16 novembre 1979

Sirius et James se levèrent et allèrent s'asseoir à côté de l'homme qu'ils attendaient. Il leur adressa un signe de tête pour les saluer, puis se mit à fixer son Whisky Pur Feu comme s'il était tout à coup devenu très passionnant. De toute évidence, il n'avait pas l'intention de leur parler. Compte-tenu de ce qui lui était arrivé la dernière fois qu'il avait discuté avec un inconnu, cela pouvait aisément se comprendre.

- Bonjour, monsieur Ellis, dit poliment Sirius.

L'homme ne répondit rien. Il avait l'air mal à l'aise. Il avait les sourcils froncés et son corps entier semblait crispé, comme en témoignaient ses doigts qui agrippaient fermement le verre posé devant lui.

- Etant donné ce que vous avez vécu récemment, il me semble important de vous préciser que nous ne vous voulons aucun mal.

L'employé du Ministère émit un grognement peu audible, sans se détourner de sa boisson. Sirius crut voir ses épaules se hausser légèrement, mais peut-être que cela n'avait été que le fruit de son imagination.

- Nous nous intéressons à votre histoire. Nous aimerions discuter de ce qu'il s'est passé avec vous, si vous le voulez bien.

Alistair Ellis se tourna enfin vers eux et les dévisagea d'un œil circonspect.

- Vous n'êtes pas du Ministère, remarqua-t-il d'une voix neutre.

- Non, en effet, confirma Sirius.

L'homme leva un sourcil pour le questionner du regard mais il ne dit rien de plus.

- Il serait plus correct de dire que nous nous intéressons à votre altercation avec Fenrir Greyback, poursuivit donc Sirius. Nous ne vous connaissons pas, il serait donc partiellement incorrect de dire que nous nous inquiétons pour vous, comme vous pouvez vous en douter. En réalité, ce que nous savons fait que nous ne pouvons nous empêcher d'avoir quelques inquiétudes à votre sujet, même sans vous avoir jamais rencontré auparavant, mais ce n'est pas ce qui nous a conduits jusqu'à vous.

Il marqua une pause durant laquelle Alistair Ellis ne bougea pas. Il semblait attendre la suite de l'explication, avant de décider s'il pouvait se détendre ou non.

- Nous sommes des amis inquiets, monsieur Ellis. Nous n'aimons pas Fenrir Greyback, pas plus que nous n'aimons entendre parler de lui. Toutefois, lorsque son nom parvient à nos oreilles, nous cherchons à avoir le plus de renseignements possible, parce qu'il est dangereux. Vous le savez peut-être déjà, et si ce n'était pas le cas, je me permets de vous l'apprendre. Cet homme est un loup-garou qui ne s'en cache pas et qui s'en sert à des fins malheureuses... Il a mordu l'un de nos amis alors qu'il n'était qu'un jeune enfant, innocent.

Un frisson parcourut l'employé du Ministère.

- Comme vous pouvez l'imaginer, notre ami a gardé des séquelles de cette agression, et nous souhaitons éviter qu'il croise de nouveau ce… cet… individu. Si celui-ci se permet de se montrer au Chaudron Baveur, s'il se permet d'agresser un honnête homme, car nous ne doutons pas que vous en êtes un, nous avons besoin de savoir pourquoi. Nous ne voulons que le bien de notre ami, monsieur Ellis, rien de plus.

Cette explication n'était que la moitié d'un mensonge. Les deux amis avaient révélé à Remus que leur mission avait un lien avec le loup-garou qui l'avait attaqué lorsqu'il était plus jeune. Ils l'avaient vu tressaillir et il leur avait fait promettre de se montrer prudents. Remus savait mieux que quiconque que Fenrir Greyback était dangereux. En faisant cette mission, ils pensaient donc vraiment à leur ami, même si ce n'était pas réellement la raison pour laquelle ils cherchaient des renseignements. Bien sûr, Alistair Ellis n'avait pas besoin de le savoir. Cette justification lui suffirait certainement.

- Je vois, dit-il d'un ton plus apaisé.

Il soupira puis sembla se détendre enfin.

- Qu'est-ce que vous voulez savoir ? leur demanda-t-il.

- Eh bien, tout ce que vous pourrez nous dire, répondit James. Pourquoi est-il venu vous voir, pourquoi vous êtes-vous battus ? Que voulait-il ?

L'employé du Ministère leur jeta un nouveau coup d'œil comme pour se convaincre une dernière fois qu'il pouvait leur parler, puis soupira une fois de plus.

- Bien. Je ne pense pas que toute cette histoire ait un lien quelconque avec votre ami, mais cela vous rassurera peut-être de l'entendre tout de même, admit-il. Je crois qu'il en veut à ma fonction, plus qu'à moi-même en particulier. Je suis secrétaire du Bureau des Aurors, vous comprenez ?

