Un petit moment de nostalgie et je repasse sur ce site: je vois encore quelques reviews sur ma fic "Celui qui a tout perdu" alors j'ai eu envie de partager ici également un petit One shot sans prétention, que j'avais également publié sur Hpfanfiction à l'époque

Ce texte, je l'ai écrit avec la chanson Empty house de Air (Bo du film Virgin suicides) que je ne peux que vous conseiller d'écouter en même temps que cette lecture


Ça a commencé…

Quand est-ce que ça a commencé déjà ?

C'était au printemps, je crois.

Ce n'est pas le genre de chose qui arrive sans qu'on s'en rende compte.

C'est juste qu'un jour… elle était là.

Elle était assise à la table où je prenais mon petit déjeuner tous les matins.

Elle me regardait avec son petit sourire, qui était un peu condescendant, que j'adorais et que je détestais en même temps…

Elle ne m'a pas parlé du tout ce jour-là. Malgré toutes les questions que je lui ai posées.

Alors je suis parti. J'ai payé mon thé et mon croissant à peine entamé et je suis parti…

Je l'ai revue plusieurs fois, tant de fois. Sans parler, juste à se regarder.

Je la croisais parfois, au détour d'une rue. Je la voyais passer devant la vitrine du restaurant où je dînais. Je croyais reconnaître ses cheveux dans la foule se pressant au ministère, l'entendre faire une remarque lorsque je choisissais un livre à la librairie. Quand j'allais boire un verre seul, elle me rejoignait.

C'est là qu'on a commencé à parler. C'est souvent elle qui me persuadait que ce verre devait être le dernier. C'était la seule à savoir que j'ai un problème avec la boisson.

J'ai essayé de lui demander si elle me suivait. Elle m'a encore regardé avec ce sourire, ce sourire de Sphinx. Et bien sûr, elle n'a pas répondu.

Je me suis énervé bien sûr, vous me connaissez. Je lui ai balancé ses quatre vérités à la figure, je lui ai demandé si ça lui plaisait de me torturer. Ça l'a rendue triste. Elle m'a dit que c'était comme ça, qu'elle n'avait pas le choix.

Je me suis moqué de ses convictions et de son besoin obsessionnel de sauver tout le monde.

Mais bien sûr, j'ai continué à la voir. Et nous avons parlé… beaucoup. De mon boulot au Ministère pour sauver la face, pour faire croire que le prestige de la famille était toujours intact. De cette même famille dont la moitié croupit toujours à Azkaban. De cette saloperie qui défigure mon bras. Et bien sûr, d'elle. L'écouter parler me faisait du bien. Elle me parlait de ses rêves, de ses aspirations. De la famille qu'elle aurait aimé avoir. Je riais en lui disant qu'elle avait encore le temps et que Weasley se déciderait bien un jour. Elle se contentait alors de hocher la tête avec un petit sourire triste.

Et puis un jour, elle était là, chez moi. Je ne me souvenais même pas l'avoir invitée. Elle se tenait dans l'entrée. Impeccable et stricte, comme d'habitude avec sa jupe grise et son petit chemisier. Je lui ai demandé ce qu'elle faisait là et elle m'a simplement dit qu'elle voulait un thé.

Qui étais-je pour lui refuser ?

Je me suis vite rendu compte que tout mon monde tournait autour d'elle. Quand je n'étais pas avec elle, tout me la rappelait : une phrase, un livre, un murmure dans le vent, un couple qui s'embrasse…

Alors j'en ai parlé à mon meilleur ami. Si je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, lui allait m'aider. Ma déconvenue fut grande, je me heurtais simplement à un :

« Laisse tomber, vieux. Ne remue pas le passé ».

Mais pouvais-je lui dire que je ne pouvais plus boire une tasse de thé sans penser à elle ? Que j'avais parfois l'impression de la voir là où il était impossible qu'elle soit ? Que je commençais à négliger mon travail ? À noter, distraitement, des noms de livres, de spectacles ou tout simplement des sujets dont j'aimerais discuter avec elle ?

Je ne sortais plus beaucoup, je préférais rester avec elle. Nous allions uniquement dans les lieux où j'avais mes habitudes : le café où nous nous étions rencontrés, le bar où parfois je noyais ma tristesse et bien sûr le manoir. Elle ne semblait pas vouloir changer cette routine. Peut-être effrayée comme moi par le monde extérieur qui ne cessait de changer. Souvent, nous restions sans rien dire. Nous pouvions passer des après-midi entiers à ne rien dire. Moi, en train de lire. Elle, les jambes repliées sous elle, dans le fauteuil près de la cheminée, à regarder distraitement par la fenêtre.

Parfois, je la regardais, et je trouvais qu'elle avait l'air triste. Ça me perturbait, comme si c'était ma faute, mais je n'osais pas lui en parler.

Il s'est passé des mois avant que j'aie le courage de l'embrasser, et des mois encore avant de lui faire l'amour. Et la situation a commencé à se dégrader.

