Titre : La petite porte rouge

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, threesome, HP/SS/LM

Disclaimer : Je prendrais bien un litre de Lucius en intraveineuse mais, malheureusement, il ne m'appartient pas ? (Comment ça "il n'existe pas" ?!) Je touche pas la moindre Noise pour cet ouvrage (ça règlerait beaucoup de problèmes…)

Statut : Terminée

Résumé : Durant une soirée banale, Harry pénètre dans un bar lorsqu'il aperçoit Severus y entrer. Mais il ne sait pas ce qui se cache derrière cette petite porte rouge. Yaoi, threesome.

NdA : Encore une fois, cette histoire vient d'un défis et je ne suis pas vraiment fane de ce que j'ai écrit, mais j'ai décidé de vous le partager quand même car… Eh bien… C'est mieux que rien x)

Bêta : Merci Tekilou de corriger cet OS malgré le timing serré que je t'ai donné T.T Encore pardon !


Severus regarda à droite et à gauche, ajustant sa capuche pour masquer son visage. Son oeil le faisait souffrir, mais il savait que ce n'était qu'une question de minutes avant que ce problème ne soit résolu. L'altercation qui avait éclaté dans l'allée des embrumes lui laissait un goût amer dans la bouche.

Malgré la fin de la guerre, son procès et son Ordre de Merlin, il était toujours un paria pour la population sorcière. Même dans une allée aussi lugubre, quelqu'un l'avait reconnu et attaqué, clamant sa culpabilité dans le meurtre de sa famille.

Il n'avait pas esquivé le poing, alors qu'il aurait pu le faire si facilement…

Au fond de lui, il se sentait toujours coupable. Il savait que tout ce qu'il avait fait était pour la bonne cause, toutes ses actions, tous ces meurtres avaient été commis pour que la lumière gagne enfin. Mais ce poids sur sa poitrine ne partirait jamais vraiment.

Après un dernier regard par dessus son épaule, il attrapa la poignée de la petite porte rouge si familière et la tira pour l'ouvrir. Aussitôt, les bruits et les odeurs assaillirent ses sens, et ses lèvres se courbèrent dans un petit sourire. Il entra dans le sas et regarda le croupier qui attendait patiemment.

Il grogna quelques mots et l'homme acquiesça, ouvrant la porte, ce qui projeta des lueurs rouges dans toute la petite pièce.

Severus avança et entendit le battant de bois se refermer derrière lui. La musique douce ne coupait aucunement le bruit des conversations et il regarda un instant les hommes et les femmes dans la pièce, évoluer, discuter, danser pour certains. Sur les canapés, Severus vit beaucoup de visages connus et derrière le bar, une grande femme blonde en combinaison de cuir, prénommée Sarah, servait des cocktails colorés.

Le Maître des potions retira sa cape d'un geste élégant et la tendit au jeune homme debout derrière le pupitre, à sa gauche. Celui-ci la prit et partit la ranger prestement pendant que Severus marchait jusqu'au bord de la piste de danse, s'imprégnant de l'ambiance.

« Encore une sortie agréable, » ricana une voix derrière lui.

Il ne se retourna pas, sachant parfaitement qui était cette personne.

« Comme toujours… » répondit-il, levant la main pour effleurer sa pommette meurtrie.

« Rien que l'un d'eux ne puisse effacer, » murmura Lucius Malfoy en se postant à côté de lui, désignant un groupe de personnes près du bar.

« Je sais… » grommela Severus. « Mais j'avais espéré avoir le temps de faire mon choix. Je vais devoir prendre le premier pas trop moche et souhaiter que le goût soit là. »

Lucius ricana à nouveau, écartant une mèche de cheveux blond de son visage. Severus le regarda quelques secondes et reprit :

« Et toi ? » demanda-t-il. « Tu as déjà fait ton choix ? »

« Pas encore, » murmura Lucius, caressant la tête de serpent sur sa canne. « Il y a une jolie brune là-bas dont l'odeur est alléchante, » dit-il en désignant un coin sombre.

Severus se tourna pour observer et vit une femme brune d'environ trente-cinq ans assise sur un sofa. Elle portait une robe noire, des escarpins brillants, et un foulard rouge s'enroulait autour de son poignet. Il pouvait voir ce que Lucius avait repéré chez elle. Sa beauté et son charme ne faisait aucun doute, bien que ce ne soit pas ce que Severus appréciait lui-même.

Elle écoutait le discours enflammé d'une femme assise à sa droite. Cette femme, c'était Amanda, une habituée de cet endroit, que Lucius et Severus connaissait bien.

Celui-ci allait donner son avis à son ami lorsqu'il vit Amanda se pencher et butiner le cou de la jeune femme qui pencha aussitôt sa tête en arrière dans l'extase.

« Trop tard, » souffla-t-il avec un léger sourire.

« C'est le fardeau des prédateurs comme moi, » déclara Lucius avec un sourire narquois. « Nous prenons notre temps pour trouver la plus belle proie, au risque de se la faire voler… »

Severus grogna d'amusement et tressaillit lorsque l'action accentua la douleur sur son visage. Soupirant, il leva à nouveau la main pour toucher la partie de son visage qui commençait à gonfler lentement.

« Tu devrais te dépêcher, » dit Lucius, le regardant attentivement. « D'ici quelques minutes, ce sera plus douloureux et tu seras tellement dévisagé que tu auras du mal à trouver quelqu'un. »

« Je sais, » grogna à nouveau Severus en réponse.

Son regard se perdit sur la piste de danse et les tables alentours avant de se fixer sur un jeune homme qui, il le savait, ne l'avait pas quitté des yeux depuis plusieurs minutes. Il le regarda de haut en bas, jugeant lentement s'il était suffisamment à son goût.

Severus n'aimait pas choisir à la hâte, mais ce n'était pas la première fois qu'il le faisait et savait comment procéder. Il vit les cheveux bruns, les yeux clairs, la peau mate et la silhouette élancée et en fut plutôt satisfait. Mais le critère le plus décisif pour lui, se trouvait autour de son cou : le foulard rouge qui y était accroché était capital dans la décision de Severus.

Le jeune homme le laissa terminer son analyse puis leva simplement un sourcil en question. Severus resta immobile quelques secondes avant d'acquiescer et de se diriger vers l'ouverture au fond de la pièce. Immédiatement, le brun lui emboîta le pas et tous deux disparurent derrière la porte close.

.oOo.

Harry était certain de ce qu'il avait vu.

Il sortait de cette boutique étrange dans laquelle il allait chaque mois pour soigner sa vue, au fond de l'allée des embrumes. Il avait été surpris d'apprendre que ce magasin ne vendait que des choses légales. C'était l'endroit que lui avait conseillé Kingsley et qui semblaient obtenir les meilleurs résultats.

Il s'y rendait une fois par mois et la propriétaire, ressemblant étrangement au Professeur Trelawney, lançait un sortilège complexe sur ses yeux pour les réparer progressivement. Une fois sortit, il se dirigeait généralement vers l'opticien magique qui réajustait ses verres à sa nouvelle vision. Harry avait parfois des maux de tête et la vision trouble durant quelques heures après le sortilège. C'était la raison pour laquelle il y allait le soir, après le travail, afin de se coucher et de rester au calme.

Cependant, cette fois, en sortant de la boutique de Madame Will, il avait aperçut une silhouette qu'il pouvait reconnaître entre mille : celle de Severus Snape. Et lorsqu'il avait vu que ladite silhouette était suivie par une autre qu'il ne reconnaissait alors pas, sans passer par l'opticien, ni même penser à sa soirée tranquille, Harry s'était mit à les suivre. Une bagarre avait éclaté et le deuxième homme avait frappé le premier qui n'avait pas riposté. Il l'avait simplement immobilisé puis était parti. C'était à cet instant qu'Harry avait pu avoir un aperçu sur le nez tordu et la peau blafarde de son ancien professeur de potions.

Il avait alors continué à le suivre, jusqu'à ce que l'ancien Mangemort se poste devant la petite porte rouge d'un immeuble sombre. Snape était entré dans cet endroit après avoir été frappé par un homme en pleine rue et Harry ne pouvait s'empêcher de se poser plein de questions. Que faisait-il ? Pourquoi était-il ici ? Quel était cet endroit ? Snape avait-il besoin d'aide ?

Harry était donc là, à quelques centimètres de cette petite porte rouge, à se demander quoi faire.

Alors qu'il allait enfin entrer pour voir ce qu'il en était, Harry sentit un de ses courants mal de tête s'abattre sur lui en un éclair. Sa vision s'assombrit et il perdit légèrement l'équilibre. Il entendit du bruit venant de la petite porte rouge sur laquelle il comptait s'appuyer et fut bousculé lorsque plusieurs personnes en sortirent. Il fut projeté vers l'avant et entendit un marmonnement d'excuse.

Les yeux de Harry s'humidifièrent, un autre effet secondaire du sort modifiant sa vue. Il faisait sombre mais il savait qu'il était entré dans le bâtiment à la petite porte rouge, qui était sans doute un bar à en juger par la musique légèrement étouffée qui lui parvenait. Il entendit quelqu'un parler mais le mal de tête faisait résonner chaque mot plusieurs fois, ce qui rendait la phrase indéchiffrable. Il tâtonna autour de lui pour trouver quelque chose pour essuyer ses yeux et trouva un mouchoir en tissus qu'il frotta contre son visage pour enlever les larmes de ses joues et dans ses yeux.

Paniquant légèrement lorsqu'il entendit la voix se rapprocher, le Survivant avança en titubant et passa une autre porte, le projetant dans une pièce aux teintes écarlates et aux bruits assourdissants. Il trébucha et fut retenu par des bras solides qui lui empêchèrent la chute.

Aussitôt après, il fut arraché de la prise pour se retrouver blottit contre un corps fin, presque frêle. Cela ne dura qu'une seconde avant qu'il ne soit à nouveau coupé de cette étreinte étrange pour une autre. Après avoir été ballotté de droite à gauche plusieurs fois, il entendit et bruit sourd et fut une nouvelle fois arraché de la prise. La lutte lui était impossible tant la douleur dans sa tête était forte.

Lorsqu'il fut à nouveau immobilisé, les mains sur son torse ne le lâchèrent pas et il se mit à paniquer plus encore. Il se sentit plaqué contre un torse musclé. Ne pouvant accéder à sa baguette dans la configuration actuelle, il se demanda un instant quoi faire, son mal de crâne refluant. Grâce à cela, il put à nouveau se concentrer sur ce qu'il voyait de ses yeux maintenant secs.

