Chapitre 7 Les plans de Caroline Bingley

- Il suffit de bien y réfléchir, Louisa, déclara miss Bingley, alors qu'elle se déplaçait d'un pas langoureux à travers le salon de la maison de leur frère. Septembre arrivera très bientôt, et nous serons tous ensemble à Netherfield. Je ne comprendrai jamais pourquoi Charles a choisi de louer une propriété dans une partie du pays aussi morne, mais Mr Darcy sera là. Cela fera plus que compenser son erreur. Cependant, Mr Darcy sera là. Cela fera plus que compenser son erreur.

- Sans aucun doute, convint Mme Hurst. Il sera loin des distractions de Pemberley et du devoir de veiller au bien-être de sa sœur. Netherfield n'a rien à voir avec Pemberley. Être dans le Hertfordshire sera à votre avantage et est lié à votre meilleure chance de parvenir finalement à un accord avec vous. Vous avez attendu beaucoup trop longtemps.

- Le temps est certainement venu pour lui de faire ce qu'il aurait dû faire auparavant, dit miss Bingley, avec un léger soupçon de frustration dans sa voix. Il ne peut pas s'attendre à ce que je reste passivement assise alors que le temps passe avant qu'il ne me fasse sa demande en mariage. Je ne vais pas tolérer ses atermoiements plus longtemps.

- Peut-être qu'il serait préférable de ne pas dire de telles choses en présence de Charles, Caroline. Je ne comprends pas pourquoi il semble si hésitant à faire preuve de plus d'enthousiasme lorsque vous faites des allusions vous concernant, Mr Darcy et vous.

- Notre frère ne se montre jamais enthousiaste, sauf lorsqu'il fait la connaissance d'un nouvel ange blond. Lorsque je serais Mme Darcy, il sera le premier à se vanter de son lien plus étroit avec mon mari.

- Nos relations seront alors exceptionnelles lorsque vous serez Mme Darcy. Je suis si fière de vous, ma chère sœur.

Miss Bingley n'était que trop heureuse en entendant la louange de sa sœur. Si seulement leur frère était plus comme elles, cette conversation n'aurait pas eu lieu parce qu'elle serait déjà devenue Mme Darcy. Elle remercia sa sœur qui continua à montrer son approbation et sa joie.

- Songez à tout l'argent de poche dont vous disposerez, une fois que vous l'aurez épousé, dit Mme Hurst. Je vais devoir convaincre Mr Hurst pour obtenir une augmentation du mien, de telle sorte que nous pourrons nous habiller toutes les deux comme des femmes de notre rang devrait l'être.

- Ne vous inquiétez pas, Louisa. Je suis certaine que je serais en mesure de convaincre Mr Darcy de dire quelques mots à l'oreille de votre mari. Je pourrais même le pousser de le menacer de ne pas l'inviter à l'une de nos maisons, à moins que vous puissiez vous habiller comme vous le méritez.

- Quelle excellente idée, Caroline. Mr Hurst ne prendra jamais le risque de ne plus être invité à Pemberley avec son abondance de brandy, de vins fins et de bonne nourriture. Sans oublier le temps que nous aurons l'occasion de passer avec lord et lady Matlock.

- J'avais presque oublié ce qui pourrait nous attendre. Nos vies vont changer énormément.

- Ce moment ne peut pas venir assez vite, ma sœur. J'ai aussi entendu des rumeurs selon laquelle lady Matlock aurait des relations avec la famille royale.

- J'aimerais que cette rumeur soit un fait réel. Je voudrais bien voir l'intérieur des résidences royales.

- Pas autant que moi. Il serait très possible de redécorer quelques-unes des pièces de Pemberley pour ressembler au palais royal. Quel beau coup ce serait pour moi !

- Comment pensez-vous que miss Darcy va réagir en réponse à la nouvelle que vous allez devenir sa sœur ?

- Je ne m'inquiète pas en ce qui la concerne. Elle est très timide et réservée et je pense qu'elle me mangera dans la main en peu de temps. J'ai bien l'intention de me servir de la profonde affection de son frère à son égard pour obtenir ce que je veux.

- Vous aurez aussi la chance de vous habiller avec les robes les plus somptueuses. S'il y a une chose qui manque à lady Matlock et aux femmes de sa famille, c'est le flair pour le choix des plumes et des couleurs dans leur tenue vestimentaire.

