Hermione Granger regardait sans la voir la citrouille illuminée qui trônait au milieu de la table des professeurs. C'était le soir d'Halloween et la Grande Salle était comme toujours magnifiquement décorée pour l'occasion.
Le professeur McGonagall, qui était assise juste à côté de son ancienne élève, l'observa du coin de l'œil, les sourcils froncés . Hermione, contrairement à son habitude, avait été bien silencieuse ce soir et semblait ailleurs, à des années-lumière du banquet...
- Vous allez bien Miss… euh pardon, professeur Granger ? interrogea tout à coup Minerva McGonagall, qui affichait un air inquiet.
La voix de son ancienne professeur de métamorphose arracha Hermione à ses pensées. La jeune Gryffondor se tourna vers elle et lui adressa un sourire qui se voulait rassurant.
- Oui je vais bien professeur, acquiesça-t-elle, je suis juste un peu fatiguée. Les première année, ainsi que les jumeaux O'Brien, m'ont donné beaucoup de fil à retordre aujourd'hui.
- Je vois très bien ce que vous voulez dire, fit McGonagall, compatissante. Sûrement parce que c'est Halloween, les O'Brien étaient encore plus intenables que d'habitude aujourd'hui! Ils me rappellent beaucoup Fred et George Weasley…
Hermione vit alors, peinée, des larmes briller dans les yeux de Minerva McGonagall à l'évocation des jumeaux Weasley.
Elle-même ressentait toujours un gros pincement au cœur à chaque fois qu'elle repensait à cette fameuse nuit du 2 mai 1998, quand Lord Voldemort avait finalement été vaincu. Car le mage noir avait laissé beaucoup trop de victimes innocentes dans son sillage, Fred Weasley notamment.
Les deux sorcières restèrent un moment silencieuses, plongées dans de douloureux souvenirs.
- En tout cas avec ces deux nouvelles terreurs la relève est assurée à Poudlard, c'est le moins qu'on puisse dire ! plaisanta Hermione, essayant de détendre l'atmosphère.
McGonagall confirma d'un hochement de tête et d'un léger sourire que la jeune Gryffondor lui rendit.
- J'ai d'ailleurs entendu dire, reprit le professeur McGonagall, que Rhys et Ethan auraient l'intention de créer leurs propres farces et attrapes et qu'ils se serviraient de leurs camarades comme cobayes pour leurs expériences… Si cette rumeur se confirme, je n'aurais pas d'autre choix que de les sanctionner très sévèrement.
Le professeur McGonagall, l'air ennuyé, laissa échapper un profond soupir, mais sa collègue rouge et or perçut comme un léger amusement dans sa voix...
- Nom d'une chouette, je n'avais pas remarqué à quel point vous étiez pâle ! s'inquiéta une nouvelle fois Minerva tout en observant Hermione. Vous devriez peut-être aller vous reposer ma chère !
- Je le pense aussi, admit Hermione juste avant d'étouffer un bâillement. Je termine mon jus de citrouille et je file au lit !
Mais alors qu'elle s'emparait de son gobelet, deux yeux rougeoyants en face d'elle la firent sursauter.
- Je ne pense pas que vous trouverez le sommeil cette nuit très chère, susurra d'une voix doucereuse la citrouille illuminée qui avait marché – ou plutôt roulé – jusqu'à elle sur la table des professeurs. Ou peut-être est-ce le sommeil qui vous trouvera ? Ha ha ha !
La flamme de la chandelle à l'intérieur de la citrouille évidée – et apparemment enchantée - faisait briller les yeux de cette dernière d'une lueur maléfique. Hermione, toute Gryffondor qu'elle était, frissonna malgré elle.
- Tais-toi donc, cucurbitacée de malheur! s'agaça le professeur McGonagall, tandis que la citrouille enchantée continuait de ricaner de façon sinistre. Filius ! C'est la première et dernière fois que vous ensorcelez des citrouilles, est-ce bien clair ? Par la barbe de Merlin, quelle idée vous avez eue là…
Hermione n'entendit pas la réponse de Flitwick, car elle avait terminé son jus de citrouille et quitté la table des professeurs, mais elle devina à son couinement encore plus prononcé que d'habitude que le minuscule professeur n'en menait pas large.
