11 février 1980
- Alors c'est un petit mec ! s'exclama Sirius. C'est super !
- Eh oui ! répondit Lily avec bonheur. On a eu la confirmation il y a deux jours, les médicomages nous ont dit que c'était presque sûr. En fait, on n'a pas eu à attendre aussi longtemps que la plupart des couples… Comme ils avaient laissé entendre lors de notre dernier rendez-vous qu'il était parfois possible de savoir plus tôt, on a voulu tenter le coup et ça a fonctionné !
- J'espère juste qu'ils ne vont pas nous dire plus tard qu'ils se sont trompés, ce serait quand même dommage, plaisanta James. Enfin, une petite fille serait très bien aussi, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais maintenant qu'on a en tête que c'est un garçon, ce serait… bizarre. Mais très bien !
- Mais… bizarre ? plaisanta Sirius.
James lui donna un coup sur l'épaule.
- Je crois que je vois ce que tu veux dire James, tu commences à te le représenter, à imaginer ta vie en tant que père d'un petit garçon, je peux comprendre, acquiesça Remus.
- Voilà, merci Remus ! s'exclama James.
- Vous aurez une confirmation bientôt ?
- Dans un mois, répondit Lily. Mais il n'y a pas de raison que ça change !
Ils se sourirent tous et se turent quelques instants.
- Allez, lança soudain James, je crois qu'après tant d'efforts, nous avons gagné le droit à un petit remontant. Vous êtes tous invités à déjeuner aux Trois-Balais, on va se faire plaisir !
- Tu rigoles James, vous n'allez pas nous inviter !
- Bien sûr que si mon petit Sirius, c'est la maison qui régale. Si vous refusez, on sera offensés Lily et moi, tu ne veux pas qu'on soit offensés, n'est-ce pas ?
- Non, bien sûr, soupira Sirius en souriant. Mais…
- Il n'y a pas de mais, rétorqua James. Vous nous avez aidés, on vous aime bien, laissez-nous vous offrir un repas chez Madame Rosmerta. C'est non négociable, alors j'espère que vous n'avez pas l'intention de vous y mettre aussi, ajouta-t-il en direction de Remus et Peter, faussement menaçant.
- Non, bien sûr que non, répondit Peter. On ne voudrait surtout pas vous… comment tu as dit ? Vous offenser !
- Eh bien… commença Remus d'un air taquin. Non, non, c'est d'accord, invitez-nous, je ne dis rien, promis !
- Allez, d'accord pour moi aussi alors, si tout le monde cède, accepta Sirius en riant.
- Parfait, alors c'est parti ! conclut James avec joie.
16 février 1980
- Du nouveau, à propos des recherches de Dumbledore ? s'enquit Sirius auprès d'Elliot.
Ils s'étaient retrouvés dans un café de Londres dans lequel ils ne s'étaient pas encore donné rendez-vous, pour parler loin du QG, et loin d'éventuelles oreilles sorcières indiscrètes.
- Non, rien. Mais je crois qu'il ne me dira rien de toute manière, alors je n'en attends pas grand-chose. Je suis parfois un peu perturbé par sa façon de fonctionner, à Dumbledore. Je me sens en confiance et en sécurité avec lui, et pourtant j'ai l'impression qu'il sait beaucoup de choses que nous ne savons pas. Est-ce que la politique de la maison, ça n'est pas de faire confiance aux autres membres ?
Sirius considéra son ami un instant. Il semblait perturbé. Était-ce par ce qu'il venait de dire, ou par autre chose ? Une raison qu'il voulait taire peut-être, ou bien qu'il ne connaissait pas lui-même ?
- Si, bien sûr, répondit-il simplement. Mais est-ce que le fait de ne pas tout nous dire, c'est ne pas nous faire confiance ? Quand il y a eu l'histoire avec Jane, il y a eu une ambiance très désagréable dans l'Ordre. Personne ne pouvait se confier à personne, et Dumbledore était le seul à qui nous pouvions parler. Il centralisait toutes les infos, il prenait le temps d'écouter chacun d'entre nous, de nous aider, de nous guider, comme il le fait maintenant, mais à l'époque il était vraiment seul pour nous tous. Nous avions fait le choix de ne rien partager entre nous, le temps de trouver qui était l'agent double, et il était le seul à tout savoir. Eh bien, crois-le ou non, mais c'était rassurant de savoir qu'il était là, qu'il gérait tout…
- Je veux bien le croire, oui, acquiesça Elliot.
- Cette période mise à part, poursuivit Sirius, je crois vraiment qu'on essaie au maximum de se faire confiance les uns les autres. C'est aussi ce qui fait notre force. Bien sûr, Dumbledore est le seul qui a toutes les clés en mains, enfin, c'est lui qui en a le plus en tout cas, encore aujourd'hui, mais je trouve que c'est très bien comme ça. C'est un peu notre mentor à tous, c'est le fondateur de l'Ordre, et c'est un sorcier très puissant. J'imagine que ça ne doit pas être évident pour lui de connaître toutes ces informations, et de ne les partager qu'avec certaines personnes. Je trouve qu'il fait cela plutôt bien, pour être tout à fait franc. Je ne me sentirais pas capable de gérer le stress de tout le monde, personnellement. Et je ne crois pas, sincèrement, qu'il cache volontairement des choses, en tout cas pas par manque de confiance.