Il reconnut parfaitement la chevalière au doigt de la personne qui le maintenait et se détendit légèrement. La mèche de cheveux blonde, presque blanche, était aussi une indication fiable à cent pourcent : il était contre Lucius Malfoy.

L'homme, s'il n'avait jamais été aimable avec lui, l'avait déjà sauvé une fois et son rôle d'espion pendant la guerre était assez solide pour qu'Harry ne se sente pas en danger. Cela n'expliquait cependant pas pourquoi il le maintenait toujours si fermement et ce qu'étaient les grognements qui résonnaient tout autour de lui.

Il y eut une sorte de rugissement venant de derrière. Harry sentit le corps contre lequel il était pressé vibrer et sursauta. Encore une fois, il ne parvint pas à s'extirper de la prise ferme. Se concentrant sur ce qu'il y avait autour de lui, il vit de nombreux visages. Des hommes et des femmes le fixaient intensément, comme s'il était une pièce de premier choix. Il entendait des voix mais ne se focalisa dessus que lorsqu'il en entendit une près de son oreille. Le timbre riche de Lucius l'envahit :

« … consentez-vous, Harry ? » demanda-t-il.

Harry savait qu'il devait avoir l'air d'un parfait idiot. Il était, bras ballant, contre Lucius Malfoy en personne, et une foule le dévisageait avec attention, attendant apparemment quelque chose de lui. Il était dans ses vêtements d'Auror dans lesquels il devait normalement montrer l'exemple, inspirer confiance, avoir l'air protecteur.

« … consentez-vous, Harry ? » fit à nouveau la voix de Lucius.

« Hum ? Bien sûr, » acquiesça le Survivant, essayant de paraître plus confiant.

Aussitôt que les mots furent sorti de sa bouche, Harry sentit une chaleur surprenante dans son estomac. Il avait l'impression que de grandes flammes de chaleur douce s'enroulaient autour de lui, léchant chacun de ses membres.

Qu'avait-il fait ?

.oOo.

Severus descendit les escaliers, ajustant ses vêtements. Il se sentait bien mieux que quelques minutes auparavant. Il essuya une petite trainée de sang à la commissure de ses lèvres en passant devant le miroir et sourit. Lorsqu'il ouvrit la petite porte donnant sur la pièce principale, il fut surpris par la scène se déroulant sous ses yeux.

Une magie incroyable emplissait l'espace. Tous les humains étaient debout, parfois même sur les tables, pour voir le centre de la pièce où étaient réunis tous les vampires. Ils étaient tous sauvages, grognant, certainement à cause de la magie enivrante qui circulait autour d'eux. Au milieu de tous, Lucius semblait avoir enfin trouvé son prix alors qu'il faisait glisser la pointe de ses canines sur une chair pâle et lisse. Son prix en la personne de…

« Potter, » haleta Severus.

Harry Potter, dans ses robes rouges d'Auror, était dans l'étreinte ferme de Lucius qui fixait les autres vampires, grondant un son bas et menaçant. Il semblait protéger le jeune homme des autres vampires et pourtant, était prêt à plonger ses dents imposantes dans la peau tendre de son cou.

Severus s'avança vivement et perça le cercle qui s'était formé autour du couple. Voyant que Potter était maintenu par Lucius et que celui-ci ne lâcherait certainement pas sa proie si facilement, Severus se détourna et grogna sur tous les vampires aux alentours.

Face à deux créatures aussi puissantes qu'ils étaient, les autres se dispersèrent rapidement, se mêlant aux humains. Severus savait parfaitement qu'ils continuaient d'espionner discrètement, mais avait d'autre Miss Teigne à fouetter. Il refit face à Lucius qui jouait toujours de ses dents et de sa langue contre un Harry Potter groggy et allait parler, lorsqu'il vit quelque chose qui le fit haleter.

Là, dans le poing serré du jeune homme, un fin mouchoir en tissu violet. Comment était-ce possible ?

« Lucius, » commença-t-il d'une voix grondante, basse et rauque. « Comment oses-tu ? »

« Comment j'ose sauver une nouvelle fois le Survivant ? Cela me parait évident, c'est ce que tu fais depuis des années, » répondit sournoisement Lucius.

Severus jeta un oeil au jeune homme en question qui semblait perdu dans les limbes de la magie. Il avait des traces de larmes sur les joues, les yeux rouges et vagues, ne fixant rien en particulier. Il ressemblait à un drogué en pleine hallucination.

« Il… Il a accepté le lien ? » haleta Severus.

« Comme tu peux le voir, » ronronna Lucius. « Tu n'imagines pas à quel point sa magie est chaude et douce contre la mienne. »

« Pourquoi as-tu fais ça Lucius ?! » cracha le Maître des potions.

« Tu ressens sa magie autant que moi et tous les vampires dans cette pièce. Elle est intense, exaltante, unique et forte. Avec son mouchoir violet, il aurait pu être pris de force par n'importe lequel d'entre eux ! » gronda Lucius en désignant ceux qui les observaient toujours. « Il est totalement inconscient de ce qu'il fait, de l'endroit dans lequel il se trouve ! Et après avoir initié un lien partiel avec l'un d'entre eux, il aurait été totalement à sa merci ! Qui sait ce qu'un autre vampire que moi aurait pu faire de lui ? Le lien est enclenché avec moi et personne n'osera en initier un autre sans mon autorisation. Il est protégé. »

« Quelle pure générosité, » se moqua Severus.

« Non et j'allais y venir. J'y vois aussi un avantage certain. Regarde cette puissance… Et il sent divinement bon. Imagine un instant qu'il soit avec moi pour toujours. J'aurai l'avantage de son nom, de son statut et je n'aurai plus besoin de courir les bars pour trouver un cou à mordre. Réfléchis un peu Severus… tant d'avantages… » souffla Lucius.

Severus regarda les dents de Lucius courir sur la peau de Potter durant plusieurs secondes. C'était presque hypnotisant. Il pouvait voir l'artère du jeune homme onduler sous la peau fine. Severus venait de boire à sa soif et pourtant il ressentait une irrépressible envie de planter ses dents dans la chair tendre.

« Arrête Lucius. Tu ne peux pas faire ça… » souffla-t-il.

« Et pourquoi ? » répondit l'homme. « Il a accepté, il est détendu dans mes bras, à ma merci… »

« Pense un peu à sa vie, » grogna Severus. « Il ferait la Une des journaux, serait rejeté par ses amis, par la population sorcière… »

« Je suis prêt à lui donner tout ce dont il aura besoin. Nous pourrons lui donner ce dont il aura besoin… » souffla Lucius, regardant son ami droit dans les yeux.

Severus déglutit, regardant le vampire en face de lui jouer encore et encore avec la peau fine. C'était tentant, très tentant… Est-ce que Lucius proposait… ?

« Regarde comme il est lâche dans mes bras, » reprit celui-ci. « Ce jeune homme à besoin de câlins et d'affection, et je peux les lui donner. »

« Il n'y consent pas ! » gronda finalement Severus, montrant les dents. « Il est paralisé par la magie du lien et ne sait probablement pas ce qu'il a accepté ! Cet idiot ne sait probablement même pas ce qu'est ce bar, ni ce que signifie ce tissu violet ! C'est ce que tu veux ? Un calice qui t'en voudra indéfiniment pour ne lui avoir laissé aucun choix ? »

L'argument du Maître des Potions fut suffisant pour allumer quelque chose dans l'oeil de Lucius. L'homme relâcha légèrement sa prise sur le jeune homme qui sortit doucement de son état de transe, regardant partout d'un air béat.

« C'est vrai, » dit Lucius en reculant légèrement. « Je sais ce que c'est d'être forcé dans une relation que l'on ne veut pas… Mais le lien est fait et je ne peux pas l'annuler. »

« Il passera outre s'il en a envie, » répondit Severus.

« Qu'est-ce que… » murmura Harry, reprenant conscience petit à petit.

Plusieurs vampires qui les espionnaient toujours commencèrent à approcher de nouveau mais Severus se retourna et émit une sorte de feulement qui les fit tous reculer. Un fois fait, il s'avança, saisi le bras de Harry et le traina jusqu'au bar où il l'installa sur le tabouret. Il s'assit à sa gauche, laissant la place de l'autre côté à Lucius et fit un signe à Sarah, la barman pour trois verres.

« Professeur Snape ? » haleta le jeune homme dont le cerveau recommençait à fonctionner correctement. « Qu'est-ce que vous faites là ? Qu'est ce que… Qu'est-ce que je fais là ? »

« Idiot… » marmonna Severus buvant une gorgée du breuvage qui avait été posé devant lui. « Quelle est la dernière chose dont vous vous souveniez Potter ? »

« J'étais chez la sorcière… Celle qui ressemble à Madame Trelawney… Et je suis sorti. Je vous ai vu et j'ai décidé de vous suivre. Cela fait des mois que vous n'êtes pas apparu en public ! » déclara Harry, fixant son ancien professeur.

Celui-ci balaya ce reproche voilé d'un revers de main et lui fit signe de continuer.

« Je vous ai vu vous faire attaquer et j'ai voulu vous aider, mais ensuite… Ensuite vous l'avez assommé et vous êtes parti, » reprit Harry, regardant consciencieusement le visage de son professeur pour y trouver tous signes de coup. « Je vous ai vu franchir une petite porte rouge et je suis allé devant mais une migraine s'est emparée de moi. »

« Vous êtes souffrant ? » demanda immédiatement Lucius, posant une main sur le front du jeune homme.

Celui-ci sursauta, reconnaissant la présence de Lucius à sa droite pour la première fois.

« N… Non, » bégaya-t-il, repoussant la paume fraîche de son front. « Je fais corriger ma vue est c'est l'un des effets secondaires. Les maux de tête et les yeux qui brûlent. J'ai eu soudainement les deux puis j'ai été poussé et malmené quand la porte s'est ouverte. J'ai cherché à l'aveugle quelque chose pour m'essuyer les yeux, et j'ai trouvé ça ! » dit Harry en levant son poing serré sur le tissu violet. J'ai trébuché puis je me suis sentit tiré à droite, puis à gauche… La musique forte, les lumières vives, le mal de tête, les yeux bouffis, je n'ai rien compris à ce qui se passait. »

« Tu parles d'un Auror… » marmonna Severus. « Ensuite ? » dit-il, plus fort.