Je n'avais pas gardé beaucoup de contact avec l'extérieur, mais ils ne se sont pas gênés pour me faire savoir leur avis. Pansy a crié au scandale, Nott a dit que j'étais un dégénéré. Mais c'est Blaise qui m'a fait le plus de mal. Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a demandé si j'étais sûr de moi… Bien sûr que je l'étais. Il a alors dit qu'il ne pouvait plus rien pour moi. Et c'est dingue, car je crois qu'il pleurait. Je ne comprends pas pourquoi.

Qu'importe ce qu'elle représentait à leurs yeux. Elle était parfaite pour moi. Bien sûr, elle n'était plus si vive qu'avant. Plus si autoritaire et bûcheuse. La guerre nous a volé notre innocence. Elle cachait aussi des choses. Je le voyais à la façon qu'elle avait parfois de me regarder, à sa façon de sourire pour éviter un sujet, à sa pudeur parfois excessive qui fait que, malgré notre intimité, je ne l'ai jamais vue nue.

Cela a duré des mois. Des mois où j'oscillais doucement entre le déni et la complaisance. Nous sortions de moins en moins, puis plus du tout. Et parfois, elle n'était pas là. Je la cherchais partout pendant des jours, sans succès. Je croyais alors qu'elle m'avait quitté, qu'elle en avait eu marre. Mais elle revenait toujours. À ces moments, j'essayais toujours d'avoir de l'aide de la part de Blaise.

Mais il me regarde à peine dans les yeux ces temps-ci. Et si c'était lui qu'elle allait voir ?

Aujourd'hui quand je lui en ai parlé, elle a ri. D'un rire mauvais, indifférent à ma douleur. Ça m'a rendu fou de rage, j'ai cru que j'allais la frapper. J'avais envie de serrer mes mains autour de sa jolie gorge pour anéantir ce rire perfide. Mais bien sûr, je ne l'ai pas fait. Je ne suis pas ce genre de monstre. Mais j'ai crié. Beaucoup et fort. Je l'ai appelée traîtresse, manipulatrice, traînée. Et elle m'a encore adressé ce sourire, ce sourire qui ne veut rien dire, qui ne veut pas raconter ses secrets. Elle s'est approchée de moi et m'a embrassé, sur la joue. Elle a murmuré qu'elle m'aimait et qu'elle me pardonnait à l'oreille et elle est partie. Encore. J'étais tellement anéanti que je ne l'ai même pas retenue.

Le lendemain, comme à mon habitude, je suis allé voir Blaise. Il m'a écouté, moi et ma peine, moi et mes accusations. À bout, il s'est levé et m'a juste dit :

« Je t'amène à elle ».

Je jubilais ! J'avais raison, elle me trompait avec lui ! Résistant à la tentation de lui démolir le portrait, je transplanais avec lui, pressé d'avoir mon amoureuse traîtresse à mes pieds, essayer de se justifier.

Et nous y voilà, à l'instant présent. En arrivant, j'adresse un regard éloquent à Blaise. Drôle d'endroit pour batifoler. Plutôt glauque. Il me fait signe de le suivre avec un regard dur. Alors je ne dis rien et je le suis. L'air est froid autour de nous, je me rends compte que nous sommes en hiver. Quelques flocons accrochent les dalles de pierre autour de nous. Tout est si calme. Elle ne peut pas être ici, non ? Soudain, il s'arrête et je suis son regard et je comprends que oui, elle est ici. Elle l'a toujours été. La pierre est blanche et propre. Des fleurs encore fraîches décorent sa demeure. Je suis horrifié.

Quand ? Qui ? Pourquoi ? Impossible.

Incapable de parler, je lance un regard désespéré à Blaise. Il attire mon attention sur la date. La date fatidique… 1998… il y a 20 ans…

Alors je le regarde en pleurant. Et je ris en pleurant, car oh, mon dieu, je me souviens maintenant. Je me souviens que c'est moi qui suis responsable de tout ça. C'est moi qui, pendant la guerre, ai marqué son corps, enserré sa gorge de mes mains, la réduisant au silence à jamais. C'est le passé qu'il me dit. Il me dit aussi qu'il faut que j'arrête de me torturer, qu'on ne doit plus jamais en reparler. Mais je sais que je n'ai jamais payé pour ce que j'ai fait. Je m'effondre. Il me gifle durement. Il me dit que ce n'est pas à 40 balais que je vais remettre ça sur le tapis. Je hoche la tête. Il me parle un moment, mais je n'entends rien. Puis je rentre chez moi, effondré. Je me coupe du reste du monde…

Je ne la vois plus. Même si j'essaie très fort, je n'y arrive pas. J'entends parfois des coups à ma porte, mais je ne vais pas ouvrir, je sais que ce n'est pas la personne que j'attends. Je me perds en supposition, j'essaie d'oublier, de refaire le monde, de comprendre. Mais rien n'apaise jamais le vide sidéral qui me bouffe de l'intérieur.

Je m'occupe comme je peux, je mets en ordre un tas de papiers, me lance dans des projets qui n'aboutiront jamais. Mais ça ne change pas grand-chose. Et puis, je me suis décidé, ça ne pouvait plus durer. C'était dur et éprouvant. Mais ce soir tout va mieux. Ce soir pour la première fois, je respire un peu mieux. Maintenant, il n'y a plus de souffrance. Maintenant, je suis avec elle.