- Mais nous ferons en sorte que miss Darcy suive nos directives. Une fois que toutes ses relations verront comment elle sera habillée, je suis certaine que tout le monde sera très désireux de l'imiter.

- Je l'ai déjà dit, mais je ne peux pas m'empêcher de dire à nouveau à quel point je suis fière de vous, Caroline. Et j'approuve totalement vos plans concernant miss Darcy.

- Bien sûr, vous le devez. Miss Darcy est douce comme un agneau. Elle sera facile à manipuler et acceptera toute idée dont je lui ferai part. Je ne pensais pas que je rencontrerai quelqu'un qui serait aussi facile à manœuvrer que Charles, mais je n'avais alors pas encore rencontrer ma future sœur.

Un ricanement moqueur fit sursauter les deux femmes et interrompit leur conversation. Elles se retournèrent et virent Mr Hurst se lever du canapé où il faisait semblant de dormir depuis un bon moment.

- Quels beaux projets vous faites, Mesdames ! dit-il d'un ton railleur. Vous semblez tellement persuadées qu'ils s'accompliront comme vous le souhaitez. Cependant, je crois que vous avez oublié un petit détail pour leur permettre de réussir.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, répondit Caroline en toisant son beau-frère d'un regard empreint de dégoût et de mépris.

Mr Hurst sourit de plus belle.

- Vous avez tout simplement oublié que Darcy a un père et une mère, Caroline, qu'ils vous méprisent autant que leurs enfants et que vous n'avez pas la moindre chance de réussir. Darcy ne vous épousera jamais. Vous vous faites des illusions en croyant le contraire. Je ne sais pas où vous avez eu l'idée absurde qu'il pourrait y songer. Il n'a jamais rien fait pour vous le faire croire. Il vous tolère parce que vous êtes la sœur de son ami mais sa patience à des limites. Prenez garde à ne pas les dépasser. Cela pourrait vous coûter cher.

- Vous êtes ridicule ! s'écria Caroline. Je ne crois pas un seul mot de ce que vous dites ! Mr Darcy est un homme très réservé. Pourquoi passerait-il autant de temps avec nous s'il n'avait pas d'intentions à mon égard ?

- Parce qu'il est l'ami de Charles et qu'il est obligé de supporter votre présence par amitié pour lui. Il n'a aucune obligation envers vous. Vous êtes la sœur de son ami, rien de plus. Et vous ne serez jamais autre chose. Quand à votre croyance que miss Darcy épousera Charles ou qu'elle acceptera de se soumettre à vos goûts vulgaires en matière vestimentaire, vous vous faites des illusions. Vous n'êtes pas une de ses amies. Seulement une relation qu'elle tolère, comme son frère. Elle est peut-être jeune et timide, mais elle n'est certainement pas stupide ! Vos discours sur Charles n'ont pas plus d'effet que n'en ont vos louanges à Darcy à son sujet. Vous ne faites que vous couvrir de ridicule.

- Vous racontez n'importe quoi ! s'exclama Caroline, rouge de colère devant de tels propos insultantes. Je vous promets que vous regretterez vos paroles lorsque je deviendrais la maîtresse de Pemberley !

Hurst ricana avec mépris.

- Que faites-vous de lady Anne Darcy ? Elle est toujours en vie, que je sache ! Vous croyez réellement pouvoir usurper sa place ? Laissez-moi rire, Caroline. Il semble que votre séjour en pension et le montant de votre dot vous soient montés à la tête et fait oublier votre basse naissance. Vous vous attribuez une importance qui n'existe que dans votre imagination. Prenez garde, Caroline. Vous êtes tout près d'être considérée comme une vieille fille. Vous avez dédaigné tous les bons partis potentiels. Et comme votre caractère est détestable, vous ferez fuir tous les hommes. Il ne vous reste plus beaucoup de temps. Alors, pour une fois dans votre vie, écoutez les conseils que l'on vous donne, sinon, vous finirez seule. Mais ne vous en plaigniez pas. Vous ne pourrez pas dire que vous n'étiez pas avertie. Bonne journée, Mesdames.

Sur un salut ironique, il sortit de la pièce, laissant les deux femmes dans un état de colère extrême, surtout Caroline.

