Bonjour/bonsoir ! J'ai mis un peu de temps avant de publier cette suite, mais la voilà. J'espère qu'elle vous plaira ! (Je le republie, il semblerait que ça n'ait pas été publié la première fois...)
16 avril 1980
Sirius hurla de rage.
Voldemort lui sourit froidement.
- Comme c'est touchant ! dit-il d'un ton plat. Que cela vous serve de leçon, poursuivit-il en s'adressant à tous. On ne résiste pas à Lord Voldemort sans rester impuni. Vous êtes de valeureux combattants et j'accepterai volontiers de vous compter dans mes rangs…
- Hors de question, cracha Sirius.
Le Seigneur des Ténèbres le toisa et Sirius crut voir ses lèvres frémir. Voldemort s'attendait certainement à ce que ce meurtre assure leur reddition à tous, et voilà que l'un d'entre eux, Sirius, lui tenait tête avec véhémence. Il fixa le jeune homme silencieusement, haussa un sourcil puis leva sa baguette avant de l'arrêter à mi-chemin. En plus de Sirius, les autres membres de l'Ordre avaient levé leur propre baguette en même temps que lui, visiblement prêts à se battre. Ce n'était pas la première fois qu'ils se faisaient face, Voldemort aurait dû se douter qu'ils ne se laisseraient pas faire, encore moins après ce qu'il venait de se passer, mais il avait tout de même eu l'air de croire qu'ils ne lui opposeraient aucune résistance… et il s'était lourdement trompé. Si Sirius n'avait pas été dans une rage telle qu'il aurait pu faire exploser le Seigneur des Ténèbres rien que par la pensée s'il en avait eu la capacité, il aurait ri de l'expression qu'il avait lue sur le visage du grand Lord Voldemort.
- Qu'il en soit ainsi, répondit finalement Voldemort à Sirius.
Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure, mais elle était parfaitement audible. Sirius ne se laissa toutefois pas impressionner. Pas cette fois. Prêt à en découdre, il se tint prêt à parer le sort que s'apprêtait à lui jeter le Seigneur des Ténèbres, dont il était sûr qu'il n'avait pas aimé la façon dont il lui avait répondu. Le jeune homme ne se trompa pas. Le premier sort de Lord Voldemort fut bien lancé en sa direction, mais il parvint à s'en protéger, aidé de surcroît par Remus et par James qui les avait rejoints rapidement.
Les combats s'engagèrent alors une nouvelle fois durant un temps indéfini. Il leur était impossible de savoir l'heure qu'il était, ni depuis combien de temps ils se trouvaient là, sur la place de ce village inconnu. Le soir commençait à tomber cependant, c'était la seule indication qu'ils avaient. Les trois amis furent rejoints dans leur lutte par Lily. Elle parvint presque à atteindre Voldemort, mais l'un de ses Mangemorts assurait ses arrières et empêcha le sort de le toucher. Le Seigneur des Ténèbres n'eut pas un regard pour celui-ci et continua à se battre contre les jeunes sorciers qui lui faisaient face avec un peu trop d'ardeur. Ils n'avaient pas plus d'idée sur ce qu'il se passait autour d'eux que sur l'heure qu'il était. Ils restaient concentrés sur leur objectif du moment, ô combien difficile : leur cible était redoutable et ils n'étaient pas trop de quatre pour tenter de la maîtriser, ainsi que le Mangemort qui lui servait de bouclier et dont ils ne se souciaient finalement que très peu.
Sirius ne voulait pas s'éloigner du corps d'Elliot. Il avait peur que quelqu'un le piétine sans faire attention, ou pire, qu'il le dégrade volontairement. Il avait l'intention de ramener le corps de son ami intact au QG de l'Ordre et s'en faisait une mission de la plus haute priorité. Il n'avait pas osé le regarder à nouveau, depuis qu'il l'avait vu s'écrouler quelques minutes plus tôt. Il savait qu'il était là, immobile, et qu'il ne se relèverait plus jamais, mais il ne l'avait pas regardé. Tout s'enchainait à une vitesse folle et il n'avait pas encore vraiment pu assimiler ce qu'il venait de se passer. Sirius savait que s'il regardait son ami, cela rendrait sa mort bien réelle, et qu'il devrait alors trouver la force à la fois de se battre et de faire face à cette réalité qu'il ne pourrait bientôt plus ignorer. Pour l'heure, il fallait qu'il garde sa vigueur et son courage pour combattre Voldemort. Il ne pouvait pas se permettre de perdre ce combat. Ni pour lui-même, ni pour ses amis encore en vie, ni pour Elliot. D'une manière ou d'une autre, il fallait qu'il survive. Il regarderait son ami plus tard, lors de leur victoire, lorsqu'il serait temps de ramener son corps et de lui rendre l'hommage digne qu'il méritait.
