J'ai réussi à écrire quelques chapitres à l'avance. Et je viens de commencer une nouvelle histoire. J'espère que ce chapitre vous plaira. J'attends vos commentaires avec impatience. Bonne lecture.

Chapitre 9 La colère de Caroline Bingley

A Scarborough, dans le Yorkshire, deux jeunes femmes très dépitées cherchaient à évacuer leur colère et leur frustration sur les serviteurs de leur tante, ce qui poussa la cuisinière à parler à sa maîtresse au sujet du comportement insupportable de sa nièce, miss Bingley, à son égard. Mademoiselle Ellen Bingley n'était pas le moins du monde surprise car elle savait que ses nièces avaient oublié depuis longtemps que leur père avait acquis sa fortune grâce au commerce et s'estimaient supérieures à tous les habitants de la ville.

Cependant, ce n'était pas le cas pour elle, et bien qu'elle serait toujours reconnaissante du fait que son jeune frère s'était rappelé que c'était son argent qui lui avait permis de débuter dans ses affaires pour acquérir sa fortune afin de donner un héritage conséquent à chacune de ses filles. Elle-même avait également reçu la même somme qu'elles. Elle n'avait pas l'intention de tolérer leur mauvais comportement dans la dernière maison où elles avaient vécues avant de quitter le comté.

Par respect pour la position de chef de la famille Bingley de son neveu, elle lui signifia sa déception devant le comportement de ses sœurs en premier, puis lui suggéra de leur parler de la façon dont elles s'étaient conduites depuis leur arrivée à Scarborough.

Charles poussa un profond soupir.

- Personne ne sait mieux que moi la difficulté que peuvent représenter mes sœurs, tante Ellen, dit-il. Hurst se soucie de peu de choses sur la façon dont Louisa se conduit. Caroline et elle se moquent bien de tout ce que je pourrais dire à l'une d'elles.

- Charles, alors qu'il est vrai que Louisa est mariée et a un mari qui en est responsable, Caroline, elle, est toujours sous votre responsabilité et vous devez vous forcer à freiner son comportement avant qu'elle ne devienne totalement incontrôlable dans ses relations avec les autres. Je peux juste imaginer qu'elle pourrait vous choisir une épouse ou se montrer impolie envers celle que vous choisirez vous-même. Si vous ne faites rien pour l'empêcher d'insulter constamment ceux qu'elle juge en dessous d'elle, je ne serais pas du tout surprise d'apprendre qu'elle va exposer sa famille au ridicule. Et vous risquez d'en subir les conséquences.

- Je comprends votre sentiment, ma tante, mais je pense qu'il est peu probable que Caroline serait capable d'aller aussi loin pour penser que cela pourrait se produire. Je crains qu'elle ne souffre d'une très grande déception concernant certains projets qu'elle avait fait et qu'elle prend très mal le fait d'être impuissante à changer les choses, ce qui est la cause de sa mauvaise humeur actuelle.

- Alors elle doit souffrir en permanence d'espoirs déçus, Charles, répondit sa tante. Selon mon expérience, elle se comporte de cette manière depuis qu'elle a quitté sa pension.

- Peut-être est-elle un peu gênante, ma tante, mais elle est vraiment déçue, cette fois-ci. Elle espérait qu'elle serait sur le point de réaliser son vœu le plus cher, tout cela pour découvrir que ses espoirs étaient vains et inutiles.

Tante Ellen n'était pas vraiment heureuse car elle se rendait compte, avec un grand mécontentement, que le comportement de sa nièce était choquant et peu féminin. Mais elle avait fait son devoir en avertissant son neveu qu'il devait parler à ses sœurs, et elle avait elle-même l'intention de parler à ses nièces au sujet de leur comportement honteux. Cependant, elle ne pouvait pas mettre fin à la conversation sans lui rappeler qu'une vraie dame prouvait ce qu'elle était en traitant ceux qui occupaient une position inférieure avec le respect et la même dignité qu'ils attendaient de leur part.

Mr Bingley fut également très déçu de devoir parler à ses sœurs au sujet des plaintes de leur tante à leur encontre. Il avait été très optimiste lorsque l'avertissement de son ami avait été si facilement accepté, mais il commençait à se demander s'il n'avait pas cru de façon trop hâtive que Caroline tiendrait sa promesse. Il aurait dû se douter qu'elle ne renoncerait pas si facilement.

- Comment notre tante ose-t-elle nous traiter comme si nous étions des enfants ? demanda une Caroline furieuse, une fois que leur tante fut partie. J'ai vraiment hâte de retourner à la ville et de ne jamais remettre les pieds dans cette maison de nouveau. Cela ne serait jamais arrivé si Charles avait agi comme il aurait dû en obtenant une invitation à Pemberley !

