Bonsoir à tous ! Voici un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira. J'ai corrigé l'erreur concernant les jumeaux. Merci de me l'avoir signalé. Je remercie tous ceux qui font des commentaires. J'espère en recevoir beaucoup d'autres. La première rencontre entre Elisabeth et Darcy est pour bientôt. Bonne lecture. J'attends que vous me disiez ce que vous pensez de ce chapitre.
Chapitre 15 Darcy vient à Netherfield
Darcy n'était pas du tout pressé de se rendre à Netherfield, même s'il savait qu'il ne pouvait plus retarder son départ. Bingley comptait sur sa présence.
Il laissa échapper un soupir. Le séjour risquait d'être éprouvant. L'ex-Caroline Bingley n'était plus un problème, mais il savait qu'elle chercherait quand même à l'accaparer et à le détourner de toute femme qui pourrait lui plaire. Elle s'imaginait encore qu'il était amoureux d'elle. Il se demandait où lui était venu une idée aussi ridicule.
Il secoua la tête. La dame avait apparemment l'habitude d'inventer des choses qui n'existaient pas. Mais elle serait obligée de changer son comportement. Il doutait fort que Clarke apprécie le fait qu'elle se permette d'essayer de séduire un autre homme sous son nez.
Darcy sursauta brusquement lorsque la roue de la voiture heurta une ornière sur la route. Il fut tiré de ses rêveries et regarda par la fenêtre pour constater que le véhicule entrait dans un village. Il poussa un profond soupir. Ce devait être Meryton. Il soupira. La propriété que Bingley avait louée n'était plus très loin. Alors qu'il regardait passer le typique village anglais, il repéra une librairie et décida qu'il devrait s'y rendre dès que possible lors de son séjour. Il eut également le temps d'apercevoir la silhouette d'une jeune femme placée de profil avec des joues roses et des boucles noires. Elle sortait de la librairie et se retourna pour parler à quelqu'un alors qu'elle s'éloignait. Il se demanda si ce n'était pas la même femme dont il avait aperçu la silhouette peu de temps auparavant. Cependant, il était peu probable qu'il soit en mesure de l'identifier. Elle était trop loin de lui pour qu'il puisse la voir clairement.
Il ne fallut pas longtemps avant de tourner dans l'avenue semée de graviers et bordée d'arbres qui conduisait à Netherfield Park. Darcy regarda autour de lui pour voir la propriété alors que la voiture approchait de la maison. Il savait déjà que la propriété était en bon état. Alors qu'ils approchaient de l'entrée, Darcy put voir que Bingley et sa sœur attendaient sur les marches du perron. Notant la lueur déterminée dans les yeux de Mme Clarke, il poussa un soupir exaspéré. Elle n'allait certainement pas lui faciliter la tâche, mais si elle allait trop loin, tant pis pour elle. Après tout, elle avait été avertie des conséquences de ses actions. Elle ne pourrait pas se plaindre de l'ignorer. Il prit une profonde inspiration lorsque la voiture s'arrêta et qu'un valet vint ouvrir la portière et abaisser le marchepied. Alors qu'il se préparait à descendre, Bingley se précipita vers lui :
- Darcy ! Bienvenue de nouveau à Netherfield Park ! Je suis vraiment heureux que vous soyez enfin revenu. Comment s'est passé votre voyage ?
- Assez bien, même si c'était un peu ennuyeux. Mais je suis heureux d'être enfin arrivé.
Caroline Clarke, fatiguée d'être ignorée, était déterminée à prendre en charge leur invité, même si elle n'était pas la maîtresse de maison. Elle s'avança rapidement et saisit le bras de Darcy en ronronnant d'une voix de chatte lascive :
- Mr Darcy, nous étions tellement impatients de vous voir arriver pour vous joindre à nous ! S'il vous plaît, permettez-moi de vous conduire à votre chambre. Ensuite, vous pourrez nous rejoindre dans le grand salon pour prendre des rafraîchissements.
Lui arrachant son bras avec brusquerie, Darcy s'approcha de Bingley avec une grimace de dégoût sur son visage.
- Je vais montrer sa chambre à Darcy, Caroline, et nous vous rejoindrons dans peu de temps. Vous allez arrêter de vous comporter comme une courtisane, sinon, je vous promets de vous jeter dehors ! Est-ce que je suis assez clair ?
