Voici le nouveau chapitre, dont le nom est assez révélateur du contenu. Pas comme le titre de la fiction du coup, dont j'ai récrit un petit mot dans le premier chapitre, que je vous remets là si vous êtes passés directement sur ce chapitre : "Un petit mot sur le titre, pas forcément très clair voire assez énigmatique, qui fait référence à Sirius lui-même à la première personne (contrairement à la fic qui est écrite à la troisième personne même si c'est bien selon son point de vue) et que je vous expliquerai plus en détails à la fin de la fiction."

Ce chapitre est très centré sur Elliot et son expérience de Mangemort, il fait suite directement aux deux précédents. J'espère qu'il vous plaira !


17 mai 1979

Albus Dumbledore scruta Elliot un moment avec intensité, comme s'il cherchait à lire en lui des réponses à des questions qu'il n'avait pas encore posées. Il n'y avait aucune animosité dans son regard, mais le jeune homme dut se sentir mal à l'aise car il jeta un coup d'œil furtif en direction de Sirius comme pour chercher du soutien. Ses yeux marron croisèrent les yeux gris de son ancien ami qui lui fit un bref signe de tête encourageant. Elliot se tourna à nouveau vers son ancien professeur et se redressa sur sa chaise. Assis ainsi, sa posture reflétait à nouveau sa condition, celle d'un héritier d'une riche famille de Sang-Pur, qui devait se montrer digne en toute circonstance. Son apparence était toujours soignée. Ses cheveux bruns, épais et lisses, étaient bien peignés. Il avait gardé un visage enfantin, bien qu'il se fût affiné au fil du temps et des soucis qu'il avait eus, mais l'on discernait dans ses traits et dans son regard la noblesse des gens de son rang. Bien sûr, lors de leurs dernières entrevues, le jeune homme n'avait pas toujours réussi à conserver cette dignité presque étouffante qui s'imposait parfois comme une contrainte depuis ses plus jeunes années. Sirius le comprenait tout à fait. Avant qu'il ne quitte sa famille, il avait reçu la même éducation et dans ses attitudes il en conservait parfois encore certains vestiges. Assis ainsi, Elliot lui rappelait son enfance, leurs après-midis passées ensemble à jouer dignement tandis que leurs pères discutaient fièrement de sujets sérieux et que leurs mères prenaient ensemble le thé calmement. En y repensant, tout cela lui paraissait surfait. Il s'était d'ailleurs déjà fait la réflexion plusieurs fois. Enfant, il était assez turbulent et il s'était souvent fait rappeler à l'ordre car ce n'était pas une façon de se comporter lorsque l'on était issu d'une famille de Sang-Pur. Ce n'était pas digne. Elliot s'était plié plus facilement à l'exercice. Tout comme Regulus. Comme chaque fois, son cœur se serra à la pensée de son frère à l'avenir incertain. Qu'était-il devenu ?

Ignorant tout des réflexions muettes de son ancien élève et désormais allié, Albus Dumbledore rompit le bref silence qui s'était installé après la question d'Elliot. Il souriait toujours et lorsqu'il parla, sa voix refléta un certain enthousiasme.

- Mon jeune ami, dit-il, comme Sirius, j'ai été ravi de lire votre lettre. Je savais, dès lors que nous vous avons arrêté, que vous n'étiez pas corrompu et que toute cette situation vous dépassait.

Elliot se détendit. Gêné mais visiblement heureux et soulagé, il recommença à tâter son gâteau avec sa cuillère mais cette fois, il en prit un morceau et le porta à sa bouche. Il le leur montra du doigt, leur demandant silencieusement s'ils souhaitaient quelque chose, mais le professeur refusa d'un geste de la main. Il commanda toutefois de l'eau, puis recommença à parler après avoir servi un verre à chacun d'entre eux.

- Voulez-vous nous raconter ce qui vous a amené à devenir un Mangemort, depuis le début jusqu'à ce jour ? s'enquit-il, d'un ton léger qui jurait avec le sujet grave qu'il souhaitait aborder. Cela sera un premier pas dans l'aide que vous souhaitez nous apporter.

Le jeune homme le dévisagea un instant, se tourna vers Sirius puis acquiesça.