Il parait les sorts, protégeait ses amis, protégeait le corps d'Elliot, voyait des éclairs fuser en tous sens, se faisait protéger par ses alliés, attaquer par ses ennemis, il n'avait conscience que de son envie furieuse de rester en vie et de gagner cette bataille. Il ne savait pas si des membres de l'Ordre avaient été touchés, si des Mangemorts avaient été touchés, il avait l'impression de ne rien entendre, de ne rien voir d'autre que Voldemort, et parfois un bout de James, de Lily, de Remus. Tant qu'ils allaient bien, tout allait bien.
Tout à coup, il entendit hurler. Encore.
Pendant une fraction de seconde, le combat sembla comme à l'arrêt et il se risqua à jeter un coup d'œil vers l'endroit d'où semblait provenir le cri. Cette fois, la victime était du camp adverse. Le Mangemort qui se battait à côté de Crabbe, et dont Sirius ne connaissait pas le nom, avait raté sa cible en essayant d'atteindre Alastor Maugrey et avait touché de plein fouet l'autre Lestrange, le frère de Rodolphus, que Sirius avait déjà croisé par le passé lorsqu'il vivait encore chez ses parents et que sa cousine venait de se marier. Il n'était pas difficile de le deviner car le Mangemort en question avait l'air paniqué par son erreur et fixait le frère Lestrange avec terreur. Alastor Maugrey profita de son inaction de quelques secondes pour l'atteindre par un Stupéfix, qui le fit tomber à terre dans l'indifférence générale. Les affrontements avaient déjà repris.
Voldemort ne broncha pas. Après cette fraction de seconde, il avait recommencé à se battre comme si rien ne s'était passé. Cette fois, il faisait face à Sirius, James et Lily, ainsi qu'aux Londubat qui venaient de prendre la relève de Remus. Celui-ci se battait désormais contre Crabbe avec Alastor Maugrey. Bellatrix Lestrange vint se placer vers son maître et Benjy Fenwick s'ajouta du côté des combattants de l'Ordre. Le Mangemort qui avait servi de bouclier céda sa place à Bellatrix et rejoignit un autre groupe, dans lequel se trouvaient notamment – si cela n'avait pas changé depuis que Sirius avait pu regarder – les frères Prewett, Sturgis Podmore et Peter, mais aussi Rodolphus Lestrange et Antonin Dolohov dans le camp adverse.
Les combats durèrent encore et encore, jusqu'au moment où Remus et Alastor Maugrey parvinrent à dominer Crabbe et l'autre Mangemort qui l'accompagnait, celui qui avait blessé le frère de Rodolphus Lestrange. S'il n'avait pas réagi auparavant, Voldemort s'agaça en voyant cela. Il attaqua soudain avec plus de férocité les membres de l'Ordre qui se battaient contre lui, aidé par sa fidèle Bellatrix, et ceux-ci se trouvèrent rapidement en difficulté. S'ils avaient pu faire face auparavant, à six contre deux, ils ne purent bientôt plus que parer les sorts sans parvenir à attaquer à leur tour. Remus et Alastor Maugrey vinrent alors en renforts, et lorsqu'un troisième Mangemort fut blessé un peu plus loin par Sturgis Podmore, il ne resta plus que Voldemort lui-même, Bellatrix Lestrange, le mari de cette dernière et Antonin Dolohov, pour combattre contre la myriade de membres de l'Ordre encore debout. Certes, certains d'entre eux étaient blessés – Fabian Prewett avait même le visage bien ensanglanté – mais ils restaient tout de même trois fois plus nombreux, extrêmement motivés, et avec de très bonnes baguettes parmi eux.
