Comme j'ai mis un peu de temps à publier le chapitre précédent, je me rattrape avec celui-ci qui arrive peu de temps après (et qui est un peu plus long que d'habitude, par ailleurs). Comme d'habitude, j'espère qu'il vous plaira !
7 août 1979
Après la bataille, ils avaient décidé de laisser le corps du jeune Mangemort sur place. Albus Dumbledore informa le Ministère sans trop entrer dans les détails, comme à son habitude, et lui et Alastor Maugrey prirent peu à peu en charge les plus jeunes des membres, ceux-là-même qui semblaient les plus affectés par ce qui venait de se passer.
- Allez mon gars, ressaisis-toi, ça va aller, dit l'auror à Sirius en lui tendant la main pour l'aider à se mettre debout.
Sirius se laissa faire et le regarda un instant avant de se mettre à souffler.
- La vache. Si je m'y attendais !
- Justement, mon gars, il faut t'attendre à tout et n'importe quoi, répliqua Maugrey, d'un ton bourru mais compatissant.
- Je sais Alastor, j'en ai déjà vu pas mal depuis que je suis ici, mais je suis un peu sonné par tout ça… Et puis…
Il se remémora soudain Regulus et il tressaillit. L'auror sembla le deviner et lui donna une tape amicale sur l'épaule.
- Allez, t'as le droit de pleurer mon gars, ne crois pas que c'est l'apanage des faibles. Tu penses à ton frère, n'est-ce pas ?
- Comment tu le sais ?
- Marlene nous a raconté les échanges qui ont eu lieu quand on n'était pas encore là. Je suis désolé pour toi.
- On ne se parlait plus tu sais…
- Il n'empêche que c'était ton frère. On a beau vouloir s'en défaire, il y a des liens qui restent et qui nous bousillent peu à peu lorsqu'ils se cassent, d'une manière ou d'une autre. On se prend ça dans la tête et c'est violent. Je connais ça, petit, fais-moi confiance.
Sirius fut décontenancé par cette déclaration intime, bien que floue. Il ne connaissait pas très bien l'auror, ne savait rien de sa famille, de ses amis, ni de lui-même par ailleurs. Il le remercia, lui adressa un semblant de sourire, puis détourna les yeux et alla rejoindre ses amis.
Il savait qu'il allait se mettre à pleurer, il savait qu'il allait souffrir comme jamais auparavant. Il avait eu un bref aperçu de ce qui l'attendait lors de la bataille, quand il avait eu du mal à se contrôler face à son odieuse cousine. La seule chose qui le retenait de craquer à présent, c'était cette fierté, toujours elle, vestige de son appartenance à la famille Black, qui l'empêchait de se laisser aller en public. Il savait qu'il allait souffrir comme jamais auparavant parce qu'il avait perdu son frère, son sang. Regulus avait beau s'être tourné du mauvais côté, il l'aimait malgré tout et désormais, il ne le reverrait jamais. Il ne pourrait jamais lui dire seulement au revoir. Il ne pourrait jamais tenter de rétablir ce lien qui les unissait, il ne pourrait jamais lui faire part de cet amour fraternel qu'il éprouvait, qu'il n'avait jamais cessé d'éprouver, souvent malgré lui. A présent il était mort, ce jeune frère qui aurait dû lui survivre, et il n'y avait plus rien que la haine et le dégoût, le sentiment d'impuissance et cette tristesse infinie qui allait l'envahir violemment dès qu'il serait seul.
Sirius savait qu'il allait se mettre à pleurer, et il n'attendait que cela. Ce serait sa manière à lui de dire au revoir à son frère. Ce serait sa manière de lui montrer, s'il pouvait le voir, qu'il l'aimait et qu'il allait lui manquer, même s'ils ne s'étaient pas vus depuis des années. Il attendait ces larmes avec impatience, il attendait de les sentir couler, réchauffer ses joues l'une après l'autre, pour prouver qu'il regrettait Regulus et toutes ces années perdues qui avaient mis de la distance entre eux. Il était trop tard à présent pour refaire le passé et réparer. Il ne lui restait plus que ses larmes pour se raccrocher à ce frère désormais perdu à jamais.