Elle imagina sans peine ce dernier affronter les éclairs noirs que devait lui lancer la directrice de Poudlard derrière ses lunettes carrées…
OoO
Hermione sortait tout juste de la Grande Salle quand elle entendit quelqu'un pouffer dans son dos.
Elle se retourna brusquement et se retrouva face à deux adolescents de quatrième année plutôt petits pour leur âge et qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau.
Rhys et Ethan O'Brien étaient hilares, et connaissant bien les deux jeunes élèves de Poufsouffle, Hermione se demanda avec inquiétude quelle nouvelle idée stupide et dangereuse ils avaient encore pu avoir.
Et comment diable d'ailleurs avaient-ils pu se retrouver chez les Poufsouffle avec leur audace digne des Gryffondor et leur malice digne des Serpentard ? Cela était un véritable mystère pour la jeune femme...
- Messieurs, puis-je connaître la cause de cette hilarité ?
La question, posée d'un ton froid et implacable par leur professeur d'arithmancie, stoppa net les gloussements des jumeaux, qui se regardèrent décontenancés, ne sachant quoi répondre.
- Rhys, que cachez-vous derrière votre dos ? poursuivit Hermione, soupçonneuse.
Le jeune homme ne répondit pas mais recula instinctivement, et son dos heurta légèrement la porte de la Grande Salle.
Hermione fit mine de sortir sa baguette de sa poche dans l'espoir que cela effraierait assez l'adolescent pour qu'il lui remette l'objet qu'il cachait – sûrement illicite – de son propre chef. Mais ce faisant, elle se sentit tout à coup prise de vertiges et les jumeaux en profitèrent pour détaler à toutes jambes, tout en sachant pertinemment qu'ils n'échapperaient pas à une sévère punition de la part de leur professeur d'arithmancie.
En outre, Hermione Granger était connue pour être la plus autoritaire des enseignants de Poudlard juste après Minerva McGonagall et Severus Snape...
Mais pour l'heure, échapper au courroux d'une lionne furieuse était la seule chose qui importait pour les frères O'Brien...
Laissée seule devant la porte de la Grande Salle – car le banquet d'Halloween était loin d'être terminé – la jeune professeur en proie à d'intenses vertiges fulminait. Les jumeaux ne perdaient rien pour attendre…
Fort heureusement pour elle, les vertiges ne durèrent qu'une minute, et Hermione ne pensa plus qu'à une seule chose : s'éloigner au plus vite du joyeux vacarme qui résonnait dans la Grande Salle, s'éloigner des tintements de verre, des éclats de voix et de rire, et retrouver le silence de sa chambre ainsi que la chaleur de son lit.
Elle traversa d'un air absent des couloirs zébrés de rayons de lune. Ces derniers projetaient l'ombre des croisées sur le sol, et Hermione, réprimant un sursaut, jura avoir vu une de ces ombres bouger. Elle secoua la tête, se disant qu'il était vraiment temps pour elle d'aller dormir.
Elle ne rencontra pas âme qui vive ni même un fantôme, tandis qu'elle arpentait les couloirs sombres et froids de l'école. Elle ne put s'empêcher de s'imaginer toute seule dans l'immense château, et cela lui fit une drôle de sensation, mélange de peur et d'excitation.
Soudain, au détour d'un couloir, elle entendit un grincement métallique résonner de façon sinistre dans la pénombre, à quelques mètres seulement devant elle.
- Qui… Qui est là ? Demanda-t-elle d'une voix forte, essayant tant bien que mal d'étouffer le sentiment de peur qui commençait à l'envahir.
Elle n'eut pas de réponse mais vit avec horreur un pied métallique émerger de l'ombre, puis un autre, dans un bruit de ferraille.