Darcy suivit son ami dans le grand escalier, sans un regard pour la mégère, humiliée et furieuse des paroles de son frère et du mépris que lui témoignait Mr Darcy. Ils traversèrent un couloir et Darcy entra dans une belle chambre décorée dans des tons de bleu marine et d'argent. De grandes fenêtres remplissaient la pièce de lumière. Elles donnaient sur les jardins bien entretenus, ainsi que sur les écuries, sur la droite, et sur les champs, en face.
- Votre dressing se trouve là, sur la droite, dit Bingley. Et le salon se trouve sur la gauche. Caroline ne pourra pas s'approcher d'ici sans avoir à se justifier. Mes appartements se trouvent à côté des vôtres. Il y a ensuite ceux de ma tante. Les appartements des Hurst et des Clarke sont situés de l'autre côté du couloir.
Il lui adressa un grand sourire.
- Et vous pourrez verrouiller toutes les portes. Votre valet disposera de toutes les clés donnant accès à ces trois pièces.
- Oh, vous pouvez être certain que je vais les verrouiller et que Roméo montera la garde en mon absence le soir, répondit Darcy, en souriant à son tour.
- Je lui ai parlé avant votre arrivée, Darcy. Je ne sais pas pourquoi elle ne parvient pas à accepter de croire ce que je ne cesse de lui dire. Elle croit toujours stupidement que vous êtes amoureux d'elle. En dépit de toutes les preuves du contraire, elle ne veut pas admettre la vérité, dit Bingley avec un sourire désolé.
- Je veux être absolument sûr que vous avez bien compris, Charles. Votre sœur ne sera plus jamais la bienvenue à Darcy House ni à Pemberley et encore moins autorisé à s'approcher de ma sœur, déclara Darcy d'un ton ferme. Et elle n'a pas le droit non plus d'utiliser mon nom pour obtenir des invitations. Ma tante, lady Matlock, le fera savoir à qui de droit. Je ne tolèrerais pas plus longtemps son comportement. Si cela s'avère nécessaire, je lui ferais part de mon opinion sur elle de façon clairement explicite et en public ! Peut-être qu'après s'être couverte de ridicule, elle comprendra enfin !
- Je comprends et accepte très bien votre point de vue, Darcy. Je sais parfaitement que si elle en avait eu la possibilité, Caroline aurait tenté de vous compromettre. Mais elle est sous la responsabilité de son mari, maintenant. Je parlerais à Mr Clarke pour m'assurer qu'il fasse clairement comprendre à sa femme qu'il serait dans son intérêt qu'elle vous laisse tranquille. Je ne crois pas qu'il tolèrera sa conduite.
- Je l'espère. Je ne veux pas qu'il me juge responsable de sa conduite. Ce n'est un secret pour personne que je n'ai jamais montré le moindre intérêt à votre sœur.
- Ne vous faites pas de soucis, Darcy, elle va récolter ce qu'elle a semé. Caroline devra surveiller sa conduite en présence de son mari et de ma tante. Je vais vous laisser, maintenant. Reposez-vous un peu avant de nous rejoindre.
- Merci, Charles.
Bingley sourit puis se retira.
Le valet de Darcy, Bunter, entra par la porte du vestiaire dès que la porte de la chambre était fermée.
- Monsieur, souhaitez-vous prendre un bain ou simplement vous laver avant de descendre au salon pour le thé ?
- Un bain, s'il vous plaît, Bunter. Cela me tiendra éloigné un peu plus longtemps de Mme Clarke.
Le valet sourit d'un air de conspirateur tandis qu'il retournait au vestiaire. Darcy entra dans le salon une heure plus tard. Mme Clarke bondit de son siège avec l'intention de se précipiter à son côté. Le regard glacial de son frère l'arrêta et elle se rassit. Elle tenta donc de l'attirer vers le canapé où elle était assise. Darcy se contenta de l'ignorer totalement pour saluer les autres occupants de la pièce, Mr et Mme Hurst et Mr Clarke. Ce dernier avait l'air furieux Puis il s'assit à côté de Bingley.
Miss Bingley versa du thé pour tout le monde et Mme Clarke se lança dans ce qui était son actuel sujet favori.