Il marqua une pause après cette révélation et prit le temps d'examiner leur réaction. Sirius et James, qui connaissaient déjà cette information, firent comme s'ils la découvraient pour ne pas éveiller de nouveaux soupçons chez l'homme qui s'était déjà montré assez méfiant depuis le début de leur entrevue.

- De par mon travail, expliqua-t-il ensuite, j'ai accès à des renseignements qui pourraient s'avérer dangereux s'ils tombaient entre de mauvaises mains. Je ne le connais pas, mais je me suis méfié de lui dès qu'il a commencé à me parler… Je ne sais pas si c'était son apparence ou son attitude, mais il y avait quelque chose en lui d'assez malsain. La situation a vite dégénéré, pour être franc. Il a voulu me forcer à boire, en me menaçant de s'en prendre à ma femme si je ne le faisais pas. Alors j'ai obéi. Je ne savais pas trop où cela allait me mener, mais je ne me suis pas laissé aller à la panique. Tom était présent dans tous les cas, je savais qu'en cas de problème je pouvais compter sur lui. Je pense qu'il espérait me faire parler plus facilement ainsi. Mais j'étais encore assez lucide, et quand il m'a demandé de lui donner des informations classées secret défense, j'ai coupé court à la conversation. Il m'a menacé à nouveau de s'en prendre à ma femme, bien sûr. « Si vous faites des histoires, Ellis, j'irai lui rendre une petite visite » il m'a dit, mais je me suis dit que ma femme pourrait se défendre si nécessaire et que la situation devenait trop grave pour que je continue de lui céder. Je l'aime plus que tout, mais c'est une femme forte et elle n'aurait pas accepté que je trahisse le Ministère pour la préserver. D'ailleurs lorsque je lui en ai parlé, elle me l'a confirmé et depuis elle est partie quelques jours, par mesure de précaution. J'attends de savoir ce qu'il va advenir de moi au Ministère avant de décider si je la rejoins ou non.

- Je pense qu'il serait plus prudent d'aller la retrouver effectivement, monsieur Ellis, suggéra James. On ne sait jamais, il va peut-être chercher à vous revoir. Vous n'avez pas peur de fréquenter à nouveau cet endroit, alors qu'il sait qu'il peut vous y trouver ?

- Je ne suis pas aussi rassuré qu'auparavant, jeune homme, mais je ne vais pas me laisser faire par un voyou de bas étage, affirma Alistair Ellis.

Ils se turent un instant. L'homme d'une cinquantaine d'années ne semblait pas prêt à se laisser marcher sur les pieds. Des personnes comme lui étaient utiles à l'Ordre. Le ton de sa voix était sûr, convaincu, et l'intuition de Sirius lui laissait penser qu'il était intègre. Un coup d'œil en direction de James lui fit comprendre qu'ils ressentaient la même chose. Ils parleraient peut-être de lui à Dumbledore et aux autres membres de l'Ordre en rentrant. Mais aussi déterminé qu'il fût, se battre contre Fenrir Greyback parce qu'il y avait été obligé ne voulait évidemment pas dire qu'il avait envie de rentrer dans l'organisation secrète pour lutter de façon clandestine contre Voldemort dans le dos du Ministère. Il y avait dans le pays un tas de personnes qui pouvaient être utiles à l'Ordre mais qui n'en faisaient pas partie pour diverses raisons. Enfin, ce n'était pour l'instant pas le sujet de leur mission. Sirius garda cette idée dans un coin de sa tête, se reconcentra sur Alistair Ellis et reprit la parole.

- Puis-je vous demander quel genre d'informations il voulait obtenir ?

- Je ne suis pas sûr de bien saisir le sens de votre question, mon garçon, répondit le cinquantenaire avec méfiance. Vous avez l'air plus respectables que ce type, tous les deux, mais ne croyez pas que je vais vous dévoiler les informations que j'ai refusé de lui donner. Je ne vous connais pas, et si c'est ce qui vous intéresse, je cesse de répondre à vos questions !

- Non, on ne veut pas que vous nous les dévoiliez, le corrigea Sirius patiemment, on veut savoir ce que lui vous a demandé. Il ne faisait certainement pas cette recherche pour lui-même…

- Je sais très bien pour qui il se renseignait, jeune homme, le coupa Alistair Ellis. Pourquoi est-ce que ça vous intéresse tant ?

Il les regarda tour à tour, à nouveau soupçonneux. Il se demandait certainement s'il n'en avait pas d'ores et déjà trop dit. Sirius tenta de le rassurer, soutenu en silence par James qui fit un léger mouvement de tête pour l'encourager.

