Et voici le 40e chapitre ! Comme les autres, j'espère qu'il vous plaira !
27 février 1980
- Tu dis que la dame qui vit chez Rogue était en train de regarder ce que vous faisiez, Sirius ? s'étonna Elliot. Mais pourquoi vous êtes allés là-bas sans protection ? Il vous connait, il aurait très bien pu lui dire de vous observer et maintenant il va savoir que vous le cherchez…
Il semblait paniqué tout à coup. Sirius se redressa sur son siège et le regarda faire les cent pas tandis qu'Albus Dumbledore l'observait en silence également. Il jeta un coup d'œil à leur ancien directeur puis se tourna de nouveau vers Elliot.
- On ne s'est pas présentés, Elliot. Elle nous a vus, mais elle ne sait pas qui nous sommes, et Lily ne la connaissait pas. Tout va bien !
- Tout va bien ? Tu me dis ça, à moi, alors que tu sais pertinemment que je me transforme à en devenir méconnaissable chaque fois que je sors de cet endroit ? Mais Sirius enfin ! On est des sorciers oui ou non ? T'as vu une dame qui ressemblait à une moldue, donc tu t'es dit que tout était bon et qu'il n'y avait pas de danger ? Je ne sais pas quoi dire là, je suis…
- Du calme, mon cher Elliot, intervint Albus Dumbledore de son habituelle voix posée. Je crois, effectivement, qu'il n'était pas très prudent de vous rendre là-bas sans nous en avertir... Ce n'est habituellement pas ainsi que nous procédons, n'est-ce pas ? Toutefois, nous allons faire ce qu'il faut pour nous assurer que cette dame n'a aucun lien, de près ou de loin, avec les Mangemorts. Sirius, je veux que tu viennes avec moi, nous allons lui rendre une petite visite.
- Oui très bien, quand ça ?
- Maintenant. Nous discuterons à nouveau de ce que vous avez fait plus tard, en présence de James et Lily. Il n'y a sûrement rien à craindre, mais si les peurs d'Elliot sont fondées, il faut agir vite.
Sirius regarda son ami, qui semblait à la fois désemparé et désolé de s'être emporté, lui sourit, puis transplana avec Albus Dumbledore.
Depuis la mission qui avait mené à la mort de Jane, Sirius ne s'était pas retrouvé seul avec le vieux sorcier en-dehors du QG. Il avait l'impression d'être à nouveau un élève de Poudlard, pris en faute par le directeur en personne. Il n'avait jamais vraiment craint les punitions et avait toujours eu de bonnes relations avec ses professeurs, malgré ses nombreuses frasques, mais il s'était quelquefois senti honteux lorsqu'il s'était retrouvé dans le bureau d'Albus Dumbledore lui-même.
Il n'était désormais plus un élève, bien sûr, mais il venait de se faire réprimander par Elliot qui avait eu une parfaite posture d'enseignant et se trouvait à nouveau en présence du directeur, attendant que la sentence ne tombe. Il n'avait pas eu l'impression de faire quelque chose de mal, lorsqu'ils s'étaient décidés, avec James et Lily, à aller observer un peu du côté de l'Impasse du Tisseur si Rogue s'y trouvait. Peut-être que s'ils en avaient parlé avec Dumbledore et Elliot, comme James l'avait suggéré, les choses ne se seraient pas passées ainsi. Mais que s'était-il passé, d'ailleurs ? Elliot semblait paniqué, mais il surréagissait sûrement. Sa cavale et son statut de fugitif le rendaient certainement paranoïaque. D'un autre côté, maintenant qu'il y réfléchissait, les remarques de son ami faisaient sens. Ils auraient peut-être mieux fait d'en parler avant d'agir. Leur plan, à l'origine, c'était d'observer le Chemin de Traverse, pas de se rendre chez Rogue. Et en même temps, Elliot avait observé le Chemin de Traverse pendant plusieurs semaines, et si cela avait été concluant au début, il avait fait chou blanc le reste du temps, alors il avait bien fallu tenter autre chose…
Sirius jeta un coup d'œil à Albus Dumbledore. Il marchait à côté de lui sans bruit. Il ne semblait ni anxieux, ni en colère. Qu'attendait-il de lui ? Était-il d'accord avec Elliot ? Pourquoi ne lui parlait-il pas ? Peut-être souhaitait-il le laisser réfléchir sans le déranger ? Peut-être n'avait-il pas l'intention de le réprimander comme à Poudlard ? Peut-être même était-il en train de lire ses pensées et attendait le bon moment pour enfin parler ?