« Ensuite j'ai senti une étreinte et j'ai essayé de me débattre mais je n'arrivais pas à m'en défaire. Quand j'ai reconnu Lucius, j'ai compris que ce n'était rien de grave… »

« Rien de grave, en effet, » répéta celui-ci avec un sourire charmeur, levant son verre à sa santé.

« Quoi d'autre ? » gronda Severus, fusillant Lucius du regard.

« Je ne sais plus… Des mots, du bruit… J'ai accepté quand Lucius m'a demandé quelque chose, puis je me suis senti comme groggy. Je ne comprenais pas trop ce qu'il se passait. »

« Idiot ! » tonna Severus. « Vous avez accepté de vous lier à Lucius ! D'être son calice ! »

Il y eut un silence entre les trois hommes, brouillé par l'agitation du bar, la musique et les rires incessant de la femme à quelques mètres de là.

« Attendez… Le… Quoi ? » haleta Harry.

« Vous êtes entré dans un bar de vampire ! » grogna Severus. « Il y a des écriteaux partout dans le sas pour prévenir les personnes qui entrent ici mais bien évidemment, avec vos yeux de taupe, vous n'avez rien vu ! Vous avez franchi la pièce, donnant ainsi votre bénédiction pour vous faire aspirer le sang comme une tétine et, comme si cela ne suffisait pas, vous avez pris un mouchoir violet ! »

Harry lui lança un regard vide auquel Severus répondit par un bruit de dédain, avant d'expliquer à nouveau :

« Si vous aviez lu le panneau juste au dessus, vous auriez compris qu'il existe différentes sortes de tissu : les rouges pour ceux qui souhaite du sexe et du sang, du jaune pour ceux qui ne veulent que du sexe - et je ne vois toujours pas l'interet d'aller dans un bar vampire pour ça - le vert pour la recherche d'une relation exculsive et le violet pour les hommes et les femmes voulant devenir calice ! »

« Et alors ? » demanda Harry avec incompréhension.

« Alors, mon cher Harry, » reprit Lucius d'une voix velouté, attirant l'attention du jeune homme à nouveau sur lui. « Quand vous êtes entré ici et que tous les vampires du club ont pu sentir votre merveilleuse odeur, pleine de sang jeune et de magie pure, ils ont vu votre mouchoir violet et aucun n'a pu se résoudre à laisser un tel cadeau filer entre ses doigts. Ils se seraient déchiré pour vous avoir en tant que calice. Heureusement que j'étais là et que je suis assez puissant pour qu'ils s'inclinent devant moi. Je les ai fait fuir. Et comment pourriez-vous me remercier ? » demanda Lucius, l'oeil brillant alors qu'il s'approchait très près de Harry, fixant ses lèvres.

« Suffit Lucius ! » cracha Severus en attirant Harry plus loin de l'homme.

Celui-ci ricana et se réinstalla plus loin sur son siège, prouvant ainsi qu'il s'était subtilement rapproché. Harry saisit son verre et goûta le liquide avant de grimacer devant la sensation de l'alcool descendant doucement dans sa gorge.

« Vous souhaitez donc mourir en martyr Potter ? » grogna Severus, reprenant la discussion. « Vous vous introduisez dans un lieu dont vous ne savez rien, vous vous laissez choir dans n'importe quel bras et acceptez tout ce qu'on vous propose ? »

« C'est bon, » répondit Harry sur le même ton. « Je voulais simplement vous voir. Et tout va bien au final. Je suis tombé sur vous et il n'y a aucun dommage. »

« Aucun dommage ? » ricana Severus. « A part le fait que vous ayez accepté le lien de calice avec Lucius… »

« Mais c'est quoi cette histoire de calice ? »

« Comment par Merlin pouvez-vous être Auror sans connaître un minimum de choses sur les créatures sombres ?! » cracha Severus.

« Oh et bien… Peut-être parce que je n'ai même pas mes ASPIC ! » cracha Harry. « Après la bataille finale, j'ai été propulsé directement chez les Aurors par le Ministre. On ne m'a pas vraiment demandé mon avis à vrai dire ! Je ne comprends rien et mes collègues sont jaloux que j'ai obtenue mon poste si facilement. Ce que je comprends évidemment. Mais de ce fait, personne ne veut patrouiller avec moi, lorsqu'il ne me tendent pas carrément des pièges... Je risque ma vie au moins une fois par jour là-bas… » marmonna-t-il ensuite, haussant les épaules.

Severus mis toutes ces informations dans un côté de son esprit, décidant de les étudier plus tard, avant de reprendre ses explications.

« Un calice est un réserve de sang mouvante pour le vampire ! Incluant évidemment, sexe et sentiments ! »

La tasse qu'Harry tenait fermement entre ses doigts se brisa soudainement. Il n'avait pas eu conscience de sa prise serrée, de ses muscles tendus, mais aussi de sa magie, qui avaient réagit instinctivement à cette annonce. Snape et Malfoy étaient des vampires ? Depuis combien de temps ? C'était totalement fo- Attendez... Sexe ?

Aussitôt, l'odeur du sang de Harry se répandit dans la pièce, indétectable pour les humains, extrêmement tentante pour les vampires. Ceux-ci commencèrent à s'approcher et Severus se retourna immédiatement pour feuler à nouveau, les faisant reculer.

De son côté, Lucius sortit sa baguette et murmura une formule pour refermer la plaie sur la paume du jeune homme. Il ne fut néanmoins pas assez maître de lui-même pour faire disparaître la goutte de sang qui avait coulé sur le bar. Il rangea sa baguette distraitement, fixant la tâche sur le bois de ses yeux gris.

Harry le regarda avancer lentement et lever la main. L'homme traîna son doigt dans le sang frais et le leva à hauteur de son visage. Le Survivant vit la faim dans ses yeux, il vit l'envie et l'animalité qui l'animait. Un instant, il pensa qu'il allait le voir amener sa main à ses lèvres, mais ce ne fut pas le cas.

Severus était toujours concentré sur les vampires derrière eux, les fixant d'un air mauvais et le temps sembla s'arrêter.

Il n'y eut qu'une fraction de seconde de latence avant le mouvement de Lucius, qui se déroula comme dans un film d'action au ralenti pour Harry. Le vampire blond s'avança, se penchant devant lui et passa délicatement son doigt enduit de sang sur les lèvres de Severus.

Ce fut un réflexe pour l'homme qui, immédiatement, passa sa langue sur le liquide carmin.

Aussitôt, ses pupilles se dilatèrent et ses dents, toujours dévoilées pour repousser les vampires, s'allongèrent lentement. Il s'approcha de Harry qui recula, pour se retrouver coller à la poitrine de Lucius. Celui-ci enroula ses bras autour de lui et ce geste sembla réveiller Severus qui recula précipitamment. Après quelques respirations profondes, il s'avança à nouveau, sera l'épaule de Harry d'une main forte et attrapa l'oreille de Lucius.

Celui-ci poussa un glapissement outré mais fut obligé de se lever, emportant sa canne avec lui, lorsque Severus le traîna jusqu'à la porte. Harry se laissa docilement guidé, repassant par le sas qu'il n'avait pas vu au premier abord.

Il y avait effectivement des panneaux partout pour expliquer ce qu'était le bar. Les explications des différents tissus étaient bien affichées et Harry savait pertinemment qu'il ne serait jamais entré dans cet établissement s'il avait pu lire ne serait-ce qu'un de ces textes.

La bouffée d'air frais qu'il prit lui fit presque mal aux poumons alors qu'il était poussé dehors. Il se retourna vivement pour voir Lucius feuler de ce son si animal, contre son ami, avant de frotter l'oreille rouge qui avait été lâchée.

« Tu es totalement inconscient ! » cria le Maître des Potions à l'adresse de l'aristocrate blond qui redressait maintenant posément ses vêtements.

« Pourquoi donc ? » demanda innocemment celui-ci.

« Tu m'as fait boire- »

Severus s'interrompit et regarda autour de lui. D'un geste élégant mais légèrement précipité, il prit sa baguette et lança un sort pour les enfermer dans une bulle de silence afin que la conversation reste confidentielle.

« Tu m'as fait boire son sang, » reprit Severus, les dents serrées. « Tu as initié un lien. »

« Et ? » demanda Lucius.

« Tu as déjà initié ton propre lien et maintenant il en a un avec moi, » accusa Severus.

Lucius hocha gracieusement les épaules et fit un signe négligent de la main, comme si tout ceci n'avait aucune importance.

« Un lien n'est pas obligatoirement complété Severus, tu le sais aussi bien que moi. »

« Peut-être, » grogna le Potionniste. « Mais tu sais très bien qu'il y a des résidus des liens non complétés et je n'ai aucune envie d'en ressentir les effets. Encore moins avec Potter ! » cracha-t-il.

Harry, fatigué, sentit son coeur se serrer légèrement à cette annonce. Il se laissa tombé sur un muret et soupira. Sa tête lui faisait toujours mal, il ne comprenait pas ce qui se passait autour de lui et il n'avait aucune envie de passer sa soirée à se faire insulter par deux anciens Serpentard. Peu importe ce qu'ils avaient fait pour l'Ordre, ils restaient des personnes qui ne l'aimaient pas.

Il sortit sa baguette et commença à la faire tourner mollement entre ses doigts, fixant le sol d'un air terne.

« Potter est là et aimerait savoir dans quoi il s'est encore embarqué au lieu de se faire pousser de gauche à droite suivant les bons désirs des autres, » dit-il d'une voix lasse.

Les deux homme regardèrent le Survivant, les cernes sous ses yeux et les paupières lourdes. Il avait l'air dans un triste état et ils se jetèrent un petit coup d'oeil, comprenant que l'autre était tout aussi conscient de la misérable apparence du jeune homme.

« Lucius a instauré un lien oral de calice avec vous, pour vous protéger de la horde de vampires agressifs qui était prête à vous couper en dés pour que chacun ait sa part. Il vous a demandé et vous, pauvre idiot, vous avez accepté. »

Severus s'attendait à ce que le jeune homme se redresse et se justifie, l'affronte et s'offusque, mais il resta simplement sur son muret, misérable et éteint. Le Maître des potions continua alors sa diatribe, espérant voir une émotion quelconque sur le visage de l'ancien Gryffondor :

« Il m'a ensuite fait goûté votre sang, initiant un autre lien, physique cette fois-ci, avec vous. »

« Très bien, » soupira Harry. « Et comment on annule ça ? »

Les deux Serpentard regardèrent le jeune homme, les sourcils froncés. Ils retrouvaient très peu de la combativité légendaire de Potter. Il était une sorte de forme flasque avec autant de caractère qu'un veracrasse.