- Oui, c'est vrai. Peut-être que si je lui parlais de ce que j'ai sur le cœur, il me tiendrait au courant de ce qu'il a trouvé…
- S'il a trouvé quelque chose…
- Oui, s'il a trouvé quelque chose.
Elliot touilla machinalement son thé. Il ne semblait pas totalement convaincu.
- Il y a autre chose Elliot ? lui demanda Sirius.
- Je n'arrête pas de repenser à ces deux Mangemorts qui nous ont vus avec Dorcas. Je ne sais pas si Dumbledore a trouvé quelque chose, et c'est ce qui me frustre. J'ai un goût d'inachevé. Après tout, pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas donner suite à cette histoire ? Peut-être qu'il n'a vraiment rien trouvé, peut-être qu'il ne cache rien, mais donc quoi ? On laisse cette histoire de côté comme si rien n'était arrivé ? Tu vois ce que je veux dire ? C'est ça qui me dérange…
Sirius réfléchit.
- Tu voudrais enquêter sur Severus Rogue et l'autre Mangemort ?
- Et pourquoi pas ? Il faut bien qu'on arrive à savoir comment ils ont su où nous trouver et ce qu'ils cherchaient, non ? Et puis, ce Fenrir Greyback dont tu m'avais parlé, c'est pareil, on n'en entend plus parler. Ça ne te perturbe pas ?
- Non. Les frères Prewett étaient sur le coup, pour Greyback, et ils n'ont rien eu à signaler, nuança Sirius.
Elliot haussa les épaules.
- Ou alors ils ont eu des choses à dire, mais pas à nous, lâcha-t-il.
Sirius fronça les sourcils en signe de désapprobation. Les frères Prewett n'avaient rien eu à signaler, et le Ministère s'était chargé de prendre la relève, l'Ordre n'était plus mêlé à cette histoire. Il n'y avait rien de suspicieux, rien à redire. Elliot soupira.
- Enfin, Sirius, qu'on soit d'accord, je ne remets rien en question, tempéra-t-il. Je comprends bien qu'il faille compartimenter, et je suis d'accord avec toi, je trouve que Dumbledore le fait très bien ! J'ai juste un peu le moral dans les chaussettes en ce moment, je crois que je vois tout en noir. Ça fait très longtemps que je n'ai pas vu ma famille… Je leur ai dit que je ne leur donnerais que très peu de nouvelles, surtout maintenant que je suis entré dans l'Ordre. Ils ne sont pas au courant, bien sûr, mais c'est mieux ainsi. Et je crois qu'ils me manquent. Désolé, oublie ce que j'ai dit sur Dumbledore et sur toute cette histoire… En plus il a été très présent avec moi, je me sens mal d'avoir pu dire quoi que ce soit de négatif à son sujet.
Il soupira à nouveau et prit sa tête entre ses mains. Sirius lui pressa légèrement le bras.
- Eh, tout va bien… C'est normal Elliot, que tu aies des coups de mou. Tu es un peu coupé du monde, mais je suis là. Et promis, je ne dirai rien à Dumbledore. Ne t'en veux pas, tu as le droit d'avoir des moments de doute, tu as le droit de flancher aussi. Après tout, ce qu'on vit n'a rien de facile, et toi en particulier. Je pense que c'est une bonne chose que tu m'en parles, que tu ne gardes pas tout pour toi. Comme je disais, je suis là pour toi, j'espère que tu le sais ?
- Je le sais Sirius, merci. C'est pour ça que je me confie à toi. Je sais que tu m'écouteras sans me juger. Je suis vraiment content de t'avoir retrouvé, même si ça n'a pas été de la meilleure des manières au début…
- C'est du passé, ne t'en fais pas. Pour en revenir à ton sujet de préoccupation, je crois que tu peux te permettre d'en parler à Dumbledore. Si tu veux chercher à en savoir plus sur ces deux Mangemorts, je pense que ce n'est pas une mauvaise idée. Suggère-la-lui et je pense qu'il sera d'accord. Pourquoi ne le serait-il pas ? Tu as une mission en cours ?
- Non, rien pour le moment.
- Alors il n'y a pas de raison, affirma Sirius. Parles-en à Dumbledore, et je pense que tu peux aussi lui confier ton mal-être. Tu l'as dit toi-même, il a été présent pour toi, il le sera encore. Et moi aussi, je t'aiderai si tu veux.
- C'est vrai. Merci, Sirius.
- Il n'y a pas de problème, Elliot.
Ce dernier lui adressa un franc sourire. La discussion semblait avoir eu un effet positif sur lui.
- Et sinon, avec Dorcas, vous en êtes où ? glissa Sirius sans transition.
- Comment ça ?
- Eh bien, je pensais que peut-être… tu l'aimes bien, non ?
