Voilà le chapitre 16, qui fait suite directement au précédent dans lequel Sirius avait reçu un message qui l'avait perturbé. J'espère qu'il vous plaira.
15 mai 1979
Sirius relut le message une deuxième fois, perplexe. Il était seul et il attendait le second message. Il relut le premier une troisième fois, toujours dubitatif. Etait-ce un piège ? Cela n'y ressemblait pas. Qui était ce « E. » ? Que lui voulait-il ? En y réfléchissant bien, la seule hypothèse plausible qu'il pouvait émettre était que l'auteur de ce mot curieux n'était autre qu'Elliot. « E. ». Qui d'autre, sinon Elliot ? Etait-il en danger ? Après tout, il avait révélé de nombreuses informations au Ministère, il avait révélé que Jane était l'agent double de l'Ordre. Peut-être que quelqu'un s'était rendu compte de son changement de camp, peut-être qu'ils s'étaient également rendu compte qu'Elliot n'était plus à Azkaban et peut-être qu'ils le traquaient. Si tel était le cas, ils ne pouvaient pas l'avoir trouvé, autrement cette lettre ne serait pas parvenue jusqu'à Sirius. A moins que… peut-être qu'ils avaient justement fait en sorte qu'elle arrive entre ses mains ? L'avaient-ils forcé ? Et si ce n'était pas le cas, pourquoi ne lui avait-il pas tout écrit dans une même lettre ? Il avait sûrement peur que quelqu'un ne soit avec lui alors qu'il essayait de le contacter et que cette personne ne découvre la duperie autour de son emprisonnement. Et puis… peut-être qu'Elliot n'était même pas l'auteur de ce message, après tout. Mais alors qui ?
Le hibou moyen-duc, qu'il avait complètement oublié, recommença à taper la vitre de la fenêtre avec son bec. Sirius l'avait machinalement fermée et l'oiseau souhaitait s'en aller. Il se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit. L'oiseau sortit et un autre entra presque au même moment. C'était un deuxième hibou de la même espèce, qui ressemblait trait pour trait au premier et qui portait lui aussi une lettre. Il se posa sur le même bord de lit et fixa Sirius, attendant patiemment, immobile, qu'il daigne le défaire de sa charge légère mais encombrante. Un instant perturbé par cette apparition à nouveau soudaine, le jeune homme se reprit rapidement et s'empressa de détacher l'enveloppe. Elle avait meilleure allure que le premier mot, et ressemblait beaucoup plus à une lettre normale. L'écriture qui indiquait « Sirius » était la même que la note précédente. La curiosité laissa place à une certaine excitation. Il allait découvrir si toutes ses suppositions étaient justes et savoir ce que lui voulait cet interlocuteur étrange et peut-être étranger. Il l'ouvrit et lut.
« Sirius,
Je sais que tu ne t'attends pas à recevoir de mes nouvelles, mais je tenais à te parler. J'espère que tu es seul comme je te l'ai demandé dans le mot précédent. Sinon, tant pis. J'espère au moins que tu as confiance en la personne qui lit cette lettre avec toi. Il y a quelques mois de cela, nous nous sommes retrouvés, dans des circonstances malheureuses, et je le regrette encore. J'ai cru comprendre lors du procès que tu n'étais plus aussi hostile à mon égard que lorsque tu m'as revu la première fois, aussi j'ai pris le risque de te contacter, en espérant que tu ne déchireras pas cette lettre avant de l'avoir lue jusqu'au bout.
Pendant ces quelques mois de silence, au cours desquels je suis resté caché, vivant dans la peur qu'on découvre la supercherie dans laquelle j'étais impliqué, j'ai réfléchi. Je pense que ma famille est en sécurité maintenant, et même si cela ne t'intéresse pas forcément, j'aimerais te dire qu'ils ont compris qu'ils s'étaient trompés autant que moi et qu'ils regrettent leur allégeance passée. Comme ma famille est en sécurité, j'aimerais pouvoir revenir sur une déclaration que j'ai faite la dernière fois que nous nous sommes vus. Je voudrais vous aider. Peux-tu transmettre cette lettre à Albus Dumbledore, afin qu'il soit lui aussi au courant ? Je ne sais pas vraiment comment vous permettre de me contacter sans prendre de risque inutile, mais je crois que vous êtes plutôt bien informés alors j'imagine que ce ne sera pas un souci. Autrement, je t'enverrai une nouvelle lettre d'ici une semaine pour convenir d'un rendez-vous que je fixerai et auquel tu viendras avec M. Dumbledore si vous en avez envie.
J'espère sincèrement que nous nous reverrons dans de meilleures conditions.