- Charles, bien que Netherfield Park soit sans doute un domaine agréable, il n'appartient certainement pas à la même catégorie que Pemberley qui devrait vous servir d'exemple pour trouver un domaine de votre choix. Mais ce qu'il y a de pire sur le fait de nous conduire ici, c'est que nous ne pouvons pas bénéficier de la société raffinée de Londres. Je suis sûre qu'il n'y a ni style ni manières parmi les gens vivant dans le voisinage.
- Comment pouvez-vous dire cela, Caroline ? Les voisins que nous avons rencontrés sont charmants. Je ne vois vraiment pas ce que vous leur reprocher. Je suis certain qu'ils ne sont pas aussi snobs et prétentieux que vous. La vie à la campagne est différente de celle de la ville, vous devriez le savoir. Il est vrai que vous détestez la campagne. Vous ne pouvez donc pas vous y plaire et vous n'y auriez pas votre place.
- Vous verrez par vous-même ce que je veux dire demain soir, Mr Darcy. Charles a accepté une invitation pour notre parti d'assister à une assemblée locale. Bien sûr, comme vous n'avez pas de goûts particuliers pour ce genre d'évènements, monsieur, je serais heureuse de rester ici avec vous pour vous divertir si vous préférez ne pas vous y rendre. Je peux vous assurer que vous ne manquerez rien en vous abstenant de vous y rendre.
« Cette femme aurait-elle perdue tout sens de la décence pour s'abaisser à faire une proposition aussi choquante ? songea Darcy profondément indigné par les paroles de la harpie. Je préfère avoir à supporter un bal plutôt que de me retrouver seul avec cette mégère. Qu'elle aille au diable ! Croit-elle vraiment que je ne vois pas clair dans son jeu ? Me prend-t-elle pour un imbécile ? Dans ce cas, elle est encore plus stupide que je ne le pensais. Et son mari est un imbécile s'il a l'intention de lui permettre de se comporter ainsi.»
Darcy songea que, bien qu'il détestât les assemblées, ce serait nettement préférable qu'une soirée en compagnie de Mme Clarke. Surtout qu'il avait une bonne raison de s'y rendre. Il répondit :
- Je n'envisage pas de manquer de respect à mon hôte et de l'embarrasser en n'y assistant pas alors qu'il a déjà accepté l'invitation pour tout notre parti, Mme Clarke. Même s'il y avait une raison adéquate, vous savez parfaitement qu'il serait inconvenant que nous restions tous les deux dans cette maison comme vous le suggérez, Mme Clarke, dit-il froidement en appuyant fortement sur les deux derniers mots. J'ai l'intention d'assister à ce bal.
Darcy et Bingley ne purent dissimuler un rapide sourire lorsqu'ils échangèrent un regard. Darcy avait également attiré la colère de Caroline tout en la rendant encore plus déterminée à atteindre son but de séduction comme il put le voir sur son visage lorsqu'elle entendit ses remarques. Il laissa échapper un léger soupir, songeant que son séjour allait se révéler difficile. Le thé se termina par une conversation sur une variété de sujets, même si Mme Clarke ne manqua pas de faire des remarques désobligeantes sur le fait que le voisinage ne convenait pas, sans oublier des tentatives de forcer Darcy dans une conversation privée avec elle.
Darcy adressa un regard à Mr Clarke. Celui-ci était visiblement furieux et à en juger par le regard menaçant qu'il adressa à son épouse, il était évident qu'elle allait payer très cher ses paroles déplacés. Caroline avait pâlit. Mais si elle espérait le soutien de Darcy, elle devait être déçue. Il ne lui prêta plus la moindre attention et parla avec son hôtesse. Il n'adressa plus une seule fois la parole à Mme Clarke et elle s'abstint d'essayer de lui parler.
Dès qu'il eut terminé de boire son thé, Darcy informa ses hôtes qu'il allait se retirer dans sa chambre pour se reposer avant le dîner. Il vit le regard furieux de Mme Clarke mais n'y prêta pas la moindre attention. Il ne voulait pas donner à cette femme la possibilité de croire qu'il pourrait se soucier d'elle. Elle allait recevoir le châtiment qu'elle méritait. Si elle espérait qu'il prendrait sa défense, elle se faisait des illusions. Il se moquait totalement de ce qui pourrait lui arriver.