Sirius jeta un nouveau coup d'œil au fondateur de l'Ordre. Il vit qu'il souriait. Celui-ci le regarda d'un air malicieux.
- Tu devrais arrêter de te torturer ainsi, Sirius.
Le jeune homme laissa échapper un rire. Il regarda à nouveau le vieux sorcier, stupéfait par son espièglerie.
- Alors j'avais raison, lança-t-il, à la fois amusé et scandalisé. Vous étiez en train de lire mes pensées ? Mais vous n'avez pas le droit, Albus !
- Crois-le ou non, je n'ai pas eu besoin de lire dans tes pensées, Sirius. Tes réflexions se lisent sur ton visage. Tu te dis que tu as peut-être fait une bêtise mais que ce n'est peut-être pas le cas, et tu te demandes ce que je pense de tout cela. Je vais te le dire. Je ne sais pas si Severus Rogue vit bien ici, ni qui est cette dame. Il se pourrait bien que ce soit une simple moldue sans aucun lien avec lui, tout comme il se pourrait que ce soit un Mangemort qui se soit grimé en une autre personne. Elliot n'a pas tort et il est vrai que vous vous êtes peut-être montrés imprudents. J'ai cru comprendre que notre amie Lily était très proche de ce jeune homme par le passé, peut-être cela a-t-il faussé votre jugement. Mais je serais toi, je ne me flagellerais pas tout de suite. Vous avez fait ce qui vous semblait utile à la mission, et jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas mort d'homme. Nous allons parler un peu à cette dame et nous verrons bien ce que nous en tirerons comme conclusion.
Sirius sourit. Décidément, il ne cesserait jamais d'être épaté par cet homme.
- C'est là, dit-il seulement en désignant la maison du doigt lorsqu'ils furent arrivés à destination.
- Ta baguette est-elle prête ?
Sirius acquiesça et ils s'avancèrent tous deux vers la porte d'entrée. Albus Dumbledore toqua à la porte, tandis que Sirius restait un peu en retrait. Très vite, la dame jeta un œil à travers la fenêtre de son salon puis vint leur ouvrir.
- C'est pourquoi ? dit-elle sans leur accorder un bonjour.
- Bonjour, commença poliment le fondateur de l'Ordre. Nous avons quelques questions à vous poser à propos de Severus Rogue.
La dame fronça les sourcils puis remarqua Sirius, posté derrière le vieil homme. Elle lui jeta un regard noir, comme si elle le tenait responsable de la situation désagréable qu'ils s'apprêtaient à lui faire vivre.
- Vous êtes déjà venu hier vous, je vous ai vu, avec la rouquine ! annonça-t-elle d'une voix étonnamment monotone.
- Effectivement, approuva Sirius.
Il se décala pour qu'ils se voient mieux.
- Nous avons cherché la maison que vous avez mentionnée, mais nous ne l'avons pas trouvée. Peut-être pourrez-vous nous fournir plus d'informations à ce sujet ? s'enquit-il, pour tenter de la mettre en confiance.
A côté de lui, Albus Dumbledore souriait poliment et attendait qu'elle daigne les faire entrer. De toute évidence, il n'avait pas l'air de penser qu'il y eût un quelconque danger face à cette dame. Ou peut-être feintait-il simplement histoire de ne pas éveiller les soupçons.
- J'ai rien à vous dire de plus, répondit-elle de sa voix morne mais visiblement sur la défensive. Et qu'est-ce que vous lui voulez, au gamin ?
Sirius jeta un regard en biais à son voisin. Il gardait la même posture, le même sourire poli. Il se tenait là, silencieux, presque immobile. On aurait dit une statue. Il attendait certainement que le jeune homme aille plus loin dans la discussion. Qu'il règle les choses par lui-même.
- Nous ne lui voulons rien qui pourrait lui causer du tort, mentit-il. Y a-t-il quelque chose en nous qui vous laisse penser que nous pourrions avoir des intentions malhonnêtes ?
La dame les scruta rapidement du regard.
- Non, marmonna-t-elle. Mais on sait jamais.