C'était une des armures de Poudlard, et celle-ci avançait dans sa direction de façon ostensiblement menaçante, tenant dans son poing une hache à la lame parfaitement aiguisée qui n'annonçait rien de bon...
Tétanisée, Hermione regardait l'armure se rapprocher d'elle de plus en plus près.
- Que faites-vous ? balbutia Hermione, la voix tremblante. Restez où vous êtes ! Ne faites pas un pas de plus…
Mais l'armure continuait d'avancer droit sur elle, imperturbable.
Hermione parut tout à coup se souvenir qu'elle était une sorcière et extirpa sa baguette de sa poche. Elle la pointa sur l'armure en prononçant d'une voix forte : Confringo !
Puis elle revint sur ses pas en courant, le visage en sueur, sans même prendre la peine de regarder si son sort avait marché, mais le fait qu'elle n'ait pas entendu d'explosion la laissait perplexe. Elle n'avait pourtant plus manqué sa cible depuis des années, alors que s'était-il passé ?
Mais Hermione, le cœur battant à tout rompre, continua de courir sans regarder une seule fois en arrière, tout ce qui lui importait étant de s'éloigner de l'armure le plus possible, de la semer. Elle ne savait même pas où elle allait, et elle avait l'horrible sensation d'entendre un cliquetis de ferraille derrière elle à chacun de ses pas.
Elle vit soudain une porte qu'elle ouvrit, et qui donnait sur ce qui semblait être une sorte de cagibi rempli d'étagères sur lesquelles étaient entreposés, entre autres, du matériel de nettoyage et des produits d'entretien.
Hermione ne réfléchit pas davantage et s'enferma dans la pièce exiguë afin de reprendre son souffle et ses esprits quelques instants.
Pourquoi cette armure avait-elle voulu la tuer ? Cela ne lui était jamais arrivé, pas une seule fois depuis qu'elle avait mis les pieds à Poudlard. Alors, que diable se passait-il ici ?
Essoufflée et respirant bruyamment après sa course effrénée dans les couloirs de l'école, Hermione n'entendit pas tout de suite le râle étouffé qui provenait de derrière les étagères, au fond de la petite pièce plongée dans l'obscurité…
Mais quand elle retrouva une respiration normale, elle l'entendit enfin et se figea, le souffle de nouveau coupé. Tendant l'oreille, elle perçut tout à coup une sorte de frottement sur le sol et une sueur froide lui parcourut l'échine. Le bruit semblait de plus en plus proche, et s'accompagnait d'un râle d'agonie digne des pires films d'horreur moldus.
Hermione le vit alors surgir de l'obscurité, tel une marionnette macabre qui serait suspendue par des fils invisibles.
Un Inferius.
Ici.
À Poudlard.
La jeune Gryffondor, qui n'avait pas pour habitude d'être une couarde, manqua s'évanouir de terreur.
La créature à la peau blafarde et aux yeux blancs et vides tendait ses bras vers elle, et Hermione devina que ce n'était certainement pas dans l'intention de lui faire un câlin...
Elle eut le bon sens de quitter précipitamment la petite pièce dans laquelle elle pensait avoir trouvé un refuge, et la verrouilla de l'extérieur à l'aide d'un sortilège avant que la créature cauchemardesque ne se jette sur elle.
Elle reprit alors sans s'arrêter sa course effrénée le long des couloirs sombres du château, au sein duquel semblait régner un silence de mort, jusqu'à ce qu'elle réalise que ses pas l'avaient menée inconsciemment jusque dans les cachots de l'école.
Complètement épuisée et secouée par les terrifiants événements de la soirée, la jeune professeur entra dans un cachot qui n'était autre que la salle de cours du professeur Snape et s'effondra sur une des tables de la pièce.
Elle resta ainsi un moment, allongée et repliée sur elle-même, le corps secoué de sanglots, et les yeux fermés par crainte de voir de nouvelles horreurs.