Voyant qu'ils se trouvaient désormais en sous-nombre, le Seigneur des Ténèbres décida qu'il était temps pour lui et ses Mangemorts de battre en retraite. De toute évidence, cette décision qu'il devait prendre ne lui plaisait pas du tout. Il lança un regard noir à ses soldats à terre et blessés puis il fit signe à ses partisans de se retirer. Ceux qui le pouvaient transplanèrent, et Dolohov et Rodolphus Lestrange embarquèrent les Mangemorts blessés sans laisser aux membres de l'Ordre le temps de réagir.
Sirius ne donnait pas cher de la peau de plusieurs d'entre eux. Seul le frère Lestrange aurait peut-être une chance de ne pas subir les foudres de son maître, pensa-t-il, car il avait été blessé par l'un des leurs. Celui qui l'avait blessé, en revanche, ne risquait pas de faire long feu. Tant pis pour lui. Cela ne lui faisait ni chaud ni froid. En temps normal, Sirius aurait pu avoir une pensée pour ces Mangemorts qui n'avaient peut-être pas réellement envie d'être là, surtout en connaissant la situation d'Elliot. Il aurait pu se dire que, peut-être, certains n'avaient pas été libres de leurs choix, qu'ils avaient été forcés d'être là et qu'ils méritaient peut-être d'être sauvés, mais pas cette fois. A cet instant, le sort de Mangemorts inconnus ne lui importait aucunement. A présent que leurs adversaires étaient partis, il n'avait plus de place dans son cœur que pour Elliot et pour la peine qu'il éprouvait en songeant à lui.
Avant de transplaner à son tour, Voldemort avait lancé un autre regard noir, cette fois aux membres de l'Ordre qui lui faisaient face, et leur avait offert un sourire mauvais et angoissant, un de ceux qui donnaient la chair de poule et qui ne présageaient rien de bon.
Sirius était certain que le Seigneur des Ténèbres n'avait pas aimé la tournure qu'avaient pris les événements. Il n'avait pas aimé que plusieurs de ses Mangemorts soient blessés et qu'il ait été obligé de faire le choix de battre en retraite à cause de leur incompétence. Pourtant, avec un regard objectif, l'issue n'était pas en leur faveur depuis le début : ils étaient déjà en sous-nombre au départ, face à des sorciers qui avaient tout de même une bonne maîtrise de la magie, et même la présence du grand Lord Voldemort n'avait pas suffi à compenser ce déséquilibre. S'ils avaient voulu tous les tuer, ils auraient dû revenir plus nombreux.
Le cœur de Sirius se serra. Ce n'était pas la raison pour laquelle ils étaient revenus. Ils étaient revenus pour Elliot. Ils étaient revenus pour semer le désordre et laisser la voie libre à leur maître pour tuer le jeune homme. Bien sûr, s'ils avaient pu venir à bout de tous les membres de l'Ordre, cela aurait été encore mieux, une victoire supplémentaire non négligeable… mais la raison de leur retour, de la venue de Voldemort, ç'avait été Elliot. Et en ce sens, ils avaient obtenu ce qu'ils étaient venus chercher.
Sirius s'autorisa enfin à jeter un coup d'œil à son ami, puis il s'agenouilla près de lui et lui prit la main. Il sentit une pression sur son épaule et comprit que James s'était accroupi à ses côtés. Il sentit ses yeux s'embuer de larmes et sa vue se troubler, et tenta tant bien que mal de ne pas craquer.
- Il faut qu'on rentre, Sirius, lui dit James doucement. C'était un piège, aucune de ces maisons n'a été attaquée.
Sirius ne répondit rien. Il prit une grande inspiration et ferma les yeux, tandis que son meilleur ami l'enlaçait d'un bras autour des épaules. Il sentit une larme s'échapper sur sa joue et se mordit la lèvre.
Il entendit des bruits, vit de l'agitation autour d'eux mais il ne chercha pas à comprendre ce qu'il se passait. Si James restait à ses côtés, c'était qu'ils n'étaient pas en danger. Il n'avait pas besoin de se préoccuper de qui que ce fût d'autre que d'Elliot qui dormait là, paisiblement, sur la place d'un village dans lequel il n'avait jamais mis les pieds auparavant, et qui ne rouvrirait plus jamais les yeux.
- Il n'a pas voulu fuir… dit-il enfin.
- Je ne suis pas étonné Sirius… Il nous a montré de nombreuses fois qu'il était courageux.
Sirius serra le poing.