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Caroline était furieuse des paroles de son beau-frère. Louisa l'était tout autant qu'elle mais elle voulut rassurer sa sœur.

- Ne vous préoccupez pas des élucubrations d'un ivrogne, Caroline. Il raconte n'importe quoi et ne sait pas de quoi il parle.

- Vous avez raison, Louisa. Mais c'est vraiment agaçant d'entendre de telles choses. Cependant, j'aurai bientôt ma revanche. Et il regrettera ses moqueries.

La venue de leur frère les arrêta. Il tenait une note à la main. L'œil d'aigle de Caroline vit et reconnut le sceau des Darcy.

- Qu'est-ce que Mr Darcy vous écrit, Charles ? Est-ce que nous allons le voir aujourd'hui ? Est-il revenu à Londres ?

- Je ne pense pas, Caroline. Darcy m'avait demandé de le rejoindre chez White pour me parler. Il m'a informé du décès de sa cousine, Anne de Bourgh. Il est parti pour Pemberley. Il nous rejoindra directement à Netherfield après la Saint-Michel.

Les deux sœurs échangèrent un regard consterné. Ce décès ne faisait pas leur affaire car il allait les empêcher de séjourner à Pemberley comme elles l'espéraient.

- Il ne va donc pas venir nous voir ? demanda Caroline, dépitée.

- Non. Il est déjà parti. Vous devrez attendre l'automne pour le revoir.

- Je dois dire que je suis surprise. Je me serais attendue à ce qu'il vienne prendre congé de nous.

- Eh bien, il ne l'a pas fait. Il est entièrement libre de prendre ses propres décisions.

- Je trouve que lady Catherine de Bourgh exagère d'avoir exigé qu'il vienne la voir de cette manière. Elle est bien trop exigeante à mon goût.

- Ce n'est pas votre place de faire de telles commentaires, Caroline. Lady Catherine est la tante de Darcy et s'il veut aller lui rendre visite, il est dans son droit de le faire et il n'a pas besoin de votre permission pour cela.

- Je suppose qu'elle voulait le convaincre de nouveau d'épouser sa fille ?

- Darcy n'a aucune obligation de me révéler ses affaires privées, Caroline, et vous ne devriez pas vous en inquiéter non plus.

Miss Bingley n'était pas très contente de la façon dont la conversation avançait mais elle étant obstinée et simple d'esprit lorsque le sujet était Darcy, elle poursuivit son interrogatoire.

- Qu'en est-il de notre voyage dans le Derbyshire ?

- Il n'y aura pas de voyage, Caroline. Darcy est en deuil de sa cousine et nous n'avons pas été invités, de toute façon. Nous irons rendre visite à notre famille en Août, comme prévu.

- C'est fort regrettable de manquer une telle visite, dit Louisa. Certes, Charles, vous ne pouvez pas ignorer que notre avenir est lié à la famille Darcy.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, Louisa. Je crains que votre imagination, à toutes les deux, ne vous poussent à inventer des choses qui n'existent pas.

- Je ne me trompe pas, dit miss Bingley avec gravité. Louisa et moi avons discuté sur le fait que Mr Darcy aime ma compagnie avant votre arrivée. Lui et moi sommes semblables. Il ne peut y avoir qu'un seul résultat à notre amitié.

- Darcy est mon ami, Caroline, pas le vôtre. Hurst m'a informé de vos idées ridicules. Je doute que vous ayez le moindre point commun avec lui. Vous vous faites des illusions.

- C'est inutile, Caroline. Notre frère ne sera jamais convaincu de ce que nous savons qui va se passer, jusqu'au jour où vous deviendrez la future maîtresse de Pemberley.

- Avez-vous entendu notre sœur, Charles ? Attendez et vous verrez ce qui se passera très bientôt.

- Vous avez laissé trop souvent votre imagination courir là où les sentiments de mon ami sont concernés. Je vous préviens de renoncer à vos manières obséquieuses sur Darcy. Vous ne gagnerez ni son affection ni son respect de cette manière.

Et avec cet avertissement, Charles prit congé de ses deux sœurs.