- Ca va mon Sirius ? demanda James avant de le prendre dans ses bras.
- Et toi ? répondit-il simplement, pour éviter de s'épancher.
- Ca va. Tu te rends compte que ça fait deux fois qu'on se bat contre Voldemort avec Lily ? Et les Londubat, bien sûr, ne les oublions pas. Et toi, t'as réagi comme un chef, j'étais super fier de toi, mais pas du tout étonné ! T'as vu comme il a détalé rapidement quand Dumbledore est arrivé ? Y a pas à dire, il est vraiment hallucinant notre ancien directeur !
James était surexcité par ce qu'il venait de se passer. D'ordinaire, Sirius aurait été comme un fou lui aussi, mais il avait du mal à faire semblant. Il sourit tristement.
- Je sais James, j'étais tellement fier de toi aussi, comment tu as répondu à Voldemort, comment vous vous êtes battus avec Lily, c'était génial ! Et moi aussi, j'ai adoré voir ces nazes partir vite fait quand Dumbledore est arrivé ! Je suis juste un peu sous le choc à cause de… tu sais…
- Oui, je sais, confirma James en le prenant à nouveau dans ses bras. J'attendais que tu en parles. Tu veux qu'on aille à la maison ? Chez toi ? On sera plus tranquilles.
Sirius regarda autour de lui. Les autres membres avaient l'air d'être entre de bonnes mains, ils n'avaient sûrement pas besoin de leur aide. Il alla prévenir Albus Dumbledore qu'ils partaient, et après que celui-ci lui eut dit quelques mots réconfortants à son tour, il alla chercher Peter et ils transplanèrent chez lui avec James et Lily.
8 août 1979
La veille, les amis de Sirius n'étaient finalement pas restés longtemps. Ils avaient parlé de Regulus, il s'était mis en colère, avait pleuré un peu, puis leur avait demandé s'ils pouvaient le laisser seul, ce qu'ils avaient accepté sans aucune objection. Peter n'avait rien dit, sûrement encore sous le choc, et avait suivi le couple sans réagir. Après leur départ, Sirius avait finalement laissé son chagrin et sa rage sortir réellement, et il avait cassé de nombreux objets avant de s'écrouler contre son canapé, au milieu du bazar qu'il avait causé, puis de s'endormir assis dans la même position.
Lorsqu'il se réveilla, il se sentit un peu sonné mais plus serein que la veille. Sans prendre le temps de déjeuner, il chercha son miroir et contacta James qui lui répondit rapidement.
- Comment tu vas, mon Sirius ?
- Ca va mieux, merci mon James. Et vous ?
- On va bien aussi. Peter est resté dormir à la maison, il n'avait pas l'air bien, on ne l'a pas laissé repartir. Tu veux passer ?
- J'arrive.
Lorsqu'il sortit de la cheminée des Potter, Sirius croisa le regard éteint de Peter.
- Eh, Pete ! lui dit-il en le secouant légèrement. Ça t'a drôlement affecté cette histoire, hein ? Tout va bien, regarde, on est revenus. Qu'est-ce qu'il y a ?
Peter ne répondit rien, mais Sirius l'entendit sangloter. Il l'amena à lui pour le prendre dans ses bras et attendit qu'il parle.
- J'ai eu… tellement… peur… bredouilla-t-il. Je… ne… serai jamais… à votre hauteur… je suis… trop… faible…
- Dis pas de bêtises, tu veux ! On a déjà dit un tas de fois que tu avais de nombreuses qualités que nous n'avions pas forcément. Il faut arrêter de te dévaloriser ! Moi aussi j'ai eu peur hier, James et Lily aussi, et si Remus avait été là, il aurait eu peur aussi. Toi en plus, tu étais blessé, tu ne pouvais pas faire grand-chose. Tu aurais dû transplaner au QG comme je te l'avais dit. Ça va mieux d'ailleurs ?
Peter renifla puis cessa de pleurer.
- Oui, ça va. Pendant que tu parlais avec Maugrey, Dumbledore m'a soigné. T'as raison, j'aurais pas dû rester, j'ai dû vous déranger pendant que vous vous battiez…
- Tu recommences à dire des bêtises, attention…
- T'as raison, je ne dis plus rien, répondit Peter en souriant enfin. Je suis désolé pour ton frère.
