Ce chapitre n'est pas très long, mais le suivant le sera plus, je le promets. Les choses vont commencer à avancer. Attendez-vous à des surprises. J'espère que ce petit chapitre vous fera patienter. Bonne lecture. J'attends avec impatience tous vos commentaires.
Chapitre 8 Heureuses vacances à Pemberley
Lady Mélissandre Buxley, fille du marquis de Buxley, frère de lady Matlock, était une jeune femme d'une vingtaine d'années. Elle était très proche de sa cousine, Georgiana, et avait une correspondance assidue avec elle depuis plusieurs années. Elle ne refusait jamais de lui donner des conseils si elle les demandaient.
N'ayant pas de sœur, elle était toujours heureuse de passer du temps avec sa jeune cousine. Autrefois, elle avait été très proche de sa cousine, lady Elisabeth Fitzwilliam, du même âge qu'elle et qui avait disparue une quinzaine d'années plus tôt. Elle ne s'était jamais vraiment remise de cette perte. Tout comme les autres membres de sa famille.
Mélissandre était, elle aussi, persuadée que lady Catherine de Bourgh n'était pas étrangère à la disparition de sa cousine. Et elle avait un peu pitié d'elle, car elle savait que si son oncle, le comte de Matlock, découvrait des preuves de son implication dans la disparition de sa fille, rien ne pourrait l'empêcher de l'expédier à Bedlham. Et elle savait que ce ne serait une perte pour personne.
Elle se réjouissait que les sœurs de Mr Bingley ne soient pas présentes à son mariage. Elle n'avait aucune envie de subir leurs flagorneries. Miss Bingley était la pire des deux. Elle n'avait jamais vu une femme dotée d'un goût aussi vulgaire en matière de mode. Ses robes étaient horribles, aussi vulgaires et prétentieuses que celle qui les portaient. Son éducation laissait à désirer. Elle se prenait pour une dame mais ne comprenait pas du tout ce que signifiait ces mots. Elle n'avait pas la moindre idée de ce que signifiait réellement être la maîtresse d'un domaine. Elle ne voyait que les apparences. Tout ce qui l'intéressait, c'était d'afficher sa richesse, d'organiser des bals et des réceptions, d'en mettre plein la vue dans le seul but de démontrer son importance. Elle était d'autant plus pitoyable qu'elle n'avait jamais reçue la moindre demande en mariage. Elle était déjà considérée comme une vieille fille dans la bonne société et ceux qui ne l'aimaient pas, - et ils étaient nombreux ! se moquaient d'elle et de ses prétentions ! Elle tomberait un jour très brutalement de son piédestal et n'aurait que ce qu'elle méritait.
Lady Mélissandre savait qu'elle trouverait des raisons de se plaindre de son sort. Caroline Bingley ressemblait beaucoup à lady Catherine. Par le caractère et les croyances, elles auraient pu être mère et fille. Lady Catherine serait probablement furieuse et humiliée qu'on la compare à une fille de commerçant. Elle ne voulait pas admettre que sa conduite était indigne d'une femme de son rang.
La jeune femme secoua la tête et décida d'oublier ces femmes déplaisantes. Elle pouvait penser à des choses beaucoup plus agréables. Elle se rendit jusqu'au salon pour rejoindre les membres de sa famille. Elle sourit en voyant le sourire heureux de sa cousine.
- Vous semblez bien joyeuse, Georgiana. Est-ce parce que les Bingley ne seront pas présents à Pemberley ?
- Vous êtes très amusante, Mélissandre. Vous avez tout à fait raison. Je me réjouis que miss Bingley et sa sœur ne seront pas en mesure de m'importuner avec leurs idées ridicules. Pour qui se prennent-elles ? Elles croient que, parce que nos frères sont amis, nous devons l'être aussi ! Et elles ont l'audace de croire qu'elles peuvent décider de mon avenir comme si je n'avais pas de famille. Elles me dégoûtent ! S'il n'y avait pas leur frère, il y a longtemps que je leur aurai tourné le dos. Mr Bingley est bien gentil, mais je ne peux pas respecter un homme qui se laisse traiter comme une marionnette par ses sœurs.
- Vous avez tout à fait raison. Elles découvriront bien assez tôt qu'elles se font des illusions. Je n'ai rien contre le frère, mais je sais que miss Bingley aimerait bien être invitée à mon mariage pour pouvoir s'en vanter devant tout le monde.