- Caroline, dit Mme Hurst, je pense qu'il vaut mieux éviter de nous mettre en colère contre notre frère. Nous risquerions de le heurter. Nous devons malheureusement renoncer à nous rendre à Pemberley cet été, mais nous le reverrons bientôt. Peut-être pourrons-nous en tirer un avantage lorsque nous serons à Netherfield.

- Je doute fort qu'il rencontre une seule femme aussi raffinée que nous dans le Hertfordshire. Vous pouvez en tirer un profit évident.

- Et je pourrais montrer à Mr Darcy mes capacités en tant que maîtresse de maison. - Oui, Louisa, je crois que nous en tirerons un avantage. Je me réjouis de la réussite prochaine de mes plans.

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Peu de temps après cette conversation, Bingley décida d'en avoir une autre avec ses sœurs et, surtout, avec Caroline. Les paroles de son ami étaient toujours présentes dans son esprit. Il se rendit compte que sa sœur déplorait toujours l'événement qui l'empêcherait de se rendre à Pemberley.

- Je ne vois pas à quoi vous servent vos plaintes, Caroline, puisque nous n'avons pas été invités à nous rendre à Pemberley, même sans le deuil de Darcy.

- Je ne peux pas croire que Mr Darcy ne nous auraient pas invités ! s'écria Caroline d'un ton vexé.

- Lady Anne ne vous aime pas, Caroline. Après votre conduite honteuse lors de votre dernière visite, elle a juré que vous ne serez plus jamais invitée à Pemberley. Votre manque de respect à l'égard des serviteurs vous vaudra une punition permanente. Et c'est tant pis pour vous !

- Je ne vois pas où est le problème ! protesta Caroline avec indignation. Le rôle des serviteurs est d'obéir. Que suis-je sensée attendre d'autre de leur part ?

- De ne pas vous comporter comme si vous étiez leur maîtresse, ce que vous n'êtes pas et ne serez jamais, vous pouvez en être certaine.

Caroline était furieuse d'entendre de telles paroles, mais elle comprit que se mettre en colère n'arrangerait pas ses affaires.

- J'ai eu une conversation avec Darcy juste avant son départ pour Pemberley, dit Charles. Je ne vous en ai pas parlé tout de suite car j'avais besoin de réfléchir à ce sujet. Et cela n'a rien à voir avec le fait d'être invité ou non à Pemberley, mais d'autre chose, du fait que nous n'irions pas cet été. Et aussi d'autre chose, encore plus important. Le fait que nous pourrions bien ne plus jamais être autorisés à en franchir le seuil.

Caroline n'était pas convaincue que son frère était sérieux. Elle avait séjourné à Pemberley à plusieurs reprises et elle ne pouvait pas croire que Mr Darcy pourrait même de vendre un domaine aussi magnifique. Son prestige était l'une des raisons pour laquelle elle souhaitait en devenir la maîtresse, presque autant que pour les dix mille livres de revenus annuels.

- Vous ne pouvez pas être sérieux, Charles, dit-elle. Mr Darcy est très fier de la propriété familiale. Je suis sûre que ni lui ni son père n'envisageraient de la vendre pour un royaume !

- Vous semblez avoir le talent de vous méprendre volontairement sur tout le monde aujourd'hui, Caroline. Je n'ai jamais dit que Darcy envisageait de vendre Pemberley. L'idée est absurde et impossible puisqu'il s'agit d'un bien inaliénable 1.

Miss Bingley était très inquiète car les conséquences concernant les paroles de son frère pourraient être extrêmement graves pour elle.

- Vous ne pouvez pas dire que notre famille ne sera plus invitée dans le Derbyshire, déclara une miss Bingley outragée, avec un tremblement perceptible dans sa voix. C'est inouï ! Lui et vous êtes les meilleurs des amis !

- Vous avez mis le doigt sur le sujet, Caroline. Darcy et moi sommes les meilleurs amis et j'apprécie son amitié, ainsi que ses conseils, énormément. Heureusement pour moi, il apprécie mon amitié, lui aussi mais il a pris soin de souligner qu'il est très mal à l'aise du fait que vous vous permettiez de faire preuve d'une familiarité déplacée à son égard chaque fois que vous vous trouvez en sa compagnie et même dans les lieux publics. Il m'a dit qu'il n'était plus disposé à tolérer un tel comportement de votre part. Et il pourrait aussi mettre fin à notre amitié si vous refusez de vous abstenir de vous comporter comme vous le faites. C'est un avertissement, Caroline, dont vous feriez bien de tenir compte.