- Nous avons Papa et Charles à blâmer. C'était vraiment ridicule de sa part de léguer vingt mille livres à une femme qui était si évidemment une vieille fille. Sans compter qu'il lui a donné cette maison dans laquelle nous avons vécus et considérions comme la nôtre ! approuva Louisa. Pourquoi Charles pense-t-il qu'elle avait besoin d'une maison avec sept chambres ?

- Peut-être qu'il s'agit d'un nouvel exemple du fait que vous avez commodément oublié, toutes les deux, que c'est la générosité de notre tante qui a permis à notre père de débuter ses affaires afin de faire sa fortune !

Mr Bingley entra dans le salon après avoir entendu les diatribes de ses sœurs sans chercher à cacher à quel point il était choqué par leurs plaintes constantes.

- C'était son héritage, celui qu'elle a reçu de notre grand-père qu'elle lui a confié. Il le lui a tout simplement remboursé, comme il se doit, en y ajoutant une partie de ses bénéfices, ce qui n'était que justice !

- Peut-être, concéda Caroline, à contrecœur, mais cela ne lui donne pas le droit de me parler comme elle le fait. Je ne suis pas l'un de ses serviteurs !

- Ni Louisa, ni vous n'êtes les maîtresses des serviteurs d'une maison qui appartient à notre tante. Je tiens à ce que vous sachiez où est votre place lorsque vous êtes dans une maison qui n'est pas la vôtre.

En voyant le comportement cavalier de Caroline et en entendant ses paroles, Bingley était maintenant absolument convaincu qu'il avait été trompé par sa sœur en croyant qu'elle accepterait le fait qu'elle ferait mieux de tenir compte de l'avertissement de Darcy et de le prendre au sérieux. Il avait donné sa parole à son ami qu'il ferait en sorte de lui faire clairement comprendre qu'il ne tolérerait pas son ingérence indésirable dans ses affaires privées et s'imagine pouvoir prendre des décisions à sa place.

Darcy lui avait fait clairement comprendre son opinion et Bingley savait qu'il pensait chaque mot qu'il avait prononcé et qu'il devait en tenir compte. Mais il ne pouvait pas se résoudre à écrire à son ami pour l'avertir que sa sœur l'avait trompé. Il était certain que son ami n'était pas dupe de l'acceptation de Caroline et qu'il resterait sur ses gardes. Il lui parlerait à son retour à Londres car il ne voulait pas passer pour un lâche. Il ne voulait pas de la richesse des Darcy mais il avait besoin de son amitié au moins autant que Caroline aspirait à être la maîtresse de Pemberley. il se rendit compte qu'il risquait de devoir faire un choix. Et que cela signifiait qu'il pourrait avoir à renier ses sœurs. Il n'hésiterait pas à le faire si elles l'y forçaient. Peut-être devrait-il les en menacer ? Supprimer l'allocation de Caroline ou lui trouver une maison et embaucher une dame de compagnie pour qu'elle vive sur ses propres revenus serait peut-être un moyen de lui faire comprendre qu'elle avait tort de se croire tout permis. Oui, si elle l'y obligeait, il agirait ainsi.

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Il y avait eu plusieurs jours désagréables pour Bingley, à partir du moment où ils étaient arrivés à la propriété des Hurst, à une trentaine de miles de la maison de leur tante. Miss Bingley était mécontente à l'égard de la mère de Mr Hurst lorsqu'elle avait fait allusion à son état de célibataire et ses remarques moqueuses sur les vieilles filles solitaires.

- Ma tante n'est pas seule, Mme Hurst. En fait, il serait juste de dire qu'elle savoure son indépendance.

- Ce n'est pas de votre tante dont je parle mais de vous-même, miss Bingley. Lorsque j'avais votre âge, j'étais mariée et mère de trois enfants. Et je ne comprends pas pourquoi votre sœur met si longtemps à me donner des petits-enfants. Au moins, elle est une femme mariée.

Plutôt que d'ignorer Mme Hurst, miss Bingley avait été offensée par ses paroles. Elle était restée loin de la femme pendant la durée du séjour passé à la maison des Hurst. Elle avait continué à se plaindre à leur retour à la maison de leur tante, peu de temps après et n'avait pas cessé depuis.

Son agitation avait grandi alors que le jour de la fin du deuil de Mr Darcy approchait. Ses plaintes augmentèrent de plus en plus tandis qu'elle réprimandait son frère pour ne pas envoyer un express à Pemberley pour mendier une invitation afin qu'il les reçoive comme ses invités jusqu'à ce que le moment vienne de se rendre à Londres, puis à Netherfield. Le refus clair et net de Charles ne fit qu'agrandir sa colère au point qu'elle en perdit son sang-froid et lui confirma qu'elle n'avait pas réellement l'intention de renoncer à se faire épouser de Darcy et qu'elle continuerait probablement à l'importuner lorsqu'il serait dans le Hertfordshire.