- Ma famille, tout comme la tienne Sirius, dit-il en tournant à nouveau son regard vers l'intéressé, a toujours été attirée par la suprématie du sang et a toujours eu des penchants pour la magie noire. A vrai dire, ils n'ont jamais franchi la ligne, mais ils ont très vite été intéressés par ce sorcier qui montait en puissance et ils ont suivi de près ses « exploits ». Ils m'en parlaient toujours comme quelqu'un d'extraordinaire, qui avait réussi très vite à la sortie de Poudlard et qui avait de plus en plus d'adeptes. Ils me disaient qu'ils seraient fiers de moi si j'arrivais à me faire une place près de lui, qu'il savait ce qui était bon pour le monde sorcier et pour les familles de sorciers comme nous, vous savez, les familles au sang pur et ce genre de choses qui montraient qu'on était supérieurs. Je ne me suis jamais posé de question là-dessus avant, je n'y croyais pas vraiment mais je me sentais tout de même privilégié. On n'a eu de cesse de me répéter que je faisais partie d'une des plus illustres familles de sorciers, alors je suis devenu un peu orgueilleux. Bref, lors de notre septième année, il y en a certains parmi les Serpentard essentiellement qui ont commencé à se préparer pour rejoindre les rangs… et je les ai suivis bêtement, simplement. Je me suis dit que c'était l'occasion de rendre ma famille fière de moi puisque nous en avions discuté et que je connaissais leur opinion à ce sujet. Enfin, il s'agissait plutôt d'une occasion de plus, puisqu'ils m'ont montré à plusieurs reprises qu'ils étaient fiers de moi et je n'ai jamais été malheureux, comme vous le savez.

Il s'arrêta un instant puis soupira. Ses deux locuteurs, extrêmement concentrés sur ce qu'il disait, ne faisaient aucun commentaire, ni aucun bruit. Ils attendaient la suite, patiemment, poliment. Il leur jeta un œil tour à tour, puis reprit son récit.

- Dès la fin de notre scolarité, on a été mis en contact avec des Mangemorts. Les Lestrange, Rabastan et Rodolphus, et sa femme Bellatrix, mais aussi…

- Bellatrix ? C'est ma cousine… le coupa amèrement Sirius, que la mention de sa cousine avait sorti du silence. Est-ce que… dit-il, hésitant, avant de se raviser. Non, laisse tomber.

- Oui, bien sûr, Bellatrix Lestrange née Black… confirma Elliot. Enfin, il y avait d'autres Mangemorts qui nous ont en quelque sorte formés, mes « camarades » et moi. On nous a appris un tas de sortilèges de magie noire, en nous disant que ça nous serait utile lorsque la menace tenterait de s'attaquer à nous. Ce qu'ils appelaient la menace, c'était selon eux des personnes qui voulaient s'en prendre au Seigneur des Ténèbres et à ceux qui le suivaient, et qui voulaient les empêcher de vivre sereinement. En réalité, je crois que la menace… c'était vous. Ils disaient que tout ce qu'ils faisaient était pour le bien de la communauté sorcière et qu'il faudrait savoir faire des sacrifices et se plier aux ordres pour y parvenir. On nous a dit que certains sorciers étaient contre nous, contre le Seigneur des Ténèbres, parce qu'il faisait des choses qui dérangeaient leurs plans, parce qu'il ne voulait pas d'un monde où les Moldus contrôlaient nos vies, parce qu'il voulait ce qui était juste pour le monde sorcier, ce genre de choses aberrantes avec du recul mais qui nous attachaient toujours un peu plus à eux, étendant leur emprise sur nous et qui nous enfermaient peu à peu dans ce groupe dont on ne pouvait bientôt plus sortir. Je peux vous dire que quand on s'est retrouvés face à face lors de cette bataille, ça m'a fait un choc. Je crois que les autres aussi ont pris un coup, mais certains n'ont pas bronché. Peut-être qu'ils s'attendaient à vous voir. Je crois que je suis beaucoup trop naïf malheureusement… Enfin, maintenant c'est fait, dit-il en soupirant à nouveau.

Le fondateur de l'Ordre le scrutait toujours de son regard pénétrant et à la fois bienveillant.

- Ne soyez pas trop dur envers vous-même, Elliot, le rassura-t-il. Vous avez réussi à sortir de tout cela, et je vous trouve courageux de tout nous raconter avec autant de détails. Ce sont des informations précieuses. Ce que vous avez dit là pourrait expliquer pourquoi certaines personnes rejoignent les rangs de Lord Voldemort.