Cependant la jeune Gryffondor, à bout de forces, finit par s'endormir bien malgré elle…
OoO
Lorsqu'elle se réveilla quelques heures plus tard, l'angoisse revint aussitôt la submerger, et alors que ses yeux étaient toujours ensommeillés et mi-clos, elle se redressa instinctivement dans son lit…
Dans son lit ?
Nom d'un dragon, quelque chose clochait…
Une fois qu'elle émergea complètement du sommeil, et que les battements de son cœur reprirent un rythme à peu près normal, Hermione réalisa qu'elle était effectivement dans un lit mais que ce n'était pas son lit, et tandis que ses yeux s'habituaient à la pénombre, elle essaya d'identifier la pièce dans laquelle elle se trouvait.
Il s'agissait bien de la chambre d'un professeur de Poudlard, cela ne faisait aucun doute. Et au moment même où Hermione fit ce constat, un parfum qu'elle reconnut immédiatement fit frissonner ses narines de plaisir.
Le parfum masculin dont elle se délectait à présent était tout aussi envoûtant que l'homme qui le portait sur sa peau, et quand Hermione comprit que l'irrésistible odeur provenait du drap qui la recouvrait, elle le porta sans réfléchir à son nez et enfouit son visage dans le tissu.
- Miss Granger…
La voix profonde et à peine plus élevée qu'un murmure venait de rompre le silence juste à côté d'elle, et Hermione lâcha le drap dans lequel elle avait enfoui son visage comme si le tissu l'avait brûlée. Consciente du ridicule de sa situation, elle essaya tant bien que mal de conserver le peu de dignité qu'il lui restait encore mais elle sentait ses joues s'enflammer de plus en plus.
- Professeur Snape, murmura-t-elle. Que s'est-il passé ? Pourquoi suis-je ici dans votre…
Elle avait failli dire lit mais elle préféra terminer sa phrase par le mot chambre, se sentant de plus en plus gênée par l'incongruité de la situation, et priant pour que le maître des potions ne l'ait pas vue enfouir son visage dans ses draps…
Que lui avait-il pris de faire une chose pareille ?
Severus Snape ne lui répondit pas tout de suite et Hermione l'entendit marmonner une incantation. Un feu s'alluma alors dans la cheminée qui se trouvait au pied du grand lit à baldaquins aux couleurs de Serpentard, éclairant les appartements du professeur jusque-là toujours plongés dans la pénombre. Puis d'un mouvement de baguette que Hermione ne put s'empêcher de trouver terriblement sensuel, il fit venir à lui une chaise sur laquelle il s'assit, tout près de la jeune femme.
Trop près même… Car la Gryffondor sentit une douce chaleur se répandre dans son ventre tandis que Snape, toujours silencieux, semblait la sonder de son regard noir indéchiffrable.
Merlin, que cet homme lui faisait de l'effet…
Sa voix profonde et suave, sa démarche et sa longue cape sombre tournoyant dans son dos au moindre de ses mouvements, et même ce simple geste du poignet qu'il venait de faire en utilisant le sortilège d'attraction informulé, absolument tout chez le Serpentard faisait tourner la tête de la jeune sorcière.
- Avant toute chose, détendez-vous Miss Granger, commença Severus, ses yeux toujours plantés dans les siens, sans se rendre compte que la jeune sorcière ne s'était jamais sentie aussi bien de toute sa vie.
Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle était dans les appartements du charismatique maître des potions, elle était même dans son lit, et il lui parlait avec une infinie douceur.
Enfin il la regardait. Il semblait même la dévorer des yeux, ce qui troubla profondément Hermione.
Elle venait de vivre un véritable cauchemar et pourtant cela n'avait plus aucune importance. Tout le stress de cette soirée semblait avoir été balayé par la simple présence du professeur de potions à ses côtés.
- Vous êtes en sécurité à présent, poursuivit ce dernier sans cesser de la regarder. En fait, vous l'avez même toujours été.
- Comment ? Mais… L'armure et… L'Inferius… Je n'ai pas rêvé tout ça !
