Chapitre 4 Une visite satisfaisante
Hertfordshire
25 Mars 1811
Darcy connaissait très bien son ami. Il aurait été très surpris qu'il vienne à Darcy House à dix heures, comme il le lui avait annoncé. A supposer qu'il soit prêt à partir à cette heure, il était fort probable qu'il allait se laisser distraire par de jolies femmes. Aussi fut-il stupéfait lorsque, le lendemain matin, Bingley se présenta à Darcy House à dix heures précises.
Bingley se réjouissait à l'idée de surprendre son ami. La soirée de la veille n'avait pas été très agréable, pour lui, et il était soulagé de s'en aller. Sa sœur, Caroline, s'était montrée fort mécontente que Darcy ne soit pas venu dîner. S'imaginait-elle qu'il était à ses ordres ? Elle était parfaitement ridicule !
Elle cherchait constamment à entrer dans les bonnes grâces de miss Darcy, s'imaginant sans doute que son jeune âge la rendait facile à manipuler. Elle se trompait complètement. Miss Darcy la traitait avec une froide politesse comme une simple connaissance et ne lui avait jamais permis la moindre familiarité avec elle ni d'oublier qu'elle était d'un rang inférieur au sien, ce dont elle ne paraissait jamais se rappeler.
Et peu importait que Darcy reste totalement indifférent à ses minauderies et ses discours suaves, elle refusait d'admettre qu'il ne soit pas intéressé par elle. Un jour viendrait où elle comprendrait.
Bingley parvint à se montrer aussi aimable qu'il l'était généralement, pendant le dîner et joua plusieurs parties de whist, mais son esprit était focalisé ailleurs. Il pensait au Hertfordshire et à Netherfield. Netherfield pourrait être la réalisation du rêve de son défunt père. Mr Bingley père avait gagné sa fortune grâce au commerce, - une chose que les sœurs de Bingley avaient tenté de rendre insignifiant et de faire en sorte que toutes leurs connaissances l'oublient -, et il avait toujours eu l'intention d'acheter une propriété, mais n'avait malheureusement pas vécu assez longtemps pour accomplir ce rêve. La tâche était désormais placée sur les épaules de son fils, un lourd fardeau à supporter pour le jeune Charles Bingley.
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Donc, fidèle à sa parole, Bingley était vêtu, monté sur son étalon préféré, Wallis, et en attente devant la maison de Darcy à dix heures précises.
- Bonjour, Darcy !
Au son de la voix de Bingley, la mâchoire de Darcy tomba tandis qu'il le regardait, en état de choc.
- Bingley, vous me surprenez en permanence. Je m'attendais à avoir à aller à Grosvenor Street et vous traîner hors du lit, comme j'ai parfois eu à le faire à Cambridge. Vous n'avez pas été arrêté pour faire du charme à toutes les jolies jeunes dames le long du chemin ?
Bingley secoua la tête négativement.
- Il doit être trop tôt dans la matinée.
- Eh bien, puisque vous êtes ici, nous pouvons partir afin de voir ce manoir dont vous avez parlé avec un tel enthousiasme la semaine dernière ?
- Vous savez déjà que je suis allé la semaine dernière dans une chaise de poste à quatre chevaux pour le voir après avoir entendu parler du domaine, mais vous ne savez pas que, une fois je l'ai vu, je suis immédiatement tombé amoureux de la propriété. Je veux dire, je tiens beaucoup à le louer, mais je voudrais avoir votre avis et vos conseils, comme je le fais toujours.
Après avoir prononcé ces mots, Bingley fit avancer sa monture sur la route les menant de Londres à la ville de Meryton dans le Hertfordshire.