Bien à toi,
Elliot. »
Sirius sourit. Ses suppositions étaient exactes, Elliot était bien l'auteur des messages. Ce n'était pourtant pas ce qui le faisait sourire. Il était rassuré de savoir que son ancien ami allait bien. Il était heureux d'avoir de ses nouvelles. Le temps avait fait son œuvre, et malgré la pointe de culpabilité qu'il ressentait vis-à-vis de Peter, il savait qu'il avait finalement pardonné ses travers à l'ex-Poufsouffle. Cela avait commencé au moment où il l'avait revu au Ministère jusqu'à ce jour où il venait leur proposer son aide. Elliot n'était pas plus mauvais qu'un autre, il avait juste pris de mauvaises décisions qui l'avaient amené à vivre des expériences qui l'avaient dépassé. Il était prêt à se racheter et c'était courageux de sa part de chercher à reprendre contact avec l'Ordre alors même que certains de ses membres lui étaient et lui seraient peut-être toujours hostiles.
Sirius se prépara et transplana au QG de l'Ordre, lettre en main. Il croisa d'abord Sturgis Podmore qui afficha un sourire rayonnant en le voyant. Il ne l'avait pas vu depuis un moment, depuis l'enterrement de Jane en réalité. Le regard qu'ils échangèrent brièvement parla d'abord pour eux. Il était empreint d'une certaine nostalgie, car tous deux avaient vécu ensemble le moment de la découverte du corps de leur alliée, mais il était aussi pétillant, témoignant de leur joie de se voir et de se savoir en bonne santé.
- Alors, tu reprends du service ? demanda Sturgis.
- Je vais voir Dumbledore, et je te dis ça juste après, répondit Sirius avant de s'éclipser.
Il croisa ensuite Marlene McKinnon et Frank Londubat, qui lui posèrent à leur tour la même question, à laquelle il offrit la même réponse. Il arriva enfin devant le bureau de fortune d'Albus Dumbledore. Après avoir toqué et y avoir été invité, il entra dans la pièce, où il trouva le fondateur de l'Ordre assis à son bureau. Celui-ci le scruta un instant, d'un air à la fois bienveillant et soucieux. Il semblait chercher à savoir si Sirius était prêt à reprendre son activité au sein de l'Ordre rien qu'en le regardant. Le jeune homme s'avança jusqu'au bureau et s'assit en face du professeur, qui prit la parole.
- Bonjour Sirius, dit-il en souriant poliment. Comment te sens-tu ? As-tu profité de ce repos presque forcé ? Je trouve que tu as l'air d'aller mieux.
Sirius sourit. Il regarda un instant son interlocuteur avec cet air nonchalant et rieur qui le caractérisait souvent. Souhaitait-il entendre de sa bouche que ce repos lui avait effectivement fait du bien ? C'était le cas, mais il ne l'avouerait pas. Il n'avait pas vraiment aimé être mis à l'écart, même s'il ne s'était pas passé grand-chose et que ses amis l'avaient tenu informé chaque jour. Il avait pu prendre du temps pour lui, mais s'était en même temps senti coupable et agacé de bénéficier de ce traitement alors que d'autres qui auraient pu en avoir besoin n'y avaient pas été invités et n'y avaient pas eu droit. Et surtout, il n'allait pas avouer qu'il avait eu tort de rechigner comme un enfant capricieux. De toute façon, il n'était pas là pour parler de lui, mais d'Elliot. Et personne d'autre que lui et l'homme qui lui faisait face ne pouvait s'occuper de cela.
- Merci de vous soucier de moi, Albus, je vais bien, répondit-il simplement. J'ai reçu ce matin une lettre dont j'aimerais vous faire part. Je vous l'aurais montrée de moi-même dans tous les cas, mais son auteur en a lui-même fait la demande. Quand vous l'aurez lue, vous comprendrez qu'il n'est pas question que je reste en arrière, si vous me permettez.
Albus Dumbledore prit la lettre et la lut rapidement, puis sourit à son tour.
- Je me demandais quand il nous contacterait, dit-il. Il se trouve que j'étais persuadé que ce cher Elliot souhaiterait à un moment ou un autre se joindre à nous, plus ou moins officiellement.
- Savez-vous où il se trouve, comme il semble le penser ? demanda Sirius.
- J'ai bien une petite idée, en effet, mais le Ministère ne m'a pas communiqué cette information. Il faut que je règle la question, pour être sûr. Que penses-tu de cette lettre, Sirius ?