De retour dans sa chambre avec un soupir de soulagement, Darcy alla s'installer devant le bureau placé sous une fenêtre donnant sur le jardin. Il ouvrit un tiroir et sortit une feuille de papier. Après avoir sortie une plume et retiré le couvercle du pot à encre, il entreprit d'écrire une lettre à sa sœur, Georgiana.
Netherfield, par Meryton, Hertfordshire,
Chère Georgiana,
Je suis arrivé sans problèmes à Netherfield Park, la propriété louée par Mr Bingley. Elle est grande et paraît agréable. Elle se trouve près d'un petit village du Hertfordshire. Le village lui-même paraît très agréable et je vais certainement m'y rendre dans l'espoir d'y découvrir un objet spécial que je pourrais vous offrir lorsque je reviendrais à Londres. La chambre que Charles m'a donnée est grande et confortable. Il y a un petit balcon donnant sur les jardins à l'arrière de la maison.
Je bénéficie aussi d'une très belle vue vers les écuries. Bingley, je ne l'ignore pas, possède de très beaux chevaux. Le feuillage de l'automne dans la campagne est magnifique et je suis impatient de découvrir la région depuis mon arrivée. Bingley a accepté une invitation à une assemblée locale. Habituellement, je refuserais sans doute d'assister à ce genre d'activité, mais comme Mme Clarke s'est permis de me suggérer de rester à la maison pour me divertir, il m'a semblé qu'il serait plus prudent de m'y rendre. J'espère que vous allez bien, Georgiana et que vous appréciez la compagnie de Mme Annesley.
Vous me manquez beaucoup. Ce n'est pas la première fois que nous nous séparons, mais cette fois sera sans aucun doute la plus longue séparation, bien que je sois heureux de pouvoir passer du temps avec Bingley. Peut-être qu'à un moment donné, je pourrais vous faire venir ici, à condition de pouvoir me débarrasser de Mme Clarke qui ne perd pas de temps pour essayer de m'accaparer. J'espère que son mari prendra des mesures pour la contrôler. Elle est insupportable !
Je vous écrirais bientôt, chère sœur, en espérant avec impatience recevoir bientôt votre réponse.
Votre frère affectueux,
Fitzwilliam Darcy
Darcy regarda la lettre pendant un moment, puis il y jeta plusieurs pincées de sable pour faire sécher l'encre, souffla dessus pour l'ôter et plia la lettre avant de la fermer avec un cachet de cire. Il la confia à son valet pour qu'il envoie un domestique au village afin qu'elle soit postée. Il n'avait pas menti en disant qu'elle lui manquait. Il avait parfois l'impression qu'il ne passait pas assez de temps avec elle. Il n'en voulait pas du tout à sa sœur d'avoir refusé de l'accompagner. Il savait que Mme Clarke en aurait profité pour tenter de chanter les louanges de son frère devant elle, de faire toutes sortes d'insinuations dans l'espoir de la manipuler. Des tentatives totalement vaines. Elle ne voulait visiblement pas comprendre qu'elle perdait son temps et que personne ne se souciait de ce qu'elle racontait. Même si ce fait la mettait en rage. Il espérait que son mari allait faire en sorte de modifier son comportement. Si elle ruinait sa réputation, tant pis pour elle. Elle ne comptait pas suffisamment pour qu'il se soucie de son sort.
Darcy poussa un profond soupir, puis il s'installa dans un fauteuil avec l'intention de lire pendant un certain temps, avant que son valet ne vienne l'aider à s'habiller pour le dîner. Darcy avait pris grand soin de choisir avec précision le moment d'entrer dans le salon où les Bingley et les Hurst étaient réunis.
A peine était-il entré dans le salon que le majordome vint annoncer le dîner. Heureusement pour Darcy, il était placé à la droite de miss Bingley et à la gauche de Mme Hurst. Mme Clarke se trouvait en face de lui et il n'eut pas d'autre choix que de supporter son bavardage insipide pendant toute la durée du repas. Elle tentait fréquemment d'attirer son attention sur elle, mais il prenait un grand plaisir à l'ignorer complètement, faisant mine de ne pas s'apercevoir de ses manigances. A la fin, il lui adressa un regard si glacial et menaçant que Mme Clarke renonça finalement à son comportement déplacé.
-?-
Pendant que les messieurs s'attardaient dans la salle à manger pour boire leur porto, Caroline tournait en rond dans le salon tout en se plaignant à sa sœur.
