Voici un nouveau chapitre, un peu éloigné des missions de l'Ordre. Comme Sirius vient d'apprendre que son frère est devenu un Mangemort, il est un peu chamboulé... ;) Pour le coup il pourrait presque se lire comme un OS. Comme d'habitude, j'espère que ça vous plaira !


17 mai 1979

Regulus était donc bien devenu un Mangemort. Quel idiot ! Il aurait pu faire tant de choses… Il aurait pu faire tout ce qu'il voulait. Il était brillant, il était excellent au Quidditch, il n'était pas puni sans arrêt à Poudlard comme lui-même l'avait été et les professeurs n'en disaient que du bien. Il aurait pu tout faire, mais il était devenu Mangemort. Et Sirius n'avait aucun moyen d'avoir de ses nouvelles, de savoir si dans sa bêtise au moins il allait bien.

- Quel gâchis ! pesta-t-il pour la énième fois.

Après leur entrevue avec Elliot, le professeur Dumbledore et lui étaient rentrés ensemble au QG de l'Ordre, où Sirius avait retrouvé James et Lily. Les trois amis étaient ensuite rentrés chez le couple ensemble. Il leur avait raconté la rencontre, toutes les informations qu'Elliot leur avait données et celle-ci, celle concernant son frère, devenu Mangemort, empruntant ce chemin tout tracé depuis longtemps par ses parents et dont il aurait tellement aimé qu'il s'enfuie.

- Mais quel idiot ! dit-il encore.

Il savait depuis longtemps que ses parents étaient irrécupérables, inintéressants, insupportables et indignes d'intérêt. Il avait mis de la distance avec son frère lorsque celui-ci avait mis un premier pied dans l'histoire figée des Black, tous Serpentard, « toujours purs ». Dès lors, leurs relations n'avaient plus été les mêmes. Lui entamait déjà sa deuxième année lorsque son frère avait fait sa rentrée à Poudlard, et ses propres idées étaient déjà bien arrêtées. Rapidement, il avait repeint sa chambre aux couleurs de Gryffondor, en s'appliquant bien pour que ses parents ne puissent pas tout saccager dans son dos. Il ne leur parlait déjà presque plus lorsqu'il était entré en troisième année, et lorsqu'ils s'aventuraient les uns vers les autres, cela finissait toujours en disputes atroces. C'était à Poudlard qu'il se sentait le mieux, avec ses amis. Il ne rentrait plus que rarement pour les vacances, avec le concours de ses parents qui avaient bien de la peine à l'élever, lui l'enfant rebelle qui faisait tant crier sa mère et qui lui causait tant de peine et de souci.

La distance qui s'était installée entre son frère et lui s'était accrue au fil du temps, jusqu'au jour où il avait quitté la maison de ses parents, après une énième dispute. Il leur avait dit qu'ils ne se comprendraient jamais et qu'il partait vivre ailleurs, là où on l'accepterait mieux tel qu'il était et où on ne chercherait pas à en faire un fils parfait, ce qu'il ne serait jamais contrairement au digne héritier des Black, le merveilleux Regulus. Sa mère l'avait alors menacé de le renier s'il partait, mais cela ne l'avait pas dissuadé, au contraire. Ils en étaient arrivés à un point où il les détestait et ne supportait plus de vivre avec eux. Il avait espéré que Regulus dise quelque chose, mais il avait observé toute l'altercation sans un bruit, comme pétrifié. Peut-être n'avait-il pas eu conscience à ce moment de ce qui était en train de se passer. Il était encore jeune quand Sirius était parti de la maison, quatorze ans à peine. Il n'aurait jamais songé à défier leurs parents, même si lui-même l'avait déjà fait depuis longtemps à son âge. Il n'en aurait surtout jamais eu l'envie non plus, il les aimait trop pour cela. Sirius l'avait haï un temps, parce qu'il ne l'avait pas soutenu, et parce qu'il avait réussi à se faire aimer de leurs géniteurs, contrairement à lui. Il pouvait en dire ce qu'il voulait, il avait souffert de ce manque d'affection de la part de cet homme et de cette femme qui représentaient pourtant tout ce qu'il n'aimait pas. Malgré tout ce qu'il pouvait en dire et en penser, ils restaient ses parents.