« On annule pas un lien Potter ! » cracha Severus, de plus en plus déstabilisé par ce nouveau caractère. « Nous ne sommes pas obligé de l'approfondir, mais il est là et il restera là. Cela n'influencera aucunement nos vies respectives à part, peut-être, une meilleures compréhension de l'autre, un instinct accru à son sujet ou ce genre de bêtises. Vous pouvez parfaitement continuer votre misérable vie comme bon vous semble. »

« Bien, » souffla Harry, se relevant.

Il rangea sa baguette et se détourna des deux hommes, commencent à marcher dans la pénombre de la ruelle pour rentrer chez lui, s'éloignant de la petite porte rouge qui, il ne le savait pas pas encore, avait changé sa vie. Avant de passer la limite de la bulle de silence, il tourna la tête et regarda par dessus son épaule.

« Au fait, » dit-il d'une voix lasse. « Je vous ai suivi car je n'avais pas eu l'occasion de vous remercier. Pour la guerre... Je le fais maintenant. Merci pour tout. »

Avant d'avoir la chance d'obtenir une réponse, qu'il savait déjà méchante et cassante, Harry se détourna et traversa la limite de la magie du vampire, avant de se mettre en route vers sa maison, à quelques kilomètres de là.

.oOo.

Severus entra dans le bureau de Lucius, frottant sa poitrine maigre de sa main droite, une grimace contrariée sur le visage.

Son ami lisait tranquillement un gros grimoire, savourant un verre d'un liquide ambré. Lorsqu'il le vit s'approcher, il poussa l'ouvrage sur sa droite et claqua des doigts, faisant apparaître la même boisson que la sienne.

« Merci, » grogna Severus, s'affalant élégamment sur le sofa devant la cheminée.

Lucius le rejoignit une fois qu'il eut mis ses papiers en ordre, son verre à la main.

« Un problème ? » demanda-t-il négligemment.

« Le lien. Ne me fais pas croire que tu ne le sens pas, » grogna Severus.

« Bien sûr que si, mon ami, » répondit Lucius « Depuis que nous avons rencontré Potter, le lien travaille au moins une fois par jour. »

« Ce qu'il a dit était probablement vrai... » murmura Severus. « S'il n'est pas à la hauteur dans son travail à cause de son manque d'étude et qu'il se fait rabroué par ses collègues, ses journées ne doivent pas être très agréable à vivre. »

« De là à ressentir une douleur physique... » marmonna Lucius, frottant à son tour son torse.

« Je croyais que le lien n'était pas complété avant l'échange de sang... » grogna Severus. « Nous ne devrions pas ressentir sa douleur. »

« C'est vrai. Il ne l'est pas, » acquiesça Lucius. « Mais je pense que la magie de Potter est tellement forte que le lien est plus solide et que nous recevons d'avantage de sa part qu'avec un sorcier lambda. »

Severus grogna à nouveau et fixa son regard sur le feu. Depuis une semaine, jour après jour, il sentait le lien le tirer vers Potter. Il avait d'abord cru que le gamin tirait dessus, essayait de l'énerver, jusqu'à se souvenir que Potter n'avait même aucune idée de ce qu'était un calice. Il n'avait très certainement aucune expérience, ni aucune information en ce qui concernait les liens. Et Severus était persuadé qu'il n'aurait pas fait la démarche d'aller lire un livre à ce sujet.

Miss Granger aurait peut-être pu l'aider, mais elle avait sûrement beaucoup mieux à faire après son séjour à la maternité pour accoucher d'un enfant qui devait être aussi roux que l'était son père.

« Je refuse de passer ma vie à ressentir cela, » maugréa-t-il.

« Je ne suis pas plus enthousiaste que toi Severus, » ronronna Lucius. « Mais je t'ai proposé à plusieurs reprises d'aller aider notre petit Sauveur et tu as catégoriquement refusé. »

« Tu as déjà fait beaucoup Lucius, » murmura dangereusement Severus, montrant ses canines acérées.

« Tu en avais autant envie que moi, » répondit l'homme sans montrer une once de peur face à l'attitude agressive de son ami. « Je t'ai vu l'observer sur le Chemin de Traverse la dernière fois... »

« Je ne faisais rien de mal ! » grogna Severus, serrant son verre si fort que celui-ci se brisa.

Il y eut un silence, coupé seulement par le feu crépitant et les gouttes de sang tombant régulièrement sur le parquet en chêne.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit, » répondit Lucius, se relevant élégamment et posant son verre sur la console. « J'ai simplement dit que, la dernière fois que nous étions dans une chambre du Chaudron Baveur pour un goûter surprise, tu l'as regardé passer en bas, dans la rue. Je ne suis pas stupide, j'ai vu le désir dans tes yeux, j'ai vu la faim sur ton visage. Tu le veux. »

Severus grogna mais ne nia pas. Il leva simplement sa main blessé à hauteur de ses lèvres et, sans quitter Lucius du regard, se mit à lècher la plaie, crachant parfois quelques morceaux de verre sur le sol.

Dès qu'il eut fini, un elfe transplana presque sans bruit et nettoya le désordre avant de repartir aussi silencieusement qu'il était venu.

« Le vouloir ne signifie pas que je sois d'accord pour l'enfermer dans une relation pareille, » dit finalement Severus. « Potter n'a pas eu une vie facile. Il n'a jamais eu le choix et je ne peux supporter de le contraindre maintenant qu'il vie comme il l'entend. »

« Qui te parle de le contraindre ? » s'étonna faussement Lucius. « Il n'est pas obligé de poursuivre cette relation. »

« Tu as initié le lien avec deux vampires ex-Mangemort Lucius, » gronda Severus. « Il va le ressentir si nous sommes blessé ou en colère. Tu le forces à penser à nous jusqu'à la fin de sa vie. Qu'y a-t-il de sain là-dedans ? »

« Penses-tu que Potter est heureux ? » demanda Lucius sans répondre à la question de son ami.

« Comment le saurais-je ? »

« Tu penses vraiment qu'il avait l'air au meilleur de sa forme lorsque nous l'avons vu la semaine dernière ? »

« Non, » répondit Severus. « Et je ne vois pas en quoi ça nous concerne. »

Lucius contourna la petite table et se posta devant la cheminée, fixant le feu. Il pouvait voir le corps tendu de son ami du coin de l'oeil.

« Moi je pense que Potter, s'il était plutôt indiscipliné à l'école, à toujours fait ce qu'on lui demandait, même implicitement. Après tout, d'après ce que tu as vu dans ses souvenirs, il obéissait à son oncle et sa tante pour ne pas être enfermé dans un placard. Puis à l'école, le directeur l'a toujours encouragé dans ses aventures. C'est même lui qui lui a donné la cape d'invisibilité pour "affronter son destin'', il savait pour l'Armée de Dumbledore et l'a même poussé à rechercher ces artefacts sombres pour vaincre le Seigneur des Ténèbres... Il l'a toujours guidé, même sans lui adresser un mot... »

« Où veux-tu en venir Lucius ? » répondit Severus avec fatigue.

« A la fin de la guerre, lorsqu'on lui a dit qu'il devait être Auror, il est devenu Auror. On lui a dit qu'il devait se marier avec Ginny Weasley et il est certainement sur le point de publier les bans... »

« Tu crois qu'il ne sait pas penser par lui-même ? » demanda Severus, surpris.

« Cela ne me parait pas improbable, » répondit Lucius, se tournant pour fixer son ami. « Même lorsqu'il était seul, il avait toujours Miss Granger pour lui dire quoi faire... »

« Et après ? » demanda Severus. « Nous ne sommes pas ses parents. S'il ne sait pas prendre sa vie en main, ce n'est pas notre problème. »

« Peut-être, » répondit Lucius. « Où peut-être que nous pourrions nous servir des liens que j'ai instauré pour qu'il trouve sa véritable voie. »

« Je ne te comprends pas, » souffla Severus. « Pourquoi même t'en soucis-tu ? Tu n'aimes pas Potter et tu n'as aucun intérêt à le voir sortir de sa coquille. Il pourrait se dresser contre toi, devenir Ministre de la Magie, poste que tu convoites depuis des années, à ce que je sache ! Tu ne pourrait rien contre le Sauveur. »

« Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi, cher ami, » répondit Lucius d'un air goguenard. « Premièrement, je ne me souciais pas de Potter avant de sentir la délicieuse odeur de son sang. Je ne m'en souciais pas non plus avant de voir qu'il était si cher à ton coeur. Deuxièmement, si j'éduque Potter, si je l'aide dans sa vie d'adulte, je suis presque certain qu'il ne se dressera pas contre moi. Il sera trop redevable et il est bien trop Gryffondor pour faire une chose pareille. Troisièmement, je ne veux plus être Ministre de la Magie. Après tout, je suis maintenant une créature sombre qui ne vieillira jamais. Je ne veux pas que mon secret soit révélé. Et quatrièmement, j'ai besoin d'une nouvelle occupation. Façonner Potter, le regarder sortir de sa chrysalide pourrait-être une nouvelle façon d'occuper mon temps. »

Seul le silence répondit à son discours. Severus était plongé dans ses pensées, regardant le bout de ses doigts danser l'un contre l'autre.

La dernière fois qu'il avait vu Potter, celui-ci semblait presque absent, éteint. Il n'avait pas vu sa fougue et tout ce qui faisait de lui le jeune homme agaçant qu'il avait connu. Potter n'était pas heureux. Ce n'était pour autant pas le rôle de deux Mangemorts, ses anciens bourreaux, de s'occuper de son bien être. Le guider sur le chemin de sa vie... Mais cette idée était plaisante.

Pouvoir voir le jeune homme s'épanouir et montrer qui il était vraiment serait enfin quelque chose de positif dans sa vie. Severus avait vraiment très envie d'y participer.

« Je te propose quelque chose, » reprit Lucius, brisant ses pensées. « Je dois aller au Ministère demain... L'un de mes contacts là bas doit me fournir une information précieuse pour mes investissements. »

« Et alors ? » soupira Severus.

« Tu viendras avec moi. Et nous passerons voir notre cher ami Potter chez les Aurors. »

« Pour quoi faire ? »

« Pour voir son lieu de travail. Voir ce qu'il y fait, s'il s'y sent bien. »

« Et ensuite ? » demanda Severus avec suspicion.