- Justement si Miss Granger. Vous avez été victime d'un empoisonnement et vous avez pour ainsi dire rêvé toute éveillée. Je ne sais pas quelles horreurs vous croyez avoir vues ce soir mais sachez que rien de tout cela n'était réel Hermione, ajouta-t-il de sa voix étonnamment douce.
La jeune femme se sentit chavirer lorsqu'elle entendit le professeur l'appeler par son prénom. Elle songea, bouleversée, qu'il ne l'avait appelée Hermione qu'une seule autre fois. C'était cinq ans auparavant...
OoO
Cinq ans plus tôt
Hermione versa une à une sur les plaies de son professeur, délicatement et précautionneusement, toutes les larmes de phénix qu'elle avait réussi à recueillir dans le plus grand secret au cours de sa sixième année, grâce à la complicité de Fumseck.
La petite fiole qu'elle avait conservée précieusement pour les situations extrêmes – et la blessure infligée par Nagini dans le cou du professeur Snape en était une – lui permit, à son grand soulagement, de sauver le maître des potions.
Cependant, quelques mois plus tôt, lorsque Bellatrix Lestrange avait poignardé l'elfe Dobby, la jeune sorcière ne s'était souvenue que trop tard qu'elle avait en sa possession le précieux flacon rempli de larmes guérisseuses, et elle resta longtemps rongée par le remords et la culpabilité de n'avoir rien fait pour empêcher l'elfe de mourir.
Aussi, lorsque Severus fut à son tour blessé mortellement, elle mit tout en œuvre pour le sauver.
Il était impossible, impensable même, que le maître des potions mourût sans jamais savoir ce qu'elle ressentait pour lui…
Quand ses plaies se refermèrent presque instantanément grâce aux larmes magiques de Fumseck, Severus rouvrit les yeux un instant et vit alors son élève penchée sur lui, ainsi que les larmes qui inondaient les yeux noisette de l'adolescente.
Il ne put alors s'empêcher de prendre la main de la sorcière et la serra fort dans la sienne. Hermione leva les yeux vers son maître de potions, et lorsque leurs regards se croisèrent, Severus réalisa qu'il était en train de tomber éperdument amoureux de la jeune Gryffondor, mais ces sentiments le terrifièrent.
Juste avant qu'il ne perde connaissance, il lui murmura pourtant, de cette voix douce et chaude que l'adolescente ne lui connaissait pas jusque-là, et qu'elle ne pourrait jamais plus oublier: Miss Granger... Hermione... Je vous aime.
Cependant, après cette déclaration d'amour qui avait bouleversé la sorcière jusqu'au plus profond de son être, plusieurs années s'écoulèrent avant que leurs chemins ne se croisent à nouveau . Trois années précisément...
Et voilà deux ans désormais que Hermione enseignait l'arithmancie à Poudlard, et pourtant, au cours de ces deux années, la jeune Gryffondor ne s'était adressée au maître des potions que très rarement, et comprit très vite qu'ils s'évitaient mutuellement depuis le fameux soir où elle lui avait sauvé la vie. Elle continua donc de garder pour elle son inavouable secret, dont même ses deux meilleurs amis n'avaient pas connaissance.
Elle avait été l'élève de Severus, et lui son professeur. Ce simple fait avait suffi à faire taire des sentiments qui ne demandaient qu'à être criés, et alors même que Hermione et le maître des potions étaient si près l'un de l'autre depuis deux ans, ils n'avaient jamais été aussi éloignés...
OoO
Hermione essayait de ne pas se noyer dans de douloureux souvenirs tandis que ses yeux noisette restaient plongés dans ceux du professeur Snape.
Elle tenta tant bien que mal de rester ancrée dans le présent et écouta le maître des potions lui expliquer que les jumeaux O'Brien avaient versé une poudre de leur invention, la poudre des Cauchemars éveillés – c'est ainsi qu'ils l'avaient nommée – dans le jus de citrouille qu'elle avait bu avant de quitter la Grande Salle.
Le mauvais tour que les jumeaux avaient voulu jouer à leur professeur d'arithmancie était allé beaucoup trop loin.