Il avait souffert de ne pas être assez bien pour eux, d'être si différent qu'ils n'arrivaient pas à se comprendre. C'était quelque chose qui l'avait hanté un moment, un mélange de sentiments contradictoires, une envie de reconnaissance de la part d'êtres qu'il haïssait et qu'il aimait malgré lui. Et puis il s'était fait à l'idée qu'il serait bien mieux sans eux, bien mieux chez les Potter. Il avait souffert de son départ, mais il s'était senti libéré et sa souffrance s'était bien vite atténuée. Regulus, de son côté, était devenu interdit en sa présence, lorsqu'il le croisait dans les couloirs de Poudlard. Parfois le plus jeune aurait certainement aimé parler au plus âgé, mais celui-ci ne lui avait pas accordé un regard, comme s'il avait été responsable de la situation. Plus tard, Sirius avait compris. Ce n'était pas la faute de son frère s'il avait eu cette relation avec son père et sa mère. Ce n'était pas de sa faute, et il aurait dû être là pour lui. Lui faire comprendre que même s'il ne parlait plus à leurs parents, il était toujours son frère. Peut-être que dans ce cas, Regulus aurait réfléchi, mieux pesé le pour et le contre, il aurait compris les décisions de Sirius et peut-être qu'il ne serait pas devenu Mangemort. Qui sait, peut-être même qu'il se serait lui aussi détourné d'Orion et Walburga Black et de leurs idées nauséabondes, et qu'il serait devenu un allié.

Sirius était en colère contre son frère, contre ses parents, contre lui-même aussi. Il faisait les cent pas et ressassait ses pensées, sous l'œil compatissant de James et de Lily.

- Tu as besoin de te changer les idées, Sirius, lui dit son meilleur ami en soupirant. Ca ne sert à rien de tourner en rond et de te torturer comme ça.

Le jeune homme s'arrêta pour le regarder, puis soupira à son tour. Malgré toutes ses qualités, James ne pouvait pas réellement comprendre ce qu'il ressentait. Lui n'avait pas eu ce problème. Il avait grandi dans une famille aimante, tolérante, presque parfaite. Il n'avait pas eu de frère ni de sœur et n'avait jamais eu de réels conflits avec ses parents. Bien sûr, il avait parfois regretté son statut d'enfant unique et s'était finalement trouvé un frère en la personne de Sirius. De son côté, celui-ci avait pu combler son manque affectif chez James, chez ses parents aussi, qu'il estimait beaucoup. Mais en l'occurrence, il ne pouvait pas réellement se mettre à sa place parce qu'il n'avait rien vécu de tel. Il ne pouvait qu'imaginer. Bien que leurs histoires fussent liées depuis longtemps, elles étaient tout de même différentes en certains points, à commencer par celui-ci. Pourtant, comme toujours, il était là, fidèle au poste, d'un très grand soutien pour son meilleur ami qu'il connaissait par cœur.

Pour Lily, c'était différent. Elle avait une sœur et ses relations avec celle-ci étaient loin d'être au beau fixe. Parfois, lorsque quelqu'un parlait de son frère ou de sa sœur, tous deux se lançaient des regards qui voulaient tout dire. Ils se comprenaient parfaitement, parce qu'ils souffraient tous deux de cette distance qui s'était installée entre eux et leurs « proches ». Bien sûr, de son côté, Lily s'entendait à merveille avec ses parents, mais sa sœur l'avait rejetée depuis son entrée à Poudlard et toutes deux n'avaient plus réellement de contacts et ne s'étaient pas vues depuis bien longtemps. Elles prenaient parfois des nouvelles l'une de l'autre par le biais de leurs parents, s'écrivaient de temps à autres, mais c'était tout. D'ailleurs, elle et son mari n'étaient pas venus au mariage des Potter. Ils étaient attendus, mais ils n'étaient pas venus.

- James a raison, Sirius, renchérit la jeune femme. Tu ne peux pas rester comme ça, de toute façon ça ne changera rien à la situation de ton frère.

- Qu'est-ce que tu dirais d'un petit tour à moto ? glissa James d'un air espiègle. Ca fait longtemps qu'on n'a pas pris l'air toi et moi, en-dehors de ces missions pour l'Ordre qui nous prennent tout notre temps...

