour de la maison et à l'intérieur de celle-ci. D'autres personnes viendront pour recueillir vos témoignages, cela ne fait pas partie de notre travail.
- Ah, très bien, dit l'homme. Si c'est pour la bonne cause, on va les attendre.
- Bien, répondit Dumbledore. Si vous le voulez bien, nous allons les attendre avec vous. Je pourrai vous présenter les uns aux autres.
- D'accord.
Le vieux sorcier sourit aux passants, puis désigna une clôture à Sirius où ils allèrent s'adosser en attendant les renforts du Ministère. Les aurors ne tardèrent pas à arriver et le fondateur de l'Ordre leur demanda s'ils pouvaient s'occuper des Moldus pendant que lui et Sirius se rendaient dans la maison. Ils furent accompagnés de Sturgis Podmore, car le chef des aurors ne souhaitait pas les laisser entrer seuls. Après tout, ils n'avaient aucune qualification pour gérer ce genre de situations. La raison pour laquelle il avait accepté était qu'Albus Dumbledore était un sorcier puissant et respecté, ce qui lui donnait droit à certaines faveurs. Mais il n'était pas question de les laisser agir seuls. Sturgis les regarda, l'air inquiet, leur signifiant silencieusement qu'il comprenait leurs intentions. Une fois éloigné des autres aurors, il prit la parole.
- Albus, qu'êtes-vous venus faire par ici ? demanda-t-il enfin.
- Mon cher Sturgis, c'est là que Jane Stun était venue se cacher. Je redoute ce que nous allons découvrir une fois à l'intérieur. Cette marque apparait de plus en plus souvent et elle semble refléter les crimes des Mangemorts. Il y a toujours des morts lorsqu'elle apparait, comme cette famille de sorciers il y a quelques mois de cela, si vous vous souvenez.
- Oui, c'est ce qui avait conduit à la mort de Betty, confirma l'homme. Vous avez raison, les Mangemorts s'en servent pour désigner les lieux où ils ont commis des meurtres. Mes collègues sont en train de procéder à l'effacement des mémoires des Moldus, ils feront ensuite disparaitre la marque.
Sirius se tourna vers les autres personnes. Les aurors, baguettes levées vers la tête des Moldus, lançaient des « Oubliettes ». Ils semblaient en avoir pour un moment. Il se retourna vers la maison dont ils avaient atteint le seuil. La porte était ouverte, comme fracassée. Quelqu'un était sûrement entré par la force. Après un regard mais sans un mot, Albus Dumbledore fit un signe de tête à ses deux compagnons, puis avança en direction de la maison, lentement. Sirius s'agrippait à sa baguette, prêt à en découdre si besoin. Toutefois, la signification de cette marque lui avait fait comprendre qu'ils ne trouveraient probablement aucune âme qui vive dans cette maison. Cette pensée lui tordit le ventre et le cœur. Même s'il essayait de se convaincre qu'il y avait toujours de l'espoir, il ne pouvait empêcher son esprit de penser au pire.
Ils arrivèrent dans l'entrée, vide. La lumière était éteinte, mais leurs baguettes éclairées laissaient entrevoir le couloir dont les murs étaient peints en rouge bordeaux et dont le sol était carrelé. Il y avait un petit meuble dans le coin gauche près de la porte d'entrée, sur lequel était posé un vase blanc vide. Le couloir débouchait sur deux pièces. L'une d'elle était fermée par une porte, tandis que l'autre était ouverte. Sturgis Podmore, premier de la file, se dirigea vers la porte ouverte, suivi des deux autres. Ils arrivèrent dans un salon sens dessus-dessous. Des impacts étaient visibles sur les murs, probablement dus à des sortilèges ayant manqué leur cible. Le canapé et les deux fauteuils qui l'accompagnaient étaient tous renversés, tout comme les quelques meubles qui étaient dans la pièce. La vitre de la seule fenêtre de la pièce était cassée, et l'on pouvait distinguer des éclats de verre sur le sol. Mis à part le désordre, le salon était vide. Il n'y avait trace ni de Jane, ni de qui que ce soit. Les trois sorciers continuèrent leur chemin dans la pièce de l'autre côté. C'était la cuisine, mais elle était vide et en ordre. Personne n'avait dû passer par là. Le regard de Sirius se posa sur l'escalier qui menait à l'étage. Ils s'y engagèrent et arrivèrent dans un couloir similaire à celui du rez-de-chaussée, menant à trois portes. L'une d'elle était ouverte. Comme dans le salon, la chambre dans laquelle elle menait était toute retournée. Seul le lit semblait intact, trônant au milieu de la pièce, à peine défait. Il y avait également une armoire qui semblait n'avoir qu'à peine bougé, un peu en biais par rapport au mur, mais toujours debout. Le fondateur de l'Ordre paraissait intrigué par ce meuble.
- Jane m'avait parlé d'une armoire à disparaitre, dit-il. Je crois que c'est celle-ci.
- Elle et sa famille ont peut-être pu s'échapper alors, répondit Sirius, plein d'espoir.
- Peut-être, mais le désordre que nous voyons dans certaines pièces seulement montre les traces d'un combat. Des sorciers se sont battus ici. Malheureusement, je doute qu'ils aient tous réussi à s'enfuir sans que les Mangemorts ne s'en aperçoivent. Approchons-nous.
Ils avançèrent près de l'armoire, découvrant au passage des papiers éparpillés sur le sol entre le lit et le mur où se trouvait la porte. De l'autre côté, la fenêtre était ouverte, et un fauteuil marron dont le rembourrage était sorti était placé à côté. L'armoire à disparaitre était fermée. Dumbledore avait l'intention de vérifier où celle-ci pouvait les mener, pour vérifier que tout allait bien de l'autre côté. Ils s'en approchèrent, toujours sur leurs gardes.
Arrivés devant l'armoire, ils s'arrêtèrent net. Ce qu'ils redoutaient était arrivé. Ils la découvrirent, allongée à côté du lit. Son corps était disloqué et sa baguette avait été projetée près de la fenêtre, sous le fauteuil. Ses yeux étaient clos. Dumbledore s'avança près d'elle. Elle n'avait aucune marque de coups ou de brûlures, mais elle ne respirait plus. C'était fini. Jane était morte.
