Voici le nouveau chapitre, comme d'habitude j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !
23 juillet 1979
Elliot avait été le centre de toutes les discussions au sein de l'Ordre les premiers jours suivant l'annonce choc de son fondateur. Les plus sceptiques avaient tenté de prêcher à qui voulait l'entendre qu'ils avaient tort d'essayer de lui faire confiance, mais ils s'étaient souvent heurtés à des opposants plus ou moins farouches, les uns disant qu'il fallait faire confiance à Albus Dumbledore, les autres expliquant que de toute façon l'Ordre ne serait pas compromis puisqu'Elliot n'en ferait pas vraiment partie et qu'il fallait laisser du temps au temps, voir s'il pouvait faire, ou non, ses preuves.
Peu à peu, les conversations à son sujet s'étaient estompées et chacun était retourné vaquer à ses occupations diverses sans plus se soucier de lui. Sirius se doutait bien que ce silence ne serait que de courte durée, car dès qu'ils auraient quelque information à se mettre sous la dent, tous ne tarderaient pas à recommencer leurs débats au sujet de ce Mangemort soi-disant repenti qui voulait se donner bonne conscience en se rangeant du côté des « gentils ».
Et justement, l'heure était venue pour Albus Dumbledore et lui-même de rencontrer à nouveau Elliot, pour la première fois depuis que son aide avait été acceptée par l'ensemble des membres de l'organisation secrète. Il n'était pas encore au courant de cela, bien sûr, car il n'était pas question de le lui annoncer par hibou, pour plusieurs raisons évidentes. Par précaution, ils ne s'envoyaient que des messages brefs, qu'eux seuls pouvaient comprendre. Pour l'instant, cela avait essentiellement été pour se fixer des rendez-vous. Ils s'étaient jusque-là toujours compris, et comme aucun indésirable ne s'était présenté en plus d'eux-mêmes jusqu'à présent, ils en avaient conclu qu'ils étaient tranquilles, soit parce que personne ne cherchait à décoder leurs messages, soit parce que personne n'y était encore arrivé. La lettre qu'Elliot avait envoyée à Sirius quelques mois auparavant était la seule qui avait dérogé à la règle. Mais elle ne comptait pas réellement, puisqu'ils n'étaient pas encore en collaboration à l'époque.
Ce jour, ils avaient convenu de se voir à 8 heures précises dans le village de St Ives, en Cornouailles. Ils avaient décidé de ne jamais se rencontrer deux fois au même endroit, et ce lieu, d'après Albus Dumbledore, était des plus charmants.
Les deux membres de l'Ordre arrivèrent les premiers dans le village côtier. Ils avaient transplané tout à côté de la mer, que Sirius contempla avec bonheur. Lorsqu'il était petit, la famille Black se rendait souvent en bord de mer l'été, pour se ressourcer. C'était courant chez les grandes familles de Sang-Pur de partir en vacances « pour se ressourcer », comme si leur vie aristocratique était pesante de quelque sorte et nécessitait de se retirer loin de l'agitation mondaine. La sienne partait donc au sud de l'Angleterre, dans une maison de campagne entièrement identique à leur demeure principale du 12, Square Grimmaurd. Lorsqu'il était enfant, qu'il ne savait pas encore qu'il était possible d'avoir une vie différente de celle à laquelle le destinaient ses parents, il attendait avec impatience l'été et le moment où il allait revoir la mer. Il adorait ces vacances. Il avait cessé de suivre ses parents après sa deuxième année à Poudlard, car leurs rapports s'étaient étiolés depuis sa première rentrée, et à treize ans, il ne les supportait déjà plus. Il n'était plus retourné dans sa maison de vacances ni dans quelque endroit proche de la mer depuis lors. La pensée de ces séjours estivaux le rendait heureux encore à ce jour, et même le souvenir amer de ses parents ne parvenait pas à gâcher cela.
Il ferma les yeux et se laissa bercer par le bruit des vagues qui roulaient inlassablement sur le sable, celui des mouettes et des cormorans, et le calme, le calme paisible qui régnait en cette matinée, alors que les touristes dormaient sûrement encore et que les habitants du village vaquaient à leurs occupations, profitant eux aussi du calme avant que le flot de ces voyageurs ne se lève et ne s'accapare les rues et les plages de leur village bien-aimé.