Mme Hurst, qui était plutôt effrayée des conséquences que pourrait avoir la fin de l'amitié de son frère avec Mr Darcy sur sa propre position sociale, conseilla à sa sœur de prêter attention à l'avertissement de peur qu'elles aient à en souffrir les conséquences. Miss Bingley, cependant, était plutôt offensée et répondit d'une voix pleine de colère.

- Sinon, comment suis-je sensée montrer mon intérêt, quand nous, les femmes, avons tellement de règles qui régissent notre comportement ? Plutôt que de me réprimander, je devrais être remerciée pour être assez confiante pour le montrer.

Elle se tourna vers son frère et le poussa dans les côtes :

- Et vous, Charles, vous auriez dû lui signaler tous les avantages à tirer de mon mariage avec Mr Darcy.

- Caroline, je peux comprendre à quel point il sera difficile, pour vous, d'accepter ce que je vais vous dire, déclara Mr Bingley d'une voix grave. Vous n'avez jamais tenu compte des conseils venant de moi, donc, il est douteux que cette fois sera différente. Je dois dire, cependant, que je vous trouve très peu judicieuse de penser que vous pourriez devenir la femme d'un homme qui n'a ni respect ni affection pour vous et qui vous méprise. Cela vous condamnerait à une vie très solitaire. Darcy n'a que faire de votre dot de vingt mille livres, Caroline. Il a plus qu'assez de richesses pour ne pas risquer d'en manquer. Il ne vous épousera jamais, Caroline, même si vous vous abaissiez à faire quelque chose d'assez déshonorant de d'essayer de le compromettre.

- Voilà où vous avez tort, Charles ! hurla miss Bingley, folle de rage. Mr Darcy ne permettrait pas à ma réputation d'être ternie.

- Je ne me trompe pas, dit son frère d'un ton énergique, car c'est exactement ce qu'il veillera à détruire si vous ne vous arrêtez pas à tenter d'obtenir ses faveurs. Il est très respecté dans la bonne société et à d'excellentes relations, Caroline, et personne ne mettra en doute sa parole si vous êtes assez stupide pour aller aussi loin. De plus, si vous le faites, je vous renierai publiquement. Et je pense que Hurst en fera autant. Vous serez contrainte de vous débrouiller toute seule car personne ne se risquera à se compromettre en vous recevant. Réfléchissez bien à mes paroles, Caroline. Je peux vous assurer que je tiendrais parole. Je ne vous laisserais pas ruiner ma vie et notre nom parce que vous vous obstinez à vous faire des illusions . Et vous, Louisa, cessez de l'encourager ou vous pourriez bien en subir les conséquences en subissant le même sort qu'elle. A vous de décider si c'est ce que vous voulez.

Caroline était extrêmement choquée. Elle pouvait penser, en effet, à une jeune femme dont la tentative de compromettre l'objet de sa convoitise, lui avait valu de subir un bannissement de la société et la ruine de la réputation de ses sœurs dans l'affaire. On soupçonnait que toute la famille avait quitté l'Angleterre et vivait maintenant en Ecosse, mais ils n'avaient certainement pas été vus dans la société au cours des deux dernières années.

Elle éprouva une grande crainte pendant la plus grande partie de la nuit et dormit très mal, se demandant qui serait son mari si ce n'était pas Mr Darcy.

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A la grande surprise de son frère, elle semblait de très bonne humeur, le lendemain matin et mangea un copieux petit déjeuner. Il pensa immédiatement qu'elle avait pris son avertissement à cœur et quitta la maison, convaincu que son ami n'aurait pas à se faire du souci au sujet de son comportement lorsqu'ils se retrouveraient tous ensemble dans le Hertfordshire.

Il aurait sans doute été très découragé s'il avait pu lire les pensées de sa sœur et découvert qu'elle avait prévu une stratégie différente afin que son souhait de devenir un jour la maîtresse de Pemberley se réalise. Elle respecterait les désirs de Mr Darcy et se comporterait avec lui avec la plus grande bienséance. La dernière chose qu'elle désirait était de le mettre suffisamment en colère pour qu'il mette sa menace à exécution en mettant fin à son amitié avec son frère. Elle pouvait penser à une façon de le séduire et gagner son approbation et ce serait la façon étudiée dont il traitait sa sœur lorsqu'ils seraient tous à Netherfield. Quoiqu'il arrive, elle était absolument certaine que, lorsqu'elle quitterait le Hertfordshire, ce serait en tant que fiancée de Mr Darcy.