« Nous verrons, » déclara Lucius, haussant les sourcils.

« Bien... »

Un nouveau silence s'étira entre les deux hommes. Lucius récupéra son verre et le vida d'une traite, heureux d'avoir manipulé son ami pour l'amener là où il le voulait. Après un long moment durant lequel les deux hommes ne parlèrent pas, Lucius s'adressa au Maître de Potions.

« Quel goût a-t-il ? »

C'était la question qu'il se posait depuis le jour où il avait vu le liquide carmin étalé sur les lèvres de Severus. Il l'avait senti, en avait été enivré, mais ne l'avait pas goûté. Il l'avait imaginé, fantasmé... Rien de plus.

« Assieds-toi, Lucius, » demanda Severus.

L'homme fronça les sourcils mais fit docilement ce qui lui était ordonné. Il reposa sa tête contre le fauteuil derrière lui, laissant ses muscles se détendre et la chaleur du feu lécher ses membres froids.

« Te souviens-tu du buffet de Poudlard ? La veille de Noël ? » demanda Severus.

« Bien sûr, » grogna son ami. « C'était toujours les repas pour lesquels les elfes se surpassaient. C'était meilleur chaque année et malgré les nombreuses tentatives, mes elfes n'ont jamais pu égaler la délicatesse de ces mets. »

« Et qu'est-ce que tu préférais ? »

Lucius fronça les sourcils et ferma les yeux, maintenant totalement détendu.

« La dinde, » répondit-il. « Avec la farce persillée et les pommes de terre rôties au beurre. Et en dessert, la tarte meringuée encore tiède avec une boule de glace au café. »

S'il se concentrait, Lucius était certain de pouvoir goûter les saveurs sur son palet. Il n'avait jamais pu oublier les magnifiques repas de la grande salle.

« Bien, » répondit Severus. « Alors, imagine tout cela, toutes ces saveurs, et multiplie-les par dix. Tu sauras environ à quoi ressemble le goût de Potter, » dit-il d'un air narquois.

Lucius dégluti et ouvrit les yeux, les fixant sur son ami.

« Imagine que nous lui donnions envie de reprendre sa vie en main. Qu'il décide de tout changer. Qu'il décide de se lier à nous... » murmura Lucius.

« Tu as reçu trop de Doloris Lucius, » ricana Severus. « Ceci n'arrivera jamais. Comment veux-tu qu'il se lie à nous deux en même temps ? »

« Ne fait pas l'idiot, ça ne te va pas. Tu sais parfaitement que certains sorciers puissants ont été compagnon de deux loups-garoux, de deux vampires, de deux veelas. Leur magie les aide à stabiliser celle de leurs compagnons dans un équilibre parfait. »

« Peut-être, » grogna Severus. « Mais c'était une autre époque. Les sorciers étaient habitués dès leur plus jeunes âges aux créatures, aux rituels magiques et aux situations familiales non-conventionnelles. Potter a été élevé par des Moldus intolérants, ignorants et insensibles. Dans la tête de Potter, un couple est très certainement un homme et une femme. »

« C'est à nous de lui montrer tout cela, » roucoula Lucius. « Je suis prêt à donner de ma personne pour lui montrer ce que vaut le plaisir entre hommes. »

« Idiot... » marmonna Severus.

« Tu ne diras pas la même chose lorsque nous serons tous les trois étendus, nus, sur notre lit King-size. »

« Le pauvre Potter ne sait pas ce qui va lui tomber dessus, » ricana Severus, invoquant des cuisines un nouveau verre de bourbon avec un sourire ironique.

Lucius fit de même et leva son verre dans un toast silencieux. Il avait hâte d'être à demain et de revoir l'homme aux yeux émeraudes. Peut-être qu'alors, il pourrait décider du meilleur plan d'action pour l'attirer dans son lit, dans sa vie, et dans celle de Severus.

.oOo.

Lucius et Severus marchaient dans les couloirs du Ministère.

Les deux hommes, froids et fiers portaient de belles robes classiques et sombres, contrastant avec leur peau pâle. Ils avançaient sans un mot, ignorant les regards tantôt furieux, tantôt admiratifs, mais toujours curieux.

Ils s'étaient déjà occupé de l'affaire de Lucius et marchaient maintenant en direction du bureau des Aurors. Le matin même, ils avaient ressenti le lien tirer leur poitrine à nouveau et avaient su l'un comme l'autre que Potter avait certainement eu des problèmes.

Lorsqu'ils arrivèrent, ils se postèrent à la porte, regardant la grande pièce grouiller d'Auror travaillants. C'était un espace ouvert et les bureaux n'étaient séparés que par des petites cloisons à mi-hauteur. Seul celui du chef des Aurors était séparé et bénéficiait de véritables murs pour plus d'intimité.

Ils s'avancèrent finalement, passant devant un grand tableau noir. Severus mit un discret coup de coude à Lucius lorsqu'il vit ce qu'il y était écrit. L'homme s'arrêta, et fixa à son tour les traits de craies ; il s'agissait d'un tableau d'équipe.

Chaque Auror était associé à un autre pour les patrouilles des différents jours de la semaine. Potter, quant à lui, était toujours seul.

Severus et Lucius reprirent leur marche jusqu'à un bureau vide. Sur le mur en face, il y avait une plaque en métal gravée :

Harry Potter

C'était donc dans cet endroit que Potter était brimé ? Si ce n'était pas une surprise, l'inscription "imposteur" taguée en face du fauteuil, l'était. Personne n'avait donc enlevé cette injure ? Ou était-elle récente ?

D'un coup de baguette, précédé d'un grognement, Severus la fit disparaître. Lucius continua de regarder le poste de travail brouillon sur lequel les objets, papiers, parchemins, instruments, étaient posés sans ordre précis.

« Je le fais tous les jours, » murmura une voix derrière eux.

Les deux hommes se retournèrent d'un même geste et tombèrent sur le chef des Aurors, Peter Brown. Les mains dans les poches, les épaules basses, il regardait tristement l'endroit vide duquel le tag venait d'être retiré. Après quelques instants de silence, il fit un geste de la tête pour leur proposer de le suivre et partit en direction de son bureau.

Lucius et Severus se regardèrent un instant avant de se soumettre à cette demande. Lorsqu'ils furent entré dans la petite pièce, l'Auror ferma la porte d'un coup de baguette et les invita à s'asseoir sur les deux chaises bancales en face de lui. Le Maître des Potions renifla de dédain et son compagnon sortit sa propre baguette pour métamorphoser les sièges en deux fauteuils confortables. Peter leva les yeux aux ciel mais s'installa à son tour.

« Nous ne nous connaissons pas beaucoup, mais j'étais le disciple de Kingsley Shacklebolt au moment de la deuxième guerre sorcière contre Vous-Savez-Qui. J'étais à ses côtés et je sais ce qui s'y est passé. De ce fait, je suis presque certain que vous n'êtes pas là pour nuire à Potter, malgré votre histoire difficile. »

« C'est un fait, » répondit Lucius.

Peter acquiesça et regarda par la fenêtre un instant.

« Tous les jours je me dois d'effacer ce genre d'injure de son bureau… Peu de temps après la guerre, le Ministre m'a forcé à intégrer Potter dans mes rangs. J'ai vu débarquer un gamin maigre, dont toute la joie de vivre avait été aspiré comme après le passage d'un détraqueur. Il suivait docilement le Ministre et a accepté les éloges, ses nouvelles tenues et un salaire supérieur à celui des autres, sans aucune émotion. »

Les deux hommes écoutaient attentivement tout ce que Peter pouvait dire, confirmant ainsi ce qu'ils avaient pensé au premier abord : Potter avait été vidé par ses expériences passées et vivait parce qu'il le devait, non parce qu'il le voulait.

L'homme reprit :

« Mes Aurors ne sont pas de mauvais bougres… Mais l'admission au programme n'est pas une mince affaire. Seuls les plus doués à l'école peuvent l'intégrer, ceux qui travaille le plus dur. Et cela, ce n'est que pour participer à la formation. Celle-ci dure trois ans. Elle est semée d'épreuves, d'entraînements rigoureux, de missions périlleuses. Ces hommes et ces femmes ont appris le code pénal par coeur, mots pour mots. Ils connaissent toutes les procédures, maintiennent une hygiène de vie strict, sont équipés de matériaux coûteux… »

« Et ? » claqua Severus.

« Vous êtes Maître de Potions, Monsieur Snape. Comment réagiriez-vous si quelqu'un faisait la Une des journaux de potions et recevait le prix annuel alors qu'il ne sait pas brasser un remède banal contre le rhum ? »

« Je serais furieux, » grogna l'homme.

« C'est exactement comment ont réagi les Aurors. Et je ne peux pas leur en vouloir… »

« Et donc vous condamnez Potter pour quelque chose qui n'est pas de son fait, » gronda Lucius.

« Je ne le condamne pas. J'essaie d'être suffisamment présent pour que personne ne s'en prenne à lui. Mais je ne peux pas être partout, » souffla Peter. « Ils savent parfaitement que je n'accepte pas qu'ils s'en prennent à Potter. »

« Beau travail, » ricana Severus.

« Je comprends votre colère. Je ne peux malheureusement pas faire plus. Potter n'est pas un bon élément. Il fait ce qu'on lui dit, il serait prêt à mourir pour protéger quelqu'un, mais il ne connaît aucune procédure, peu de sorts et n'a aucune endurance physique. »

« Il n'a jamais été formé ! » grogna Severus.

« Je le sais, » répondit Peter, levant les mains pour sa défense. « J'énonce simplement les faits. Personne ne veut tourner avec lui et s'ils ont la joie de se retrouver seuls en sa compagnie, il lui font vivre l'enfer. Ils ne l'ont jamais frappé, ils ne sont pas si cruels, mais vous savez parfaitement que les mots peuvent être plus durs que les coups. »

« Pourquoi nous raconter tout cela ? » demanda Lucius, posant une main calme sur l'avant bras de son compagnon qui allait répliquer.

« J'ose espérer que vous pourrez l'aider… » murmura Peter. « Lord Malfoy, je sais que vous avez des alliés précieux au Ministère, peut-être pourriez-vous le retirer de ce programme ? Maître Snape, les seules fois où Potter a semblé s'éveiller un peu, c'était lorsque les Aurors se sont moqués de vous. Il vous a défendu avec vigueur. Peut-être que vous pourriez le convaincre de chercher ce qu'il veut faire vraiment, et pas ce qu'on lui dit de faire ? »

« Peut-être, » marmonna Severus, détournant le regard.