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Darcy n'était pas vraiment optimiste au sujet de cette visite. Cependant, il savait qu'il y avait des chances pour que cela marche mieux, à cause du fait que ses sœurs n'étaient pas là pour dénigrer la propriété ou se plaindre de tout ce qui manquait ! A en croire leurs discours, on pourrait croire qu'elles étaient destinées à y vivre. Il savait que ce n'était pas le cas pour Bingley mais il était facilement influençable et pouvait parfois se laisser manipuler par ces femmes ambitieuses. Surtout la sœur cadette, Caroline. Elle s'était mise dans la tête de l'épouser et ne voulait pas comprendre qu'il n'était pas intéressé. Peu importait, après tout ! Elle finirait par découvrir qu'elle perdait son temps.
Comme elle avait tendance à se vanter de choses qui n'existaient pas, elle ne pouvait que se couvrir de ridicule. Mais elle finirait par tomber très brutalement de son piédestal. Tant pis pour elle ! Il ne pouvait pas supporter les manipulatrices uniquement préoccupées par leurs désirs et qui ne reculaient devant rien pour les obtenir. Caroline Bingley en était un parfait exemple.
Darcy poussa un soupir. Si seulement il avait une épouse. Les choses auraient été plus faciles pour lui. Il l'aurait épousé et même lady Catherine n'aurait pas pu prétendre que la pitoyable créature qu'elle appelait sa fille était un meilleur parti que la fille d'un comte. Elle se serait couverte de ridicule. Surtout étant donné l'état dans lequel se trouvait la pauvre Anne. Mais lady Catherine refusait de voir la réalité en face. Elle était persuadée qu'elle parviendrait à le convaincre d'épouser sa fille sans vouloir admettre qu'elle se faisait des illusions.
Il allait de nouveau devoir l'affronter, subir ses insinuations. Il abrègerait autant que possible son séjour. Il n'était pas prêt à supporter plus longtemps ses simagrées. Si elle continuait à l'importuner avec ses mensonges, il ne viendrait plus à Rosings. Et rien de ce qu'il pourrait lui dire ne le convaincrait de changer d'avis. Elle n'avait aucun droit sur lui. Mais elle se comportait comme si ses parents n'étaient pas toujours en vie. Ce qui la rendait pitoyable. Mais elle découvrirait que ses désirs n'intéressaient personne, sauf elle, et qu'elle n'avait pas la moindre chance de les réaliser.
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Hertfordshire
25 Mars 1811
Bingley et Darcy arrivèrent peu après midi. Ils décidèrent de rester à l'auberge pour prendre un repas léger avant d'aller trouver le responsable, Mr Morris, qui devait leur faire visiter le domaine. Ils visitèrent Netherfield à l'intérieur, ainsi que les jardins pendant une demi-heure. Bingley était très content de la situation et de toutes les pièces principales, et tout à fait satisfait de ce que l'homme d'affaires dit dans son éloge. Il était prêt à le prendre immédiatement.
Cependant, il jugea plus prudent de contenir son enthousiasme, car Darcy, après avoir posé une multitude de questions, ne s'était pas encore s'aventuré à émettre un avis. Il se réjouissait de savoir que son ami Darcy avait accepté de se joindre à lui, comme il l'espérait. Entre eux il y avait une amitié très stable, en dépit d'une forte opposition de caractère. Sur la base de l'estime de Darcy, Bingley avait la confiance la plus ferme, et de son intelligence, la plus haute opinion. En compréhension, Darcy était le supérieur. Bingley n'était pourtant nullement déficient, mais Darcy était très intelligent. Ainsi sa vision de Netherfield devait être évaluée.
Darcy fut forcé d'admettre que Netherfield était tout à fait une belle maison. Les chambres étaient bien proportionnées et confortables et les terres étaient acceptables, mais il choisirait Pemberley sur eux en tout temps.
Serrant la main de l'homme d'affaires, Bingley dit :
- Cela vous dérangerait-il si nous allions jeter un coup d'œil de plus près sur les terres ?
Serrant la main de l'homme d'affaires, Bingley dit :
- Cela vous dérangerait-il si nous allions jeter un coup d'œil de plus près sur les terres ?