Elliot rougit.
- Oui, bien sûr. Mais il me semble qu'on en a déjà parlé, non ? Ça se fera si ça doit se faire, mais je ne vais pas chercher à provoquer le destin. Et puis, tu parles de moi, mais toi ? Tu n'as pas envie d'avoir quelqu'un dans ta vie ?
Sirius lui adressa son plus beau sourire.
- Joker.
- Tu vois, lui dit Elliot en souriant à son tour, on a juste pas le temps pour ça Sirius. On est pareils sur ce point toi et moi. Bref. Je vais parler à Dumbledore, je te tiens au courant.
20 février 1980
Elliot arriva chez Sirius vers midi. Il lui avait envoyé un hibou le matin-même pour lui demander s'ils pouvaient se retrouver chez lui pour déjeuner.
- Sirius, Dumbledore est d'accord pour que je me renseigne sur Severus Rogue et Antonin Dolohov. Je ne vois pas vraiment comment je vais m'y prendre, mais je vais essayer de mener ma petite enquête. J'ai demandé à Dorcas de m'aider, elle est d'accord. Et toi, tu veux participer ?
- Bien sûr, répondit Sirius. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Je n'ai rien à faire pour l'Ordre en ce moment.
Elliot réfléchit un moment.
- Eh bien, tu pourrais commencer par te rendre sur le Chemin de Traverse à ma place, de temps en temps, pour voir qui tu pourrais croiser. Bien sûr, tu ne connais pas les Mangemorts comme je les connais, mais il y a sûrement quelques personnes qui te paraitront louches. Tu veux faire ça ?
- D'accord Elliot. Je ne m'y rendrai pas seul, bien sûr, mais je ne suis pas obligé de dire aux personnes avec qui j'y vais la raison officieuse qui me pousse là-bas. Un autre endroit à surveiller ?
- Oui, Pré-au-Lard. Je crois qu'il y a des Mangemorts qui se réunissent à la Tête de Sanglier…
- Ah oui, j'ai entendu parler de missions de surveillance à ce sujet par certains membres de l'Ordre. On essaiera de se relayer, comme ça on ira pas toujours aux mêmes endroits.
- Très bien, merci. Je vais prévenir Dumbledore de ton implication.
Lorsqu'Elliot quitta sa maison en début d'après-midi, Sirius alla retrouver James et Lily chez eux, pour leur faire part de la discussion qu'il venait d'avoir avec son ami.
- Tu veux te lancer dans une mission sur Severus, Sirius ? demanda Lily.
Elle avait un trémolo dans la voix, qui laissait entendre qu'elle n'était pas totalement insensible à cette nouvelle.
- Tu trouves que ce n'est pas une bonne idée ? s'inquiéta Sirius. Je ne veux pas te faire de la peine ou te causer des soucis Lily, surtout en ce moment. Si tu ne veux pas que je m'en occupe, je laisse ma place.
Lily posa la main sur son ventre et inspira profondément.
- Non, je pense qu'il faut le faire. Je ne voulais pas parler de Severus devant Elliot la dernière fois. Avec James, on en a parlé très brièvement le soir, j'imagine qu'il te l'a dit ? Je n'ai rien contre Elliot, vraiment, mais je ne me sentais pas capable de revenir en détails sur cette relation que nous avons eue et qui s'est terminée brutalement.
Sirius jeta un coup d'œil à James et le vit frissonner. Lorsqu'elle parlait de relation, Lily entendait bien une relation amicale, mais James avait toujours du mal à imaginer qu'ils eussent été aussi proches par le passé, et y penser lui faisait mal au cœur, Sirius le savait. Pourtant il ne dit rien, et se contenta de passer un bras autour des épaules de sa femme.
- J'adorais Severus. On en a déjà parlé, vous le savez. C'est lui qui m'a appris la plupart des choses que j'ai sues en premier sur notre monde, il était différent avec moi. Quand il a commencé à parler avec tous ces voyous, j'ai essayé de l'en empêcher, de le remettre sur le droit chemin, mais il faut croire qu'il ne m'aimait pas suffisamment pour se détourner de la magie noire et de tous leurs penchants abjects. Je ne voulais pas y penser, mais ça ne m'étonne pas qu'il soit devenu Mangemort… ça me fait mal au cœur, je ne vais pas te mentir. J'ai encore beaucoup d'affection pour lui malgré tout, j'espère encore qu'il va se réveiller, qu'il va se rendre compte qu'il vaut bien plus que ça, malgré tout ce que vous pouvez penser de lui…
Sirius ouvrit la bouche mais il ne dit rien, James lui ayant fait signe de se taire. Il n'était pas utile de préciser qu'ils avaient évolué. Lily le savait, ce n'était pas le propos.
- Par contre Sirius, reprit Lily après un instant de silence, et James pardonne-moi de demander ça…
James fronça les sourcils, interpellé. Sirius lui lança un regard interrogateur, l'intimant de poursuivre sur sa lancée.
- Si tu veux te lancer dans une mission qui implique Severus, je veux en faire partie.