« Nous prenons votre inquiétude pour Harry en considération, » déclara Lucius en se relevant gracieusement, aussitôt suivit par Severus. « Nous nous assurerons de nous occuper de lui, mais il est hors de question de le virer des Aurors si ce n'est pas ce qu'il veut. Il décidera de partir de lui-même s'il le souhaite, quand il se sentira prêt. Quant à vous, je vous prierai de faire très attention à ce qu'il ne lui arrive rien et à garder vos stupides Aurors loin de lui. Me suis-je bien fait comprendre ? »

« Et-ce une menace Lord Malfoy ? » demanda Peter, les sourcils froncés.

« Je n'oserai, » répondit Lucius avec un sourire narquois. « Comme vous l'avez parfaitement souligné, j'ai des alliés haut placé au sain du Ministère. Il serait dommage que vous soyez rétrogradé, pas vrai ? »

L'homme serra les poings, son visage tordu de colère.

« Oui, » siffla-t-il, les dents serrées.

« Bien, » répondit Lucius d'un ton satisfait. « Nous allons donc avoir une petite conversation avec Harry. Nous l'attendrons dans le couloir. A bientôt Monsieur Brown et merci pour ces précieuses informations. »

Les deux vampires partirent dignement, parcourant l'espace ouvert d'un air princier. Les Aurors présents les regardèrent passer, stoppant tous leur travail.

Lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir, Lucius claqua des doigts, faisant apparaître un elfe de maison.

« Deux sièges confortables, » ordonna-t-il à celui-ci qui partit aussitôt.

Severus ricana, s'asseyant lorsque deux fauteuils en cuir noir apparurent juste derrière eux.

« Tu sais que Potter t'obligerait à dire "s'il vous plaît" et "merci" à ton elfe de maison si tu souhaites l'intégrer à ton quotidien ? »

« Eh bien, Potter n'est pas là, n'est-ce pas ? » répondit Lucius.

Severus grogna d'amusement et ils tombèrent tout deux dans un silence confortable. Après plusieurs nouvelles secondes d'attente, une grande plante en pot apparu entre leur deux fauteuils, cachant les notes et les affiches de recherche de meurtrier collées au mur. Elle fut suivi d'un grand tapis perçan sous leurs pieds et d'une petite table d'appoint ronde.

« Il n'y a pas à dire, tes elfes savent nous mettre à l'aise, » ricana Severus, étendant ses jambes dans le couloir, non sans gêner les éventuelles personnes qui voudraient passer.

Lucius claqua à nouveau des doigts et un service à thé apparu sur la console, servant immédiatement le liquide chaud. Les deux hommes savourèrent leur thé et les petits gâteaux chauds qui l'accompagnaient. Ils parlèrent de tout et de rien, mais expliquèrent surtout à demi mot ce qu'ils avaient prévu pour Potter. Néanmoins, la plupart de l'heure qu'ils passèrent dans le couloir était consacré à se moquer lorsqu'un employé inférieur à leur statut se montrait, offrant une pause et un biscuit aux supérieurs.

Severus ne participait pas vraiment à ces jeux de pouvoir, mais c'était toujours un spectacle de voir Lucius s'y atteler avec autant de doigté. L'homme était un Serpentard dans l'âme, il avait soif de grandeur, de noblesse. Il était dirigeant, provocateur, fier, ambitieux et méprisait les règles. Lucius pouvait enrouler n'importe qui autour de son petit doigt et Severus savait parfaitement qu'il en était la preuve vivante. Lui qui avait toujours été revêche, antipathique et grognon, acceptait toutes ses manigances avec seulement quelques maigres réticences.

En réalité, il adorait voir Lucius charmer son monde.

Lorsque Severus aperçut Potter, ce dernier ne les avait pas encore vu. Il marchait tranquillement dans le couloir, semblant boiter, et regardait le sol, plongé dans ses pensées. Le Maître des Potions se racla légèrement la gorge, attirant immédiatement l'attention de Lucius alors concentré sur le discours d'un membre du Magenmagot. Le vieil homme fut vite interrompu et remercié, passant son chemin, totalement abasourdi.

« Monsieur Potter, » ronronna Lucius lorsque Harry fut à leur hauteur.

Celui-ci sursauta et s'arrêta brusquement, amenant le femme derrière lui à se heurter à son dos. Il la laissa finalement passer sans lui accorder un regard, ignorant ses murmures agressifs face à son manque d'attention et d'excuses.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » haleta Harry lorsqu'il vit l'étonnant petit aménagement devant la porte du local des Aurors.

Aussitôt qu'il eut terminé sa phrase, un nouveau fauteuil confortable apparu, réduisant un peu plus l'espace de passage du couloir.

« Si vous voulez bien vous asseoir, » déclara Lucius, faisant un geste élégant vers le siège.

« Absolument pas ! » grogna Harry, avant de se rapprocher pour parler à voix basse. « Vous pensez sincèrement que mes collègues n'ont pas assez de cartouches pour s'en prendre à moi ? »

« De cartouche ? » demanda Lucius, un sourcil relevé.

« C'est une expression Moldue… » expliqua Severus. « Si nous restons ici à discuter avec Potter devant ses collègues, ils risquent de lui faire payer plus tard. »

« Qu'ils essaient, » grogna Lucius, avant de se relever. « Bien. »

Il claqua des doigts et l'elfe n'eut pas besoin d'attendre son ordre pour savoir ce qu'il avait à faire. En quelques secondes, tout avait disparu et Lucius s'approcha du jeune homme. Il inspira discrètement son odeur délicieuse, pleine de magie, alors qu'il passait à côté de lui pour entrer légèrement dans l'open space et parler d'une voix forte à Peter Brown.

« J'ai besoin d'un avis judiciaire pour une possible effraction dans mon manoir et l'Auror Potter me paraît convenable pour cette tâche, » dit-il, n'attendant aucune réponse. « Il en aura probablement pour plusieurs heures. Vous aurez son rapport demain. »

Avec ces dernières paroles, il se retourna et fit signe aux deux hommes derrière lui de le suivre.

Harry jeta un regard interrogateur à Severus qui haussa simplement un sourcil avec un sourire narquois et suivit Lucius. Le Sauveur resta à la hauteur du Maître des Potions, en retrait par rapport au Lord qui paradait dans le Ministère lançant tantôt des salutations, tantôt des regards perçants.

L'ancien Gryffondor resta silencieux jusqu'à l'atrium dans lequel se trouvaient les cheminées pour voyager. Ils se postèrent devant l'une d'elle et Severus amorça un geste pour saisir la poudre posée sur l'âtre.

« Où allons-nous ? » demanda finalement Harry, coupant le Maître des Potions dans son mouvement.

« Je ne vous savais pas si lent, Potter, » répondit l'homme. « Lucius a clairement indiqué ce que nous faisions. Nous vous emmenons au Manoir Malfoy. »

Harry lança un regard pointu à son ancien professeur, retenant la grimace qu'il avait désespérément envie de faire. Lucius ricana de leur échange et s'abstient d'intervenir, trouvant la situation bien trop amusante.

« Je me doute bien que vous n'avez pas besoin "un avis judiciaire pour une possible effraction dans mon manoir", » répondit Harry avec exaspération, mimant des guillemets avec ses doigts. « Vous voulez certainement me parler de Merlin sait quel sujet et je préférerais largement faire ça chez moi, si vous n'y voyez pas d'inconvénient. »

« Mon manoir n'est pas assez bien pour vous ? » siffla Lucius.

Harry soupira et passa une main lasse sur son visage. Il venait d'avoir une journée de travail de douze heures, n'avait pas dormi de la nuit à cause de ses douleurs et de son compagnon malade, il n'avait aucune envie de subire les reproches de deux Serpentard grincheux.

« Ce n'est pas ça, » soupira-t-il. « Je serai plus à l'aise chez moi pour recevoir deux vampires, » dit-il à voix basse pour que personne n'entende, avant de reprendre plus fort : « Et il y a quelqu'un chez moi qui a besoin de mon attention. »

« Miss Weasley serait-elle souffrante ? » ricana Severus avec dédain.

« Je ne vis pas avec Ginny… » répondit Harry, incrédule. « C'est… Vous verrez bien ! »

Sans attendre de réponse, Harry prit une poignée de poudre de cheminette et la jeta dans la cheminée, prononçant distinctement sa destination :

« 12 Square Grimmauld ! »

Comme il en avait maintenant l'habitude, il garda ses bras le long de son corps et laissa la vitesse l'emporter, fermant les yeux pour ne pas être malade. Il savait que certains sorciers aimaient regarder les différents salons passer à toute vitesse, mais ne comprenait pas cette capacité à le faire sans vomir à l'arrivée. Lui en était incapable.

Lorsqu'il arriva dans sa propre cheminée, il sortit en immédiatement pour laisser sa place aux deux hommes qui le suivraient très probablement. Il s'accrocha au fauteuil rapiécé à sa gauche et inspira profondément, tentant de faire passer la nausée qui l'atteignait comme à chaque trajet magique. Il n'y avait que le balai pour trouver grâce à ses yeux.

Il entendit des bruits frénétiques à l'étage et allait appeler le responsable, mais fut interrompu par le Maître des Potions qui arriva élégamment dans l'âtre, dans un ensemble hypnotisant de flammes vertes et de tissus noirs. Il fit un pas en avant, époussetant des poussières invisibles sur sa belle robe sombre.

« Je ne comprends pas que vous puissiez habiter dans un endroit pareil, » grogna-t-il avant de se retourner au son de l'arrivée de Lucius.

« Je ne vois pas ce qui cloche… » marmonna Harry.

« Moi je vois, » répondit l'homme blond en jetant un regard de dégoût à la pièce. « Je suis sûr qu'il a critiqué votre logis. »

Harry marmonna quelque chose d'indistinct, levant les yeux au ciel sans oser jeter un oeil au salon dans lequel ils étaient.

La couverture sur le canapé prouvait qu'il passait la plupart de ses nuits ici. Les restes de nourriture quant à eux, montrait que le salon était devenu sa cuisine, sa salle à manger… Le coin de la pièce était son bureau où siégeait sa malle ouverte débordant de vêtements.

Il savait que cette maison était lugubre, mais c'était celle de Sirius et il n'avait pas le coeur à s'en séparer. Quant à la rendre habitable, pourquoi ? Pour qui ? Il se sentait bien dans ces fauteuils troués, il savait sur quelle latte de plancher marcher et de quel objet il ne devait pas s'approcher. Tout allait bien.