Sirius sourit, les yeux soudain brillants d'excitation. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, James avait toujours réussi à trouver les mots pour le réconforter et lui redonner le moral. Il avait toujours réussi à le raisonner, à le calmer lorsque cela avait été nécessaire. Des quatre Maraudeurs, Sirius était peut-être celui qui avait le plus le sang chaud. Lors de leurs années à Poudlard, tous deux, suivis par Peter et parfois vainement freinés par Remus, avaient enchainé les fraudes et autres farces, et Sirius avait souvent poussé James dans ses retranchements. Celui-ci n'était d'ailleurs pas le dernier pour les bêtises et ils s'étaient souvent retrouvés dans des situations cocasses, souvent illégales, parfois même dangereuses. La plupart du temps, ils ne s'étaient pas inquiétés des conséquences de leurs actes et n'avaient réfléchi qu'après coup. Et lorsque Sirius était énervé contre sa famille, ou pour quelque autre raison, James avait toujours cherché à lui changer les idées, allant jusqu'à causer du tort aux autres parfois.

- Je ne suis pas sûre que… commença Lily, interrompue aussitôt par les deux meilleurs amis.

Sirius avait conscience qu'il avait fait des erreurs dans sa vie, qu'il avait parfois été un parfait imbécile et que lui et James avaient mérité les nombreuses colères de Lily, alors Evans, à leur égard. Mais lui n'était pas devenu Mangemort. Son frère, si. Là, tout de suite, il devait oublier sa colère et quelle que fût l'idée de James, c'était forcément la meilleure. Un tour à moto, c'était ce dont il avait besoin. Ils échangèrent à nouveau un regard, un sourire, James embrassa Lily rapidement, et tous deux se dirigèrent dans le jardin où les attendait sa moto. Ils ne laissèrent pas l'occasion à la jeune femme de leur dire qu'ils n'avaient pas intérêt à faire n'importe quoi, qu'ils devaient être prudents. Ils connaissaient par cœur ses discours, ils savaient qu'elle avait raison. Ils y prêtaient beaucoup plus d'attention depuis que James était en couple avec elle, mais à cet instant, ils n'étaient à nouveau que ces deux adolescents baroudeurs, prêts à faire les quatre-cents coups et ils n'avaient aucune intention d'écouter ses mises en garde ni de se comporter en adultes responsables. Ils auraient bien le temps de regretter plus tard.

Sirius mit la clé sur le contact, démarra en se délectant d'entendre le vrombissement du moteur de sa bécane qui était restée à l'arrêt trop longtemps, et tous deux s'envolèrent sans un regard en arrière. Sa colère s'était déjà évanouie, il ressentait à nouveau ce sentiment exquis de liberté, il sentait à nouveau cette adrénaline si familière, le parfum du danger qui se profilait devant eux, comme lorsqu'ils étaient à Poudlard. Etonnamment, cette sensation était rassurante pour lui, pour eux deux. Ce potentiel danger qu'ils s'apprêtaient à affronter ensemble n'avait rien à voir avec celui qu'ils rencontraient lors des missions pour l'Ordre, il était bien plus léger.

Bien vite, la petite maison, le petit village de Godric's Hollow devinrent plus petits encore puis disparurent bientôt complètement de leur champ de vision à mesure qu'ils avançaient et s'élevaient dans les airs. Voler à moto était différent du balai, mais c'était tout aussi agréable pour Sirius qui se plaisait à conduire ce cadeau que lui avaient fait ses amis pour son dernier anniversaire. Le soir se profilait doucement à présent et tous deux profitaient de la brise fraiche qui commençait à se faire sentir avec l'altitude, bien que celle-ci fût encore raisonnablement basse. Ils n'avaient jamais tenté d'aller très haut avec la moto, de peur qu'elle ne s'abîme s'ils la poussaient trop loin. Après avoir volé quelques instants sans cap précis, Sirius se tourna vers James et cria pour se faire entendre par-dessus le bruit du vent, décuplé par la vitesse à laquelle ils allaient.

- Où est-ce que tu veux aller, Cornedrue ?

- J'ai bien ma petite idée, mon petit Patmol, répondit-il joyeusement, en hurlant de la même manière et pour les mêmes raisons. Conduis, je te guiderai.

- Avec plaisir !