- Elle serait tout à fait capable de tout gâcher.
- En tout cas, je n'irai pas à Netherfield. Je n'ai aucune envie de devoir subir ses insinuations constantes. Et je suis heureuse qu'elle ne sera pas à Pemberley. Maman ne peut pas la supporter et je dois avouer que je dois prendre sur moi pour le faire. C'est vraiment une femme abominable.
- Ne vous inquiétez pas, Georgiana, dit Darcy. Après mon séjour à Netherfield, nous partirons à Pemberley. Elle ne sera pas invitée comme elle doit l'espérer. Et nous ferons en sorte de la voir le moins souvent possible. Je n'accepterai plus les invitations des Hurst et je m'arrangerai pour voir Bingley à mon club. Comme vous ne pouvez pas accepter d'invitation de votre propre chef, elle ne pourra pas vous convaincre de venir les voir. Et si elle vient à Darcy House, tenez-vous en à des sujets banales et ne prêtez aucune attention à ses insinuations, cela vaudra mieux.
- Si elle vient pour vous voir et que je suis présente à la maison, le majordome m'en informera et je viendrai vous rejoindre, promit lady Anne. Je ne laisserai pas cette vipère vous ennuyer avec tous ses projets. Il me paraît évident qu'elle est aussi égoïste que ma sœur. Elle ne se préoccupe de ce qu'elle veut pour elle-même et ne s'intéresse aucunement aux sentiments d'autrui. Ma sœur a pu constater le peu de cas que l'on faisait d'elle. Miss Bingley devra subir le même sort. Mais je doute qu'elle en tire plus de profit que ma sœur.
- Vous voyez, Georgiana, vous serez tranquille. Je suppose qu'elle ne renoncera pas à ses manigances avec vous, mais elle devra compter avec Maman. Je suis sûr qu'elle n'a jamais osé aborder le sujet en sa présence.
- En effet, sinon, Maman l'aurait prié de se mêler de ses affaires.
- Et je le ferai chaque fois qu'elle se permettra d'essayer de faire croire que ma fille devrait se marier à un fils de commerçant. C'est tout à fait ridicule. Je n'ai rien contre Mr Bingley, mais il me paraît évident qu'il est trop immature pour envisager de se marier. Et il ne pourra pas le faire tant qu'il se laissera manipuler par ses sœurs. Aucune femme sensée ne voudra épouser un homme qui se laisse traiter comme une marionnette par ses sœurs.
- Bingley est un adulte, Mère, dit Darcy. Il a un bon caractère. Il est très influençable, c'est vrai. C'est une chance, pour lui, que mon opinion compte plus, à ses yeux, que celles de ses sœurs. Je fais mon possible pour contrer leurs manigances, mais il y a des moments où j'ai envie de le secouer pour le faire réagir. Je pense que rien ne changera tant qu'il ne sera pas tenu à l'écart de ses sœurs. Le plus loin possible d'elles, surtout de miss Bingley. Sinon, il gâchera sa vie. J'en serais désolé, mais ce sera son choix à lui seul.
- Espérons qu'il en prendra conscience, dit lady Mélissandre. Mais nous ne pouvons pas passer notre temps à être derrière son dos et à réparer ses erreurs. Il vaudrait mieux qu'il se trompe et soit contraint de se débrouiller tout seul. Cela lui sera utile à l'avenir.
A en juger par l'expression du regard de Darcy, il était évident qu'il risquait d'avoir du mal à réprimer son instinct protecteur à l'égard de Bingley.
- En tout cas, je suis soulagée que nous ayons tous quittés Rosings, dit lady Mélissandre. Pauvre Anne. Elle n'a probablement jamais connu un seul moment heureux depuis la mort de son père. Nous sommes tous à blâmer d'avoir permis une telle chose. Mon oncle aurait dû emmener Anne loin de Rosings. Il n'aurait sans doute pas pu la guérir de sa maladie, mais elle aurait été entourée de gens qui l'aimaient et n'auraient plus été importunée par une mère décidée à arriver à ses fins.
- Je ne sais pas du tout à quoi elle pensait, dit Darcy. Me faire épouser Anne aurait fait de moi le maître de Rosings Park. J'aurai pu l'expédier facilement dans le douaire et elle n'aurait rien pu dire. A-t-elle réellement cru, Mère, que vous lui abandonneriez votre place de maîtresse de Pemberley ? Je ne sais vraiment pas comment elle pourrait avoir de pareilles idées.