Il n'y avait pas d'objection et une autre demi-heure fut consacrée à examiner les terres alors que Bingley et Darcy galopaient sur la propriété. Il avait l'air d'être un domaine bien géré avec le parc, les fermes et les bois bien situés. Bingley 'était presque certain qu'il allait prendre, mais il n'avait pas encore entendue l'opinion de Darcy.
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Darcy galopa à travers les prairies de Netherfield Park sur le dos de son cheval blanc, accompagné de son ami proche, Charles Bingley, le vent soufflant sur leurs visages et l'herbe étant écrasée dans la terre humide par les sabots de leurs chevaux. Bingley était venu, la semaine précédente, pour visiter une propriété que son avocat avait trouvée près de la petite ville de Meryton dans le Hertfordshire. Lors de son examen initial du parc, il avait fait appel à son ami Darcy pour obtenir son opinion.
Sachant que Georgiana était maintenant dans des mains capables, Darcy avait quitté Londres le lendemain matin pour rejoindre Netherfield avec son ami. Un sourire traversa ses traits alors qu'il réfléchissait sur l'état des affaires concernant sa sœur. Mme Annesley s'était avérée être la solution idéale pour Georgiana. La matrone était autant une figure de la mère pour sa jeune sœur comme elle était une dame de compagnie payée. Elles s'étaient très bien entendues depuis presque dès le début. Ayant pris soin de six jeunes filles, toutes avec des natures différentes et variables, Mme Annesley savait exactement comment se comporter avec une jeune fille timide qui avait été la proie d'un méprisable gredin.
Il avait été soulagé que sa sœur ne se laisse pas prendre au piège des manigances de Wickham. Quelle bonne idée elle avait eu d'emmener l'un de leurs chiens favoris avec elle à Ramsgate. Celui-ci, qui détestait Wickham, ne lui avait jamais permis de s'approcher de sa maîtresse. Celle-ci en avait été très surprise et avait écrit à son frère pour lui raconter l'événement. Le jeune homme était venu aussitôt. Il n'avait pas fallu longtemps pour Wickham avant de disparaître. Cependant, avant cela, il avait reçu un châtiment à la hauteur de ses méfaits.
Darcy avait compris que Mme Younge n'était pas digne de confiance après avoir eu une discussion avec sa sœur. Il était évident qu'elle était de connivence avec Wickham et que leur but était de manipuler Georgiana. Il n'avait aucun mal à deviner ce qu'ils attendaient d'elle.
Darcy était venu à Ramsgate avec son cousin, le colonel Fitzwilliam, un homme qui ne s'en laissait pas compter. Il lui avait fait part de son idée. Richard Fitzwilliam avait approuvé. Il était mort de rire en entendant parler du projet de son cousin et avait pris un malin plaisir à l'aider à le réaliser. Darcy avait décidé que le meilleur moyen d'empêcher Wickham de nuire à une héritière consistait à l'obliger à épouser Mme Younge. Naturellement, il protesta vigoureusement, mais la menace de se retrouver en prison jusqu'à la fin de sa vie suffit à le faire taire. Il savait que Darcy avait plus de pouvoir que lui et qu'il tiendrait parole s'il l'y obligeait.
Pour s'assurer que Wickham ne serait pas en mesure de nuire à qui que ce soit, Darcy fit reproduire des affiches avec son visage et les diffusa dans tout le pays, en particulier dans les petites villes et villages où il aurait le plus de chance de raconter ses mensonges et de tromper des innocentes. Il ne lui donnerait pas la possibilité de faire du mal à qui que ce soit.
Lorsqu'il était revenu à Pemberley, ce fut pour constater, avec satisfaction, que sa sœur s'était remise de cette histoire désagréable. Elle avait été indignée que Wickham ait cru qu'elle serait facile à manipuler au point d'accepter d'épouser le fils d'un serviteur, et tout cela, d'une manière scandaleuse. Wickham avait été furieux lorsqu'elle s'était moquée de lui et de ses prétentions. Contrairement à ce qu'il croyait, elle ne l'avait jamais aimée. Et elle avait appris certaines choses sur lui, à Lambton, qui aurait suffi à la convaincre qu'elle ne voulait rien avoir à faire avec lui.