Plongé dans ses pensées, Harry se rendit compte que le bruit à l'étage s'était atténué. Il fronça les sourcils et se dirigea vers la porte, certain que le responsable du vacarme aurait dû être là depuis longtemps.

Lorsqu'il arriva dans le couloir, il vit effectivement son compagnon, assis dans le couloir, la langue pendante.

« Hey, Ramius, » dit-il avec douceur. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Le grand chien noir, de près d'un mètre de haut, lança un aboiement rauque et remua frénétiquement la queue, trépinant sur ses pattes. Il semblait vouloir s'approcher de son Maître, mais jetais des coups d'oeil rapides en direction du salon.

« Un chien ? » grogna Severus lorsqu'il franchit la porte, s'arrêtant subitement.

L'animal glapit et se précipita dans le couloir sous la petite console, seul meuble présent. Il était si grand, qu'il fit basculer celle-ci, faisant tomber ce qui s'y trouvait. Lorsqu'il fut suffisamment caché derrière le napperons décrépit, il s'immobilisa, bien qu'une grande partie de son corps dépasse encore.

« Ramius ? » appela Harry, déconcerté.

« L'instinct animal Potter, » déclara Severus. « Les créatures sombres lui font peur. Crockdur n'a jamais pu m'approcher. »

« Qui est-il ? » demanda Lucius qui s'était approché à son tour.

« C'est mon chien, » répondit l'ancien Gryffondor avec inquiétude. « Je l'ai trouvé blessé dans une ruelle pendant une patrouille, l'année dernière. Je l'ai ramené ici et j'ai appelé un zoomage. Depuis, il vit avec moi. C'est un Lévrier Irlandais. »

« Et vous l'avez donc appelé… Ramius… » se moqua Severus.

Harry soupira et leur fit un geste pour entrer à nouveau dans le salon. Les suivants, il s'installa sur un fauteuil une fois qu'ils eurent choisi leur siège.

« Je ne voulais pas un autre animal de compagnie après la mort d'Hedwige. Mais il était là et j'étais seul… Alors je l'ai pris avec moi… Il me faisait un peu penser aux Maraudeurs. Aussi noir que Sirius, idiot que James et canin que Remus, un mélange de leur prénom me paraissait être une bonne idée. »

Un petit bruit vers la porte les firent tourner le regard et ils virent Ramius sur le pas de la porte, hésitant à la passer. Harry l'appela à plusieurs reprises mais ne parvint à le faire venir suffisamment près pour pouvoir le toucher.

« Il a vraiment peur de vous, » gloussa-t-il après avoir tenté de le rassurer par des paroles douces.

« J'avais moi-même deux Lévriers Irlandais, » répondit Lucius. « Ils n'ont plus voulu m'approcher à partir du moment où je suis devenu un vampire. »

Harry regarda les deux hommes dont l'attention se portait sur le chien. Il n'y avait rien de différent chez eux. Ils étaient comme ils l'avaient toujours été. Ils paraissaient peut-être en meilleure santé qu'au moment de la guerre, mais c'était un détail… Rien ne laissait présager qu'ils étaient deux créatures avides de sang.

« Comme ce fait-il que je n'ai pas su ? » demanda-t-il finalement.

« Su quoi, Potter ? Exprimez-vous convenablement, » grogna Severus revenant à son attitude de professeur méprisant.

Pas qu'il l'ait vraiment quitté un jour de toute façon.

« Pourquoi je n'ai jamais su que vous étiez des vampires ? Pourquoi personne ne me l'a dit ? Et quand est-ce arrivé ? »

C'était les questions qu'il se posait depuis qu'il les avait vu la dernière fois. Au bar. Par Merlin, le bar… La petite porte rouge...

« Et qu'est-ce que vous faisiez dans ce bar ? » continua-t-il. « Qu'est-ce qu'un calice ? Pourquoi… Pourquoi personne ne m'a jamais expliqué ? »

Severus allait parler, mais il en fut empêché par un signe de main de Lucius.

« J'aimerais répondre à vos nombreuses questions Monsieur Potter, mais nous manquons de temps, malheureusement. »

Le silence s'installa entre le trois hommes alors qu'Harry attendait que quelqu'un bouge, que l'un d'eux dise quelque chose. Ne venait-il pas de dire qu'ils n'avaient pas le temps ? Ramius jappa de frayeur et recula un peu plus.

Harry se leva et alla s'asseoir sur le sol pour serrer son chien dans ses bras.

« Alors ? » demanda-t-il finalement, exaspéré.

« Alors, j'aimerais vous proposer quelque chose, Potter, » déclara Lucius.

« Quoi ? »

« De nous rencontrer trois fois par semaine, » répondit le Lord avec un sourire supérieur. « Nous vous dirons tout ce que vous voulez savoir. Nous vous expliquerons ce que sont les vampires, ce qu'ils mangent, ce qu'ils chassent, ce qu'ils redoutent, comment les tuer… Nous parlerons des calices, mais aussi des loup-garous, des traditions sorcières, de l'origine de la magie et de de tout ce qui pourrait vous passer par la tête. »

« Pour quoi faire ? » demanda Harry, décontenancé.

« Vous êtes malheureux, » déclara Lucius. « Vous êtes déprécié au travail, vous vivez dans un véritable taudis… Je souhaite vous montrer toutes les possibilités qui s'offrent à vous maintenant que vous êtes un adulte totalement libre dans ce merveilleux monde qu'est celui des sorciers. »

« Je ne vois pas les raisons qui me pousseraient à accepter une telle chose… » grogna Harry.

« Vous avez dit que votre chien était malade ? » demanda Severus avec légèreté.

« Eh bien… Oui, » répondit Harry, fronçant les sourcils et enlaçant son chien un peu plus fort. « Le zoomage m'a dit que c'était courant chez cette race de chien. Ils sont très grand et ont donc tendance à avoir d- »

« Des douleurs articulaires ? » le coupa Lucius. « Une mauvaise croissance des muscles et un coeur trop faible ? » demanda-t-il avec un sourire.

Celui-ci s'élargit plus encore lorsqu'il vit l'incompréhension dans les yeux du jeune homme. Il reprit :

« Ne vous ai-je pas dit que j'avais aussi cette race de chien ? Grâce à notre Maître des Potions ici présent, les miens ont vingt-cinq ans et sont toujours aussi vif. Ils ne sont pas immortels, loin de là, mais ils vivront longtemps et en bonne santé grâce à une dose de potion tous les mois. »

« Donc c'est une sorte de chantage ? Je garde mon chien si vous vous invitez chez moi pour me bourrer le crâne de tout un tas d'informations sur la suprématie des Sang-Pur ? »

Il y eut un silence pesant entre les trois hommes, alors que le chien continuait de trépigner, hésitant entre l'excitation de voir son maître et la peur des vampires installés dans les fauteuils.

« Je suis déçu, » déclara doucement Lucius. « Je pensais que vous saviez que mes opinions avaient quelque peu changé durant la guerre. De plus, je n'avais pas l'intention de m'inviter chez vous trois fois par semaine, je voulais vous proposer mon propre bureau… J'espérerais que vous comprendriez que j'ai en tête vos intérêts, rien de plus. Je voulais vous proposer la potion sans rien vous demander en échange. »

« Oh… » murmura Harry. « Merci… »

« Je vous la ferai livrer dans les plus brefs délais, Potter, » grogna Severus. « Ainsi qu'un baume à appliquer sur ses articulations en attendant que la potion fasse son effet. »

« Merci… » répéta Harry.

« Je voyais ses séances comme un remerciement pour nous avoir innocenté. Moi, mon fils, mon épouse, Severus… » dit doucement Lucius. « Connaissant vos problèmes à votre travail, votre manque de savoir, je pensais que c'était une bonne idée. Après tout, vous semblez vous embourber dans les textes juridiques sans savoir par où commencer, » expliqua-t-il en désignant une pile de livres ouverts sur la table d'appoint au fond de la pièce.

Harry fixa l'endroit, pensant aux heures qu'il avait passé à essayer d'étudier quelque chose qui, pour lui, n'avait aucun sens. Il ne savait pas quoi faire, ni par où commencer. Il manquait cruellement d'un mentor, de quelqu'un sur qui compter. Même les plans de révision d'Hermione lui manquait…

« Je pensais, » continua Lucius. « Que c'était tout ce que je pouvais faire pour vous remercier. Après tout, vous avez assez de Gallions à la banque pour ne pas manquer, et je n'ai que mon argent et mes connaissances à vous offrir. Mais si vous refusez… »

L'homme commença à se lever et se diriger dignement vers la cheminée. Harry se sentait mal d'avoir supposé immédiatement un odieux chantage. Il avait désespérément besoin d'aide pour ce qu'il devait apprendre, mais ne pouvait se résigner à la demander. Il s'était toujours débrouillé seul après tout...

« J'ai une autre proposition, » commença Severus qui, lui, était resté assis sur son fauteuil. « Il est évident que vous manquez cruellement de savoir vivre et de renseignements sur notre monde, mais que vous ne voulez pas l'avouer, Potter. Alors, je vais vous mettre au défi. »

Il se leva et disparut dans la cheminée, laissant la pièce dans un silence inconfortable. Lucius s'était à nouveau assis et regardait Harry caresser distraitement son chien, tout en essayant de ranger légèrement la pièce avec sa baguette, les joues rouges de honte. Il était vrai qu'il s'était plutôt laissé aller ces derniers temps, mais il était tout le temps au travail ou chez les Weasley à les observer reprendre leur vie, être heureux malgré tout ce qu'ils avaient endurés. Il ne pouvait gérer cette maison en plus du reste.

Lorsque Severus revint, quelques minutes plus tard, il posa brusquement un pot en terre cuite sur la table basse. Celui-ci contenait une plante aux feuilles violettes foncées avec de petites fleures bleues.

« Cette plante, Monsieur Potter, est l'une de mes serres, l'une des plus banale et facile d'entretien. Je vous demande simplement de la garder vivante durant un mois. »

« C'est tout ? » questionna Harry, sceptique.

« Aussi simple que cela, » acquiesça Severus. « Voyez-vous, je suis persuadé que l'intérieur d'une maison reflète l'état mental de la personne qui y habite. »

Il lança un regard de dégoût à la tapisserie tombante, aux bibelots remplis de magie noire, au lit d'appoint, au bureau en désordre et aux restes de nourriture sur la table basse. Harry suivit son regard et rougit encore de honte à l'état du salon. A vrai dire, c'était presque la seule pièce qu'il utilisait dans cette grande maison vide. Était-ce comme ça qu'il se sentait à l'intérieur ? Vide ?