- Je crois que j'ai pardonné à Elliot et que je suis prêt à le revoir et à entendre ce qu'il a à nous dire répondit-il. Par contre, j'ai du mal à l'imaginer au sein de l'Ordre vis-à-vis de Peter et des autres.
- Oui, il sera difficile de faire entendre raison à Peter et à certains autres membres, mais je suis content d'apprendre que tu as pardonné à ton ami, approuva le vieil homme. Je suis sûr qu'il sera content de l'apprendre également. Nous allons faire en sorte de le rencontrer ensemble. Je vois de toute évidence que tu es prêt à revenir parmi nous et je n'ai aucunement l'intention de m'y opposer. De toute manière, je crois que je n'arriverais pas à te convaincre cette fois, si je le voulais, n'est-ce pas ?
- Effectivement, conclut Sirius.
Il remercia le fondateur de l'Ordre et s'éclipsa pour aller retrouver James et lui raconter les derniers événements. L'optique d'être à nouveau celui qui avait quelque chose d'inédit à raconter l'excitait particulièrement. Il était enfin de retour et cela l'emplit de joie.
17 mai 1979
Le surlendemain, Sirius se rendit à nouveau au QG. Albus Dumbledore avait obtenu l'information qui lui manquait concernant l'endroit où Elliot vivait caché. Il lui avait envoyé un hibou pour convenir d'un rendez-vous, auquel l'ex-Poufsouffle avait répondu rapidement. Il était prévu qu'ils se voient tous les trois dans l'après-midi dans un café de Londres.
Lorsqu'ils arrivèrent au lieu de rendez-vous peu de temps avant l'heure prévue, les deux membres de l'Ordre s'aperçurent qu'ils n'étaient pas les premiers. Elliot les attendait, seul à une table. Il avait commandé un gâteau qu'il touchait du bout de sa cuillère sans pour autant l'avoir entamé. Il semblait nerveux. Il ne devait pas être arrivé longtemps avant eux. Lorsqu'ils entrèrent, Elliot releva la tête et ses yeux s'illuminèrent. Il sourit timidement puis se leva pour les saluer.
- Merci d'être venus, je suis vraiment ravi de vous voir, dit-il, la voix hésitante. Je n'ai pas eu beaucoup de contacts avec le monde extérieur depuis… enfin, vous savez… A part quelques aurors, je n'ai parlé à personne d'autre qu'à ma famille. Comment allez-vous ? Est-ce que tout va bien ? Enfin… c'est idiot… tout ne peut pas aller bien avec ce qu'il se passe, excusez-moi. Je…
Il s'arrêta et soupira puis s'assit. Les deux autres firent de même, puis Elliot les regarda tour à tour, s'attardant plus longuement sur Sirius. Celui-ci parla le premier.
- J'étais très heureux de voir que tu as fait un pas vers nous, Elliot, je t'en remercie. Je sais que ça n'a pas dû être facile pour toi, tout ça. Et je dois avouer que je n'ai pas été particulièrement tendre à ton égard quand nous nous sommes revus.
- Ce n'est rien, Sirius. J'aurais réagi pareil, si…
- Il n'empêche que tu avais raison, ce n'est pas toi qui as tué Betty. Et je te crois quand tu dis que tu veux te racheter et nous aider. Je te crois quand tu dis que tu ne savais pas où tu allais en suivant la même voie que tes parents, et d'autant plus quand tu me dis que tu avais peur pour eux. On ne peut pas refaire le passé, alors concentrons-nous sur l'avenir, tu veux ?
Sirius sourit. Elliot lui rendit son sourire, sous le regard bienheureux d'Albus Dumbledore, qui souriait lui aussi.
- Merci, dit simplement Elliot, reconnaissant. Tu as changé Sirius, tu n'es plus aussi…
- Oh si, crois-moi, j'ai encore pas mal de mes défauts, le coupa Sirius. Mais te concernant, j'admets volontiers que je me suis trompé et que tu n'es pas si horrible que je le croyais. C'est aussi pour ça que j'étais très heureux de recevoir ta lettre, elle m'a montré que j'avais eu raison d'oublier ma colère envers toi. Personne ne t'a demandé de revenir vers nous, tu l'as fait de toi-même. Et ça me fait plaisir.
- Je vois, conclut Elliot. Toute cette histoire m'a fait pas mal réfléchir, à vrai dire. J'ai envie de me racheter.
Il se tourna vers le fondateur de l'Ordre, qui était resté silencieux depuis le début de l'entrevue, observant et écoutant attentivement sans s'immiscer dans le dialogue des deux anciens camarades d'école.
- Alors, dites-moi, Monsieur. Qu'est-ce que je peux faire pour vous aider ?