Severus avait été averti depuis un petit moment déjà – par certains de ses élèves de Serpentard qui espéraient sûrement que leur délation rapporterait des points à leur maison – que les jumeaux se livraient à des expériences insolites, aux dépens de leurs camarades... et en l'occurrence de Hermione.
Il avait d'ailleurs cru bon d'en informer la directrice, même s'il ne disposait jusque-là d'aucune preuve de ses accusations.
Et en voyant dans quel état se trouvait Hermione quand il la découvrit endormie dans sa salle de classe, il avait rapidement soupçonné les frères O'Brien d'être impliqués d'une façon ou d'une autre, mais n'ayant pas réussi à leur faire avouer quoi que ce soit, il avait été contraint d'utiliser du Veritaserum à leur insu pour connaître toute la vérité.
- Je sais que la fin ne justifie pas toujours les moyens, ajouta Severus en haussant les épaules, mais quand j'ai vu dans quel état d'égarement et de terreur vous étiez, même endormie...
- D'ailleurs, à ce sujet, commença Hermione, hésitante, n'osant plus tout à coup regarder le maître des potions dans les yeux, comment se fait-il que je me retrouve ici... en chemise de nuit... Est-ce que vous...
- Miss Granger, j'ai usé de magie pour changer vos vêtements, la coupa précipitamment Severus pour mettre un terme à ses doutes. Rassurez-vous, je ne vous ai pas touchée, enfin seulement pour vous porter jusqu'ici bien sûr.
C'était au tour du professeur Snape d'être mal à l'aise à présent.
- J'espère que vous ne m'en tenez pas rigueur mais je ne pouvais décemment pas vous laisser seule dans l'état où vous étiez. Votre visage était couvert de larmes et de sueur. Je... je me suis inquiété pour vous, avoua-t-il en détournant aussitôt le regard.
Il se leva de sa chaise, et s'éloigna du lit en lui tournant le dos pour qu'elle ne voie pas les larmes qui commençaient à briller dans ses yeux.
- Je crois bien n'avoir jamais pris la peine de vous remercier, déclara soudain Severus d'une voix à peine plus élevée qu'un murmure, mais parfaitement audible. Et pourtant vous m'avez sauvé ce soir-là... Vous m'avez non seulement sauvé la vie mais vous m'avez aussi redonné goût à la vie.
Hermione se souvint tout à coup de la raison pour laquelle elle avait eu l'esprit ailleurs tout au long du banquet.
Ce soir, elle n'avait pas été tout à fait honnête avec le professeur McGonagall...
Bien sûr, Hermione n'avait pas menti au sujet de sa fatigue, mais elle s'était surtout sentie profondément attristée de ne pas voir le professeur Snape pendant le banquet. L'année précédente aussi il ne s'était pas présenté au festin le soir de Halloween, et elle en connaissait la raison.
Pensant qu'il allait mourir de ses blessures la nuit de la bataille de Poudlard, le maître des potions avait confié à Harry Potter des souvenirs, pour la plupart très personnels, qui lui permettraient de vaincre Lord Voldemort, et ce faisant il avait révélé son amour pour la mère du sorcier à lunettes, Lily Potter.
Hermione comprenait désormais l'aversion du maître des potions pour le 31 octobre, date à laquelle il avait perdu la femme qu'il aimait.
Mais elle n'arrivait pas à dire ce qui la tracassait le plus... Le fait que Severus n'arrivait pas à tourner la page, malgré toutes ces années ? Ou le fait qu'il ait choisi de continuer à chérir le souvenir de Lily, plutôt que de l'aimer elle ?
Severus se tourna brusquement vers Hermione à ce moment-là, comme s'il avait entendu ses pensées – et la Gryffondor se rappela soudain qu'il était Legilimens...
- Vous pensez sincèrement que j'aime Lily et que je ne vous aime pas? demanda Snape, qui semblait affligé par les larmes qui coulaient à présent à flots sur les joues de la sorcière.