- Pour être tout à fait honnête avec vous, monsieur Ellis, c'est pour avoir une longueur d'avance sur Fenrir Greyback et ceux avec qui, ou pour qui, il travaille. Je vous l'ai dit, nous n'aimons pas entendre parler de lui, nous devons donc savoir ce qu'il cherche pour savoir si nous pouvons y faire quelque chose.

James acquiesça. Alistair Ellis soupira brièvement puis se détendit à nouveau.

- Je ne sais pas pourquoi j'ai envie de vous faire confiance, mais j'espère que je ne me trompe pas, avoua-t-il. Je vous donne cette information, et ensuite vous me laissez tranquille, d'accord ?

- Tout à fait d'accord, monsieur Ellis, affirma Sirius. Et si je peux me permettre d'appuyer la suggestion de mon ami, je pense qu'il serait plus prudent pour vous de vous éloigner d'ici quelques jours ensuite.

- C'est à moi d'en juger, jeune homme, mais j'apprécie votre considération à mon égard. Il voulait avoir les noms des personnes qui ont été envoyées à Azkaban à cause de leur activité de Mangemorts. Il voulait aussi savoir s'il y a eu des remises en liberté anticipées et, évidemment, les noms des personnes qui sont suspectées d'être des Mangemorts mais qui n'ont pas encore été arrêtées. Si vous voulez mon avis, il ne vaut mieux pas qu'il mette la main sur ces renseignements, il a sûrement une idée derrière la tête. Lui, ou quelqu'un d'autre, d'ailleurs…

- C'est sûrement le cas en effet, approuva Sirius. Merci, monsieur Ellis. Nous vous souhaitons bon courage pour la suite, et comme promis, nous nous éclipsons.

- Merci encore monsieur Ellis, répéta James. Vous nous avez été d'une aide précieuse. Prenez soin de vous surtout !

- Je n'y manquerai pas. Faites de même, ne cherchez pas à vous battre seuls contre ce Greyback ! leur conseilla l'employé du Ministère à son tour.

- Nous ne le ferons pas, c'est promis. Au revoir, monsieur Ellis.

L'homme les salua également puis James et Sirius transplanèrent en direction du QG.

Ils allèrent trouver Albus Dumbledore pour leur faire part de leurs découvertes et de leur suggestion d'enquêter sur Alistair Ellis pour en faire un nouveau membre de l'Ordre. Le vieil homme les écouta parler avec attention et bienveillance, puis il affirma qu'il considérerait leur proposition.

- Nous ne pouvons toutefois pas le contraindre à rejoindre l'Ordre, précisa-t-il. Ce n'est pas parce qu'il s'est battu contre un partisan de Voldemort qu'il souhaite forcément rejoindre nos rangs.

- C'est exactement ce qu'on s'est dit avec James, approuva Sirius. Cela ne coûte rien de se renseigner.

- Tu as raison. Si nous ne sommes pas trop occupés les prochaines semaines, nous verrons ce que nous pouvons trouver sur cet homme. Merci à tous les deux.

Les deux amis allèrent ensuite retrouver le reste de leur bande, réunie chez les Potter. Lorsqu'ils apprirent ce que cherchait Fenrir Greyback, ils ne se montrèrent pas très rassurés.

- Il y aura une suite à cette mission ? demanda Remus.

- Je ne sais pas, répondit Sirius. On pourrait s'occuper de se renseigner sur Alistair Ellis, ou chercher à trouver Greyback, ou chercher à savoir pourquoi il voulait toutes ces informations, mais Dumbledore ne nous a rien dit pour l'instant. Je pense que quelqu'un d'autre prendra le relais.

- Tant mieux. Je n'étais déjà pas rassuré de savoir que la mission avait un lien avec Greyback, je ne sais pas si je pourrais supporter que vous partiez à sa poursuite...

- On ne partira pas à sa poursuite Remus, je te le promets. On sait ce qu'il cherchait, on a rempli notre contrat. Et puis, pour savoir ce qu'il voulait faire de ces informations, il n'y a pas vraiment besoin d'une enquête, je pense que c'est assez évident…

- Oui, c'est sûr. Mais ce que je me demande, moi, ce n'est pas ce qu'il voulait faire de ces informations… c'est pourquoi Voldemort voulait les obtenir. Pourquoi chercher à obtenir une liste des personnes emprisonnées à Azkaban ? A priori ils savent très bien qui fait partie de leur groupe et qui a été capturé ou non…

- A moins que des Mangemorts se soient échappés et qu'ils cherchent à les retrouver, suggéra Peter. Après tout, Elliot a bien atterri parmi nous.

Sirius se redressa sur sa chaise.

- Vous croyez que Greyback cherchait des infos sur Elliot en particulier ? s'inquiéta-t-il. Si c'est le cas, il faut en informer Dumbledore et avertir Elliot, il est sûrement en danger !