- Ma sœur n'a jamais pu supporter que l'on s'oppose à elle, dit lady Anne. Lorsque nous étions enfants, elle tentait de nous imposer ses idées sous prétexte qu'elle était l'aînée et nous était supérieure. Elle n'a jamais obtenu autre chose que nos moqueries à son égard. Elle n'a jamais été capable de jouer du piano. Elle ne comprenait rien aux notes de musique. Ses dessins étaient affreux et elle n'a aucun talent pour les langues. Et elle n'a jamais voulu lire Shakespeare ou nos poètes pour se cultiver. La seule chose dont elle a jamais été capables, c'est de se vanter de choses qui n'existent pas. J'éprouve de la compassion pour elle car elle a quand même perdu son unique enfant.
- Mais, Maman, elle est furieuse qu' Anne soit morte, mais uniquement parce qu'elle ne pourra pas se servir d'elle pour satisfaire ses ambitions et non parce qu'elle l'aimait. Je crois qu'elle n'a jamais aimé qui que ce soit, à part elle-même. Ce n'est peut-être pas gentil de dire cela, mais c'est la vérité. Qui sait ce qu'elle est en train de manigancer en ce moment !
Georgiana se tourna vers son frère.
- Je parierais qu'elle est en train de chercher, parmi ses relations, quelle jeune femme pourrait convenir à ses visées. Une femme qu'elle pourra manipuler, bien sûr.
- Je n'en vois pas l'intérêt. Je ne reviendrai pas à Rosings. Elle ne pourra pas me présenter une quelconque demoiselle et même si cela arrivait, cela n'aurait aucun résultat.
- Peut-être que la mort d'Anne est son châtiment pour son crime, même si je trouve cela plutôt cruel, poursuivit Georgiana.
- Que voulez-vous dire exactement ? demanda lady Anne. De quelle crime l'accusez-vous exactement, Georgiana ?
La jeune fille rougit.
- Je sais que tout le monde pense qu'elle est responsable de la disparition de ma cousine, Elisabeth. Je ne sais pas si c'est vrai, mais si c'est le cas, elle pourrait être amenée à croire qu'elle a reçu le plus terrible des châtiments pour avoir commis un acte aussi odieux !
Tous ses compagnons se regardèrent d'un air choqué. Elisabeth était un sujet qui était rarement abordé car beaucoup trop douloureux.
Darcy pâlit en entendant de quoi il était question.
- Georgie, dit-il, quelques soient les soupçons que nous pouvons avoir, nous ne pouvons pas porter des accusations sans des preuves solides. Et même alors, cela ne nous ramènera pas Elisabeth. Il est peu probable qu'elle ait survécu.
- Je ne suis pas d'accord.
- Moi non plus, dit lady Mélissandre. Je ne l'ai pas connue aussi bien que vous, Darcy, mais je sais qu'elle était très intelligente. En dépit de son jeune âge, elle aurait pu trouver un moyen d'échapper à ceux qui l'avaient enlevée.
- Pourquoi n'est-elle pas revenue, dans ce cas ?
- Peut-être souffre-t-elle d'amnésie. Si elle a reçu un coup violent à la tête au moment de son enlèvement, ce ne serait pas surprenant qu'on ne puisse pas savoir qui elle est. Nous ne pouvons qu'espérer qu'elle a été accueillie dans une famille qui prend soin d'elle.
- Mais ils auraient dû essayer de retrouver sa famille ! s'écria Richard.
- Sans doute. Mais, étant donné les circonstances, cela aurait pu mettre sa vie en danger. Sans informations, il était difficile de savoir où chercher. L'enlèvement était connu dans le Derbyshire, mais pas à Londres.
Lady Anne soupira.
- Même si j'aimerais croire à un tel miracle, nous ne devons pas nous attarder dessus. Il est peu probable que nous reverrons un jour Elisabeth. Nous devons nous y résigner.
Georgiana était désolée d'avoir choisi un mauvais sujet de conversation. Sa mère s'en aperçut car elle se tourna vers elle :
- Je ne crois pas, Georgiana, que Dieu aurait causé la mort d'Anne dans le seul but de punir ma sœur. Elle est morte parce qu'elle avait le cœur malade, qu'il était épuisé et ne pouvait plus fonctionner. Et ne vous inquiétez pas. Aussi douloureux que soit ce sujet, nous ne devrons jamais oublier Elisabeth.