- Quel est le problème avec cet homme, Louisa ? Pourquoi s'obstine-t-il à me traiter de cette manière ? Il aurait dû se rendre compte que je suis le choix parfait pour être son épouse et devenir la maîtresse des domaines des Darcy !
- Vous avez un mari, Caroline. Voulez-vous ruiner totalement votre réputation en vous obstinant à importuner Mr Darcy ? Sous le nez de Mr Clarke ?
Caroline haussa les épaules :
- Peu m'importe Mr Clarke ! Il n'a aucune importance !
- Vous feriez mieux d'en tenir compte. Il pourrait vous le faire payer très cher si vous causer des dommages à son honneur et à sa réputation.
- Je ne me soucie pas de ce qu'il pense. C'est de Mr Darcy dont nous parlions. Il aurait dû m'épouser depuis longtemps ! Qui pourrait, mieux que moi, lui convenir ? J'ai toutes les qualités nécessaires pour devenir un jour la maîtresse de Pemberley.
Avec un soupir résigné, Louisa répondit :
- Peut-être souhaite-t-il épouser une femme qui se soucie plus de lui que de ses biens ? dit-elle doucement.
Caroline haussa dédaigneusement les épaules.
- Se soucier de son conjoint ne fait pas partie des règles de la bonne société, Louisa. Mr Darcy est un homme beaucoup trop important pour croire à une telle sottise sentimentale, souffla Caroline. Si seulement je n'avais pas été piégée par cet accident ! J'aurai pu l'obliger à reconnaître que j'étais le meilleur choix pour lui.
- De toute évidence, il pense exactement le contraire, dit sa sœur d'un ton railleur. Admettez-le, Caroline. Vous avez perdu la partie. Vous n'avez jamais eu la moindre chance de la gagner. Mr Darcy vous méprise. Je ne vois que du dégoût et de l'aversion sur son visage lorsqu'il vous regarde. Il vous tolère uniquement à cause de Charles. D'ailleurs, je vous conseille de vous abstenir de lui attraper le bras pour vous accrocher à lui. Il pourrait bien oublier que vous êtes une dame et vous projeter sur le sol. Si jamais cela devait arriver, ne vous en prenez qu'à vous-même. Vous ne pourrez pas prétendre que vous n'étiez pas prévenue.
Caroline ne répondit pas. De toute évidence, son esprit était ailleurs.
- Nous avons encore une chance de nous allier à la famille Darcy, dit-elle. Quel dommage que miss Darcy ne soit pas venue. Je croyais pourtant qu'elle savait que nous espérions sa présence.
- La décision ne dépend pas d'elle, Caroline. Il est évident que ses parents préfèrent la garder avec eux. C'est leur droit. Et Charles ne s'intéresse pas à elle.
Caroline secoua la tête d'un air exaspéré.
- Il ne sait pas ce qui est bon pour lui. Il aurait dû tenir compte de nos conseils.
- Il l'a fait assez souvent, mais uniquement parce que cela correspondait à ce qu'il voulait. Comme miss Darcy n'est pas sorti, il ne voit aucun intérêt à perdre son temps. Et je doute que ses parents apprécient vos manigances, Caroline. Vous n'avez pas votre mot à dire concernant le prochain mariage de leur fille. Vous n'êtes pas un membre de sa famille et vous ne le serez jamais.
- Comment pouvez-vous dire cela ?
- Vous savez que c'est la vérité, Caroline. Ne vous attribuez pas une importance qui n'existe pas. Si lady Catherine de Bourgh, la tante de Mr Darcy, apprenait que la fille d'un commerçant est persuadée d'être la seule femme digne du neveu qu'elle considérait comme promis à sa fille, elle vous aurez remise à votre place très brutalement.
- Mais miss de Bourgh est morte !
- Peut-être, mais cela ne change rien. C'est une femme très snob et imbue de son rang. À ses yeux, vous êtes à peine située au-dessus d'une paysanne. Elle ne vous jugerait certainement pas digne de son neveu.
- Que m'importe son opinion ! Je sais que Mr Darcy la déteste et ne se soucie pas du tout de ce qu'elle raconte.
- Il en est de même pour vous.
- Je ne vous crois pas ! Mr Darcy m'admire, mais il est trop timide pour le montrer.