Sirius eut un nouveau pincement au cœur.
- Ne t'en fais pas. Je regrette qu'il soit mort, il aurait mieux valu que ce soit mes parents plutôt que lui, mais au moins il est délivré d'eux et de Voldemort. Il ne reste plus qu'à le tuer pour venger la mort de mon frère, même s'il n'aurait certainement pas été d'accord avec moi, pour changer.
Peter ne répondit rien.
Plus tard dans la journée, ils retrouvèrent Remus au QG. Il les prit tous dans ses bras et leur demanda plusieurs fois s'ils allaient bien.
- J'ai eu un mauvais pressentiment, j'avais du mal à rester tranquille. Je me suis dit que c'était parce que j'étais inquiet pour ma mère, que du coup j'en rajoutais une couche alors qu'il n'y avait pas besoin, et finalement je suis arrivé ici et j'ai appris par Maugrey que vous aviez combattu Voldemort ! Je suis tellement désolé de ne pas avoir été là avec vous, vraiment. Vous allez bien, vous êtes sûrs ?
- On va bien Remus, je t'assure, répondit Lily. Et toi, comment tu vas ? Et ta maman ?
Remus se calma mais son visage s'assombrit.
- Elle ne va pas très bien, affirma-t-il tristement. Mon père a fait venir un médicomage mais il ne s'agit pas d'une maladie magique, ils ne peuvent rien faire. Et du côté des médecins moldus, ils ne semblent pas très optimistes non plus. J'ai un peu peur pour la suite pour être tout à fait honnête...
- Oh Remus, dit-elle avant de le prendre dans ses bras. J'espère que ça va s'arranger, je suis tellement désolée pour vous.
Les trois autres garçons approuvèrent et l'étreignirent à leur tour. Remus avait cette mauvaise mine qu'il arborait lors des pleines lunes, il semblait abattu par la fatigue et la tristesse. Lorsque son regard croisa celui de Sirius, il sembla comprendre qu'ils traversaient tous deux une épreuve similaire.
- Qu'est-ce qu'il y a, Sirius ?
- Ne t'en fais pas pour moi Lunard, tu as assez de souci à te faire.
Remus fronça les sourcils.
- Si tu ne me dis rien, c'est ce qui va me causer plus de souci justement. Dis-moi ce qu'il y a. Je n'aime pas être à l'écart, tu le sais, le menaça-t-il.
Sirius soupira.
- C'est mon frère. Il est sûrement mort… Tout ça à cause du chemin qu'il a pris. Je te jure que j'étais déjà énervé quand j'ai appris qu'il était Mangemort mais là, j'ai été affecté beaucoup plus que je ne l'aurais cru.
- C'est normal, tu l'aimais ton frère, malgré tout. Allez, viens là.
Ils s'enlacèrent de nouveau et Sirius sentit de nouvelles larmes lui monter aux yeux. Il les laissa couler en silence puis les essuya discrètement.
- On sait pourquoi les Mangemorts nous ont trouvés si facilement ? demanda-t-il pour changer de sujet.
- En fait c'est nous qui les avons trouvés, Sirius, répondit Marlene en les rejoignant. On est arrivés à temps pour voir les deux plus jeunes d'entre eux arriver sur les lieux et comme les Mangemorts sont globalement assez facilement repérables, on les a interpellés. Bon, ensuite les trois autres sont arrivés, et la suite vous la connaissez.
- Content de voir que tu vas mieux, reprit Sirius. Comment vont Frank et Mary ?
- Tout le monde va bien, rassure-toi. Mary va devoir se reposer un peu mais elle va bien aussi. Dumbledore nous a tous soignés, il est assez talentueux tu sais, ajouta-t-elle en souriant. Allez je vous laisse, on a tous mérité un peu de repos, je pense.
Ils la regardèrent s'éloigner puis Remus les questionna à propos de Mary. Il les laissa pour aller lui parler et Albus Dumbledore prit sa place pour prendre de leurs nouvelles à son tour.