- Vous avez tout à fait raison, chère madame, acquiesça Albus Dumbledore, apparemment décidé à prendre la situation en main. Nous ne nous sommes même pas présentés, pourquoi nous feriez-vous confiance ? Je commence. Albus Dumbledore. Voici Sirius Black, ajouta-t-il en désignant le jeune homme qui l'accompagnait. Nous sommes deux sorciers, et par les temps qui courent, il n'est pas prudent pour nous de nous promener ainsi dans les rues où se cachent peut-être des Mangemorts – des personnes pas très recommandables, veuillez me croire – alors je vous prierai de nous laisser entrer, si vous le voulez bien, nous avons déjà suffisamment trainé sur le pas de votre porte.
La dame les regarda bouche bée. Elle bredouilla quelque chose comme « euh… b… d'accord… » et se poussa pour les laisser entrer. Sirius lui jeta un coup d'œil, elle semblait sous le choc. Elle se demandait très certainement ce qu'il fallait gober de cette histoire rocambolesque, si c'était bien une moldue comme il le pensait. Si c'était un Mangemort, il ou elle feintait très bien la surprise. A moins que cette surprise ne soit due à la franchise du vieil homme. Sirius était lui-même étonné et impressionné par la technique d'approche du fondateur de l'Ordre, qui avait parlé quelques instants plus tôt de prudence et dévoilait à présent leur identité à tous les deux sans crier gare. Pour autant, il n'était pas inquiet par la situation. Albus Dumbledore savait toujours ce qu'il faisait. Il avait très certainement une idée derrière la tête. Pour preuve, il les avait fait entrer chez la dame sans plus attendre.
- Veuillez m'excuser pour les révélations quelque peu déconcertantes que je vous ai faites sans mettre les formes, reprit-il en souriant dès qu'ils furent tous à l'intérieur du salon. Nous n'avons pas le temps pour de telles commodités, mais j'admets volontiers que ce n'était pas très délicat de ma part.
La dame le fixa, décontenancée. Elle avait visiblement décidé de croire ce que lui avait dit son interlocuteur, et ne savait probablement pas comment gérer cette information. Sirius ne dit rien. Puisque le sorcier savait ce qu'il faisait, il n'avait pas l'intention d'intervenir. A moins que celui-ci n'en fît la demande.
- Veuillez m'excuser également du tort que je vais probablement vous causer, mais nous devons avoir des réponses à nos questions. Etes-vous capable de nous les donner de votre plein gré ?
- B… bien sûr, bredouilla la dame.
Albus Dumbledore pencha sa baguette en direction de celle-ci et Sirius l'entendit murmurer « revelio » et « finite ». Il n'avait pas besoin de formuler ces sorts pour les lancer, mais le jeune homme pensa que c'était un moyen de le tenir au courant de ce qu'il venait de faire.
Rien ne se passa. La dame resta assise sur sa chaise, bouche bée, attendant de savoir à quelle sauce elle allait être mangée. La méfiance qu'elle avait montrée à leur égard au départ avait laissé place à une certaine peur que Sirius pouvait lire dans ses yeux, et il se sentit mal à l'aise. Ce n'était pas un Mangemort, elle n'avait rien demandé. Et maintenant elle se trouvait là, avec eux, à passer un mauvais moment simplement parce qu'elle avait eu le malheur d'acheter la maison de Rogue et de regarder par la fenêtre lorsqu'ils étaient passés la veille.
- Nous ne vous voulons aucun mal, madame, reprit Albus Dumbledore d'une voix très douce, compatissante. Comme je vous l'ai dit, nous sommes un peu pressés par le temps, mais croyez bien que nous ne vous dérangerons pas longtemps.
- D'accord, acquiesça la dame d'une voix éteinte.
- Connaissez-vous Severus Rogue ?
- Il m'a vendu sa maison. Je l'ai dit hier aux trois jeunes dont il faisait partie, dit-elle en désignant Sirius. Mais je le connais pas plus que ça. Il a acheté une maison dans la rue, mais je sais pas où. Je crois qu'il y vit pas de toute façon…
- Pourquoi est-ce que vous nous observiez hier ? demanda Sirius en essayant d'être le plus courtois possible.
- Je voulais savoir si vous aviez trouvé ce que vous cherchiez. J'ai vu que vous m'aviez vue, alors j'ai tiré le rideau. Je voulais rien de mal, j'vous jure.