Savoir qu'une jeune fille de quinze ans s'était montrée plus maligne que lui et avait déjoué ses plans avec habilité rendait Wickham fou de rage. Mais il ne pouvait plus rien changer à son sort.
Mr Darcy constata avec joie que sa sœur avait fait de très gros progrès dans ses études. Elle avait beaucoup amélioré son français et le parlait presque sans accent. Mais sa matière de prédilection était, bien entendu, la musique et ses maîtres ne cessaient de chanter ses louanges sur ses talents.
Sa sœur était en train de devenir une belle jeune femme, parfaitement accomplie. Mais il était préoccupé par sa timidité qui risquait de lui nuire lorsqu'elle serait en âge de sortir de la bonne société. Si seulement il pouvait trouver une femme capable de l'aider ! Miss Bingley était hors de question. Elle était trop prétentieuse et centrée sur elle-même pour avoir la moindre utilité. Quant à sa cousine, miss de Bourgh, inutile d'en parler. Comment pourrait-elle réussir alors qu'elle n'avait jamais fréquenté la bonne société et ne voyait que rarement des visiteurs. De toute façon, son père ne donnerait jamais son consentement à un tel mariage, ce qui faisait enrager lady Catherine et le soulageait.
Depuis longtemps, Darcy soupçonnait sa tante de ne pas être étrangère à la disparition de sa cousine, lady Elisabeth Fitzwilliam, - Lilibeth, dans son esprit -, et il savait qu'il n'était pas le seul à le penser. Si jamais la vérité venait à être découverte et que ces soupçons s'avéraient exacts, Darcy n'osait pas imaginer quel son oncle, le comte de Matlock, réserverait à sa sœur. Mais il était évident qu'elle passerait un très mauvais moment. Il secoua la tête pour effacer ses pensées et se concentrer sur la tâche à accomplir.
Les deux cavaliers avançaient au trot observaient le domaine qu'ils parcouraient depuis environ une demi-heure. La demeure était magnifique, pas trop grande, mais agréable à voir et l'intérieur, qu'ils avaient déjà visité, était très confortable. Les deux hommes s'arrêtèrent devant une clairière dans les arbres bordant le terrain, dans la distance était une grande maison seigneuriale avec de très beaux motifs.
Regardant autour de lui avec attention, Darcy regarda le paysage aussi loin que l'œil pouvait atteindre les vastes plaines afin de l'observer. Avec ce qu'il avait déjà pu voir, il conclut que la superficie, dans les comtés du sud, était en effet propice à l'agriculture et pourrait, en effet, être jugée convenable, au moins pour une certaine durée. Mais, de ce qu'il avait détecté sur une précédente visite à cette commune, Darcy savait que la société présente était quelque chose de beaucoup moins souhaitable. Il avait trouvé la petite noblesse locale grossière et vulgaire, la quintessence de la basse classe, dépourvue de mode ou de bonne éducation. Pourquoi Bingley souhait-il s'installer ici était au-delà de sa compréhension.
Darcy put constater, cependant, que les terres étaient fertiles et bien entretenues, la forêt était belle, les fermes semblaient prospères.
Bingley était presque certain qu'il allait louer le domaine mais il attendait toujours d'entendre l'opinion de son ami.
Beaucoup de jeunes femmes pouvaient être vues en train de se promener à travers la campagne avec leurs bonnets repoussés sur la nuque et leurs cheveux s'envolant dans la brise comme des paysannes, et sans escorte convenable.
La seule qualité rédemptrice que Darcy pouvait trouver à cette propriété située dans le Hertfordshire était son emplacement. Elle ne se trouvait qu'à vingt-quatre miles, à peine, de la ville, un avantage dont il pourrait souvent se prévaloir si jamais il devait se sentir assez malheureux pour se sentir pris au piège dans ce domaine perdu de la campagne. Venant d'un endroit herbeux dans un beau pâturage entouré de collines, Bingley ralentit son étalon et tira dans les rênes. Darcy l'imita aussitôt.