Un frisson parcourut Elliot qui fixa Dumbledore un instant, choqué. Sirius devina qu'il n'était pas habitué à entendre prononcé le nom de son ancien maitre et que ce nom lui faisait peur, comme il faisait peur à un tas d'autres personnes. Même parmi les membres de l'Ordre, ils étaient nombreux à ne pas oser le prononcer. De plus en plus de personnes y faisaient référence en utilisant des termes un peu longs et qui auraient pu prêter à rire s'ils n'avaient pas été dramatiques, comme « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » ou « Vous-savez-qui ». Les Maraudeurs, en bons Gryffondor, ne se montraient pas impressionnés et n'hésitaient pas à dire « Voldemort » dès qu'ils en avaient l'occasion, parfois même par défi. Peter avait cependant plus de mal et dès qu'il pouvait s'abstenir, il le faisait. Il n'avait jamais eu autant d'audace que ses amis. Chaque fois qu'ils le voyaient mal à l'aise, Sirius et James s'amusaient à le charrier, même s'ils s'étaient réfrénés depuis la mort de Betty. Cette pensée le fit sourire tristement.

- Oui, intervint-il, mais je pense que certains le rejoignent sans avoir besoin de beaux discours. Ma cousine, par exemple. Depuis qu'elle est petite elle est complètement barge. Il y en a qui doivent savoir ce qu'il veut réellement et qui le suivent quand même les yeux fermés.

L'ex-Poufsouffle approuva.

- Ces personnes doivent être parmi les plus proches de Vous-Savez-Qui. Enfin, je ne sais pas comment ça se passe, je n'étais qu'un nouveau Mangemort et on ne m'a pas dit grand-chose en réalité. En tout cas, pour ce qui est de ta cousine, elle fait parfois froid dans le dos, tu sais.

- Ça ne m'étonne pas le moins du monde, lâcha Sirius, amer.

Il hésita à nouveau, puis se ravisa encore. Il souhaitait prendre des nouvelles de Regulus, mais n'était pas sûr d'être prêt à entendre ce qu'Elliot pouvait lui dire. Albus Dumbledore reprit la parole.

- Avez-vous rencontré le Seigneur des Ténèbres lui-même ?

- Je l'ai rencontré lorsqu'il m'a apposé la Marque et je l'ai revu une ou deux fois lorsqu'il a pris le temps de réunir tous les Mangemorts. Il le faisait pour nous parler de choses et d'autres qui lui faisaient plaisir ou au contraire qui le contrariaient ou contrariaient ses plans. Nous ne parlions que rarement lorsqu'il était là, nous nous contentions surtout d'écouter. Enfin, encore une fois, je ne sais pas s'il en était de même pour des Mangemorts qui auraient pu être plus proches de lui. En tout cas, lors de ces rares rencontres, dès la première, j'ai été impressionné, limite apeuré. Il en impose, si vous voyez ce que je veux dire. Je crois qu'il n'a pas vraiment besoin de convaincre une fois qu'on l'a vu… on est comme pris au piège. Il a un pouvoir de persuasion assez impressionnant. Si vous ne m'aviez pas capturé, je crois, comme je vous disais, que je serais encore avec eux à l'heure qu'il est. Je dois d'ailleurs vous remercier à ce propos.

- Cette Marque, à quoi elle sert ? demanda Sirius, sans prêter attention à ses remerciements.

Elliot releva rapidement sa manche pour la leur montrer puis la baissa tout aussi vite. Sirius grimaça. C'était la même que celle qui était apparue au-dessus de la maison de Jane. Cette marque commençait à faire son effet. Elle commençait à faire peur elle aussi, et il n'y avait aucun moyen d'y échapper. Quiconque la voyait savait que Voldemort ou ses partisans étaient ou avaient été dans les parages et que c'était un mauvais présage.

- Elle lui permet de communiquer avec nous, répondit l'ex-Poufsouffle. Lorsqu'elle commence à chauffer, elle devient plus pressante sur le bras, on sait qu'il nous appelle. On sait tout de suite où il faut qu'on transplane. C'est assez effrayant quand on y pense. Si on la presse, on peut aussi l'appeler et il sait directement où nous sommes. Mais je n'ai jamais osé ni eu besoin de le faire, j'en ai juste entendu parler. Lorsque j'étais à Azkaban, j'ai entendu plusieurs fois certains Mangemorts hurler de rage et de douleur en sentant la Marque les brûler. Je ne crois pas que c'était parce qu'ils avaient mal. Je crois qu'ils avaient désespérément envie de le rejoindre et qu'ils souffraient de ne pas pouvoir. Il y en a qui sont vraiment malades…

Sirius approuva silencieusement, presque impressionné par cette déclaration. Azkaban avait sa réputation. C'était une prison pour sorciers dont il était impossible de s'échapper et qui était très bien gardée. Même en y entrant sans être fou, il devait être courant de le devenir après un certain temps passé enfermé. Cette pensée le fit frémir légèrement. Il avait du mal à imaginer Elliot dans cet endroit sinistre. Heureusement qu'il n'était pas resté longtemps !