« Rapportez moi cette plante en pleine forme dans un mois. Et j'admettrai qu'il n'y a pas de problème, que vous pouvez continuer votre vie comme vous l'entendez. Si elle est mourante, vous admetterez avoir besoin de nous pour remettre de l'ordre dans votre vie. »

Harry regarda son ancien professeur de potions acariâtre, puis l'homme qui avait un jour tenté de le tuer avant de lui sauver la vie à plusieurs reprises. Peut-être étaient-il la solution, ce qu'il attendait depuis la fin de la guerre. Peut-être étaient-ce ces liens qui le poussait à accepter ce défi idiot…

« J'accepte, » dit-il finalement d'une voix rauque, avec un léger soupçon d'espoir.

.oOo.

Severus se souvenait encore de ce défi qu'il avait lancé à Harry. Il y pensait chaque jour.

Un mois plus tard, le jeune homme était revenu vers lui, la tête baissée, les larmes aux yeux et la plante morte entre les mains. C'était la première fois qu'il avait vu Harry si désemparé. Il lui avait proposé de rejoindre Lucius et tous les trois avaient parlé de l'apprentissage de Harry, de ce qu'il avait envie de savoir, de connaître.

Les deux anciens Mangemorts avaient été surpris lorsque, trois mois plus tard, Harry leur avait dit qu'il souhaitait en savoir plus sur la fabrication de baguettes magiques. Lucius ne s'y connaissait pas assez sur le sujet et avait donc trouvé une sorte de tuteur capable d'enseigner son savoir. Harry avait vite été passionné. Il avait bien sur continué d'apprendre auprès d'eux, tout ce qui leur passait par la tête.

Il avait vite compris que les lois, le juridique, la comptabilité n'étaient pas pour lui, tout comme les potions, pour le plus grand déplaisir de Severus.

Durant un an, Harry avait appris ce qu'il pouvait, ce qu'il voulait, au gré de ses envies. Severus et Lucius avaient distillés des informations sur les vampires, les calices, les couples libres, les familles non conventionnelles… Cela avait été surprenant pour Harry mais il était tolérant par nature et avait bien accepté tout ce qui avait été dit.

Ce fut donc un an après le début de leur enseignement qu'Harry, revenant d'un combat féroce entre Aurors et sorciers noirs, avait déclaré, les larmes aux yeux, le sang maculant son visage, qu'il voulait quitter les Aurors. Cette décision avait été bien accueillie par les deux vampires qui, derrière son dos, s'étaient fait un signe de connivence.

Après quelques mois sans emploi, à rénover sa maison, Harry avait pris la décision de rompre avec Ginny Weasley et de partir en voyage. Il avait visité quelques pays avant de revenir en Angleterre, apportant une plante rare en cadeau à Severus, en clin d'oeil au défi qu'il lui avait lancé, et un grimoire ancien à Lucius pour le remercier pour son apprentissage. Il avait ensuite décidé de faire un stage chez Ollivanders dans le but de reprendre la boutique quand l'homme choisirait de prendre sa retraite, ou d'ouvrir la sienne s'il en ressentait un jour le besoin.

Les deux anciens Serpentard l'avaient soutenu dans cette démarche, comme ils le faisaient toujours dix ans plus tard. La boutique de Harry avait doucement prospéré et il profitait cette semaine de vacances durement méritées.

Revenant à l'instant présent, Severus ouvrit les yeux lorsqu'il sentit les draps remuer, dissipant les vieux souvenirs pour en emmagasiner de nouveaux.

« A quoi penses-tu ? » murmura une voix sur sa droite.

Tournant la tête, Severus leva sa main pour la passer délicatement sur le visage de l'homme qui partageait sa vie depuis de nombreuse années maintenant. Harry était toujours aussi beau que lorsqu'il l'avait observé par la petite fenêtre crasseuse au dessus du Chaudron Baveur. Lucius dormait encore profondément de l'autre coté du grand lit King-size et ils étaient tous nus, évidemment, comme l'avait prédit l'homme blond. Ramius, en pleine santé, ronflait à leurs pieds, étalé comme s'il était le propriétaire du lit. Lucius allait râler lorsqu'il se réveillerait…

« Je pensais à la façon dont tu étais entré dans nos vies, » répondit finalement Severus sur le même ton.

« Vous m'avez sauvé… »

« Je pense au contraire que tu es celui qui nous a sauvé, » déclara sérieusement Severus. « Nous n'avions pas de but, passions nos soirées derrière cette petite porte rouge à boire à n'importe quelle gorge… »

Harry grogna et passa son bras et sa jambe sur son amant.

« Ne me le rappelle pas… Je n'aime pas me souvenir que vous avez goûté un autre sang que le mien. »

« Si tu ne m'avais pas suivi ce jour là… » murmura Severus.

« Tu serais toujours en train de chasser dans ce bar et tu ne t'en porterais pas plus mal, » soupira Harry. « Moi en revanche, je serai marié à Ginny Weasley, Auror et malheureux… »

« Tu aurais peut-être eu des enfants… »

« Qui aurait pu grandir sans père… » murmura Harry. « J'étais mauvais en tant qu'Auror. J'aurais très bien pu mourir avant même le premier anniversaire d'un hypothétique enfant… Je suis mieux comme ça. Je sais ce qu'on ressent en étant orphelin et je ne le souhaite à personne. »

« Bien. Nous avons tous de la chance, » acquiesça Severus, embrassant sa tempe. « Cependant, c'est notre dixième anniversaire de liaison aujourd'hui et quelque chose me ronge depuis tout ce temps. »

Harry se redressa soudainement sur un coude et fixa son amant.

« Si tu m'as trompé Severus Snape, je te jure sur la tête de Ramius que je te ferais vivre les sept enfers ! Et si Lucius est au courant, je lui ferai bouffer ses honorables cou- »

« Calme toi, impertinent ! » grogna Severus avec amusement. « Comment pourrais-je te tromper quand je partage mon lit avec deux hommes merveilleux. Si je te trompe, c'est avec lui, » dit-il en désignant Lucius.

Harry se mit à rire, posant une main sur sa bouche pour étouffer le bruit lorsque l'homme endormi remua légèrement.

« Alors, qu'y a-t-il de si horrible ? » demanda-t-il finalement, incertain.

« Jure moi que tu ne m'en voudras pas, » murmura Severus, maintenant anxieux à propos de la réaction de son compagnon.

« Je ne peux pas te jurer ça Severus… » répondit Harry dans un soupir. « Mais je peux te jurer que je vais t'écouter jusqu'au bout et essayer de le prendre avec le plus de calme possible. »

« Bien... »

« Alors ? »

« Lorsque je t'ai apporté cette plante, pour que tu la gardes en vie… » commença Severus à voix basse. « J'avais mis quelques gouttes de poison dans le terreaux pour être certain que tu reviennes vers nous… »

Un petit silence s'installa entre les deux hommes, entrecoupé par la douce respiration de Lucius et les ronflements de Ramius.

« Tu es sérieux ? » souffla Harry.

« Évidemment, » répondit Severus sans le regarder.

« Après deux jours, » murmura le jeune homme. « J'ai enfermé la plante dans un placard pour être sûr qu'elle n'ait ni eau, ni lumière, »

Le regard de Severus se braqua aussitôt dans celui de son amant. Se fondant dans les yeux dépourvu de lunettes, joyeux et rieurs, ses beaux yeux verts qu'il aimait tant. Ainsi, Harry s'était assuré de devoir honorer sa part du marché et revenir chez Lucius ? Alors… Harry avait toujours voulu ce qu'ils avaient initié ?

« Enfin… » fit une voix rauque à droite.

Les deux hommes se retournèrent pour voir les yeux gris de Lucius ouvert, les fixant. L'homme se redressa et continua :

« Je pensais que vous ne vous n'avouriez jamais vos péchés, » ricana-t-il.

« Tu le savais ? » haleta Harry.

« Bien évidemment, » ronronna Lucius s'approchant doucement de ses amants pour poser un baiser sur le cou du jeune homme, orné de deux belles traces de morsure. « Qui était le grand investigateur de tout ceci d'après toi ? » dit-il en désignant les trois corps blottis dans le lit king-size.

« Toi, » gloussa Harry. « Et tu n'as rien à confesser ? »

« Qui sait ? Peut-être que j'ai menacé le chef des Aurors… Peut-être que j'ai demandé à un elfe de ranger subtilement ta maison parfois… Peut-être que j'ai préparé cette chambre bien avant que tu acceptes de compléter les liens que nous partageons… Peut-être que je suis venu au Square Grimmraud chaque jour que tu passais au travail pour essayer d'amadouer ce stupide chien et l'amener à nous accepeter, » déclara légèrement Lucius. « Mais ce ne sont que des suppositions, nous ne saurons jamais. »

Harry resta un instant bouche-bée, avant de se mettre à rire, les larmes débordant de ses yeux. Lucius était vraiment surprenant et il en venait même à se demander si ce n'était lui qui, d'une façon ou d'une autre, l'avait poussé vers cette petite porte rouge.

Mais il ne voulait pas vraiment savoir.

Après tout, il était aujourd'hui heureux et épanoui. Que ce soit sexuellement, physiquement, dans son travail, dans ses relations amoureuses, amicales. Il se sentait bien et libre. Plus que jamais.

FIN


Encore merci à Tekilou d'avoir corrigé cet OS très rapidement. J'espère qu'il vous a plu.

Tekilou : Moi j'ai adoré hihi! Très Serpentardesque :D

Défi donné par AudeSnape :

Severus est un vampire et rejoint régulièrement un bar de vampire. Harry le suit un soir. Seulement il ne savait pas que les personnes qui entrent dans cet endroit, et qui ne sont pas des vampires, donnent l'autorisation implicite d'être mordus.

Ce bar est un endroit où des sorciers cherchent à devenir des calices ou juste à prendre plaisir à être mordus.

Alors quand de nombreux regards se tournent vers Harry lorsqu'il rentre, il ne se doutait pas que cela allait amener de nombreux problèmes.

Contraintes :

- Un animal proche de ton sorcier non vampire, a très peur des vampires et fuit dès qu'il en voit un.

- Les mots "papier" et "vampire" donnés par LessaWalberg sur discord