Jetant un regard en arrière vers la maison de maître derrière lui, Bingley se retourna pour adresser un regard inquiet sur son ami.
- Quelle belle vue, n'est-ce pas ? demanda Charles Bingley.
Son compagnon donna son accord d'un hochement de tête.
- C'est assez joli, j'en conviens.
- Qu'en pensez-vous, Darcy ? N'est-ce pas une bonne idée ?
- Il peut convenir, tel qu'il est. La maison est spacieuse, confortable et bien meublée. Le terrain est excellent pour l'agriculture, bon pour les cultures et les moutons. Les bovins prospéreront également très bien ici. Et les écuries sont aussi grandes et confortables que toutes celles que j'ai déjà vues.
- Bien sûr, ce n'est pas comparable à Pemberley, je ne l'ignore pas, poursuivit Bingley, mais comme vous n'êtes pas disposé à me le vendre et que je dois bien m'installer quelque part, cela pourrait tout aussi bien être ici.
Bingley savait très bien qu'il ne pourrait jamais comparer Netherfield avec Pemberley. La question était de savoir si cette propriété conviendrait pour un débutant. N'ayant aucune expérience dans la gestion d'un domaine, Bingley devait compter sur l'opinion de son ami qui, lui, en avait acquis au cours de ces dix dernières années, en travaillant avec son père depuis son plus jeune âge.
- Vous n'avez aucune raison de vous préoccuper à ce sujet, répondit Darcy. Je suis parfaitement capable d'évaluer un bien sans avoir à le comparer à Pemberley.
- Ai-je votre approbation ? Dites-moi, êtes-vous d'accord ?
Ces questions faisaient partie de la personnalité de Mr Charles Bingley. Il lui était impossible de faire quoi que ce soit sans demander l'approbation de son ami. Il était malheureusement très facile d'influencer Bingley. En raison de cette caractéristique, Darcy avait dû prendre la grave décision de veiller sur son ami, même si cela signifiait diriger sa vie à sa place. Il ne tenait pas à ce qu'il soit la victime de gens malhonnêtes ou d'une femme cupide. Malheureusement, une telle chose risquait fort de se produire.
Darcy fit volter son cheval, tournant le dos à son ami et regarda la demeure et le paysage environnant ainsi qu'un certain nombre de cottages, visibles dans le lointain. Il grimaça avant de répondre :
- Les comtés du sud sont, de loin, les plus pauvres. La maison et les terres ne manquent pas d'intérêt cependant, vous risquez de trouver les manières de la population locale quelque peu rustres, répondit-il à la place de l'approbation que Bingley attendait de lui. Les gens d'ici sont plutôt grossiers.
- Les manières campagnardes ? Certes, vous plaisantez ? Je pense qu'elles sont charmantes.
Il ne put s'empêcher de rire en prononçant ces paroles. Charles Bingley était un jeune homme charmant, ouvert et agréable qui parlait très facilement avec les autres. Il voulait être heureux avec tout ce qu'il voyait. Ses deux sœurs aînées, qui vivaient près de lui, étaient totalement différentes. Elles aimaient à faire des commentaires sarcastiques sur tous ceux qu'elle rencontrait. Darcy ne pouvait pas s'empêcher de l'envier parfois.
- Eh bien, si tel est le cas, vous feriez mieux de le prendre avant que quelqu'un d'autre ne le fasse, conseilla Darcy en arborant un demi-sourire devant l'enthousiasme évident de son ami. N'hésitez pas.
- Je vous remercie. Je vais parler directement à Mr Morris et Mr Phillips. Il ont déjà préparé les papiers, et mon avocat approuve.