Choqué par sa déclaration, il lui répondit d'une telle manière qu'il espéra qu'elle avait compris et que cela lui ferait reconsidérer ses intentions.

- Si vous ne voulez pas que je vous renie définitivement, Caroline, il serait dans votre intérêt de bien réfléchir à votre conduite. Vous tenez réellement à vous ridiculiser en continuant à vous faire des illusions ? A votre guise. Je ne vous en empêcherais pas. Mais je vous préviens. Si Darcy décide de vous tourner publiquement le dos, je ne lèverais pas le petit doigt pour l'en empêcher ou lui faire changer d'avis. Vous subirez les conséquences de vos actes !

- Je suis sûre que vous faites erreur sur ce point, Charles. Mr Darcy ne fera jamais une chose qui serait susceptible de vous nuire. Il est votre ami et n'agira pas ainsi.

- Si vous tenez à vous ridiculiser, libre à vous, Caroline. Continuez donc d'importuner Darcy de vos louanges hypocrites. Vous verrez s'il ne vous fera pas exclure de la bonne société. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenue ! A ce moment-là, vous découvrirez ce que vous signifiez aux yeux de Darcy, c'est-à-dire, rien du tout !

Maintenant qu'il repliait la lettre qu'il venait de recevoir de son ami et partit à la recherche de ses sœurs, il éprouva un grand plaisir à informer Caroline qu'il y avait un changement dans leurs plans concernant leur voyage dans le Hertfordshire.

- Pourquoi Mr Darcy devrait-il changer ses plans aussi soudainement alors que j'espérais pouvoir passer quelques jours à Pemberley avant que nous ne partions tous ensemble pour le Hertfordshire ?

- Vous n'êtes pas invitée, Caroline. Darcy va rendre visite à des amis. Et avant que vous ne commenciez à vous plaindre, je vous rappelle que Darcy n'a que faire de votre opinion et qu'il n'a pas besoin de votre permission pour faire ce qu'il veut.

- Eh bien, je suppose que c'est vrai, dit Caroline d'un ton irrité. Mais j'imagine que la pauvre miss Darcy doit être très déçue. Elle n'aura pas la compagnie de ses amies pendant le voyage jusqu'à Londres.

- J'ose dire qu'elle survivra sans peine du fait de ne pas vous voir, Caroline, dit Bingley d'un ton ironique. D'abord, vous n'êtes pas son amie. Ensuite, elle n'ira pas à Londres. Dans le cas contraire, je pense qu'elle préfère voyager en compagnie de ses parents plutôt qu'avec de simples connaissances qui ne signifient rien pour elle.

- C'est très frustrant, Charles, dit Caroline, ignorant les dernières paroles de son frère. Louisa et moi nous étions données beaucoup de mal pour prévoir un plan de voyage pour miss Darcy.

- Vraiment, Caroline ? Vous avez fait des plans sans la permission de ses parents ni vous assurer de son accord ? Et vous comptiez faire quoi exactement ? Essayer de la manipuler pour qu'elle pense que je suis le seul mari qui lui convienne ? Au moins, je vous ai évité de vous ridiculiser dans ce domaine, Caroline. Je n'ai pas l'intention d'épouser miss Darcy. Je la vois comme une sœur. Une sœur beaucoup plus agréable que vous deux. Vous perdez votre temps, Caroline. Je pense que miss Darcy pourrait vous demander pourquoi vous croyez qu'elle devrait considérer comme l'époux idéal, un homme de rang inférieur au sien. Je doute que ses parents soient d'accord avec vos projets, sans compter que miss Darcy n'est pas encore sortie. Ne perdez pas votre temps à l'importuner avec vos discours.

Caroline avait rougi de colère.

- Vous ne savez pas ce qui doit être fait dans votre intérêt, Charles. Nous devons faire en sorte d'améliorer notre position. C'est ce que souhaitait notre père.

- Oui, Caroline. Mais pas en utilisant les moyens hypocrites et méprisables que vous suggérez. Vous n'avez aucun droit sur les Darcy ni aucune autorité concernant le mariage de leur fille. Apprenez à rester à votre place et à ne pas vous en octroyer une qui n'est pas la vôtre. Cela vous évitera d'être déçue. La chute de votre piédestal sera très brutale lorsque vous découvrirez que vous n'êtes pas aussi importante que vous le croyez. Si jamais vous importunez Darcy pendant notre séjour dans le Hertfordshire, je vous supprimerai votre allocation. Ensuite, je vous trouverai une maison, j'engagerai une dame de compagnie et je vous laisserai vous débrouiller à votre guise. Et je romprais tout lien avec vous. Tenez compte de mon avertissement, Caroline. Vous n'en aurez pas de second et vous découvrirez que je suis très sérieux.