- Vous... Vous avez lu dans mes pensées n'est-ce pas ? s'indigna la jeune femme.
- Ce n'était pas volontaire, excusez-moi. Mes capacités de Legilimens échappent parfois à mon contrôle.
Il se rapprocha de Hermione et s'assit à côté d'elle sur le lit, prenant le visage de la Gryffondor entre ses mains. La douceur et la chaleur de ses doigts sur sa peau firent à la sorcière l'effet d'une décharge électrique.
- Je crois qu'il est temps que je sois tout à fait honnête avec vous et surtout avec moi-même, murmura Severus d'une voix rauque qui trahissait son émoi. Je n'oublierai jamais Lily, elle restera dans mon cœur jusqu'à la fin de mes jours. Mais celle que j'aime et que je désire corps et âme depuis cinq ans maintenant, c'est toi Hermione.
L'aveu du professeur Snape et ce passage soudain au tutoiement détruisirent alors une à une toutes les barrières qui séparaient la jeune sorcière de l'homme qu'elle aimait depuis toutes ces années.
Le cœur battant, elle rapprocha son visage de celui du maître des potions, terrifiée à l'idée qu'il la repousse en comprenant ce qu'elle s'apprêtait à faire... Mais Severus n'eut aucun mouvement de recul, il était en réalité paralysé à la seule pensée de voir Hermione s'éloigner de lui à tout jamais...
Cependant il ne pouvait s'empêcher de fixer avec envie les lèvres charnues et tremblantes qui réclamaient ardemment les siennes.
Une énorme bosse déformait à présent son pantalon sous sa robe de sorcier, mais le maître des potions continuait d'afficher un visage impassible, priant pour que Hermione ne vît pas l'évidente - et gênante - manifestation de son désir grandissant.
Ses lèvres étaient si près des siennes...
Il ne pourrait pas leur résister bien longtemps... Mais en avait-il seulement envie?
- Miss Granger, je devrais peut-être vous laisser vous reposer, tenta-t-il faiblement alors que leurs lèvres se touchaient presque.
- Je me suis suffisamment reposée, le coupa la sorcière d'une voix fiévreuse. Et je t'ai attendu bien trop longtemps Severus...
Surprise par sa propre audace, mais pas moins déterminée, Hermione s'abandonna toute entière au désir qui la submergeait et s'empara de la bouche du maître des potions, glissant avidement sa langue entre les lèvres de Severus pour aller à la rencontre de la sienne.
Snape ne pouvait que capituler. Il l'avait trop longtemps attendue lui aussi...
La Gryffondor et le Serpentard s'embrassèrent passionnément, et leur baiser fougueux rendit le désir qu'ils avaient l'un pour l'autre plus intense encore.
La jeune femme attrapa son amant par un pan de sa longue robe noire de sorcier et l'attira à elle. Severus eut une exclamation de surprise quand il tomba sur Hermione et se retrouva allongé sur elle de tout son long.
La sensation de son corps sur le sien excita la sorcière au plus haut point, et quand tout à coup elle sentit à travers leurs vêtements le membre dur du professeur Snape palpiter irrésistiblement contre ses cuisses, elle ne put réprimer un gémissement de plaisir.
Hermione en voulait plus, tellement plus... Elle voulait sentir Severus en elle depuis si longtemps que son bas-ventre en était presque douloureux. Elle avait rêvé mille fois de cet instant , et son corps tout entier tremblait sous l'intensité de son désir.
- Fais-moi l'amour Severus, je t'en prie...
Elle l'implorait presque, comme si sa vie en dépendait.
Et le Serpentard, hypnotisé par ces yeux noisette brillant d'un désir sauvage, n'eut plus qu'une envie: transporter la jeune femme aux confins du plaisir...
Il commença par faire disparaître subitement, sans prononcer le moindre mot, tous les vêtements qui les séparaient, et leurs corps se retrouvèrent soudain nus l'un contre l'autre.