Darcy rit, mais ensuite, il ressentit l'étrange sentiment qu'ils n'étaient pas seuls. Il leva les yeux pour regarder au-dessus de lui, dans le lointain. Il y avait là une jeune femme, regardant vers le bas, dans leur direction. Il ne pouvait pas voir son visage exactement, mais il ne put s'empêcher de remarquer que son chapeau pendait librement derrière elle et que ses boucles noires s'étaient échappées de leurs épingles. Son sourire s'effaça et fut rapidement remplacé par une grimace, alors qu'il faisait tourner son cheval.
Cela dit, Bingley lança son cheval au galop pour se lancer dans une course à travers les terres. La soudaineté de l'action de Bingley stupéfia Darcy pour un moment, mais quelques instants plus tard, il l'avait rattrapé et bientôt, il prit de l'avance sur son ami. Bingley fut forcé d'admettre la défaite. Ce n'était pas la première fois et il n'en voulait pas du tout à son ami.
En arrivant à l'entrée de Netherfield Park, ils furent accueillis par Mr Morris qui était maintenant prêt à être leur guide pour visiter la maison. Darcy fut forcé d'admettre que Netherfield était tout à fait une belle maison. Les chambres étaient bien proportionnées et confortables et les terres étaient acceptables, mais il choisirait Pemberley sur eux en tout temps.
Après une demi-heure de visites, Bingley dit à son interlocuteur :
- Mr Morris, je suis très heureux de Netherfield. Je pense que je vais le prendre. Qu'en dites-vous, Darcy ?
Darcy se détourna de la fenêtre pour revenir vers Bingley.
- Si votre décision est prise, je pense que vous serez très bien.
- Et combien de temps comptez-vous le louer, monsieur ? demanda Mr Morris.
- Oh, je ne sais pas. Je n'ai pas de plans fixes. Mais j'espère que je vais rester pour un certain temps.
- Très bien monsieur.
Le reste de la journée se passa avec l'avocat, qui devait se charger d'établir le contrat de location et de régler tous les détails, mais alors que Bingley posait sa tête sur l'oreiller de sa chambre à l'auberge, il se savait désormais possesseur de Netherfield Park.
Et toute la ville de Meryton le savait aussi.
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C'était une belle matinée d'automne. Comme à son habitude, miss Elisabeth Bennet rentrait chez elle, à Longbourn, après avoir fait une promenade dans la campagne avec ses chiens, comme elle le faisait tous les matins avant le petit déjeuner.
Cinq de ses chiens couraient devant elle, se poursuivant les uns les autres, pendant que Black, leur aîné, restait dignement aux côtés de sa maîtresse, ce qui amusait beaucoup la jeune fille.
La jeune fille sourit. Elle se réjouissait du bonheur de ses chiens qui aimaient à l'accompagner chaque matin. Avec eux, elle n'avait pas à craindre de devoir supporter un bavardage insipide qui aurait troublé sa solitude. Elle était heureuse de faire plaisir à ses fidèles compagnons dont elle préférait, de beaucoup, la compagnie à un certain nombre de ses connaissances dont elle se serait bien passée.
La jeune fille inspira profondément l'air pur de la campagne. Un soleil radieux brillait dans le ciel d'un bleu lumineux où flottaient ici et là quelques nuages blancs.
Elle s'arrêta sur le chemin où elle se trouvait et jeta un coup d'œil vers le bas. De là où elle était, elle avait une vue sur le domaine de Netherfield Park, la plus grande propriété de la région. La maison était très grande avec un magnifique jardin, une fontaine et un double escalier en circonvolution. Son père l'avait rachetée, des années plus tôt, alors que la propriété commençait à perdre de sa valeur à cause de la négligence évidente du propriétaire. Elle devrait revenir au second frère de Lizzie, tandis que l'aîné hériterait de Longbourn.
Elle fut donc très surprise de voir deux cavaliers qui s'éloignaient au galop dans la direction de la maison. Elle n'avait aucune idée de leur identité.