Albus Dumbledore restait silencieux. Savait-il l'effet que la mer avait sur Sirius ? Avait-il choisi ce village pour cette raison, ou n'était-ce qu'une heureuse coïncidence ? Tout était possible venant du vieil homme. Ou peut-être que lui aussi profitait simplement du bonheur simple que procurait cet endroit. Sirius se risqua à ouvrir un œil pour l'observer, et vit que l'homme souriait.
- Je vois que ce lieu de rendez-vous est un excellent choix de ma part, n'est-ce pas, Sirius ? dit-il en lui lançant un regard entendu.
Le jeune homme sourit à son tour. Oui, c'était un excellent choix. Cet endroit semblait avoir la faculté de lui faire oublier jusqu'à la guerre contre Voldemort, un court instant au moins.
Elliot arriva peu de temps après eux, camouflé. Il avait pris la peine de modifier les traits de son visage, ce qui devait être une couverture supplémentaire, afin qu'ils puissent se promener sans s'inquiéter outre mesure, eux qui étaient de toute façon constamment en alerte. Après s'être assurés que l'homme était bien celui qu'ils attendaient, les deux membres de l'Ordre le saluèrent poliment. Le plus vieux des trois les invita à le suivre dans un café proche de la plage où ils s'assirent pour discuter tranquillement.
- C'est magnifique, ici, dit Elliot. Nous devrions toujours nous voir dans des lieux comme celui-ci.
- Je crois que Sirius est bien d'accord avec vous, mon cher Elliot, répondit Albus Dumbledore. Vous vous doutez bien, l'un comme l'autre, que nous ne reviendrons pas ici de sitôt, cependant.
Les deux jeunes acquiescèrent.
Le fondateur de l'Ordre confia à l'ex-Poufsouffle le compromis qui avait été trouvé lorsqu'il avait parlé aux membres de l'organisation de son envie de s'impliquer auprès d'eux. Ce dernier ne sembla pas surpris de la méfiance de certains à son égard et accepta la nouvelle avec joie, bien qu'elle fut mesurée car il ne souhaitait sûrement pas s'épancher devant eux.
- Il se peut qu'on fasse parfois appel à vous en renfort dans certaines missions dont vous ne saurez rien ou presque, qu'on vous demande des renseignements sans vous expliquer pourquoi nous les voulons, ce genre de choses. Ce ne sera pas forcément une partie de plaisir, insista Dumbledore, en avez-vous conscience ?
- Bien sûr, Monsieur. Je suis prêt à faire n'importe quoi pour qu'on me fasse confiance, pour aider, pour me racheter.
- Je le sais Elliot, je voulais juste m'assurer que tout était clair pour vous. Pour l'instant, vous ne saurez rien de plus que ce que vous savez déjà, c'est-à-dire que Sirius et moi-même faisons partie d'un groupe qui œuvre contre Voldemort, et nous serons vos seuls interlocuteurs jusqu'à nouvel ordre. Si toutes ces conditions ne vous rebutent pas, car il est encore temps de changer d'avis et de profiter de votre liberté toute relative, alors nous pourrons considérer que nous commençons à collaborer, à créer peu à peu un lien de confiance qui, je l'espère, finira par être aussi solide que possible. Cela vous convient-il ? Acceptez-vous les termes de ce contrat qui va peut-être nous lier ?
- Oui, bien sûr, accepta Elliot avec conviction.
- Alors c'est fait, conclut Dumbledore.
Ils sourirent tous les trois.
- Attendez, Monsieur, reprit Elliot.
- Oui ?
- Il y a peut-être un moyen de convaincre les membres de votre groupe que je ne leur veux aucun mal et que je ne suis plus du côté de Vous-Savez-Qui.
- Lequel ?
- Eh bien je pourrais faire un Serment Inviolable, en présence d'un témoin supplémentaire qui pourrait l'attester devant les autres membres du groupe.
- Elliot, si je peux me permettre, commença Sirius avec précaution, nous essayons d'établir un lien de confiance entre toi et ce groupe dont nous faisons partie, dont certains membres ne sont pour l'instant pas pleinement convaincus de ta bonne foi. Je crois que cela doit se faire progressivement, non par un Serment Inviolable qui te contraindrait en quelque sorte à tenir ton engagement. Personne n'a fait le Serment Inviolable pour faire partie du groupe. Si tu dois en faire partie, je pense que ce ne serait pas juste que tu sois forcé d'en passer par là.
- Mais je ne suis pas contraint puisque c'est moi qui le propose, objecta Elliot.