- Je n'en crois pas un mot ! s'écria Caroline. Je suis votre sœur ! Cela ne compte plus pour vous ?

- Vous faites tout ce qu'il faut pour vous faire détester de tout le monde, Caroline, même de moi. Prenez garde car si cela devait arriver, je ne reviendrais pas en arrière. Vous n'appartenez pas à la famille Darcy, ne l'oubliez pas. Et vous ne le ferez jamais. Alors cessez de m'importuner avec cela. Vous perdez votre temps.

Avec ces paroles, il n'y avait rien que les deux sœurs ne puissent faire sinon accepter qu'elles n'iraient pas dans le Derbyshire. Elles étaient toutes les deux très en colère, - surtout Caroline ! – et le montrèrent clairement pendant le reste de la journée en arborant des moues boudeuses. Charles les ignora complètement après les avoir informées qu'il les trouvaient extrêmement laides. Leur tante était reconnaissante pour leur silence et souhaitait savoir comment elle pourrait s'assurer qu'elles agiraient de cette façon pendant le reste de leur visite. Mais elle ne se faisait pas d'illusions. Elle savait que ses nièces agiraient uniquement en fonction de leurs caprices et leurs ambitions. Quant à Caroline, elle n'accorderait pas la moindre attention aux avertissements de son frère. Et elle en payerait les conséquences un jour.

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Caroline Bingley était encore en colère après avoir entendu le discours de son frère. Sa menace de l'obliger à avoir sa propre maison avec une dame de compagnie et à vivre sur les revenus de sa dot devait être prises au sérieux. Charles n'avait écouté aucun de ses arguments. Il l'avait accusée d'être malhonnête, de refuser de comprendre que le monde ne tournait pas autour d'elle. Elle était tolérée dans la bonne société uniquement à cause de son amitié avec Darcy. Son sentiment d'importance n'existait que dans son imagination. Si elle refusait de comprendre, elle en subirait les conséquences. Mais qu'elle ne vienne pas se plaindre alors qu'elle avait été avertie.

Caroline était folle de rage. Comment son frère avait-il pu lui parler ainsi ? Il ne comprenait visiblement rien du tout ! S'il avait fait son devoir, ils seraient à Pemberley. Il pourrait se préparer à épouser Georgiana Darcy et elle ferait en sorte que son frère prenne conscience qu'elle serait une épouse parfaite pour lui. Il ne pourrait pas ne pas voir ce qui était évident. Elle saurait le lui faire comprendre.

Puisqu'il allait tout gâcher, elle aurait une autre occasion lorsque son frère les auraient conduits à Netherfield Park. Elle pourrait montrer ses qualités de maîtresse de maison. Oui, c'est ce qu'il allait faire. Il lui suffisait de faire preuve de patience. Quand aux avertissements de son frère, ils ne valaient pas la peine qu'elle perde son temps à s'en préoccuper. Elle lui montrerait ce qu'elle valait et il regretterait ses paroles.

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Le mariage de lady Mélissandre Buxley se déroula par une belle journée d'été. Le temps fut magnifique, tout comme la cérémonie. La mariée était radieuse et si, parmi les messieurs, il y eu quelques envieux, ils comprirent très vite qu'ils n'avaient jamais eu la moindre chance d'obtenir la main de la mariée.

Darcy était soulagé que miss Bingley ne soit pas là. Elle aurait probablement tenté de l'accaparer. Ce qui aurait été un gâchis. Il savait très bien que Bingley se laissait manipuler par sa sœur. Il était si naïf qu'il croyait tout ce que racontait sa sœur. Il détestait les conflits et ne voulait pas se donner la peine d'affirmer son autorité. Ce qui augurait mal pour l'avenir. Il aurait aimé l'aider, mais il savait que cela ne dépendait pas de lui. Si Bingley ne voulait pas se comporter comme un adulte, alors il risquait fort de ruiner sa vie.

Avec une sœur comme la sienne, il était peu probable qu'il trouve une femme désireuse de l'épouser. Aucune femme ne voudrait se contenter d'une seconde place dans sa maison et tolérerait qu'une sœur usurpe sa position de maîtresse. Hors, c'était probablement ce qui arriverait si Bingley se mariait. Même s'il savait que Caroline Bingley ferait tout son possible pour marier son frère à sa propre sœur, Georgiana. Qu'elle n'ait pas la moindre chance d'atteindre son but ne lui était, visiblement, pas venu à l'esprit. Mais elle finirait bien par découvrir son erreur.

Les mois d'automne seraient difficiles, mais il avertirait Bingley qu'il partirait s'il refusait de discipliner sa sœur. Il fallait espérer que son ami comprendrait. Sinon, il devrait en subir les conséquences. Cela lui ferait de la peine, mais il n'avait pas vraiment le choix.