Au-dessus d'eux, les cavaliers ne s'étaient pas rendu compte qu'une jeune fille les observait, même si Darcy avait cru l'apercevoir. Elle sourit, se demandant qui ils étaient et ce qu'ils faisaient-là. Elle fut intriguée par leur présence. Était-il possible que la maison allait être louée ? Ce serait une bonne chose pour tout le monde. Cependant, si jamais le locataire était célibataire, le pauvre risquait de se trouver aux prises de mères cupides et ambitieuses. Elle le plaignait beaucoup. Puis, elle haussa les épaules et se mit en route pour rentrer chez elle, traversant le bois et les champs, cueillant une fleur ici et là.
Elle arriva bientôt en vue de sa maison. Elle était beaucoup plus petite que Netherfield Park, mais elle était confortable. Et Lizzie l'aimait telle qu'elle était.
De loin, lui parvint le son du pianoforte. Jane était sans doute en train de jouer pour plaire à sa mère. En arrivant devant la maison, elle aperçut son père par la fenêtre de la bibliothèque. Il lui adressa un sourire et un salut de la main. Elle se demanda si son père était au courant de la présence de visiteurs à Netherfield. Etant donné que le domaine lui appartenait, c'était plus que probable. Elle découvrirait probablement la clé du mystère pendant qu'elle serait dans le salon. Elle y entra sans faire de bruit pour ne pas déranger Jane et s'assit près de sa mère. Moins de cinq minutes plus tard, son père venait les rejoindre.
- Avez-vous fait une bonne promenade, Lizzie ? demanda Mr Bennet.
- Oui, Père. J'ai été très surprise de voir des cavaliers galoper en direction de Netherfield Park. Y-a-t-il une possibilité que le domaine soit loué ?
- C'est possible. Mr Morris m'a informé qu'un jeune homme avait demandé à visiter le domaine. Il est déjà venu la semaine dernière, mais il tenait à le montrer à un de ses amis avant d'envisager la location. Apparemment, il ne connaît rien à la gestion d'un domaine, mais son ami, qui en possède un, a plus d'expérience que lui.
- C'est très sage de sa part, dit Lizzie. La gestion d'un domaine est une tâche très sérieuse.
- Savez-vous autre chose à son sujet ? demanda Mme Bennet, visiblement intéressée par le sujet.
- J'ai bien peur que non. Mais je suppose que nous en saurons plus par Mr Philips si la location se fait.
- De toute façon, il ne viendra sans doute pas avant la Saint-Michel pour s'installer, dit Lizzie.
- C'est probable, en effet. Tout ce que nous avons à faire, c'est d'attendre pour savoir à quoi nous en tenir.
- Je plains le pauvre homme s'il est à la fois riche et célibataire, dit Elisabeth.
- Pourquoi, Lizzie ? Il devrait en être heureux, au contraire ! demanda Jane.
- Les mères de filles célibataires vont se jeter sur lui. Un riche parti ne peut qu'éveiller leur intérêt.
- Oh Lizzie ! Ne croyez-vous pas que vous exagérez ?
- Pas du tout. Vous verrez bien. S'il loue le domaine et qu'il n'a pas d'épouse, nos voisins le considèreront comme la propriété légitime de leurs filles. Elles ne se soucieront pas de savoir quel est l'opinion du jeune homme en question.
Jane aurait bien voulu s'opposer à une telle idée, mais elle savait très bien que sa sœur disait la vérité et que protester serait complètement stupide de sa part.
- Eh bien, dit-elle avec un soupir résigné, il faut espérer qu'il saura se défendre. Je ne pense pas qu'il viendrait s'installer ici dans le but de trouver une épouse.
- Nos voisins se moquent bien de ses motivations. Ils agiront comme bon leur semble.
- Je pense qu'il serait prématuré d'en discuter, dit Mr Bennet. Il n'est pas encore là. Laissons donc le pauvre homme tranquille. S'il vient s'installer ici, je suis sûr qu'il saura se protéger des mères de famille ambitieuses et de leurs filles.
- Espérons-le, conclut Lizzie. Attendons ce qui ce passe pour le voir.