- Non, je suis assez d'accord avec Sirius mon garçon, répondit le fondateur de l'Ordre. J'y ai songé moi-même lorsque certains m'ont dit être suspicieux, mais j'ai assez vite écarté cette idée, bien que très bonne, de mon esprit. Vous devriez en faire de même. Je sais que vous êtes pressé de nous aider, de prouver votre courage et votre bonne volonté, mais ne vous précipitez pas. La précipitation est ce qui, souvent, entraine des erreurs et des faux-pas. Rassurez-vous, le temps fera son œuvre, vous parviendrez à convaincre chacune des personnes du groupe dès lors qu'elles vous verront comme nous vous voyons. Mais cela ne se fera pas en un jour.
- Très bien, Monsieur, céda Elliot. Alors au début je n'aurai qu'à patienter jusqu'à ce que vous me contactiez l'un ou l'autre, ou vous deux en même temps, n'est-ce pas ?
Albus Dumbledore approuva. Elliot ne devait pas s'attendre à être sur le terrain avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sauf éventuellement en cas de force majeure qui signifierait alors qu'il serait, comme les autres membres, en grand danger. Ils auraient peut-être d'autres questions à lui poser sur son passé de Mangemort si l'occasion s'y prêtait.
- Je pense que les premières missions que nous pourrons vous confier, ajouta-t-il, seront des recherches de renseignements divers. Mais là encore, il vous faudra patienter un peu. Peut-être quelques jours, quelques semaines.
- Mais est-ce que vous avez une idée de la date à laquelle je pourrai me rendre utile auprès de vous ?
- Vous l'avez déjà fait Elliot, lorsque vous nous avez donné tous ces renseignements sur votre passé. Pour la suite, je ne saurai vous le dire, mais cela peut arriver bien plus vite que vous ne pensez, ne vous inquiétez pas. Vous demander d'aller recueillir des informations ne nous engage à rien et je pense que cela peut être, pour commencer, un bon test pour prouver votre bonne foi. Surtout si ces informations s'avèrent utiles par la suite.
Elliot sembla rassuré.
Ils s'étaient assis à une table un peu à l'écart des autres, mais deux personnes vinrent s'asseoir à celle qui se trouvait à côté de la leur. Il s'agissait vraisemblablement d'un couple de touristes, qui semblait n'avoir d'yeux que pour l'autre et ne les avait sûrement pas remarqués. Toutefois, par précaution, tous trois les observèrent un instant et lorsqu'Albus Dumbledore reprit la parole, il parla d'une voix plus basse, presque inaudible, de façon à ce que seuls ses voisins de table l'entendent.
- Nous devons pouvoir communiquer plus facilement que d'habitude, vous vous en doutez. Prenez ceci, ajouta-t-il en lui tendant une montre à gousset. Joyeux anniversaire, mon ami !
- Joyeux anniversaire, répéta Sirius.
Elliot sourit en prenant la montre puis les remercia. Sirius ne sut pas s'il souriait parce qu'ils savaient que ce n'était pas son anniversaire et que la ruse était amusante et toute trouvée, ou s'il souriait pour faire semblant. A côté d'eux, le couple ne semblait toujours pas leur prêter la moindre attention. Ils s'échangeaient des mots doux, riaient à gorge déployée et parlaient d'une visite qu'ils devaient faire dans l'après-midi. Pourtant, même s'il s'agissait sûrement de Moldus, il ne fallait prendre aucun risque et les trois hommes se levèrent après un regard entendu et un signe de tête du plus vieux des trois. Ils finiraient leur entrevue ailleurs, avant de se séparer pour rentrer chez soi ou au QG de l'Ordre.
Ils s'arrêtèrent finalement un peu plus loin, sur une route qui menait à la plage mais qui n'avait que peu de passage à cette heure encore matinale.
- Cette montre vous permettra de recevoir en temps et en heure des lieux de rendez-vous, et nous pourrons communiquer plus facilement grâce à elle, expliqua Albus Dumbledore. Nous en avons tous les trois une. Elle me permet également de savoir où vous vous trouvez, si l'envie vous prend de changer de cachette. Je pense que vous devriez changer de temps en temps, Elliot.
- Bien, Monsieur.
- Sur ce, mon garçon, je pense que nous pouvons nous arrêter ici pour cette fois. Y a-t-il autre chose que vous voulez nous dire avant que nous nous quittions ?
Elliot réfléchit un instant. Il semblait hésiter.
- Oui, Monsieur. Je trouve que la Marque me brûle de plus en plus en ce moment. Je ne sais pas ce qu'il se trame, mais si vous voulez mon avis, ça ne présage rien de bon, avoua-t-il.