- Et vous trop stupide pour voir la réalité en face. Vous n'êtes pas aussi intelligente que vous le croyez.
- Je suis sûre qu'il aurait fini par m'épouser, dit Caroline, ignorant les paroles de sa sœur.
- En aucune circonstance. Même si vous aviez fait en sorte de le compromettre, il ne vous aurait jamais épousée.
- Bien sûr, il n'aurait pas refusé de m'épouser. C'est un véritable gentleman. Il a trop le sens de l'honneur pour ne pas faire son devoir. De plus, je suis certaine qu'il ne voudrait pas prendre le risque de perdre l'amitié de Charles, dit-elle d'un ton plein de confiance.
- Vous savez très bien, Caroline, que c'est Charles qui a besoin de l'amitié de Mr Darcy et non l'inverse ! Vous auriez pris un risque considérable en envisageant une telle chose. Charles vous aurait reniée et moi aussi ! dit Louisa d'un ton sévère. Vous feriez mieux de vous rappeler de ce qui est arrivé à miss Thornton ! Elle a été ruinée et personne n'a eu pitié d'elle. Elle a gâché sa vie parce qu'elle s'est montrée trop sûre d'elle. De toute façon, le problème ne se posera pas. Vous êtes mariée, désormais. Vous feriez mieux de ne pas l'oublier. Mr Clarke n'est pas le genre d'homme qui tolèrera de se faire ridiculiser, Caroline, je vous en préviens. Méfiez-vous. Il pourrait vous remettre à votre place de façon très brutale. La loi lui donne tous les droits sur vous et vous n'en avez absolument aucun ! N'allez pas trop loin ou vous risquez de le regretter. Mais vous ne pourrez pas prétendre que vous l'ignoriez !
-?-
Les messieurs entrèrent à ce moment-là, noyant les paroles de Louisa sous leurs rires et ignorant, heureusement, de quoi les dames avaient discuté. Caroline s'immobilisa brusquement et s'assit sur une causeuse, invitant Darcy à se joindre à elle. Il ignora l'invitation peu subtile, demandant, à la place de la musique à Louisa. Avant que celle-ci ne puisse se lever de son siège, Caroline se précipita vers le piano. Après avoir sélectionnée rapidement une partition, elle commença à chanter une chanson d'amour italienne, sans quitter Darcy des yeux un seul instant.
Darcy était profondément gêné et dégoûté par sa conduite indécente et il lui tourna le dos pour se diriger vers la fenêtre et regarder dehors. La voix de Mme Clarke était faible et trop criarde, de sorte que son chant n'avait rien d'agréable. Pour Darcy, il semblait ne jamais se terminer. Lorsqu'enfin elle en eut terminé, il prit la peine d'applaudir, mais continua à regarder par la fenêtre sans lui prêter la moindre attention.
Avant même que Caroline ne puisse se mettre de nouveau à jouer, Hurst proposa une partie de cartes. Darcy répondit qu'il préférait lire mais les encouragea à jouer dans l'espoir de tenir Mme Clarke occupée et loin de lui. Cependant, il avait à peine commencé sa lecture lorsque Mme Clarke l'interrompit :
- Mr Darcy, il faut que vous me veniez en aide. Je suis tombée sur un jeu difficile. Je ne crois pas que je serais en mesure de jouer convenablement.
Elle battit des cils dans sa direction tout en prononçant ses paroles.
- Mme Clarke, je n'ignore pas que vous êtes tout à fait compétente au Whist. Je suis sûr que vous vous en sortirez très bien sans mon aide, répondit-il d'un ton froidement poli sans adresser un seul regard dans sa direction. Et vous devriez vous adresser à votre mari pour demander de l'aide.
Il était parfaitement conscient que Clarke ne connaissait absolument rien à la musique et ne lui serait d'aucune utilité, même s'il se vantait de tout connaître dans le domaine musical. Demander son aide serait parfaitement inutile.
S'il avait tourné la tête pour la regarder dans sa direction, il aurait remarqué que Mme Clarke avait redressé le menton et arboré un petit sourire en prenant ses paroles pour un compliment. Après avoir joué plusieurs morceaux, le majordome se présenta avec le plateau du thé. Darcy se fit servir une tasse et dut supporter le bavardage de Mme Clarke avant de prendre congé et de se retirer pour la nuit.