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- Êtes-vous certain que miss Bingley a bien compris votre avertissement, frère ? demanda Georgiana.

- C'est ce que Bingley m'a affirmé dans une lettre. J'ai des doutes à ce sujet. Miss Bingley est très habile pour jouer la comédie et son frère se laisse facilement duper. Cependant, je vais leur accorder le bénéfice du doute. S'il s'avère qu'ils m'ont trompé, ils en subiront les conséquences.

- Je suis heureuse de le savoir. Ce serait une très bonne chose si vous pouviez nous débarrasser de miss Bingley. J'ai pitié de son frère mais je crois qu'il a été suffisamment averti. Il ne peut pas dire qu'il ne sait pas à quoi s'en tenir.

- Je dois avouer que je suis stupéfaite que miss Bingley semble avoir renoncer aussi facilement alors qu'elle s'est obstinée ces trois dernières années. Vous avez raison. Je ne crois pas une seule seconde qu'elle ait réellement l'intention de renoncer à ses projets. C'est pourquoi je devrais rester sur mes gardes lorsque j'irai dans le Hertfordshire. Si miss Bingley décide de ne pas tenir compte de mes avertissements, tant pis pour elle. Elle ne pourra pas prétendre qu'elle n'était pas avertie.

- Peut-être que je devrais vous accompagner, finalement.

- Faites comme bon vous semble, ma chère. Si vous êtes prête à subir les discours de ces femmes. Vous pouvez écouter, sourire poliment et les oublier aussitôt.

- Je vais y réfléchir. L'idée ne me plaît pas mais je serais prête à l'endurer si cela peut vous aider. Je pourrais aussi les surveiller, pour être sûre qu'elles ne chercheront pas à vous nuire. Peut-être vaudrait-il mieux qu'elle se tienne à une distance de vous pour sa propre sécurité ?

- Que voulez-vous dire, Georgiana ? demanda Darcy.

- Mettez cela sur le compte de l'intuition féminine. Je crois que vous devriez renouveler votre avertissement à Mr Bingley et lui conseiller de ne pas se fier à sa sœur. Dites-lui que vous ne croyez pas vraiment à sa renonciation et que c'était à lui de surveiller sa conduite. Il pourrait lui supprimer son allocation en la menaçant de l'installer dans sa propre maison avec un chaperon et de la laisser se débrouiller pour qu'elle découvre que sa croyance en son importance est une illusion.

- C'est une excellente idée, Georgiana. Je vais faire ce que vous suggérez et nous verrons ce que cela donnera. En attendant, je resterais sur mes gardes. Si c'est ce qu'elle veut, alors elle aura le sort qu'elle mérite.

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Lady Catherine était toujours folle de rage d'avoir été totalement abandonnée par sa famille et d'être ignorée par sa nièce. La mort de sa fille, qui signifiait la ruine de tous ses plans, lui avait causé un choc. Et il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour le changer. Mais elle n'avait pas dit son dernier mot. Elle trouverait un moyen d'obtenir ce qu'elle convoitait. Peu importait le temps que cela prendrait, elle aurait ce qu'elle considérait comme un dû et ils regretteraient leurs insultes.

Elle convoqua Mr Collins qui était le seul allié qui lui restait. Pour le moment, du moins. Il était tellement impressionné par les personnes dont le rang était supérieur au sien, qu'il était prêt à penser qu'ils étaient également supérieurs en intelligence, en caractère et en valeur. Il avait été très flatté lorsque sa bienfaitrice lui avait envoyé un message demandant sa présence.

Lorsque la note avait été livrée, il venait de s'asseoir pour prendre son repas. Ignorant les grognements de son estomac, il demanda à la servante de garder les plats au chaud jusqu'à son retour avant de partir sur-le-champ pour le douaire. Heureusement, celui-ci n'était pas très éloigné du presbytère. Il y arriva, essoufflé et épuisé en raison de son désir de se presser pour ne pas faire attendre lady Catherine.