La jeune fille hocha la tête et ils finirent par tous s'éparpiller pour s'adonner à d'autres activités.
Georgiana se rendit dans la salle de musique et s'installa devant le piano. Elle poussa un soupir. Comme elle regrettait la disparition de cette cousine qui aurait pu être une sœur pour elle. Quelqu'un proche de son âge qui serait en mesure de devenir sa confidente. Jusque-là, Mélissandre jouait ce rôle, mais elle allait se marier et elle ne la voyait pas très souvent.
En tout cas, elle ne voulait pas d'une amie du même genre que miss Bingley. Cette femme était vraiment méprisable. Georgiana était certaine qu'elle se croyait son égale et pensait avoir le droit de décider de tout ce qui la concernait. Ce qui la rendait pitoyable. Elle serait bien heureuse de ne plus jamais la revoir, même si c'était peu plausible. En tout cas, elle ne valait pas la peine qu'on perde son temps à se soucier d'elle. Un jour viendrait où elle découvrait à quel point elle était insignifiante pour ceux à qui elle essayait de faire croire à son importance. Elle retomberait de façon très brutale du piédestal sur lequel elle s'était hissée. Et elle n'aurait que ce qu'elle méritait.
Il avait totalement changé ses projets à son égard. Wickham n'était visiblement pas digne de recevoir une éducation de gentleman. Mr Georges Darcy se rendit compte alors qu'en accordant trop de faveurs au jeune Georges et en lui donnant une éducation de gentleman, sans qu'il dispose des revenus pour vivre comme tel, il risquait d'éprouvait un fort ressentiment envers son propre fils parce qu'il vivait la vie qu'il espérait lui-même mener.
Georges Darcy avait donc envoyé le jeune Wickham à l'école et lui avait dit clairement ce qui était attendu de lui. Il aurait de la chance de recevoir une bonne éducation pour pouvoir mener une vie respectable, mais c'était à lui de faire les bons choix pour atteindre ce but.
Georgiana secoua la tête. Wickham avait été furieux de ce fait. De toute évidence, il n'avait pas du tout prévu de travailler. Il s'attendait à recevoir une forte rente qui lui permettrait de vivre à sa guise. Pourquoi pensait-il une chose pareille. Elle n'en avait aucune idée. Mais il était clair qu'il s'était fait des illusions. Et qu'il était furieux de ce fait.
Il avait dû travailler sous haute surveillance, sans avoir la possibilité de perdre son temps dans les salle de jeux, à boire, à jouer ou d'essayer de nuire à des jeunes filles. Les commerçants de Lambton se méfiaient de lui. Aucun d'eux ne lui ferait crédit ou lui permettrait de nuire à leurs filles. Il n'avait pas été en mesure de tenter de les séduire. Pareil pour les filles des gens vivant sur le domaine qui, lorsqu'elles devaient se déplacer, se faisaient toujours accompagner de jeunes frères et sœurs ou, encore mieux, d'un chien. Ce qui obligeait Wickham à se tenir à l'écart.
Il n'était plus invité dans la maison depuis qu'il avait perdu l'amitié de son frère. Georgiana ne pensait pas que Wickham soit un imbécile, mais il n'était pas aussi malin qu'il le croyait. Pour sa part, elle l'avait toujours évité. Sa mère pensait qu'il n'était pas une fréquentation pour elle et qu'il pourrait se faire des idées. Comme elle en avait eu la preuve il y avait peu de temps. Mais ses manigances n'avaient pas fait long feu. Il avait dû prendre la fuite sans rien obtenir. Ses parents étant morts, il n'était plus autorisé à venir à Pemberley. Il devait être fou de rage.
Elle soupira et haussa les épaules. Wickham n'était plus un problème. Il n'avait plus aucun lien avec sa famille et n'obtiendrait plus jamais quoi que ce soit d'elle. Il avait perdu tout droit à la moindre faveur après sa conduite immonde. Et il ne valait certainement pas la peine qu'on perdre son temps à se soucier de lui.
Elle secoua la tête, soupira de nouveau, puis commença de nouveau à jouer. Elle devait être capable de jouer parfaitement le morceau qu'elle préparait pour le mariage de sa cousine. Autant se concentrer sur cette tâche. Cela valait mieux que de perdre son temps à penser à quelqu'un qui n'en valait pas la peine.