Hermione et Severus se regardèrent alors dans les yeux, avec le même désir allumant leurs pupilles dilatées. Et tandis qu'il s'emparait avec fougue des lèvres de son amante, Severus entreprit de frotter langoureusement son sexe palpitant contre le pubis de Hermione, attisant implacablement le désir de cette dernière. La jeune femme ne résista pas à l'envie d'entourer fermement les jambes de Severus avec les siennes, tandis qu'elle refermait ses bras autour de sa nuque, lui donnant ainsi un accès total à son intimité.
Le maître des potions manqua perdre pied pour de bon tandis qu'il regardait la brune se jeter en arrière, lui offrant ainsi son corps et le laissant en admirer les contours magnifiques. Cette vision du corps nu de Hermione sous le sien, de ses seins qui montaient et descendaient rapidement au gré de sa respiration saccadée, le rendit encore plus fou de désir pour elle.
La respiration haletante, il continuait de presser langoureusement son érection contre l'intimité chaude et mouillée de la jeune femme, tout en lui mordillant et caressant les tétons.
Hermione se mordit la lèvre inférieure pour ne pas crier mais quand Severus inséra tout à coup deux doigts en elle avec une exquise lenteur, les faisant pénétrer de plus en plus profondément dans sa chair brûlante, ce fut trop pour la sorcière qui eut un nouveau gémissement de plaisir, plus fort que le précédent, plus impatient aussi, et qui excita encore davantage Severus, si tant est que ce fût possible.
- Severus, prends-moi... Maintenant...
Plongeant ses yeux remplis de désir dans ceux de son amant, Hermione s'agrippa soudain aux fesses de ce dernier, lui soutirant un râle d'extase tandis que ce faisant elle attirait doucement Severus vers l'intérieur de son corps qui n'attendait que lui depuis toutes ces années.
Snape, son regard sombre toujours rivé à celui de la sorcière, offrit à celle-ci ce qu'elle attendait de lui en la pénétrant d'un brusque et puissant coup de rein. Il se délecta de voir le magnifique visage de son amante se contracter de plaisir, ses lèvres si douces se tordre et ses yeux se fermer tandis qu'une vague de plaisir plus puissante que les précédentes déferlait sur la jeune femme et menaçait de la faire chavirer pour de bon.
Hermione, emportée par son propre plaisir, se cramponna davantage aux fesses de Severus, comme on s'agripperait à une bouée pour ne pas se noyer...
Leurs souffles devinrent de plus en plus erratiques, et alors que Severus s'enfonçait toujours plus loin en elle, Hermione commença à faire des mouvements de hanches des plus lascifs pour augmenter irrésistiblement la cadence de leurs va-et-vient. Le maître des potions, n'y tenant plus, pénétra soudain la jeune femme jusqu'à la garde.
Éperdue et en sueur, Hermione regarda l'homme qu'elle aimait exploser en elle dans un cri rauque auquel elle joignit le sien en atteignant l'orgasme en même temps que son amant.
Mais ils n'en restèrent pas là pour autant... Hermione et Severus s'unirent jusqu'au petit matin, jouirent à l'unisson encore et encore tout au long de la nuit, assouvissant un désir enchaîné en eux depuis bien trop longtemps, avec le sentiment qu'ils ne pourraient jamais se lasser l'un de l'autre.
OoO
Le lendemain de cette nuit de Halloween qui allait tout changer pour Severus Snape et Hermione Granger, les jumeaux O'Brien qui s'attendaient à être renvoyés de l'école ne comprirent pas par quel miracle ils n'écopèrent que d'une heure de retenue chacun, ainsi que de cinquante points retirés à leur maison.
Autant d'indulgence de la part du professeur Granger surprit tout le monde à Poudlard.
Mais ce ne fut pas l'événement le plus choquant ce jour-là.
En effet, tous les habitants du château, de la directrice aux élèves en passant par les fantômes, tous se demandèrent bien pourquoi l'impitoyable maître des potions, l'antipathique Severus Snape, affichait pour la première fois de sa vie un sourire sincère sur son visage, qui semblait ne jamais plus pouvoir s'effacer.