- Je trouve que vous avez, chacun d'entre vous, été très courageux hier. Vous pouvez être fiers de vous. Sirius, j'aimerais m'entretenir avec toi si tu as un peu de temps à m'accorder.
- Bien sûr.
Ils allèrent s'asseoir dans le bureau du vieil homme.
- C'est à propos d'Elliot ? s'enquit Sirius.
- Oui et non. Déjà, j'aimerais m'assurer que tu vas bien, compte tenu de ce que tu as peut-être appris hier. Il n'y a aucune certitude que ton frère soit décédé, mais je crains qu'il ne faille considérer cette possibilité, j'en suis désolé mon jeune ami.
- Je l'ai déjà considérée Albus. Je me suis défoulé hier, ça m'a fait du bien. J'ai du mal à réaliser, mais je crois que je commence à accepter sa mort. Il n'y a pas de certitude, mais Voldemort avait l'air bien sûr de lui. Déjà que je ne l'aimais pas ce type, ça ne va pas s'arranger. Pareil pour mes parents. C'est à cause d'eux s'il en est arrivé là…
- Je comprends, Sirius. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me trouver, ma porte sera toujours ouverte. J'espère que tu le sais ?
- Oui, merci beaucoup Albus. A propos, quand Voldemort a mentionné la mort de Regulus hier, je vous ai dit que je l'avais trouvé sûr de lui, et je me demande si ça n'a pas un rapport, encore une fois, avec cette Marque que tous les Mangemorts ont sur le bras. Est-ce qu'elle ne lui permettrait pas de savoir s'ils sont encore en vie ou non ? Et peut-être de savoir où ils se trouvent ?
- C'est une possibilité en effet, approuva le vieil homme. Nous ne pouvons pas le prouver, mais nous devons effectivement l'envisager. Ce que nous savons, c'est que lorsqu'un Mangemort appuie sur cette Marque, Lord Voldemort peut le rejoindre. C'est donc qu'il sait où il se trouve à ce moment-là.
- Mais Elliot est en danger alors, n'est-ce pas ?
- Sirius, dit calmement le fondateur de l'Ordre, Elliot est en danger depuis le moment où il est entré chez les Mangemorts. Il le sait, nous aussi. De plus, nous aussi sommes en danger constamment, mais il ne faut pas que cela nous empêche de vivre.
- Bien sûr, ce n'est pas ce que je voulais dire, le corrigea Sirius.
- Je sais bien, ne t'en fais pas. Il me semblait important de le préciser tout de même. Et je peux me permettre d'ajouter qu'Elliot est censé être à Azkaban. Nous pouvons supposer que Voldemort ne se doute de rien le concernant, qu'il ne cherche pas forcément à en savoir plus, et que tant qu'Elliot ne cherchera pas à entrer en contact avec lui, il ne sera pas plus en danger qu'un autre.
- Oui, bien sûr, je l'espère.
- Moi aussi, Sirius. Raccrochons-nous à cet espoir. Autrement, comment va Peter, à ton avis ? demanda Dumbledore avec intérêt. Il m'a l'air bien affecté.
- Je crois que son estime de soi a pris un coup, déjà qu'il n'était pas très sûr de lui… Il était heureux de revenir parmi nous pour une nouvelle mission mais je pense que ça l'a un peu refroidi, avoua Sirius. On va essayer d'être là pour lui, de le rassurer.
- Oui, c'est une bonne idée. Il a besoin de votre attention et de votre soutien. Comme chacun, et peut-être plus encore. Tu peux y aller si tu n'as rien à ajouter, je te laisse rejoindre tes amis.
- Très bien Albus. Juste une chose, qu'en est-il de l'admission d'Elliot au sein de l'Ordre ? Il a plutôt bien mené les missions qui lui ont été confiées jusqu'à présent, non ?
- Tout à fait. Comme tu le sais, je suis pour ma part convaincu depuis un moment. Je pense que les derniers réticents ne tarderont pas à changer d'avis, surtout avec ce qu'il s'est passé ces derniers jours. Rassure-toi, j'ai de grandes raisons de penser qu'Elliot fera bientôt partie de l'Ordre réellement.
- Parfait, dit Sirius.
Et il alla rejoindre ses amis en souriant. Enfin une bonne nouvelle.