- Il aurait dû ! Ces enfoirés sont revenus pour lui… Dolohov lui a dit que Lestrange l'avait reconnu…
- Il avait fait son choix, Patmol. Il ne voulait pas s'enfuir, et je pense qu'à sa place tu ne l'aurais pas fait non plus…
- Non, et je ne lui en veux pas. Il était borné, je n'avais rien à faire d'autre que le soutenir, il ne voulait rien entendre… mais si j'avais su… James, si j'avais su !
Celui-ci ne répondit rien et le prit franchement dans ses bras pour tenter de l'apaiser. Sirius était en colère de ce qu'il s'était passé, de ce piège qui avait lâchement été tendu par leurs ennemis, de leur couardise, de celle du grand Lord Voldemort, qui s'était senti obligé de venir accompagné de ses Mangemorts pour tuer un homme, alors qu'il se prétendait si puissant qu'aucun sorcier ne pouvait le battre. A part Albus Dumbledore. C'était ce qui se disait. Peut-être qu'en face à face c'était bel et bien le cas, mais James, Lily, les Londubat, Sirius lui-même et d'autres étaient les preuves vivantes qu'il n'était pas si invincible que cela. Sinon, pourquoi aurait-il pris la peine de venir avec des soldats pour assurer ses arrières ? Seigneur des Ténèbres de pacotille. Mais le geste de James eut l'effet escompté, et il parvint à se calmer. Sa rancœur n'était pas près de disparaître, mais ce n'était plus le moment de la laisser s'exprimer. Il aurait bien d'autres occasions dans les jours, semaines et mois à venir.
Il tapota dans le dos de James pour lui faire comprendre qu'il allait mieux et qu'il pouvait desserrer un peu son étreinte, puis il se tourna vers Elliot, dont il n'avait pas encore lâché la main. Il ressentit alors le besoin de lui parler, de lui dire quelques mots qu'il aurait pu lui adresser s'il avait été encore en vie. Son ami avait pressenti que sa mort était proche, il avait plaisanté un peu plus tôt à ce sujet, et Sirius en avait été mal à l'aise. Ils s'étaient déjà parlé, mais il n'avait pas tout dit. C'était là l'occasion d'en dire un peu plus. Peut-être plus pour lui-même que pour son ami désormais décédé.
- Tu t'es battu de façon admirable Elliot, tu peux être fier de toi. Je suis fier de toi. Je suis heureux de t'avoir retrouvé, même si ça n'a pas duré. Oublie les erreurs que tu as pu faire dans le passé, tu t'es largement racheté, crois-moi. Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas pu fuir tout à l'heure, qu'est-ce qui t'en a empêché ? En tout cas, on va tout faire pour qu'ils s'en sortent pas, tu verras.
Il marqua une pause durant laquelle il soupira.
- Allez, c'est l'heure de rentrer à la maison. On va prendre soin de toi.
Sirius se tourna ensuite vers James. Il vit alors que le reste des membres de l'Ordre s'étaient assemblés près d'eux, mais personne ne disait mot. Certains d'entre eux semblaient éprouvés. De toute évidence, il n'était pas le seul à avoir pleuré. Il eut une brève pensée pour Dorcas qui était retranchée au QG et qui ne se doutait de rien pour le moment, et pour la famille d'Elliot dont il ne savait rien et qu'ils ne sauraient peut-être même pas retrouver. Il eut une pensée pour Betty, pour Jane. Une mort de plus dans leurs rangs, encore une mort de trop. Il passa sa main libre sur son visage en soupirant encore une fois, puis il regarda de nouveau Elliot avant de lâcher sa main doucement et de se lever.
- Allez, dit-il à ses compagnons d'armes, ramenons-le au QG. Il sera mieux là-bas et nous aussi, on sera plus en sécurité.
Sirius en vit certains acquiescer en silence. James et lui prirent tous deux Elliot par la main et transplanèrent ensemble avec sa dépouille au QG de l'Ordre. La plupart des membres transplanèrent eux aussi au même moment et tous se retrouvèrent ensemble dans la salle qui leur servait pour tous leurs grands rassemblements. C'était là qu'ils faisaient leurs réunions ou qu'ils fêtaient les anniversaires. C'était là aussi qu'ils avaient commémoré la mort de Betty et celle de Jane. C'était là qu'ils commémoreraient bientôt celle d'Elliot.
Lorsqu'ils arrivèrent, Dorcas s'y trouvait déjà, accompagnée d'Albus Dumbledore.