- Je vous crois madame, il fallait simplement que je pose la question, la rassura Sirius.
- Avez-vous observé des choses étranges dans le coin ? reprit Albus Dumbledore, la voix toujours douce et rassurante.
Ayant visiblement compris qu'ils n'étaient pas là pour lui faire du mal, la dame se détendit peu à peu, même si elle semblait toujours sous le choc.
- Non. Mais j'ai du mal à croire que vous soyez des sorciers, c'est hallucinant votre histoire ! Et le jeune Severus Rogue, ça serait lui aussi un sorcier ? Qu'est-ce que vous lui voulez ?
- Nous pensons qu'il pourrait se mettre en danger et mettre en danger les autres, avoua le fondateur de l'Ordre. Nous le recherchons pour éviter cela.
- D'accord, acquiesça la dame. Désolée, je peux pas vous aider… Je vous dis, il est jamais là. Il s'passe rien ici… Vous pensez que je suis en danger ?
Sirius soupira malgré lui. La dame le regarda, inquiète, avant de se concentrer sur Albus Dumbledore qui lui assura qu'il n'y avait aucune raison qu'elle soit en danger et lui en expliqua les raisons. Severus Rogue n'avait aucun intérêt à la prendre pour cible, pas plus que n'importe quel autre Mangemort.
- Toutefois, pour ne prendre aucun risque, poursuivit-il, il faudrait que nous collections vos souvenirs concernant cet événement. Pour les garder en sécurité. Cela vous permettra d'oublier ce mauvais moment et de ne pas en garder un quelconque traumatisme à l'avenir.
La dame sembla réfléchir et peser le pour et le contre. Elle pensait certainement qu'elle avait tout intérêt à ne pas oublier ce qu'elle venait d'apprendre, tant la nouvelle était exceptionnelle. Enfin, si ce n'était pas un canular… et d'un autre côté, le danger qu'impliquait cette connaissance l'effrayait sans doute.
- C'est d'accord, dit-elle enfin. Ensuite, je ne vous reverrai plus ?
- Plus jamais, confirma Albus Dumbledore avec conviction. Nous vous avons suffisamment importunée comme cela.
- Y a pas de mal, dit-elle. Alors faites ce que vous avez à faire.
Albus Dumbledore lui sourit, puis lui lança un sortilège d'amnésie partielle. Elle ne se rappellerait ni de leur venue ce jour, ni de celle des trois amis la veille.
Sirius se sentait soulagé qu'elle ait donné son accord pour ce sortilège d'amnésie. Il se sentait un peu moins coupable de l'avoir entrainée dans cette histoire, même s'il n'était pas le seul responsable. Lorsqu'ils partirent, Albus Dumbledore lui sourit.
- Ne te torture pas, Sirius, tu recommences. Il n'y a pas de raison. Tout se termine bien.
- Bien sûr, mais toute cette histoire pour… rien ? J'ai cru un instant que c'était un Mangemort, la peur d'Elliot m'a eu. Et finalement c'est une bonne femme tout ce qu'il y a de plus normal, qui n'a rien demandé à personne, et qui se retrouve obligée de subir un sortilège d'amnésie… C'est injuste !
- C'est bien que tu le prennes ainsi, Sirius, affirma Albus Dumbledore. Tu te rends compte du pouvoir qu'ont les sorciers sur les moldus, et la responsabilité que nous avons par rapport à ce pouvoir. Ils ne doivent pas être impliqués, en tout cas le moins possible, dans cette guerre qui devient de plus en plus importante à mesure que le temps avance.
- Je l'ai toujours pensé, Albus…
- C'est vrai. Et c'est tout à ton honneur. Je nuance cependant quelque chose que tu as dit… nous n'avons pas rien appris. Nous avons appris que Severus Rogue ne se trouvait plus ici et qu'il était inutile de le chercher là. Votre idée n'a pas été inutile, elle nous a permis d'écarter une piste. Je te propose d'aller de ce pas l'annoncer à nos chers amis.
Sirius esquissa un sourire. C'était vrai, ils se rapprochaient un peu de Severus Rogue en écartant une piste possible. Il ne restait plus qu'à vérifier les milliards d'autres qui pouvaient mener au Mangemort. Une par une. Après cette découverte, ou cette non découverte, la tâche semblait d'autant plus colossale.