- Je vois que vous êtes un homme qui comprend la signification du mot « important », M Collins, déclara lady Catherine, alors qu'elle scrutait le vicaire. Je peux vous dire que je peux voir chez vous une compréhension exceptionnelle.

- Bien sûr, Votre Seigneurie, vos souhaits sont des ordres.

- Je suis heureuse de l'entendre, Mr Collins, déclara lady Catherine, car c'est la principale raison pour laquelle je vous ai appelé. Je crois qu'il est temps pour vous de trouver une épouse convenable.

Mr Collins rougit. Il avait très envie d'avoir une femme, mais, pour une raison inconnue, les jeunes femmes ne semblaient jamais le prendre au sérieux.

- Je crois que je pourrais aussi bien le faire, lady Catherine. Je dois faire un effort pour me familiariser avec les jeunes femmes du voisinage.

- J'ai une bien meilleure idée, Mr Collins, même si cela devra attendre plus tard dans l'année lorsque vous serez en mesure de faire une pause pour vous rendre dans le Hertfordshire.

- Je ne comprends pas, milady, dit Mr Collins, qui ressentait visiblement de la confusion. Voulez-vous, s'il vous plaît, m'expliquer de quoi vous parlez ?

- De la famille Bennet, bien sûr, répliqua lady Catherine avec un peu d'impatience. Je ne connais personne là-bas, mais vous le faites.

Mr Collins commença à ressentir une certaine appréhension en entendant le nom de son cousin détesté sortant de la bouche de sa bienfaitrice. En vérité, il n'avait jamais rencontré ce gentleman et pensait à ce que son père éprouvait à l'égard de son cousin.

- Je n'ai jamais posé les yeux sur un membre de la famille Bennet, milady. Je crois vous avoir expliqué que Mr Bennet et mon défunt père n'étaient plus en bons termes des années avant ma naissance.

- Tout cela appartient au passé et ne vous concerne en rien, Mr Collins, déclara lady Catherine, d'un ton très ferme. Peu importe quelle est la taille de Longbourn. Vos cousines sont des dames. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que l'une des jeunes femmes du voisinage, dont les pères sont des gentlemens, envisage de vous épouser. Il n'est pas nécessaire qu'elle ait reçue une trop grande éducation. Je veillerais sur son bien-être et la dirigerais dans le fonctionnement de votre ménage. Vous êtes un homme d'église et vous devez oublier le désaccord qui existait entre Mr Bennet et votre père. Vous choisirez une femme parmi ses filles.

Mr Collins sentit qu'il serait un homme meilleur que son cousin en accomplissant un tel geste. Lady Catherine avait raison, comme toujours.

- Je ferais comme vous le suggérez, lady Catherine, dit le vicaire. Quand pourrais-je me faire connaître à mes cousines ?

- Je crains que cela devra attendre après la Saint-Michel. Vous ne pouvez pas vous absenter si vite après votre arrivée. Mais vous pouvez rédiger une lettre à l'attention de votre cousin et me l'apporter pour que je vous la garde. Je l'enverrais par express lorsque le moment sera venu et lorsque vous reviendrez du Hertfordshire, je m'attends à recevoir de bons rapports sur votre future épouse.

- Je vous remercie, milady. Il est fort regrettable que nous ne serons pas en mesure de célébrer deux heureux événements.

- Hélas, Mr Collins, cela n'arrivera jamais, dit lady Catherine d'un ton véritablement contrarié. La douleur du rejet a tué ma pauvre fille. Mon neveu, je le crains, n'est pas à moitié aussi accommodant que vous. Ce que je souhaitais ne pourra jamais se produire. Il est trop tard maintenant, hélas. Il vaut mieux ne plus aborder ce sujet déplaisant. Vous comprenez ?

Mr Collins hocha la tête et se hâta d'assurer sa bienfaitrice que personne n'en entendrait jamais parler de sa bouche. Il avait été impatient de célébrer le mariage de miss de Bourgh avec Mr Darcy. hélas, la mort l'en priverait pour toujours. Il ne pouvait comprendre à quel point le jeune homme se montrait misérable et ingrat.

1 Bien inaliénable : Tout bien patrimonial qui ne peut être cédé, vendu.