- C'était comment, là-bas ? demanda-t-il d'une petite voix, presque timide, qui jurait avec son assurance habituelle.

- C'était difficile, mais je savais que je ne resterais pas longtemps et ça m'a beaucoup aidé. Merci encore une fois, c'est grâce à vous, ajouta Elliot, reconnaissant.

Sirius ne répondit rien. Il se contenta de le regarder et de lui faire un léger signe de tête. Le fondateur de l'Ordre reprit la parole.

- Allons, dit-il simplement avec un sourire. Pour revenir à cette Marque, je note qu'elle lui permet d'avoir une ascendance sur vous, une supériorité certaine, affirma-t-il. Vous devez avoir un lien direct avec lui, il doit pouvoir vous trouver à chaque instant. Je remarque aussi que vous ne pouvez pas, vous autres ses disciples, savoir où il se trouve. C'est astucieux. Effrayant, mais astucieux. Il vous possède en quelque sorte à travers cette Marque.

Elliot frissonna puis acquiesça en silence.

- Qu'avez-vous fait lorsque vous étiez à son service ? demanda le vieil homme.

- Comme je vous l'ai dit, reprit Elliot, je n'ai pas fait grand-chose parce que je n'étais pas un ancien Mangemort. Au début je ne faisais rien de spécial. J'allais chercher les journaux parce qu'ils surveillaient de près ce qu'il pouvait se dire sur eux surtout, j'allais porter des messages chez les uns, chez les autres. Et puis un jour on m'a dit qu'on avait besoin de renfort, et que j'allais enfin entrer au cœur de l'action. J'étais heureux, j'étais fier. Si j'avais su… j'ai vite déchanté, comme je vous l'ai dit, quand je vous ai vus.

- Je vois, répondit Albus Dumbledore, songeur. Je vois que Voldemort a pris soin de compartimenter. Vous n'avez pas beaucoup d'informations et je crois bien qu'il n'en donne qu'à peu de personnes. Ce n'est pas grave, ce que vous nous avez dit est déjà très précieux mon garçon, merci.

- C'est bien normal après ce que vous avez fait pour moi. S'il y a autre chose que je peux faire…

- Nous verrons. En attendant, faites bien attention à vous, ne prenez pas de risques inutiles. Nous allons vous laisser maintenant.

- Oui, monsieur, approuva Elliot. Merci encore. A bientôt, j'espère. A bientôt, Sirius.

Sirius lui sourit puis suivit le vieux sorcier qui s'était déjà levé. Alors qu'il s'apprêtait à partir, il s'arrêta et se tourna vers son ancien ami. Albus Dumbledore l'observa en silence. Le désormais ex-Mangemort était debout, remettant sa chaise en place. Les regards des deux anciens amis se croisèrent à nouveau et Elliot s'immobilisa un instant, attendant que Sirius dise ou fasse quelque chose.

- Elliot, dit-il d'une voix hésitante, est-ce que… est-ce que tu as croisé Regulus, lorsque tu étais au service de Voldemort ?

Il avait enfin formulé cette question qui lui brûlait les lèvres depuis le début de leur entretien. Le jeune homme le regarda d'un air compatissant, presque triste.

- Oui, je l'ai vu, avoua-t-il. Nous avons suivi le même chemin. J'imagine que tu n'es pas étonné… je suis désolé.

Ils se fixèrent un instant, interdits. Sirius déglutit difficilement.

- Non, effectivement. Je m'en doutais, mais j'espérais me tromper, répondit-il sombrement. Est-ce qu'il… va bien ?

- La dernière fois que je l'ai vu, il allait bien, oui. Mais…

Elliot sembla se raviser mais devant le regard pressant de son ancien ami, il reprit.

- … eh bien, je ne l'ai pas vu depuis ma capture, tu sais. Il n'a pas participé à la bataille, je pense que tu t'en es aperçu. Je ne sais pas ce qu'il est devenu depuis. Je suis désolé, dit-il à nouveau.